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réunis sur un même plan, et, s’il est possible, dans une même langue, à côté de la langue dont on se sert dans chaque pays. Bien qu’il ne soit ici question que des grands chiffres qui peuvent intéresser la science et les hommes éclairés en général, toutes les nations ne sont pas également préparées à commencer un travail semblable. Les plus avancées dans le recueillement des documents statistiques devraient donner l’exemple, s’entendre entre elles, et montrer comment il convient de procéder pour arriver à une marche commune, qui permette de comparer les différents renseignements.
“ S’agit-il de population, par exemple, il faut établir exactement quel est, dans chaque pays, le chiffre des habitants par province ou par département, en faisant la distinction des hommes et des femmes; connaître l’influence des âges et donner, s’il est possible, des tables exactes de population et de mortalité; faire la distinction des villes et des campagnes, des professions les plus importantes et des différentes races d’hommes, s’il y a lieu.
“ Aux travaux de détail il faudrait faire succéder les travaux généraux, en les soumettant aux hommes les plus exercés. La statistique des États prendrait ainsi sa véritable place, et chaque peuple serait éclairé sur ses intérêts les plus chers. Un essai semblable permettrait d’entreprendre ensuite le travail général, s’il y avait lieu, et d’arriver à la possibilité d’apprécier exactement la situation de chaque pays. »
Après le congrès de Londres, deux de ses membres, sur l’invitation de l’assemblée, formulèrent le projet de l’ouvrage qu’il s’agissait d’exécuter, et le soumirent, par circulaire, à leurs collègues pour obtenir leur avis. Ils profitèrent des renseignements qu’ils reçurent obligeam-
ment, et des observations qui leur furent faites, pour arrêter les plans qu'ils avaient à suivre.
Ces documents devaient porter principalement, dans un premier essai, sur le chiffre de la population dans chaque pays, en ayant égard au sexe et à l’âge, et, autant que possible, aux tables de mortalité.
11 lut également convenu que chaque pays indiquerait l'étendue de sa surface en unités qui lui sont particulières, et qu’une colonne voisine exprimerait cette même étendue dans le système métrique , afin d’obtenir des résultats uniformes et immédiatement comparables. L’assemblée exprima en même temps son vif désir de voir ce système uniforme de mesure, c’est-à-dire le système métrique, s’introduire dans les différents pays civilisés, et abréger ainsi les relations de ces pays de la manière la plus heureuse et la plus profitable pour l’emploi du temps.
Il est imporUmt de reconnaître en effet la différence très-grande qui doit nécessairement exister entre les statistiques générales des diflférents pays et la statistique d’un seul pays, et souvent d’une seule classe particulière de faits.
On crut nécessaire, par exemple, de produire, en ayant égard à la population totale, les tables de mortalité qui auraient été faites dans chaque pays, sans s’arrêter aux tables qui auraient pu avoir été formées pour servir à des sociétés particulières ou à des recherches ne se rapportant pas à l’ensemble de la nation. •
Enfin, on réunit avec tout le soin possible les éléments qui se rapportaient aux naissances, aux mariages et aux décès, eu faisant la séparation des âges, des sexes, de l’habitation des villes et des campagnes; et, eu général, en introduisant dans les nombres les distinctions les plus essentielles. Malgré ces soins, il fut impossible d’obtenir des documents pour tous les pays de l’Europe; mais
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on a pu réunir au moins ceux des principaux États.
Pour se former une idée de l’importance des résultats et de leur degré de probabilité, il était essentiel aussi d'avoir égard à plusieurs circonstances, telles que la grandeur de la population de chaque pays, le nombre d’années d’observation qu’il était possible d’employer, la valeur des méthodes qui avaient servi au recueillement des nombres, l’exactitude des collecteurs, etc.
Une science, du reste, ne s’improvise pas : en étudiant la statistique, on retrouve, sur le terrain des connaissances humaines, la trace de ses premiers pas, indécis il est vrai, mais quelquefois assez marqués pour qu’on s’étonne de leurs progrès et de la manière dont ils tendent vers leur but principal.
Dès sou origine, cette science a vu naitre deux genres de prosélytes : les savants, qui étudient la valeur des faits d’après les données de l’expérience, et les hommes pratiques, qui veulent avoir simplement l’expression de ces mêmes faits, sans remonter aux causes scientifiques qui les ont fait naitre et sans apprécier l’énergie de ces causes ni leur mode d’action.
Les premiers connaissaient trop bien la marche des autres sciences pour ne pas apercevoir le secours que devait en recevoir la statistique naissante, et pour ne pas lui faire éviter le danger de prendre une fausse route. Quelques calculateurs philosophes créèrent les tables de mortalité et celles de population; et, chose étrange aux yeux de ceux qui ne connaissent point les méthodes analogiques, ce * furent surtout les astronomes qui s’en occupèrent et qui, à partir de Halley, en furent les principaux promoteurs dans les^ différents pays.
Les sciences mathématiques, et spécialement le calcul des probabilités, ont ouvert le chemin à diverses applica-
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tiens. Bien des questions ont été abordées avant même qu’on eût les éléments nécessaires pour les résoudre par l’expérience. Ces antécédents trop hâtifs ont produit, il est vrai, de nombreuses erreurs; ils ont entravé la marche de la statistique et ont fait tourner des regards inquiets vers le passé, surtout chez ceux qui avaient le plus de confiance dans son avenir.
Dans ces instants difficiles, des savants de premier ordre n’ont pas dédaigné de porter leur attention sur ce genre de calcul et de lui donner l’impulsion nécessaire. Il lui a fallu peu de temps ensuite pour prendre une place honorable parmi les autres sciences ; on a reconnu les services qu’on pouvait en attendre, surtout dans des pays libres, où l’attention se porte naturellement vers les questions sociales les plus importantes.
Sans doute, parmi les hommes chargés de ces travaux, il s’en trouvera qui ne sauront pas avec la même facilité apprécier la valeur probable d’un résultat, et qui mettront sur une même ligne des quantités d’un poids mathématique bien différent; mais, si les connaissances, pour le faire, leur manquent, il leur suffira de donner des nombres précis avec les documents nécessaires pour permettre à d’autres l’appréciation de leur travail. Cette dernière partie appartient plus spécialement aux sciences mathématiques.
Le premier but à atteindre est donc de chercher à réunir des nombres essentiellement comparables entre eux et, de plus, comparables entre les différentes localités et les différents peuples.
Il faut, avant tout, s’occuper de la population et de la division territoriale (i), puis considérer plus tard ce qui
(t) Lors du congrès de statistique ds Londres, Iss membres préposée à la
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tient à l’agriculture, au commerce, à l’industrie, etc. Les questions sont trop nombreuses pour quelles puissent toutes fixer l’attention dès le premier instant. D’ailleurs les gouvernements ne sont pas encore préparés à fournir les éléments d’un travail d’ensemble, et c’était à eux que devait s’adresser l’appel de leurs délégués.
La statistique des différents Etats ne doit pas être confondue avec une statistique individuelle. Celle-ci doit procéder librement ; elle peut traiter des questions particulières, examiner des difficultés qui appartiennent uniquement à un Etat donné, peut-être même à une classe d’hommes. Mais la statistique des Etats, marchant dans une voie plus large,
rédaction des statistiques officielles se sont réunis, et ont pris l'engagement de faire un essai sur les documents qu’il peut être utile de présenter en premier lieu. La commission, lors de ce congrès, tenu sous les auspices de S. A. R. le prince Albert, a présenté son rapport dans la séance générale du 18 Juillet 1860. pays qui ont souscrit à, l'engagement de présenter un plan de statistique générale entre les différentes nations, étaient :
L’Angleterre, représentée par M. Parr, directeur du registre général;
L’Autriche, M le baron de Czœrnig;
La Bariére, — M. de Hermann, conseiller général;
La Belgique, ~ MM. Quetelet et HenschUng;
Le Danemark, — M. David, ancien ministre des finances;
L’Espagne, — M. le comte de Ripalda;
Les Etats-Unis, — M. le docteur Edw. Jarvis ;
La France, — M Legoyt, directeur de la statistique ;
Le Hanovre, — M. le professeur Wappfius ;
L'Italie, — M. Gaétan Vanneschi ;
Les Pays-Bas, — M.deBaumhauer.directeurdelastatistique;
Le Portugal, — M. le docteur Deslandes;
La Prusse, ^ M. Engel, directeur de la statistique;
La Russie, — MM. do Bouchon et Vernadsld;
La Saxe- Ducale, — M. Hopf, directeur de la Banque;
l.a Suède, ~ M. Berg, directeur de la statistique;
La Suisse, — MM. Vogt et Kolb.
Tel était le programme, qui s'est successivement augmenté de plusieurs noms recommandables dans la science, MM. Maestri, le marquis d'Avila, Brown, Ssemenow, Ftcker, E.-B. Elliott, Pioda, tous représentants de leur pays respectif.
doit, au contraire, offrir entre ceux-ci des rapprochements faciles. Four établir les comparaisons, on doit éviter de recourir à un grand nombre d'ouvrages et n’user que de chiffres constatés officiellement ; s'il s'y trouve des erreurs, on les aura bientôt aperçues, et les hommes les plus compétents seront les premiers à les signaler (i).