‹ Physique sociale, ouChapitre 175 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

table, et tout à fait hors de proportion avec la mortalité la plu.s forte, qui moissonne les autres petits enfants, même dans les classes les plus indigentes.

3" Que l’infanticide est à peine prévenu par les maisons d’enfants trouvés; ou mieux, que pour empêcher quelques infanticides, soit directs, soit indirects, par l’effet d’un abandon non secouru, ces maisons détruisent ellesmêmes un nombre incomparablement plus grand d’enfants (i).

( I) Od 8*eat beaucoup occupé» dans ces derniers temps, de la mortalité des nouveau-nés, et particuliérement de la mortalité considérable des jeunes entants mis en nourrice loin des yeux de leurs parents. Des réclamations ont particuliérement éclaté en France, et surtout À l’Académie impériale de médecine. Cette assemblée distinguée avait été chargée par le gouvernement d émettre son avis : on peut voir, dans le volume 32 de son Bulletin, année 1866-1867, que plusieurs séances ont été successivement consacrées A lexamen de cette importante question, ayant pour objet d'ap* précier les discours pleins de raison et d'humanité qui ont été prononcés par plusieurs de ses membres, par MM. Boudet, Husson,Monot, Brochard, Robinet, Blot, Bertillon, Devilliers, Devergie, Droca, Guérin, Piorry, etc. Ce sujet, qui mérite au plus haut point toute l’attention des savants, est malheureusement considéré encore sous des aspects bien différents, même dans les États les plus éclairés.

Dans la séance du 15 janvier 1867, M. Jules Guérin citait, A TAcadémie royale de médecine de Paris, les plaintes suivantes, qui lui avaient été communiquées par un de ses collègues : un autre médecin du même département, le docteur Galopin, écrivait ce qui suit : • Je ne connais qu’excessivement peu do bonnes nourrices : j’en connais beaucoup de trèsmauvaises. 11 en est qui font de cela métier depuis dix, douze, quinze ans, qui ont tot^'ours des nourrissons; et qui, je crois, n’en ont jamais rendu aux parents. Ce qui m’a fait dire bien souvent que je trouvais trés-bétes les filles de Paris qui donnent, tête baissée, dans le code pénal en tuant leurs enfants, quand elles pourraient éviter le piège que tend la loi, en les mettant en nourrice A Montlgny, ou dans certaines maisons de la commune d’IUiers. •• J’ai reproduit ces paroles dans toute leur crudité, parce que, quand il s'agit de faits de ce genre, l’expression n’en saurait être trop vive et trop accentuée. *

QUALITÉS THYSIQUES.

3. INFLUENCE DES LUMIÈRES ET DES INSTITUTIONS POLITIQUES ET RELIGIEUSES.

La civilisation, en rendant plus douce l'existence de l’homme, est parvenue aussi à la rendre plus longue ; le développement des sciences a contribué à faire assainir les demeures particulières et l’enceinte des villes, à faire disparaître peu à peu les terrains marécageux et les causes si fréquentes d’épidémies qui désolaient nos aïeux. En multipliant entre les peuples les relations commerciales, les lumières ont aussi rendu moins fréquentes et moins redoutables les famines, dont les chances ont diminué d’une autre part en améliorant la culture des terres et en variant les moyens de subsistance. Le savoir médical et l’hygiène publique ont également trouvé des moyens précieux pour combattre la mortalité, tandis que le développement de l’industrie et les garanties que recevait la société par des institutions plus libérales, contribuaient à répandre l’aisance et les moyens les plus actifs de conservation.

Il paraît bien établi aujourd’hui que, dans les pays où la civilisation fait le plus de progrès, on observe aussi la plus grandp diminution de mortalité. Il ne faut cependant pas s’exagérer ces avantages, comme on l’a fait pour quelques pays; plus les documents statistiques acquièrent d’exactitude, plus nous découvrons chaque jour de nouveaux préjugés à cet égard. L’Angleterre s’est placée dans une position avantageuse qui a toujours fixé l’attention des savants qui se sont occupés de la théorie de la population ; mais c’est peut-être à ce royaume que ma remarque est le plus applicable. Si nous examinons quelle a été la mortalité depuis le commencement du xviii” siècle, nous

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