LIVRE DEUXIÈME
dont la vitesse effrayante suivait la progression géométrique.
Pour tAcher de remplir une lacune aussi importante, je me suis livré à des recherches nombreuses dont il serait superflu de présenter ici les détails. Un examen attentif de letat de la question m’a prouvé que la théorie de la population peut se réduire à ces deux principes, que je regarde comme servant de j)rincipes fondamentaux à l’analyse du développement de la population et des causes qui l’influencent :
La population tend à croître selon une progression géométrique (i).
La résistance, ou la somme des obstacles à son développement, est, toutes choses égales d’ailleurs, connue le carré de la vitesse avec laquelle la population tend à croître.
Les obstacles à la vitesse d’accroissement d’une population agissent donc réellement comme la résistance qu’opposent les milieux au mouvement des corps qui les traversent. Cette extension d’une loi de la physique, qui se confirme de la manière la plus frappante quand on l’applique aux documents que fournit la société, offre un exemple nouveau des analogies qu’on trouve, dans bien des cas, entre les lois qui règlent les phénomènes matériels et ceux qui sont relatifs à l’homme. De sorte que, des deux principes que je prends pour bases de la théorie
(1) Supposons qu'une population, $/afioti»atr^ jusque-là, devienne population croissante : elle ne pourra passer à ce dernier état sans dépenses considérables; car aux enfants quelle avait à nourrir d'abord-, elle devra ajouter encore l'entretien de ceux qui forment son accroissement. Cet entretien doit durer môme jusqu'à ce que ces enfants soient en âge de se rendre utiles par leur travail; c'est àdire pendant douze à quinze ans. A la seconde année, une seconde surcharge se joindra à celle qui existait déjà; et ainsi de suite. Une nouvelle surcharge s'ajoutant, chaque année, à celles déjà faites, deviendra très-sensible, à moins que le peuple qui doit la porter ne soit dans un état suffisamment prospère.
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mathématique de la population, le premier est généralement admis par tous les économistes, et il ne semble guère susceptible d’étre contesté, et l’autre se vérifie dans toutes les applications où l'on doit considérer le mouvement et des obstacles agissant d’une manière continue.
Cependant, malgré,les préventions qu’on pourrait avoir en leur faveur, il faudrait incontestablement les rejeter, si, en les soumettant à l’analyse, üs ne pouvaient supporter cette épreuve poussée jusque dans ses moindres détails.
J’ai donc examiné, avant tout, les conséquences auxquelles la théorie devait conduire, et après les avoir trouvées entièrement conformes aux résultats de l’expérience, j’ai cru qu’une population, en se développant librement et sans obstacle, croit selon une progression géométrique : mais si le développement a lieu au milieu d’obstacles de toute espèce qui tendent à l’arrêter, et qui agissent d'une manière uniforme, c’est-à-dire si l'état social ne change point, la population n’augmente pas d’une manière indéfinie, mais elle tend de plus en plus à devenir stationnaire. 11 en résulte donc que la population trouve, dans sa tendance même à croître, les causes qui doivent prévenir les funestes catastrophes qu’on pourrait craindre par un trop-plein, si je puis m’exprimer ainsi, amené d’une manière brusque, et devant lequel toute la prudence humaine vieillirait échouer. L’expérience même de notre vieille Europe prouve très-bien que les populations arrivent à leur état d’équilibre, ou croissent ou rétrogradent en suivant généralement une loi de continuité. La limite qu’elles ne peuvent dépasser est variable de sa nature, et se trouve réglée par la quantité des subsistances ; jamais les populations ne peuvent se développer avec une rapidité assez grande pour venir brusquement se heurter contre