ÉTUDE DES LOIS RELATIVES A l’hOMME
Non-seulement dans ce qui tient à ses qualités physiques, mais même dans ce qui se rapporte à ses actions, l’homipe se trouve sous l’influence de causes dont la plupart sont régulières et périodiques. On peut, par une étude suivie, déterminer ces causes et leur mode d’action, ainsi que les lois auxqifelles elles donnent naissance ; mais on doit, pour y réussir, étudier les masses, afin d’éliminer des observations tout ce qui n’est que fortuit ou individuel. Le calcul des probabilités montre que, toutes choses égales, on se rapproche d’autant plus de la vérité ou des lois que l’on veut saisir, que les observations embrassent un plus grand nombre d’individus.
Ces lois, par la manière même dont ou les a déter-
PHYSIQUE SOCULB.
minées, ne présentent plus rien d’individuel ; et par conséquent, on ne saurait les «appliquer aux individus que dans de certaines limites. Toutes les applications qu’on voudrait en faire à un homme en particulier seraient essentiellement fausses; de même que si l’on prétendait, en faisant usage des tables de mortalité, déterminer l’époque à laquelle une personne désignée doit cesser d’exister.
De pareilles tables, pour des cas particuliers, ne peuvent donner que des valeurs plus ou moins approchées, et le calcul des probabilités montre encore ici que les résultats qu’on endéduit.et les résultats que l’on observe, s’accordent d’autant mieux qu’ils se rapportent à un plus grand nombre d’individus.
Il s’agit donc de bien s’entendre sur la nature et la valeur des lois que nous nous proposons de rechercher; c’est le corps social que nous avons en vue d’étudier, et non les particularités qui distinguent les individus dont il se compose. Cette étude intéresse surtout le philosophe et le législateur : le littérateur et l’artiste, au contraire, s’attacheront de préférence à saisir ces particularités, que nous tâchons d’éliminer dq nos résultats, et qui donnent de la physionomie et du pittoresque à la société.
Du reste, les lois qui se rapportent à la manière d’être du corps social, ne sont pas essentiellement invariables : elles peuvent changer, dans de certaines limites, avec la nature des causes qui leur donnent naissance : ainsi les progrès de la civilisation ont nécessairement fait changer les lois relatives à la mortalité, comme ils doivent influer aussi sur le physique et le moral de l’homme. Les tables que l’on a construites sur l’intensité du penchant au crime aux différents âges, quoique ayant présenté, depuis plusieurs années, à peu près identiquement les mêmes
résultats pour la France, peuvent se modifier graduellement; c'est même vers cette modification que les amis de l’humanité doivent tourner leur attention. Le corps social, que nous avons en vue d’étudier, ne doit plus être abandonné à une espèce d’empirisme; il convient d’offrir les moyens de reconnaître directement les causes qui influent sur la société, et de mesurer l’influence (ju’elles exercent.
Ces causes, une fois reconnues, ne présentent point de changements brusques dans leurs variations, comme nous l’avons déjà fait observer ; mais elles se modifient graduellement. On peut juger, par la connaissance du passé, de CO qui doit arriver prochainement ; nos conjectures peuvent même, dans beaucoup do circonstances, embrasser une période de plusieurs années, sans qu’on ait à craindre que l’expérience ajiporte des résultats qui sortent do certaines limites que l’on peut également assigner d’avance. Ces limites deviennent naturellement d’autant plus larges que nos prévisions embrassent un plus grand nombre d’années.
Pour fixer nos idées, prenons un des exemples les plus simples que présente la nature.
Ce qui mérite spécialement de fixer notre attention, ce qui a fait l’objet constant de nos études, c’est que les tailles humaines, tout en paraissant développées de la manière la plus accidentelle, sont soumises néanmoins aux lois les plus exactes ; et cette propriété n’est pas particulière à la taille : elle se remarque encore dans tout ce qui concerne le poids, la force, la vitesse de l'homme, dans tout ce qui tient non-
(1) Voyez la communication faite par M. E.-B. Elliot, déléjîué par le gouvernement américain pour représenter son pays au congrès statistique de Berlin, en septembre 1863. M. le D’’ Engel a pris soin d'enregistrer les détails intéressants de ces opérations dans le compte rendu de ce congrès.
seulement à ses qualités physiques, mais encore à ses qualités intellectuelles et morales. Ce grand principe qui règle l’espèce humaine et qui, tout en diversifiant les effets de ses qualités, leur permet néanmoins assez de jeu pour montrer que tout se règle sans l’intervention du vouloir de l’homme, nous paraît une des lois les plus admirables de la création.
Parmi plusieurs exemples que je pourrais citer sur la taille humaine, j’en prendrai de préférence un qui a été donné récemment par les Etats-Unis d’Amérique, au milieu des violentes secousses qui agitaient ce pays. La statistique eut alors à faire une des épreuves les plus brillantes : les tailles do 25,878 volontaires furent relevées avec soin et d’après les renseignements officiels du bureau de l’adjudant-général. Deux tiei's de ces volontaires étaient du nord-est (la Nouvelle-Angleterre), et les trois cinquièmes des autres venaient des Etats nord-ouest, de riowa, Indiana, Michigan et Minnesota. Nous reproduisons exactement le tableau que renferme le recueil (i).
(I) • Internaiionaler staiisiischer congress in Berlin, 1 vol. in*4®. Berlin, » 1865. — Staüetical reeearches, conducted by M. Quetelet of Belgium, bave U eatablisbed the fact, previously contestod, of tbe existence of a human •• type, and tbat tbe casual variations fi’om it are aubject to the eame «• symmctricul law in their distribution as tbat, which tbe doctrine of •• probabilities assigns to the distribution of errors of observation. In the accompanying tables, showiug tbe distribution ofheights and of
• measorements of the circuroference of chesU of american soldiers, tbe conclusions of tbis cminent statist und matbematician are strikingly
•• confirmed.
This law (based on the assumption of tho operation of an indefinite •• Dumber of independent causes of Ônite variation of error, equally favoring *> excess anddefect) may be expressed by a vei^ simple analytical function •• (see note in appendix), fii’st investigated by J. Bernoulli in its l'clation to
• tbe probable distribution of errors of observation of a single object; M extended by Poisson, under tbe title of •* the law of large numbei's, •• to « tbe measurement of many objecta, représentatives eacb of a common K type; and first applied by M. Quetelet to the pbysical measurement of “ man. •• Pages 728 et 729.