LIVRE PREMIER
résultats pour la France, peuvent se modifier graduellement; c’est même vers cette modification que les amis de l’humanité doivent tourner leur attention. Le corps social, que nous avons en vue d’étudier, ne doit plus être abandonné à une espèce d’empirisme; il convient d’offrir les moyens de reconuaitre directement les causes qui influent sur la société, et de mesurer l’influence qu’elles e.xercent.
Ces causes, une fois reconnues, ne présentent point de changements brusques dans leurs variations, comme nous l’avons déjà fait observer; mais elles se modifient graduellement. On peut juger, par la connaissance du passé, de ce qui doit arriver prochainement ; nos conjectures peuvent même, dans beaucoup de circonstances, embrasser une période de plusieurs années, sans qu’on ait à craindre que l’expérience apporte des résultats qui sortent de certaines limites que l’on peut également assigner d’avance. Ces limites deviennent naturellement d’autant plus larges que nos prévisions embrassent un plus grand nombre d’années.
Four fixer nos idées, prenons un des exemples les plus simples que présente la nature.
Ce qui mérite spécialement de fixer notre attention, ce qui a fait l’objet constant de nos études, c’est que les tailles humaines, tout en paraissant développées de la manière la plus accidentelle, sont soumises néanmoins aux lois les plus exactes ; et cette propriété n'est pas particulière à la taille : elle se remarque encore da7is tout ce qui concerne le poids, la force, la vitesse de l'homme, dans tout ce qui tient non-
(1) Voyez la comixmnication faite par M. E.-B. Elliot, délégué par le gouveroomeut amcricaÎD pour représenter son pays au congrès statistique de Berlin, en septembre 1863. M. le D'' Engcl a pris soin d'enregistrer les détails intéressants de ces opérations dans le compte rendu de ce congrès.
PHYSIQUE SOCIAI.E.
seulement à ses qualités physiques, mais eticore à ses qualités intellectuelles et morales. Ce grand principe qui règle l'espèce humaine et qui, tout en diversifiant les elfets deses qualités, leur permet néanmoins assez de jeu pour montrer que tout se règle sans l’intervention du vouloir de l'homme, nous parait une des lois les plus admirables de la création.
Parmi plusieurs exemples que je pourrais citer sur la taille humaine, j’en prendrai de préférence un qui a été donné récemment par les États-Unis d’Amérique, au milieu des violentes secousses qui agitaient ce pays. La statistique eut alors à faire une des épreuves les plus brillantes : les tailles de 25,878 volontaires furent relevées avec soin et d’après les renseignements officiels du bureau de l’adjudant-général. Deux tiers de ces volontaires étaient du nord-est (la Nouvelle-Angleterre), et les trois cinquièmes des autres venaient des États nord-ouest, de l’Iowa, Iiidiaua, Michigan et Minnesota. Nous reproduisons exactement le tableau que renferme le recueil (i).
(1) • Intemationaler statistischer congress in Berlin, 1 vol. in-4°. Berlin,
•• I8fô. — Statistical researches, conducted by M. Queteletof Belgium,have •• cstablishcd the fact, previously contested, of tbe existence of a human
type, and tbat tbe casual raWattons frum ît ai'e subject to the same » symmctrical law io tbeir distribution as tbat, whicb the doctrine of •• probabilities assigna to the distribution of errors of observation. In •• the accoinpanying tables, sbowing the distribution ofbeigbts and of * measurements of tbe circumference of cbests of american soldiera, tbe “ conclusions of tbis eminent staüst and mathematician are strikingly
- confirraod.
>• Tbis law (based on the assumption of the operation of an indefinite « uumber of independenl causes of finite variation of error, equally favoring
- excess and defect) niay be expressed by a very simple analytical function « (see note in appendix), fîrst invcstigated by J. Bernoulli in its relation to » tbe probable distribution of errors of observation of a single object;
«• extended by Poisson, under the title of • the law of large numbera, to « tbe measurement of many objecta, représentatives each of a cotnmon M type; and fîrst applied by M. Quetolet to the physical measurement of
- man. •» Pages 7:® et 729.
La figure qui représente 1000 hommes inscrits est la suivante, en ayant égard au tableau numérique précédent. Nous nous bornerons à la figure des nombres calculés, qui se confondrait sensiblement avec la figure des nombres observés.
A partir de c, les longueurs, telles que cb, représentent la hauteur moyenne des hommes inscrits : le nombre de ces inscrits est indiqué par les écarts de la courbe supérieure à la Ligne horizontale cb'; ainsi, pour une hauteur d’un peu moins de 1“',75, l’ordonnée b a indique le maximum des hommes inscrits, et les nombres diminuent uniformément à droite et à gauche.
On peut juger ainsi combien les résultats calculés s’éloignent peu de ceux que donne l’observation.
La nature, ici, est envisagée sous le point de vue le plus général. C’est l'homme que nous considérons, tel que nous le montre la philosophie ; et non l’individu, tel qu’il appartient aux lettres et aux beaux-arts : c’est l’espèce, et non l’individu qui en est l’élément, qu’il faut étudier. Cette distinction est de la plus grande importance, surtout quand on passe à l’examen des différentes parties dont l’homme se compose.
11 ne s’agit plus ici des proportions relatives à telle ou telle complexion, à tel ou tel exercice, mais des proportions générales, parmi lesquelles toutes ces particularités disparaissent et qui montrent la nature dans toute sa grandeur. L’unité qui existe dans ces lois majestueuses