LIVRE PREMIER
doit dominer seule à nos yeux; malheureusement ces grandes lois sont encore entièrement perdues de vue. On pourrait dire qu’on a passé à côté d’elles sans en avoir remarqué les propriétés les plus imposantes. Nous donnerons successivement, dans cet ouvrage, les preuves nombreuses que nous avons pu recueillir par nos propres recherches.
8. LA THÉORIE DES PROBABILITÉS SERT DE BASE A l’Étude des lois naturelles.
Depuis plusieurs siècles, une révolution immense a éclaté parmi les hommes. On se souvient encore des luttes religieuses qu’il a fallu subir pour arriver à assigner à l’humanité sa véritable position intellectuelle, à admettre la liberté de la pensée et les limites dans lesquelles elle est contrainte de se resserrer. On sait avec quel acharnement, avec quels sacrifices il a faDu passer par ces guerres orageuses : mais tout n’était pas terminé. La question n’était pas philosophique seulement : elle ne concernait pas uniquement la partie intellectuelle et morale de l’humanité, considérée sous le point de vue circonscrit de la métaphysique et de la religion. Au miheu des préoccupations de l’homme et en l’absence des connaissances nécessaires pour juger, on dut abandonner pendant longtemps la partie purement physique de la question et ses appréciations mathématiques. Qui d’ailleurs eût été de force à proclamer alors que les plus fougueux combattants, dans cette lutte opiniâtre, obéissaient cependant à des lois non soupçonnées et fonctionnant tout aussi directement, tout aussi eflBcacement qu’en suivant les lois physiques dont les effets semblaient ne devoir frapper que la nature morte?
PHYSIQUE SOCULE.
Il fallait des observations et un jugement plus mûr pour aborder les diflScultés qui restaient à résoudre.
La guerre religieuse de la réforme durait encore, et les écliafauds se couvraient du sang des malheureux qui s'armaient pour la défendre, quand les hommes les plus habiles dans les sciences crurent devoir tourner leur attention vers des points qui avaient été abandonnés jusque-là. La théorie des probabilités prit naissance presque en même temps que la statistique, sa sœur puînée, dont elle devait devenir la compagne la plus sûre et la plus indispensable. Cette concordance n’est point accidentelle, mais l’une de ces sciences interroge en quelque sorte par ses calculs et coordonne ce que l’autre obtient par ses observations et ses expériences.
Dès sa naissance, la théorie des probabilités fut cultivée par les esprits les plus distingués, par les penseurs les plus profonds ; elle eut pour promoteurs Pascal, Fermât, Leibnitz, Huygens, Halley, de Sluze, Buffon, les Bernouilli, d’Alembert, Condorcet, La Place, Fourier, et l’on peut dire la plupart des savants qui ont agi le plus puissamment sur le siècle où ils vivaient. Elle fixa également l’attention de plusieurs hommes d’Etat d’un mérite éminent, qui surent apprécier les féconds résultats qu’on était en droit d’en attendre.
Cependant cette théorie si favorablement jugée par les plus beaux génies des temps modernes, cette théorie qui devrait servir de base à toutes les sciences d’observation, non-seulement n’est pas enseignée, mais elle est à peine connue, même des hommes qui auraient le plus d’intérêt à en faire usage. On pourrait s’en étonner, si l’histoire n’était là pour nous apprendre combien il faut de temps pour que les plus belles découvertes parviennent’ à descendre et à se faire jour dans les masses, où elles sont