LIVRE DEUXIÈME
cipes de la science, et que les autres y manquent d’une manière grossière.
Dans les stiences medicales, d’ailleurs, et dans l’hygiène publique en particulier, tous les faits ne sont pas également compliqués et, par suite, ne se présentent pas avec les mêmes difficultés à l’analyse statistique. Lorsque l’observateur les a reconnus, il est certain de pouvoir y appliquer avec succès la méthode fondée sur le calcul des probabilités.
Quand Jenner dota l’humanité de son importante découverte, on comprit d’abord que, pour reconnaître la valeur de la vaccine, il fallait enregistrer les faits et les comparer avec la plus scrupuleuse attention, en ayant égard à toutes les causes qui pouvaient s’opposer à son efficacité. Cette méthode purement statistique mit hors de doute le bienfait de la vaccine. C’est encore elle qui vint constater plus tard que ce précieux préservatif n’avait, dans certaines circonstances, qu’une action temporaire.
Prenons un autre exemple, qui nous montrera combien on peut errer longtemps, par la répugnance qu’on éprouve à compter, dans des questions qui sont exclusivement du domaine des nombres. Avant même qu’elle eût un nom, on avait fait intervenir la statistique dans les questions médicales. On avait déterminé la marche du pouls aux différents âges, reconnu la part qu’il faut faire à chaque sexe. Seulement des observations, ou mauvaises, ou trop peu nombreuses, avaient induit en erreur sur le nombre des battements chez les vieillards. La méprise fut répétée successivement dans tous les traités de physiologie, et bien que les médecins fussent, chaque jour, dans le cas de tâter le pouls des malades et de se diriger d’après ses indications, ils n’eurent pas la curiosité de vérifier le fait. Ce ne fut que dans ces derniers temps que l’on constata
par (le nouvelles observations que le pouls, contrairement à l’opinion re<;ue, est gilndraloment plus accélciré chez le vieillard que chez l’homme dans la maturité de l’Age. Au lieu de repousser dédaigneusement le secours de la statistique, ne ferait-on pas mieux de s’en servir pour détruire bien des méprises qui subsistent dans les ouvrages consacrés aux sciences médicales? La plupart des nombres qu’on y rencontre e.xigeraient une sévère révision, et l’on serait peut-être étonné des erreurs qu’on aurait à y corriger (i).
Les données statistiques, n’en doutons pas, seraient de la plus grande utilité, si elles étaient toujours recueillies sans passion et sans intention de faire prévaloir une idée préconçue. Quand le chirurgien préfère un genre d’opération à un autre, c’est qu’il y trouve plus de chances de succès. Or, pour être arrivé à cette conclusion, il a fallu compter et comparer ; il a fallu recourir à la statistique. Les déplorables abus qu'on a fait de cette science ont souvent laissé croire à l’impossibilité de s’en servir. Quand, chez un individu, on a constaté la présence de la pierre, il existe différentes méthodes pour en opérer l’extraction. Laquelle faut-il préférer ? Il est évident que cotte question ne peut guère être décidée qu’en réunissant des observations faites avec conscience et discernement. Si, toutes choses (‘gales, la lithotritie sauve plus de malades que la taille, c’est la lithotritie qu’il faut choisir. Je répète avec intention toutes choses égales, c’est-à-dire, les opérateurs ayant la même dextérité, les instruments étant également bons, tous les cas observés étant exactement comparables.
(1) C'est ce que beaucoup de médecins instruits ont fait tout récemment encore cbex les peuples les plus éclairés; et pour ne parler que de la médecine, il suffirait de nommer quelques ouvrages remarquables qui ont été publiés «ian^ ces dei niors temps.