‹ Physique sociale, ouChapitre 189 sur 238 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

«tre piLs deux fois^I.ins des circonstances absolument semblables.

Afin' de ne pas trop m'écarter de ma première hypothèse, je suppose qn'il n’y ait, dans l’espèce humaine, de différence que celle (ju’y met le sexe. Déjà le médecin sera moins sûr de son fait ; et s’il a réussi à guérir d’abord un homme, peut-être va-t-il échouer quand il s’agira de traiter une femme. Il faudra recourir h l’expérience et constater si les moyens employés une première fois réussissent encore; il lui faut donc au moins deux observations.

S'il n’y avait pas seulement différence de sexe, s’il existait encore une inégalité d’êge, il faudrait augmenter le nombre des observations. Ainsi, en ne supposant, pour simplifier, que trois classes seulement, se composant chacune d’individus aj'ant exactement le même iige, à savoir d’enfants, d’adolescents ou de vieillards, il n’existerait que six espèces d’individus, et il faudrait avoir au moins une observation pour chacun des six cas différents qui pourraient se présenter. Cependant, comme les âges peuvent varier par toutes les nuances, faudra-t-il autant d’observations qu’il y a d’âges possibles? Le nombre serait infini.

Que dire alors, s'il faut tenir compte non-seulement du sexe et de l’âge, mais encore de toutes les particularités individuelles? Je le répète, toute la carrière d'un médecin ne suffirait pas pour avoir l’occasion d’observer deux malades dans des circonstances absolument semblables.

Telle est, me semble-t-il, la plus forte objection que l’on puisse faire contre l'emploi de la statistique dans les sciences médicales. S’il s’agis.sait de prévoir tous les cas qui peuvent se présenter, et de réunir assez d’observations pour vérifier toutes les combinaisons possibles, il faudrait désespérer d’arriver jamais à quelque chose de satisfaisant, il faudrait renoncer non-seulement à l’usage de la

statistique, mais encore à l’observatioe môme. L’expérience, en effet, ne serait qu'un vain mot, puisqu’une seule maladie pourrait subir un nombre infini de'modifications, sous l’influence de toutes les causes qui la font naître.

Voyons cependant pourquoi les médecins, ceux mêmes qui repoussent 1e plus vivement la statistique, n’ont pas entièrement désespéré de l’avenir do leur science. C’est qu’ils ont senti qu’il n’existe pas un grand nombre de cas essentiellement différents, bien que les causes qui peuvent influer sur une môme maladie soient, en général, trèsnombreuses et susceptibles de varier par une infinité de nuances. Dans bien des maladies, par exemple, la différence des sexes ne produit pas d’effet appréciable; il en est de même d’une inégalité peu marquée dans les ôges ; en sorte que ces causes peuvent ôtre considérées comme exerçant à peu près la môme influence. Il ne reste alors qu’à reconnaître les causes qui exercent une action individuelle fortement prononcée, età faire, d’après une observation suivie, la part d’énergie qui leur appartient respectivement. Cet examen ne peut être fait que par des hommes d’un tact exquis et d’un jugement sûr, par des observateurs doués de cette aptitude à la patience que Buffon nommait le génie. Or, croit-on que des hommes de cette prudence ne tiennent aucun compte de leurs observations, et que, quand ils en tiennent compte pour les comparer ensuite, ils préfèrent les confier à leur mémoire plutôt qu’au papier? Mais dès qüe ces observations sont recueillies pour être rendues comparables et en tirer des déductions, l’on fait de la statistique; on a beau s’en défendre. Il y a seulement cette différence entre ceux qui écrivent les résultats de leurs observations et ceux qui les confient à leur mémoire, c’est que les premiers se conforment aux prin-

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