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LIVRE DEUXIEME

Or, c’est ici que résidé la difficulté : je laisse moine de cété l’appréciation de la douleur pour le patient, laquelle peut résulter de l'emploi de l'une ou de l'autre méthode. 11 l’audra reconnaitre ks influences du sexe, de l'Age, de la complexion du malade, de la jKÎriode de la maladie, etc. Pour tenir compte de ces influences, il faudrait un nombre d’observations considérable, faites avec précision et discutées avec intelligence. Or, cette discussion ne peut avoir lieu que par les méthodes de la statistique, qui sont celles de toutes les sciences d’observation; vouloir s’en alFranchir, c’est se jeter dans un aveugle empirisme, et repousser les lumières de l’expérience.

Une discussion sage des faits apprend laquelle des deux opérations que l’on compare a produit le plus de succès; si ces .succès ont été obtenus d’une manière générale, ou plus spécialement pour tel sexe seulement, pour tel âge, ou dans telle autre circonstance particulière. Tous les hommes raisonnaldes seront, je crois, d’accord sur ce point ; qu’il faut s’éclairer par l’observation et recueillir des faits bien constatés, les rendre rigoureusement comparables avant de chercher à les discuter pour en déduire des rapports, et procéder avec méthode à l’appréciation dos causes. Au lieu de cela, que voit-on? Des observations incomplètes, non comparables, suspectes, qui sont entassées pêle-mêle, présentées sans discernement ou arrangées de manière à laisser croire au fait qu’on veut établir ; et presque toujours on néglige de rechercher si le nombre des observations est suffisant pour inspirer de la confiance.

J’insiste surtout sur ce dernier point, parce que, dans l’art de guérir, il se trouve des questions influencées par tant de causes diverses, (pi’il ne sera peut-être jamais possible d’en obtenir une solution satisfaisante. Je vais plus

loin ; même en supposant qu'on eût des solutions exactes pour tous les cas les plus compliqués, je dis quelles ne seraient d’aucun usage dans l’application, bien qu’elles pussent être très-utiles pour l’hygiène publique. Elles n’auraient qu’une valeur générale, et il serait absurde de les appliquer aux individus, parce qu’on ne saurait tenir compte de toutes les particularités qui les concernent. Autant vaudrait chercher dans une table de mortalité à quel âge un individu désigné doit mourir. Cependiuit personne ne révoque en doute l’utilité des tables de mortalité dans les recherches médicales et dans les spéculations sur la durée de la vio. La statistique, ou plutôt les méthodes d’observation fondées sur le calcul auraient déjà rendu un véritable service, si elles avaient examiné les cas les plus simples, ceux où peu de causes influentes exercent leur action.

La statistique a-t-elle donc été si peu utile eu nous faisant connaître l’influence exercée sur les décès par les âges, les sexes, les professions, les circonstances atmosphériques? en étudiant ce qui se rapporte aux naissances, au nombre des accouchements et des mort-nés, aux mariages? Parmi les faits qu’elle a constatés, il en est plusieurs d’une haute importance quelle a soumis à l’e.xamen des gens de l’art, et qui sont restés sans explication. Je citerai en particulier la mortalité plus grande des enfants mâles vers l’époque de la naissance; d’où provient-elle? A-t-on cherché aussi à se rendre compte des particularités qui concenient les mort-nés, et à combattre les causes qui, dans certaines circonstances, en élèvent le nombre d’une manière si déplorable?

En général, les questions statistiques relatives à la chirurgie sont d’un abord plus facile que celles qui concernent la médecine : d’une part, on voit presque toujours la

maladie ; et, de l'autre, il faut presque toujours la denner. Le médecin doit établir une espèce d’enquête, et mettre à l’interrogatoire qu’il fait subir au malade, les mômes précautions que le juge emploiera l’égard du coupable auquel il désire arracher son secret.

Il existe deux genres de difficultés : à côté de la question de thérapeutique, se place celle du diagnostic. La guérison du malade dépend d’un événement composé, savoir : 1° le médecin reconnaîtra la maladie ; 2° il saura le mode de traitement qu’il convient de suivre. Or, on s’est généralement préoccupé de la première question bien plus que de la seconde, et je pense que c’est à tort. Je me permettrai de citer à ce sujet des réflexions très-justes; je les extrais d’un opuscule que m’adressait un ami, qui sait, d’un coup d’œil philosophique, observer à la fois plusieurs sciences d’observation qu’il cultive avec un égal succès. “ Les questions thérapeutiques, dit-il, ne sont point celles par lesquelles on doit commencer. Je voudrais que le calcul fût appliqué d'abord à des questions de diagnostic ou de symptomatologie. Tels symptômes étant donnés, quelle est la probabilité que le malade est affecté d’une maladie plutôt que d’une autre, la probabilité de sa durée, de son retour, de son passage à l’état chronique lorsqu’elle est abandonnée aux seules forces de la nature? Ces diverses questions et beaucoup d’autres une fois résolues, alors je passerais à l’étude de l’influence d’une médication. »

Dans cette dernière étude, pour juger avec connaissance de cause des avantages que peut présenter la thérapeutique, il faudrait commencer par rechercher ce que deviendrait l’homme affecté de telle maladie et abandonné aux seules forces de la nature. Peut-être serait-on conduit à conclure que, dans les cas douteux et difficiles, il vaut

mieux livrer le malade aux forces de la nature qu’aux remèdes de l’art, en se bornant à exercer un régime de surveillance? Les différents genres de traitement ont moins d’influence sur la mortalité qu’on ne le pense généralement. Voici comment s’exprime à ce sujet un savant estimé, le docteur Hawkins ; « Un ami prit des notes particulières sur la mortalité comparative, sous trois médecins, dans un même hôpital. L’un était éclectique, le second était pour le système expectant et le troisième pour le iTigime tonique. La mortalité était la môme, mais la durée de l’indisposition, le caractère de la convalescence et les chances de rechute étaient bien dift’érents. Ainsi la mortalité était la môme. Nous pouvons tirer de semblables conclusions des documents des principaux hôpitaux de l’Europe; la mortalité y varie dans des limites assez étroites et dépend bien plus de la tenue des hôpitaux que des moyens thérapeutiques qui y sont employés. D’où semblerait résulter que la science administrative aurait au moins autant d’influence que la science médicale, et l’on conçoit qu’il doit en être ainsi. A quoi sert d’appeler les médecins les plus habiles, si l’on néglige de suivre leurs prescriptions, et si, pendant leur absence, des soins mal entendus ou des imprudences détruisent tout le bien qu’ils auraient pu produire ?

Si je ne craignais d’être taxé d’exagération, je dirais (ju’une bonne administration sauve peut-être plus de malades dans les hôpitaux, que la science des médecins les plus habiles. Pour juger de sou influence sur la santé des hommes réunis dans de vastes établissements, qu’on examine ce qui se passe dans les prisons ; on y verra la mortalité varier dans les limites les plus larges. Sans sortir môme de la Belgique, je trouve que, dans la maison de force de Garni, les décès sont proportionnellement moins

nombreux que dans les classes privilégiées de la société, tandis que, dans la prison de Vilvorde, il a régné pendant les années 1802, 1803 et 1804 une mortalité telle, que jamais les hommes, pendant les pestes les plus affreuses, jamais les soldats, pendant les guerres les plus destructives, n’ont été décimés d’une manière plus épouvantable. Sur quatre prisonniers, il en mourut annuellement trois! Ce Üéau, produit d’une administration vicieuse, commença à sévir avec moins d’intensité en 1805, grâce à d’utiles réformes, et, deux ans après, tout était à peu près rentré dans l’état normal.

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