‹ Physique sociale, ouChapitre 184 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

rangé au nombre des causes auxquelles on peut attribuer ce funeste résultat. Cette dernière circonstance s'est surtout fait remarquer dans la désastreuse année 1816. Une multitude de malheureux n'entrèrent alors dans les dépôts que pour y expirer peu de jours après leur arrivée, et la plupart des autres périrent, les deux années suivantes, par des maladies de langueur. D'une autre part, il n'est pas impossible que la transition subite des privations les plus affreuses à une alimentation qui, comparativement, doit paraître surabgndaiite, exerce ici une influence d’autant plus déplorable, qu'avec un peu plus de précaution elle pouvait être écartée. Une troisième observation qui ne doit pas être passée sous silence, c'est que, pour trouver les lois de la mortalité dans les établissements dont la population est mobile, il ne suffit pas de comparer les décès au nombre des journées d’entretien, mais il faut aussi faire attention aux nombres des individus entre lesquel.s ce nombre de journées doit être réparti. Plus ce dernier nombre est grand, surtout dans les asiles de la misère et des infirmités humaines, plus les chances de la mortalité semblent devoir se multiplier (i). »

La mortalité qui vient d’être signalée est bien grande sans doute, mais je ne pense pas qu’elle ait jamais atteint, dans aucun dépôt de mendicité de la Belgique, un chiffre plus élevé qu’il n’était, vers le commencement de ce siècle, dans les dépôts de mendicité de la France. En effet, d’après M. Villermé (2), la mortalité était à Laon, pendant une période de 13 années finissant en 1826, de 1 individu sur 4,32; à Nancy, en 1789, de 1 sur 5; et, en 1801, de 1 sur 3,2; à Auch, pendant une période de cinq années,

(1) Ces observatioDs judicieuses sont extraites des notes dont M. le baron de Keyerberg a enrichi mes Recherchessur lespopulations,les naissanceSyeXo.

(2) Mortalité daiu les prisons [Annales dBygiènSt tome I, page 9,.

de 1 sur moins de 3; à Metï, de 1 sur 8,1 en 1789, et sur 2,2 en 1801. Cette affreuse mortalité ne peut être comparée qu’à ce qui se passait, aussi vers le commencement de ce siècle, dans une des principales prisons de la Belgique : on aura peine à le croire, il mourut dans la prison de Vilvordc, .

En 1802, 1 prifiOQoier sur 1,27 de populatiun moyenne.

En 1801, le mal n'existait p<jint encore; c’est en 1802 qu’il avait sa plus grande intensité; en 1805, M. Chaban, préfet de l’ancien département de la Dyle, et M. Rouppe, inspecteur général de la prison, commencèrent des améliorations qui ne purent être complétées qu’en 1807 (i). M. Villermé, qui a pris soin d’enregisti’er également cette calamité remarquable dans son travail sur la mortalité des prisons, y ajoute les réflexions suivantes. “ Après ces derniers faits, qu’aurai-je à dire pour montrer la puissance de l’administration : je ne crois point queremprisonnement soit toujours une barbarie, mais presijue toujours la mauvaise tenue des prisons le rend telle. Ceux qui se sont occupés du soin des prisonniers n’ayant jamais fait de recherches du genre de celles-ci, ce qu’ils en ont dit a souvent paru dicté par une sensibilité déclamatoire. Mais lorsque l’on compte les hommes et que l’on détermine la proportion annuelle de leurs décès, tout se réduit alors à un simple calcul dont il faut vérifier les éléments. S’il est exact, tout le mal ou tout le bien que le chiffre exprime est réel. »

(1) Tableau statittique de la maison de détention de Vilcorde^ par M. Rouppe

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