‹ Physique socialeChapitre 21 sur 244 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Les effets produits par la lune, quoiqu'on ait souvent parlé de leur influence, ont généralement peu exercé les investigations des savants ; on doit cependant excepter le phénomène des marées, dont nous venons de parler. On ne peut ignorer surtout les secours que donnent, particulièrement aux navigateurs, les phases Itmaires qui se reproduisent pendant le cours d’un mois périodique, ainsi que les autres phénomènes astronomiques qui en dépendent.

Parmi ces phénomènes, quelques-uns sont marqués de la manière la plus prononcée; d’autres, plus soumis à des influences politiques et religieuses, altèrent les efTets naturels et laissent des traces de leur passage. Quant aux perturbations qui pourraient être occasionnées par des causes individuelles, les traces quelles laissent sont sensiblement nulles, et échappent à l’appréciation numérique.

■ 7. ÉTUDE DES LOIS RELATIVES A l’hOMME.

Non-seulement dans ce qui tient à ses qualités physiques, mais même dans ce qui se rapporte à ses actions, l’homme se trouve sous l’influence de causes dont la plupart sont régulières et périodiques. On peut, par une étude suivie, déterminer ces causes et leur mode d’action, ainsi que les lois auxquelles elles donnent naissance ; mais on doit, pour y réussir, étudier les masses, afin d’éliminer des observations tout ce qui n’est que fortuit ou individuel. Le calcul des probabilités montre que, toutes choses égales, on se rapproche d’autant plus de la vérité ou des lois que l’on veut saisir, que les observations embrassent un plus grand nombre d’individus.

Ces lois, par la manière môme dont on les a déter-

PHYSIQUB SOCIALE.

minées, ne présentent plus rien d’individuel ; et par conséquent, on ne saurait les appliquer aux individus que dans de certaines limites. Toutes les applications qu’on voudrait en faire à un homme en particulier seraient essentiellement fausses ; de même que si l’on prétendait, en faisant usage des tables de mortalité, déterminer l’époque à laquelle une personne désignée doit cesser d’exister.

De pareilles tables, pour des cas particuliers, ne peuvent donner que des valeurs plus ou moins approchées, et le calcul des probabilités montre encore ici que les résultats qu’on en déduit, et les résultats que l’on observe, s’accordent d’autant mieux qu’ils se rapportent à un plus grand nombre d’individus.

Il s’agit donc de bien s’entendre sur la nature et la valeur des lois que nous nous proposons de rechercher; c’est le corps social que nous avons en vue d’étudier, et non les particularités qui distinguent les individus dont il se compose. Cette étude intéresse surtout le philosophe et le législateur : le littérateur et l’artiste, au contraire, s’attacheront de préférence à saisir ces particularités, que nous tâchons d’éliminer de nos résultats, et qui donnent de la physionomie et du pittoresque à la société.

Du reste, les lois qui se rapportent à la manière d’être du corps social, ne sont pas essentiellement invariables ; elles peuvent changer, dans de certaines limites, avec la nature des causes qui leur donnent naissance : ainsi les progrès de la civilisation ont nécessairement fait chajiger les lois relatives à la mortalité, comme ils doivent influer aussi sur le physique et le moral de l’homme. Les tables que l’on a construites sur l’intensité du penchant au crime aux différents âges, quoique ayant présenté, depuis plusieurs années, à peu prés identiquement les mêmes

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