‹ Physique socialeChapitre 33 sur 244 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sivement les divers éléments de son état physique et moral, et avoir reconnu en même temps les variations subies dans la quantité de choses qu’il produit et qu’il consomme, dans l’augmentation ou la diminution de ses richesses, dans ses relations avec les autres nations, on saura déterminer les lois auxquelles l’homme a été assujetti chez ces différents peuples depuis leur naissance, c’est-à-dire suivre la marche des centres de gravité de chaque partie du système, comme nous avons établi les lois relatives à l’homme, chez chaque peuple, par l’ensemble des observations faites sur les individus. Sous ce point de vue, les peuples seraient, par rapport au système social, ce que les individus sont par rapport aux peuples : les uns comme les autres auraient leurs lois de croissance et de dépérissement, et auraient une part plus ou moins grande dans les perturbations du système. Or, ce n’est que de l’ensemble des lois relatives aux différents peuples qu’on pourrait conclure ensuite ce qui appartient soit à l’équilibre, soit au mouvement du système, car nous ignorons lequel de ces deux états a effectivement lieu. Ce que nous voyons chaque jour nous prouve assez les effets d’actions internes et de forces qui réagissent les unes sur les autres; mais nous n’avons que des conjectures plus ou moins probables sur la marche du centre de gravité du système et sur la direction du mouvement : il peut se faire que pendant que toutes les parties se meuvent d’une manière progressive ou rétrograde, le centre demeure invariablement en équilibre.

On nous demandera peut-être comment nous pouvons déterminer d’une manière absolue la valeur perturbatrice de l’homme, c’est-à-dire les écarts plus ou moins grands que fait le système par rapport à l’état où il serait s’il était abandonné aux seules forces de la nature. Un pareil pro-

blême, s'il pouvait être résolu, serait curieux sans doute, mais il n’offrirait guère d’utilité, puisque cet état ne serait pas même dans la nature, l'homme, quel qu’il ait pu être, n’ayant jamais été entièrement dépouillé de sa force intellectuelle et réduit à vivre comme les animaux. Ce qui mérite le plus de fixer l’attention, c’est de savoir si les effet.s de la force perturbatrice varient d’une manière plus ou moins avantageuse.

D’après ce qui vient d’étre dit, la science aurait à rechercher :

1° Quelles sont les lois d’après lesquelles l'homme se reproduit; d’après lesquelles il croit, soit pour la taille, soit pour la force intellectuelle, soit pour son penchant plus ou moins grand a i bien comme au mal; d’après lesquelles se développent : i;s passions et ses goûts, se succèdent les choses qu’il produit ou qu’il consomme ; d’après lesquelles il meurt, etc.

2" Quelle est l’action que la nature exerce sur l’homme ; quelle est la mesure de son influence; quelles sont les forces perturbatrices, et quels ont été leurs effets pendant telle ou telle période; quels ont été les éléments sociaux qui en ont été principalement affectés.

3“ Enfin les forces de l’homme peuvent-elles compromettre la stabilité du système social ?

J’ignore si l’on pourra jamais répondre à toutes ces questions, mais il me semble que leurs solutions seraient les plus beaux et les plus intéressants résultats que pourraient se proposer les recherches des hommes. Convaincu de cette vérité, j’ai déjà entrepris quelques essais pour répondre dès à présent à la première série de questions, et plutôt encore pour chercher à faire comprendre mes idées et indiquer la marche qui me semble flevoir être suivie. J’ ai essayé aussi de démontrer comment on peut

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