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PHÉNOMÈNES PÉRIODIQUES

Il est un genre do phénomènes qui mérite une attention spéciale ; c’est celui qui concerne les changements périodiques, soit diurnes, soit annuels, qu’éprouvent tous les corps de la nature : ils forment une des études les plus attrayantes. Parmi ces phénomènes, il en est qui semblent se produire sans cause appréciable et qui s’effacent aussitôt après leur apparition ; d’autres se manifestent sous des conditions plus sensibles; et si l’on ne peut en fixer exactement les causes ni le mode d’action, une obser-

(1) M A. Legoyt a fait paraître» en un volume tréa-utile intitulé: la France et VÊtraïtger ; études de statistique compari^e, dans lequel il a passé en revue un grand nombre de documents intéressants sur les populations des divers pays. Dans une étude spéciale, l’auteur se plaint de l'impopularité de la statistique Nous pensons que cette crainte a pu exister chez chacun des statisticiens quand ils se sont réunis pour la première fois, et qu’ils cherchaient à s'entendre et À travailler sur un même plan. Mais à chaque réunion nouvelle, les préjugés existants ont diminué chez les curieux qui désiraient prendre part au congrès; et surtout chez les statisticiens des gouvernements qui entrevoyaient déjà sans crainte l'avenir et Tutilité de cette science. Des propositions, parfois imprudentes, pouvaient faire hésiter sur ce mouvement progressif, mais on a Uni par s'entendre mieux que Jamais et par concevoir la possibilité de gagner un temps immense en régularisant les travaux. Les Ktats ont compris, peut être mieux encore que leui*s délégués, les avantages qu’ils avaient a retirer de cette grande association, dont les commencements laisseront sans doute les traces de ses premiers pas dans la carrière de la civilisation : on n'a pas assez remarqué ses travaux qui en forment en quelque sorte les légendes.

LITRE PREMIER, vation prolongée permet du moins de les reconnaître et d’en apprécier les principales circonstances.

Dès qu’un fait a frappé nos regards, dès que nous avons pu en constater les effets et reconnaître une similitude avec un fait analogue qui se reproduit sous les mômes aspects, nous sommes naturellement portés à supposer entre eux une identité. Cette probabilité se change en certitude, lorsque nous voyons le môme phénomène se présenter successivement dans le môme ordre et à peu près avec les mômes conditions. En ne le jugeant que par ses caractères extérieurs, on peut supposer ce phénomène périodique; mais quand, aidé par la science, on reconnaît qu’il se produit toujours de la même manière et par les mômes causes, on possède, outre la conviction physique, celle qui procède du raisonnement (i).

Cette dernière conviction est quelquefois difficile à acquérir; ainsi, la durée du jour est le plus apparent de tous les phénomènes périodiques qui nous concernent : la plus simple intelligence, depuis le commencement des choses, a pu en reconnaître la durée et la succession ; mais il n’en est pas de môme de l’h}'pothèse qui attribue son origine au mouvement do rotation de la terre autour de son axe. En 1633, Galilée, à l’âge de soixante et dix ans, avouait encore, bien malgré lui sans doute, qu’il avait pu se tromper en proclamant ce principe; mais aujourd’hui

(I) Voyez, sur les phénotnènes périodiques, pages 203 et suivantes, et spécialement à U page 425, leur tableau général, dans les Lettres sur la Thâorib des probabilitAs, publiéas à Rruzellee, en 1846, in 8*, chez M. H. Hayez. Voyez aussi les intéressantes recherches de M. Wappâus: AUgemeine Betolkrrungsstatisiik, 2 vol. in-8®; I^ipzig, 1859 et 1861 ; les travaux de M. Adolphe Wagner, particuliérement ceux insérés dans le Deutsches Staatttoôrierbnch ; les recherches de M. Adolphe Held, dans le Jahrbücher fur Nationalôkonomie ; de M. Cantor, dans le Literatur^

zeitung fur Math, xind Phys., XI, 4; de M. J. -A. Oninert, dans son exellent recueil Archiv cUr Mathematik, etc., 1867; etc.

on peut s’étonner qu’un phénomène aussi simple fût encore si généralement ignoré. Il impôt to donc de faire une différencé bien grande entre le fait aperçu et le fait expliqué par la science.

Ainsi, le phénomène du jour, qui exerce une si grande influence sur la nature physique de l’homme en général, semble, quand il s’agit d’en apprécier les causes, en produire bien peu sur son intelligence ; il a fallu traverser des siècles pour arriver à une explication complète de ce fait. La durée du jour est peut-être le phénomène le plus important qui soit soumis à nos méditations ; il se reproduit par ses eflets dans tous les ordres de la nature. Chez l’homme surtout, il fait partie essentielle de son existence : la veille et les travaux qui l’occupent, le sommeil qui y Succède forment un retour périodique et non interrompu qui partage sa vie entière, et qui le rend, à son insu, le reproducteur continuel des mêmes actions, et l’on pourrait dire des mêmes pensées. La chaîne entière de la vie, si l’on pouvait la considérer dans toute son étendue, se trouve régulièrement coupée, par distances égales d’un jour ou d’un an, par exemple, qu’on l’estime soit sous le rapport de l’activité du corps ou de l’esprit, soit pour' le mouvement des passions, soit même pour les époques ou du commencement ou de la cessation de son existence.

Les animaux ne sont pas moins sensibles à ces alternatives qu’on retrouve partout dans la nature. La plante, de son côté, après les chaleurs du jour, a son sommeil ainsi que l’homme, et présente des phénomènes qui varient successivement : la partie inanimée de la création elle-même semble prendre part à ce mouvement diurne.

Notre globe, en tournant autour de sou axe et en subissant l’influence du soleil, présente une succession périodique de lumière et (j’ombre; il jouit alternativement

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du jour et de la nuit : cette variation est sensible à tout ce qui respire. Si l’on consulte le savant, il fera connaître d’autres phénomènes diurnes qui échappent en général à l’attention des hommes : il indiquera les phénomènes électriques et galvaniques, dont l’équation diurne est encore si peu connue; il parlera de la quantité de lumière qu’envoient les différentes parties du ciel selon leur distance angulaire avec le soleil ; il fera connaître la loi de la polarisation de cette même lumière. On sent déjà que le monde s’agrandit et que, par la multiplicité des phénomènes auxquels cette loi donne lieu, ce sujet semble devenir infini.

La périodicité diurne est donc fondamentale ; elle produit, dans chaque ordre de faits, des phénomènes périodiques secondaires, dont quelques-uns donnent lieu à des études qui commencent à peine à être entrevues, et qui mériteront, sans doute, une attention toute spéciale quand la météorologie aura pris le rang qui lui appartient.

Il est un autre ordre de faits périodiques non moins intéressants : c’est celui des phénomènes annuels qui dépendent du temps qu’emploie la terre à faire sa révolution autour du soleil. L’homme les connaît dans leur ensemble; il a su se faire aux plaisirs et aux peines que lui imposent les saisons, et surtout les chaleurs de l’été et les rigueurs de l’hiver. Mais le savant qui en apprécie les causes et qui sait que ces phénomènes dépendent de l’inclinaison de l’axe de notre terre sur le plan de l’écliptique, peut mieux se rendre compte de tous les effets observés. Il voit cette obliquité diminuer lentement d’année en année, et il a pu croire d’abord qu’un jour elle disparaîtrait complètement et que les saisons cesseraient alors d’avoir leur cours. Mais les progrès de l’astronomie lui ont appris, depuis, que cette diminution de l’obliquité de l’écliptique aura ses limi-

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tes, et que la terre reprendra sa position première (i).

Si les alternatives de la période annuelle ont une action si puissante sur l’homme, si elles exercent, d’après les recherches statistiques, une influence marquée sur le nombre des naissances, des décès et sur tous les faits qui concernent l’humanité, son action est bien mieux marquée \ encore quand on considère les animaux et surtout les plantes (2).

Parmi les animaux, et particulièrement parmi les oiseaux, il en est qui reparaissent à certaines époques de l’année, selon les degrés de latitude et seldn la température des climats. Ce dernier phénomène, qui les avait appelés, leur donne ensuite le signal du départ aux approches de l’hiver. Nous en dirons autant de ce peuple d'insectes qui s’attachent à nos forêts et aux plantes en général ; ils reviennent à des époques et à des températures marquées, ils choisissent chacun l’arbre qui leur convient; ils olFrent en même temps aux naturalistes l’une des études les plus attrayantes.

L’homme à son tour franchit, vers les pôles de notre globe, des limites que les plantes n’atteignent généralement pas, et ou peu d’animaux réussissent à séjourner.

(1) M. Girularoo Boccardo vient de faire paraître, bous le titre : Fisica del Globo, un ouvrage qui expose, avec beaucoup d'onire et de clarté, tous les grands phénomènes, présentés généralement dans les traités de géogra* pbie physique et de météorologie. 11 a su décrire avec intérêt les phénomènes natur< Is qui intéressent le plus les hommes, et les présenter sous leurs formes les plus intéressantes.

(2) Les phénomènes périodiques des plantes et des animaux avaient d'abord appelé l'attention de Linné. Ce savant crut devoir abandonner ensuite cette étude. Elle a été reprise plus tard en Belgique, puis en Autriche, en France, en Angleterre, dans Une partie de la Prusse et de la Russie, et, en général, dans la plupart des pays où les sciencee sont cultivées. Les naturalistes les plus distingués s'en sont occupés, et depuis plus d'un quart de siècle, la plupart ont transmis obligeamment leurs observations à l'Académie royale de Belgique.

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