‹ Physique sociale, ouChapitre 4 sur 238 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

pas connaître môme le développement de sa force, et de devoir s’en tenir encore à de simples aperçus sur des points aussi intére.ssants.

L’étude du développement des qualités intellectuelles, leur appréciation surtout, semblent présenter des difficultés plus grandes encore. Ces difficultés existent en effet ; mais, comme nous le verrons par la suite, elles sont plus apparentes que réelles.

Quant au physique, on admet volontiers que son développement dépend de l’action de la nature et se trouve soumis à des lois qui, dans certains cas, peuvent être déterminées d’une manière numérique. Mais il n’en est plus de même quand il s’agit du moral, ou de facultés dont l’exercice demande l’intervention de la volonté ; il semble qu’il y ait absurdité à rechercher des lois partout où existe l’influence d’une cause aussi capricieuse et aussi anomale. Par suite, en se livrant à l’étude de l’homme, on se trouve arrêté, dès les premiers pas, par une difficulté qui paraît insurmontable. Cette difficulté se rattache principalement à la solution d’une question que nous allons examiner.

i. LES ACTIONS DE l’hOMME MORAL ET INTELLECTUEL SONT-ELLES SOUMISES A DES LOIS ?

Il serait impossible de résoudre une pareille question d priori : si nous voulons procéder d’une manière sûre, c’est dans l’expérience qu’il faut en chercher la solution.

Nous devons, avant tout, perdre de vue l’homme pris isolément, et ne le considérer que comme une fraction de l’espèce. En le dépouillant de son individualité, nous éliminerons tout ce qui n’est qu’accidentel ; et les particularités individuelles qui n’ont que peu ou point d’action sur

la ruasse s’etracei'ont d’elles-mêiues, et peiiuetti-out de saisir les résultats géiiéi-aux.

Ainsi, pour rendre uotï’e manière de procéder sensible par un exemple, celui ([ui examinerait de tVop près une petite portion d’une circonférence ti'ès-gi-ande, ti'acée sui‘ un plan, ne vei-rait dans cette portion détachée qu'une certaine quantité de points physiques, assemblés d’une manière plus ou moins accideirtée, plus ou moins arbitraire, et comme au hasai’d, quel que fût d’ailleurs le soin avec lequel la ligne aurait été tracée. En se plaçant à une distance plus grande, son œil embrasserait un plus grand nombre de points, qu’il verrait se distribuer diyà avec régularité sur un arc d’une certaine étendue; bientôt, en continuant à s’éloigner, il perdrait de vue chacun d’eux individuellement, n’apercevrait plus les arrangoraents bizarres qui se trouvent accidentellement entre eux, mais il saisirait la loi qui a présidé .à leur arrangement général, et reconnaitrait la nature de la courbe tracée. Il pourrait se faire même que les différents points de la courbe, au lieu d’être des points matériels, fussent de petits êtres animés, libres d’agir à leur gré dans une sphère très-circonscrite, sans que ces mouvemeifts spontanés fugsent sensibles en se plaçant à une distance convenable.

C’est de cette manière que nous étudierons les lois qui concernent l’espèce hunaine; car en les examinant de trop près, il devient impossible de les saisir : l'on n’est frappé que des particularités individuelles, qui sont infinies. Dans le cas môme où les individus seraient exactement semblables entre eux, il pourrait arriver qu’en les considérant séparément, on ignorfit à jamais les lois les plus curieuses au.xquelles ils sont soumis sous certaines influences. Ainsi, celui qui n’aurait jamais étudié la marche de la lumière que dans des gouttes d’eau prises isolément, ne s’élèverait

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