LIVRE PREMIER
grand soin, en dehors de tout esprit de système, et au nombre de trois mille, elles n’auraient pas été en quantité suflSsante pour établir un jugement avec le degré de probabilité convenable. Le nombre des naissances masculines surpasse en effet très-peu le nombre des naissances féminines; le rapport est de 105 à 100 environ pour toute l’Europe; et quand on opère sur une grande population, sur celle d’un royaume, par exemple, le rapport est à pou près invariable d’une année à l’autre. .Mais il peut osciller dans des limites assez larges quand il s’agit d'une ville populeuse, où il n’est pas rare de voir, pendant une amiée, naître plus do tilles i(ue de garçons. C’est ainsi que notre praticien aurait pu, mémo en faisant une- assertion exacte, ne pas infirmer le fait généralement observé. Son erreur tiendrait à ce qu'il aurait tiré des conclusions de nombres trop faibles pour mettre en évidence le fait qu’il voulait constater ; Son résultat n avait pas le degré de probabilité nécessaire pour pouvoir être accepté avec confiance.
, La plupart des erreurs et des discordances que l’on trouve dans les ouvrages de statistique n’ont pas d’autre source ; et les gens du monde ont grand tort, en pareil cas, de s’en prendre à la science plutôt (ju’aux calculateurs, qui devraient seuls en être responsables.
Un auteur de mérite a publié, dans ces derniers temps, un écrit qui a vivement excité l’attention du monde savant ; H. Th. Buckle a exprimé, dans son ouvrage History of civiliMtion in England (i), des idées sur le retour constant des mêmes phénomènes dans la société, qui, sous
(l) 2 vol. in-8®, 3* tklition; Londres, chez Parker fils et Rouro, West- Strand; 1861.*- La traduction que nous citons a été autorisée par A. BaiUot, et a été imprimée à Paris, en 1865, par MM. A. Lacroix, Verboockhoven et O'. Voyez le premier volume, pages 31 et auivantee.
bien des rapports, sont entièrement conformes aux nôtres, bien que, pour les causes premières, nos appréciations puissent différer sensiblement. “ L’objet principal de la législation étant de protéger l’innocent contre le coupable, dit-il, il en est naturellement résulté que les gouvernements de l’Europe, aussitôt qu’ils s’aperçurent de l’importance des statistiques, ont commencé à réunir toute l'évidence possible relative aux crimes qu’ils devaient punir. Cette évidence s’est à peu près accumulée, et elle forme aujourd’hui par elle-même un immense fonds littéraire, contenant, avec les commentaires qui s’y rapportent, une série considérable de faits compilés avec tant de soin, si clairement et si bien classés, qu’il y a plus à apprendre de cette évidence, relativement à la nature morale de l’homme, que de toute l’expérience réunie des siècles précédents.
“ On pourrait bien supposer que, de tous les crimes, le meurtre est un des plus arbitraires et des plus irréguliers, car lorsque nous considérons que ce crime, bien qu’il soit généralement l’acte final d’une longue carrière de vices, est souvent le résultat immédiat de ce qui parait être une impulsion soudaine; que, lorsqu’il y a préméditation, la perpétration de ce crime, même avec la plus petite chance d’impunité, exige une rare combinaison de circonstances favorables, pour lesquelles le coupable devra bien souvent attendre ; qu’il lui faut par conséquent guetter le bon moment, et chercher les occasions qu’il ne peut contrôler ; que le cœur peut lui manquer lorsque le moment est venu; que la question de décider s’il commettra, oui ou non, le crime, peut dépendre d’un équilibre de motifs en contradiction les uns avec les autres, tels que la crainte de la loi, la terreur du châtiment dont la religion le menace, les cris de sa propre conscience, l’appréhension du remords futur, l’amour du gain, la jalousie, la ven-