VALÉRIANE OFFICINALE. VALERIANA OFFICINA LIS
Valeriana officinal s. Linn. Spec. 45. DC. FL Fr. 3315.
Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 18. Chev. Fl. Par. 3. 601.
Fl. Dan. t. 570.
(Planche 69.)
C’est une jolie plante, qu’on rencontre au printemps dans les lieux un peu humides , dans les prairies, sur la lisière des bois. On lui donne le nom de valériane sauvage, pour la distinguer d’une autre espèce qu’on cultive dans les jardins. Presque simple, cylindrique, cannelée et un peu velue , sa tige s’élève à la hauteur de trois ou quatre pieds. Ses feuilles sont toutes ailées , à folioles pointues , pubescentes , dentées en leurs bords et d’un joli vert. Ses fleurs exhalent une odeur douce 5 elles sont d’un blanc mélangé de rose , disposées en panicule au sommet de la tige et des rameaux. Une va-
riété se fait remarquer par ses feuilles luisantes et d’un vert foncé ou noirâtre.
Cette espèce est assez commune aux environs de Paris , à Meudon, dans la vallée de Clievreuse , etc. Je Fai observée à Barèges , dans la plaine de Luz , et dans la vallée de Campan , sur la rive gauche de l’Adour.
La racine de valériane se compose d’un faisceau de fibres, d’une couleur fauve en dehors, d’un blanc jaunâtre intérieurement , exhalant une odeur forte , diffusible , permanente 5 d’une saveur âcre , amère , un peu nauséeuse. M. Trommsdorff, professeur de chimie à Erfiirt , qui a procédé à l’analyse de cette racine , en a obtenu un principe particulier soluble dans l’eau , insoluble dans l’éther et dans l’alcobol , de la résine noire, une huile volatile verdâtre d’une odeur pénétrante et camphrée , de l’extrait gommeux et de la fécule.
L’impression vive et soudaine que cette substance produit sur certains animaux , et notamment sur les chats ; les étourdissemens, l’état de vertige et d’ivresse qu’on éprouve lorsqu’on respire pendant quelque temps l’air chargé de ses émanations , démontrent son influence physiologique sur le cerveau et sur les nerfs. Prise intérieurement, la valériane excite l’appareil gastrique , produit un sentiment de chaleur dans l’estomac, anime la circulation, augmente la fréquence du pouls, ainsi que la faculté exhalante de la peau. Si l’on continue l’usage de ce médicament , ou si l’on en prend de fortes doses, on éprouve bientôt une sorte de malaise, de l’oppression, et un resserrement pénible dans la région précordiale ^ il survient de l’agitation, des spasmes, des éblouissemens , et autres phénomènes nerveux.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
La valériane sauvage, inconnue à nos pères, tient depuis quelque temps un rang très-distingué dans la matière médicale. Son usage est particulièrement consacré au traitement des névroses. Le botaniste Fabius Columna l’essaya le premier sur lui-même vers la fin du xvie siècle pour se délivrer de l’épilepsie. Mais quel est son mode d’action dans les maladies spasmodiques ? Ses effets salutaires sont-ils dus à une vertu stimulante , ou bien à une faculté sédative ? L’école italienne lui attribue une propriété contre-stimulante ou déprimante , tandis qu’en France , en Allemagne , en Angleterre, on la met au nombre des remèdes excitans. Mais ici , comme dans beaucoup d’autres cas, il faut abandonner toute espèce de théorie pour interroger l’expérience , et s’en rapporter purement au témoignage des faits. Ainsi , sans nous perdre dans des explications superflues , qui ne pourraient satisfaire les bons esprits , nous dirons que la valériane paraît douée d’une vertu nervine spécifique, et que son usage a souvent prospéré dans ces altérations nerveuses où le principe sensitif réagit d’une manière insolite contre les impressions qu’il éprouve. Une de ces lésions, qui s’annonce par des signes si alarmans qu’un célèbre médecin de l’antiquité la comparait à un taureau en fureur, l’épilepsie (i), a cédé à l’emploi méthodique de ce remède , d’après les assertions de Mead, Tissot, Dehaën, etc. Plus récemment , le docteur Chrichton , médecin de l’empereur de Rus-
(1) Arétée de Cappadoce a dessiné les traits de cette déplorable maladie avec une vigueur de pinceau inimitable. Lucrèce, dans
sie, a triomphé , avec la valériane, d’une épilepsie qui , pendant sept ans, avait résisté à tous les autres secours de la thérapeutique.
Une jeune fdle, atteinte depuis dix ans d’une affection nerveuse accompagnée de symptômes épileptiques , a été délivrée dans l’espace d’un mois par le même moyen. M. le docteur Macartan , médecin distingué , qui a opéré cette guérison , donnait trois fois par jour à la malade un scrupule de racine , de valériane en poudre. Elle n’a point eu de rechute, et elle jouit depuis plusieurs années de la plus parfaite santé. Gilibert a également guéri trois épileptiques avec ce médicament , administré à haute dose , en substance pulvérisée et en infusion vineuse.
Mais nous ne pouvons nous dissimuler que d’autres praticiens non moins estimables ont obtenu peu de succès de la valériane. Au reste , lorsqu’on veut faire usage de cette substance nervine , il faut préalablement examiner s’il n’existe point d’autres indications à remplir. Le sujet est-il pléthorique , d’une constitution forte, il faut lui prescrire des bains, des évacuations sanguines , des boissons tempérantes , du petit-lait , un
son Poème de la nature des choses , a également tracé de l’épilepsie un tableau digne d’un grand peintre.
Quin etiam subitâ vi morhi scepè coactus Ante oculos aliquis noslros , utfulminis ictu ,
Concidit , et spurnas agit , ingemit et tremit artus :
Decipit , extentat nervos , torquetur , anhelat :
Inconstanter et in jactando menibra faligat :
JYimirüm, quia vis morbi distracta per artus Turbal agens animant : spumantes ut in cequore salso V èntorum validis fervescunt viribus undce.
(Lucretii , de IValurd rerum , lib. 3.)
régime rafraîchissant. Lorsqu’il existe des signes évidens d’un embarras bilieux ou gastrique, l’emploi des vomitifs et des évacuans devient indispensable avant d’avoir recours à la valériane. M. le professeur Baumes ( Traité des convulsions dans V enfance) avoue qu’ayant donné ce remède à un enfant de neuf ans atteint de convulsions épileptiques , et qui avait besoin d’être beaucoup purgé , la maladie empira tellement, qu’il désespéra ensuite, pendant plus de quatre mois, de pouvoir lui rendre la santé. Les attaques d’épilepsie, qui auparavant étaient incomplètes, se convertirent en accès très-violens. Après plusieurs évacuations et un peu de repos , M. Baumes parvint à le guérir avec le même remède qui avait d’abord aggravé son état. Il n’appartient qu’aux grands maîtres de reconnaître leurs fautes , de les avouer avec candeur, et de savoir les réparer. Un praticien vulgaire n’eût point manqué d’accuser la valériane de son insuccès. Du reste, tous les nervins sont inutiles lorsque l’épilepsie est entretenue par quelque lésion organique ou par des affections morales profondes , et l’on pense bien que celle qui succède à la suppression d’une hémorrhagie ou à la répercussion d’un exanthème demande d’autres moyens (i).
(1) Les charlatans, et même certaines familles, d’ailleurs fort honorables , possèdent des remèdes secrets qui ont , dans quelques cas , dissipé l’épilepsie en agitant violemment tout l’organisme. C’est ainsi qu’un empirique des environs de Lyon traitait et guérissait quelquefois ce mal affreux. Sainte- Marie rapporte qu’il n’exigeait son salaire que deux ans après le traitement, et lorsque la cure paraissait confirmée ; qu’il passait même des contrats pardevant notaire avec ceux dont il entreprenait la guérison à ces conditions. Son secret consistait en une poudre qu’il faisait pren-
La valériane a été également éprouvée contre la paralysie , l’hystérie , la chorée ou danse de Saint-Guy, la migraine, et une foule d’autres accidens nerveux. Elle a quelquefois guéri ou soulagé ces maux , souvent elle les a aggravés. On peut fonder quelque espoir sur ce médicament lorsque l’affection nerveuse s’accompagne d’un état de débilité qu’on reconnaît à la lenteur du pouls, à la mollesse des chairs, et surtout à une langueur générale peinte dans tous les traits de la physionomie. Lorsque ces symptômes prédominent, la valériane, unie au quinquina, produit quelquefois des effets admirables 5 tandis que cette médication tonique est fortement contre-indiquée par la mobilité des nerfs, jointe à une irritation excessive ou à un état imminent de phlogose. C’est ici que la méthode jadis si vantée du docteur Pomme a de grands succès , et l’on a vu l’hystérie, l’hypochondrie, des affections convulsives que la valériane et les nervins stimulans avaient portées à un très-haut degré de violence , céder au simple usage des bains et des boissons tempérantes ; ce qui prouve d’une manière incontestable que le traitement méthodique de ces maladies repose entièrement sur la connaissance des causes qui les excitent , les entretiennent ou les reproduisent. Les indications relatives à l’état
dre le matin ; mais le malade devait garder le lit tout le jour, car en restant debout il aurait couru le risque de s’assommer. En effet, de nombreux et violons accès d’épilepsie avaient lieu pendant vingt-quatre heures. 11 se trouvait le lendemain dans un affaissement extrême avec stupeur ou délire ; là se terminait le traitement et l’opération du remède. Le malade était délivré de son rôàl pour plusieurs années, quelquefois même pour toujours.
d’irritation ou d’atonie de l’appareil nerveux ne sont d’ailleurs très-souvent que secondaires, et le médecin ne doit s’en occuper que lorsque la cause primitive a été combattue par des remèdes convenables.
Mais les propriétés actives de la valériane brillent surtout dans les affections convulsives entretenues par un foyer vermineux 5 et l’on a vu des mouvemens épileptiques , des spasmes , des tremblemens , des convulsions générales, la cardi algie, la catalepsie et autres phénomènes nerveux occasionés par la présence des vers, céder parfois d’une manière très-prompte à ce précieux médicament , qui a le double avantage de faire périr ou d’expulser ces insectes par son principe amer et fétide, et de réprimer en même temps la mobilité nerveuse par sa vertu antispasmodique. Dans la plupart de ces affections sympathiques, suscitées par la diathèse vermineuse , la valériane emprunte une nouvelle force de son union avec le camphre, le jalap, le calomel. Associée à cette dernière substance, elle a triomphé, dans un court espace de temps , d’une maladie vermineuse invétérée qui avait réduit un jeune homme à un état voisin de la démence.
Pendant son enfance , M. E*¥¥¥ avait été singulièrement tourmenté par les vers, et depuis environ deux ans il était sujet à des palpitations de cœur, à des terreurs continuelles Son sommeil était pénible et presque toujours accompagné de rêves effrayans. Plusieurs fois la nuit il s’éveillait en sursaut , et il poussait des cris lamentables , croyant voir un spectre prêt à le saisir. Après plusieurs traitemens , qui n’avaient eu aucun succès, je lui conseillai des bols préparés avec la valé-
riane en poudre et le muriate de mercure doux. Ce remède fut suivi , le troisième jour, de l’expulsion de plusieurs vers lombricoïdes. Huit jours après , le malade en rendit encore cinq ou six avec une grande quantité de matières muqueuses. On continua le remède, et on donna en même temps des clystères préparés avec une forte infusion de valériane et de l’huile de camomille-, mais on ne voyait plus de vers dans les déjections. Un matin , après avoir pris un lavement de valériane , le malade rendit un paquet de vers entrelacés, au nombre de dix-huit. De jour en jour, on vit la santé du jeune homme s’améliorer d’une manière notable. Les palpitations étaient moins fréquentes , le sommeil beaucoup plus tranquille. Après quelques jours de repos, je fis recommencer le traitement 5 on donna •tous les trois jours dix-huit grains de valériane et six grains de muriate de mercure doux réduits en bols , avec un peu de miel. Cette préparation, continuée pendant quelques semaines , détruisit tout-à-fait le foyer vermineux. Le malade éprouvait seulement de la faiblesse , et il digérait avec difficulté. Le vin de quinquina le rétablit entièrement.
Outre les symptômes nerveux , il est encore d’autres signes qui peuvent faire soupçonner la présence des vers. Les enfans tourmentés par ces insectes ont assez souvent les glandes salivaires engorgées et la bouche pleine d’eau. Tissot dit avoir observé plusieurs fois une sorte d’aphonie d’origine vermineuse. Une petite fille de six ans éprouvait périodiquement une extinction de voix accompagnée de délire ; ces attaques, qui duraient plusieurs heures, s’étaient renouvelées plus de vingt
fois pendant le cours d’une année. Ce célèbre praticien , ayant examiné son état avec attention, ne douta point que les vers n’en fussent la cause. La valériane lui parut le vermifuge le mieux indiqué dans cette circonstance. La petite malade fut en effet radicalement guérie par ce remède.
Peclilin nous a fait connaître une anomalie singulière de la sensibilité produite par la présence des vers. Un jeune homme montra, pendant toute la durée d’une maladie vermineuse , une mémoire prodigieuse et un génie élevé-, à sa guérison il redevint un sujet fort ordinaire.
La vertu antifébrile de la valériane a été constatée par plusieurs médecins à une époque où la guerre maritime avait rendu le quinquina d’une cherté excessive. D’après les observations recueillies par M. le docteur Yaidy dans les hôpitaux de Berlin, elle a dissipé en peu de jours des fièvres intermittentes de tous les types, et dont la plupart étaient anciennes. La dose ordinaire était d’un à trois gros , pris en* deux ou trois fois, le jour de l’apyrexie, et d’un à deux gros le jour de l’accès. M. Yaidy a quelquefois ajouté un grain d’opium par gros de poudre de valériane. M. le docteur Desparanches , qui a également employé cette plante comme fébrifuge, dit qu’il l’a trouvée peu inférieure au quinquina. Je n’ai jamais prescrit la valériane seule ; mais j’ai acquis la certitude que certaines fièvres intermittentes , accompagnées de symptômes nerveux , cédaient plus facilement à l’action du quinquina lorsqu’on y joignait la valériane.
Passons maintenant à un autre ordre de fièvres , bien
que leur existence soit vivement contestée par la nouvelle école, et prouvons que la valériane est douée de vertus puissantes dans les maladies qui offrent un caractère adynamique et ataxique. Ici les autorités ne nous manquent point , et nous pouvons opposer aux physiologistes des hommes dont la pratique vaste et lumineuse est universellement appréciée. Dans i’état avancé, et même dès la deuxième période de ces pyrexies , c’està-dire lorsque des signes évidens de faiblesse ont remplacé l’état d’irritation ; lorsque le désordre de l’appareil nerveux est uni à la prostration des forces , et surtout lorsque l’adynamie et l’ataxie sont dues à une influence miasmatique , la valériane est sans contredit un des médicamens les plus salutaires. On ne doit pas même hésiter à prescrire cette substance, ainsi que les autres excitans volatils , dès le début et pendant la première période des fièvres putrides et nerveuses , lorsqu’elles s’annoncent avec tous les symptômes de l’abattement et de la faiblesse. C’est ainsi que le professeur Hufeland a employé avec un grand succès la méthode stimulante pendant tout le cours des fièvres nerveuses qui ont régné en Prusse dans l’hiver de 1807 . Cet habile praticien administrait ordinairement une infusion de valériane animée avec l’éther alcoholisé et l’acétate d’ammoniaque. Mais , dans un degré plus avancé de la maladie, il était indispensable d’augmenter les doses de cette médication excitante.
Pierre Frank, Hecker, llildenbrand , Smith, Barthez , Baumes , Pinel . etc. , recommandent l’emploi de la valériane pendant la période adynamique et nerveuse des affections fébriles, en y joignant , les uns
ie quinquina , le camphre , le musc , la serpentaire de Virginie ; les autres , l’arnica , l’opium et l’ammoniaque. On sait combien la présence des vers peut altérer la marche des fièvres putrides , en excitant des symptômes graves , des spasmes , des convulsions , le hoquet , la cardialgie et autres accidens nerveux (i). Cette complication vermineuse , qui ajoute au danger de la maladie, est combattue avec succès par la valériane unie au camphre. Enfin les préparations de valériane j sont indiquées vers la fin du typhus , lorsqu’on aperçoit ; une tendance aux sueurs critiques ; lorsque la peau , auparavant sèche , s’humecte, se détend d’une manière sensible. Ces médicamens deviennent alors des sudorifiques très-efficaces.
Mais on tomberait dans une erreur bien grave , si l’on croyait pouvoir placer la valériane dans le traitei ment de toutes les maladies adynamiques et ataxiques. Ces pyrexies , surtout dans leur premier stade, offrent très-souvent des symptômes inflammatoires, des phlegmasies locales , ou un état d’irritation vive , qu’on doit
i chercher à combattre par une méthode débilitante. Toutefois, dans le véritable typhus des camps et des prisons , gardez-vous bien d’abuser des antiphlogistiques : la période d’irritation est d’une courte durée, et ! la dépression des forces , qui quelquefois lui succède
(1) Forestus a observé une phrénésie produite par des vers, et qui régna épidémiquement en France dans l’année 1545. Les malades se plaignaient d’une vive céphalalgie , et de chaleur à la région lombaire ; iis étaient privés de sommeil, en proie au délire le plus violent, ou plongés dans un état comateux. ( Observ . , lib. 7.)
d’une manière très-prompte , vient bientôt réclamer d’autres secours que les boissons émollientes et l’application des sangsues. Les symptômes nerveux contre-indiquent également l'emploi de la valériane et autres remèdes excitans , quand ils dépendent d’une phlegmasie gastrique ou d’une congestion cérébrale. Dans les cas douteux , il faut prendre en considération l’état de vigueur ou de faiblesse du sujet, la saison de l’année , et le caractère de l’épidémie régnante.
Les propriétés de la valériane dépendent, en grande partie , du sol ou elle est récoltée. Il faut choisir , pour les usages médicinaux , celle qui croît sur les collines exposées aux rayons du soleil , et non celle qu’on trouve sur les bords humides des ruisseaux. Dresky ( Dissert . devciler. officin.) recommande de la cueillir vers la fin d’avril ou au commencement de mai , de la faire sécher à l’ombre , de la conserver dans des vases bouchés , et de la renouveler tous les ans. En vieillissant , ses principes aromatiques s’envolent. Nous ajouterons qu’il faut ne la pulvériser qu’au moment d’en faire usage, si l’on veut qu’elle jouisse de toute son énergie. D’après Joseph Frank , elle remplace parfaitement l’aristoloche serpentaire.
On donne la racine pulvérisée , depuis quinze ou vingt grains jusqu’à un gros , une ou plusieurs fois par jour -, on y ajoute un peu de macis ou de cannelle, pour en masquer la saveur désagréable. Dans les affections nerveuses graves , il faut en élever hardiment les doses , si l’on veut obtenir des succès. Donnée à la dose d’une demi- once, deux fois par jour, elle a dissipé une catalepsie qui avait résisté à de plus faibles doses.
Quarin en prescrivait jusqu’à six gros par jour ; Herz en donnait demi-once à la fois , et réitérait cette dose trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures.
L’eau , le vin et l’alcohol s’emparent des principes actifs de la valériane. L’infusion aqueuse est fréquemment employée : d’autres prescrivent la décoction ^ mais alors une partie de l’huile essentielle s’envole. En mêlant ces deux produits , on conserve tous les principes chimiques de la plante. La dose est de deux ou trois gros et plus pour une livre de véhicule. On peut ajouter à la colature de l’eau de menthe poivrée ou quelque autre excitant diffusible. L’extrait de valériane est peu usité ; ou peut le prescrire à la dose de vingt ou trente grains. Suivant Dresky , l’extrait alcoholique conserve l’odeur et le goût de la plante ; l’extrait aqueux est beaucoup moins actif.
La teinture alcoholique simple de valériane, la teinture éthérée et la teinture ammoniacée sont des médicamens d’une grande énergie. La teinture de valériane éthérée de Trommsdorff se prépare en faisant digérer à une douce chaleur une once de racine de valériane en poudre dans six onces d’alcohol; on ajoute ensuite à la colature deux onces d’éther sulfurique. Pour préparer la teinture de valériane ammoniacée ou volatile , on fait digérer à froid, pendant quatre jours, deux onces de poudre de valériane dans douze onces d’esprit d’ammoniaqne. Ces compositions se prescrivent dans les affections nerveuses, convulsives, hystériques, à la dose de trente ou quarante gouttes et plus, qu’on mêle avec une demi-tâsse d’infusion de fleurs de camomille , de feuilles de menthe ou d’oranger.
Infusion de 'valériane composée. Prenez, racine de valériane en poudre , une once ; cannelle de Ceylan , un gros : faites infuser pendant une heure dans dix onces d’eau bouillante ; passez et ajoutez à la colature , alcohol de menthe, une once et demie; teinture de valériane ammoniacée , demi-once ; sirop simple , une once. Cette potion stimulante se donne par cuillerées , d’heure en heure , dans le traitement du typhus nerveux ou ataxique , avec prostration des forces , soubresauts des tendons, tremblemens musculaires, etc.
Gouttes excitantes du professeur HecRer. Prenez, essence de valériane , éther alcoholisé, de chaque deux gros ; teinture thébaïque , un gros. On en donne, toutes les heures , de vingt à trente gouttes , dans deux onces d’infusion de valériane ou d’arnica.
Ces préparations ne doivent point être prescrites au commencement des fièvres putrides et nerveuses , lorsque le pouls est plein et fréquent , le visage animé , l’urine rare , ardente ; elles seraient alors pernicieuses. Mais il ne faut pas non plus attendre que la prostration des forces soit parvenue à un très-haut degré ; et il est nécessaire de renouveler souvent et d’augmenter peu à peu les doses , parce que leur impression stimulante s’émousse et s’épuise bientôt sur des organes frappés d’une débilité profonde.
Poudre vermifuge. Prenez , racine de valériane nouvellement pulvérisée, demi-gros; calomel, huit grains : mêlez , et divisez en trois doses à prendre de deux en deux heures. Cette poudre m’a parfaitement réussi dans les affections spasmodiques causées par la présence des vers. On augmente ou on diminue la
dose des ingrédiens, suivant l’âge du malade. La combinaison de la valériane avec le calomel ne convient pas seulement dans les affections vermineuses de l’enfance , mais encore dans les maladies convulsives de cet âge, qui se montrent très -souvent liées à la surabondance des fluides muqueux.
Pilules antispasmodiques . Prenez, extrait de valériane, camphre, castoréum , assa-fœtida, de chaque un gros ; extrait d’opium , douze grains : mêlez , et formez soixante-douze pilules , à prendre une le matin à jeun et une autre le soir. M. le docteur Blauda dissipé avec ces pilules une affection convulsive connue sous le nom de chorée ou danse de Saint-Guj . Il a donné successivement jusqu’à douze de ces pilules , distribuées en trois prises dans le courant de la journée; et il est revenu par gradation aux doses primitives. En dix jours, ce traitement a été couronné de succès sur trois malades. (. Nouvelle bibliothèque médicale , décembre 1825.)
VALÉRIANE PHÜ. P^LERIJNJ PH U.
Paleriana phu. Linn. Spec. 45. DC. Fl. Fr. 3316.
Lapeyr. Plant. Pyr. 1. 18.
De sa racine épaisse , presque fusiforme , s’élève une tige droite , creuse , un peubranchue , haute de deux ou trois pieds. Les feuilles radicales sont pétiolées, ovales, les unes tout-à-fait simples , les autres lobées à leur base; les feuilles supérieures de la tige sont ailées, composées de folioles lancéolées , pointues et un peu décurrentes. Les fleurs sont blanches ou rougeâtres,
disposées au sommet de la tige et des rameaux en panicule peu étalée.
Cette plante croît dans les Pyrénées , dans les montagnes de l’Alsace et dans la Silésie ; M. Poiret l’a observée sur les côtes de Barbarie, dans les environs de La Calle. On la cultive dans les parterres. Sa racine exhale une odeur forte , pénétrante , analogue à celle de la valériane sauvage. De Haën n’employait que cette espèce dans sa pratique. Les paysans de la Sibérie la donnent à leurs enfans atteints d’épilepsie ou d’autres maladies convulsives.
VALÉRIANE NARD-CELTIQUE. V ALERIAN A CELTICA.
V aleriana celtico. Linn. Spec. 46. DC. Fl. Fr. 3322.
Jacq. Collëct. 1. p. 24. t. 1.
Sa racine , brune , écailleuse , horizontale , donne naissance à une tige menue, simple, cylindrique, haute de quatre à six pouces. Les feuilles radicales sont oblongues , pointues , entières , rétrécies et prolongées en pétiole à leur base -y les feuilles caulinaires, au nombre de deux à quatre , opposées , sessiles et linéaires. Les fleurs sont disposées en grappe allongée , quelquefois composée de trois ou quatre verticilles sessiles, quelquefois formée de rameaux opposés.
Cette plante croît sur les rochers des Hautes-Alpes, dans le Valais, le Piémont, au montCenis, etc. Ses feuilles et le port de sa tige la font ressembler à une petite graminée. C’est le nard-celtique des Romains ; Virgile, dans sa cinquième églogue , lui donne le
nom de saliunca humilis. (Voyez la Flore de Virgile , par M. Fée, dans la Collection des classiques latins.)
Sa racine a une odeur très-forte , une saveur aromatique , âcre , légèrement amère. Très-usitée anciennement, on l’emploie fort peu aujourd’hui , bien qu’elle possède des propriétés actives. Elle est, dit-on, fort estimée en Afrique , où l’on trouve son parfum si délicieux, qu’on en compose une pommade cosmétique.
La valériane dioïque ( valeriana clioica ), la valériane rouge (' valeriana rubra ), la valériane des montagnes ( valeriana montana ), sont également aromatiques , et leurs vertus se rapprochent de celles des autres espèces.
RUBIACÉES. RUBIACEÆ Rubiaceœ. Juss. DC.
QUINQUINA. CINCHONA.
Calice turbiné à cinq dents. Corolle tubulée , à cinq divisions plus ou moins étroites , souvent plus courtes que le tube , la plupart velues à leur sommet. Étamines ordinairement au nombre de cinq, à filamens très-courts, insérés vers le milieu du tube de la corolle ; anthères allongées , tantôt saillantes , plus souvent renfermées dans la corolle. Ovaire presque ovale , surmonté d’un style de la longueur de la corolle, et terminé par un stigmate épais , oblong, simple ou légèrement bifide. Capsule oblongue , couronnée par le calice, à deux valves courbées en dedans à leurs bords, se séparant, à l’époque de la maturité, en deux parties ou comme en deux capsules. Semences oblongues , comprimées , à rebords membraneux , attachées à un réceptacle central.
QUINQUINA CONDAMINÉ. CINCHONA CONDAMINEA.
Cinchona condaminea. Humb. etBoNPL. Plant, œquin. 1. 33. t. 10. — Cinchona officinalis. Linn. Syst. veg. ed. 10. p. 929.
(Planche 70.)
C’est un arbre d’un port élégant , qui croît au Pérou, sur la pente des montagnes, près de Loxa et d’Ayavaca. Ses rameaux sont opposés, recouverts d une écorce d’un gris verdâtre, et marqués de cicatrice après la chute des feuilles *, les inférieurs ont
une disposition horizontale-, les autres se relèvent à leur extrémité. Ses feuilles sont ovales, lancéolées, munies de glandes, d’un vert luisant en -dessus, marquées en-dessous de plusieurs nervures , dont la principale et la plus saillante est ordinairement d’une belle couleur rouge. On remarque dans chacune de ces nervures un très-petit enfoncement qui renferme une liqueur cristalline très-astringente. Les pétioles sont courts, aplatis d’un côté, convexes de l’autre, avec deux stipules aiguës et caduques à leur base.
Les fleurs , teintes de rose et d’une odeur suave , forment une panicule terminale , étalée , à ramifications ordinairement trichotomes. Les pédoncules, légèrement pubescens , offrent à leur base et vers leur milieu de petites bractées opposées , aiguës. Le calice est presque pentagone , un peu hérissé , à cinq dents ovales, acuminées, ouvertes. La corolle est infundibuliforme, à tube rouge, garni de poils soyeux, à limbe divisé en cinq découpures aiguës plus courtes que le tube , ciliées au sommet et aux bords. Les étamines sont courtes , à filets égaux , attachés au fond du tube 5 les anthères linéaires deux fois plus longues que la partie libre des filets. L’ovaire est rond, un peu déprimé, rougeâtre, adhérent au calice. Le style, droit, épais, un peu plus long que le tube, se termine par un stigmate légèrement bifide. La capsule est ovale, oblongue , couronnée par le calice, marquée longitudinalement de deux sutures opposées , à deux valves et à deux loges, renfermant un grand nombre de semences de forme lenticulaire , bordées d’une membrane laciniée.
Cette espèce de quinquina est connue sous le nom de quinquina gris ou quinquina loxa. L’écorce fraîche est d’un gris cendré, remplie d’un suc jaunâtre qui en découle aussitôt qu’on la blesse. L’écorce sèche est mince, cylindrique, bien roulée, recouverte de petites crevasses transverses, d’une couleur grisâtre en dehors , d’nn rouge pâle intérieurement. Sa cassure est nette , son odeur peu sensible , sa saveur astringente et amère. Le quinquina loxa, devenu très-rare, est regardé en Espagne comme le plus énergique et le plus efficace contre les fièvres intermittentes.
Le cinchona scrobiculata de MM. de Humboldt et Bonpland a beaucoup d’analogie avec le cinchona condaminea ; il en diffère par le tronc, qui est plus élevé ; par les feuilles , d’une plus grande dimension -, et par les anthères , toujours plus courtes que la partie libre des filets. Les écorces de cette plante sont trèsestimées , et l’on en fait un grand commerce sous le nom de quina Jina.
QUINQUINA A FEUILLES LANCEOLEES.
CINCHONA LANCIFOLJA.
Cinchona lancifolia. Mutis. Périod. Santa-Fé. 465. — Cinchona angustifolia. Ruiz. Quinol. Suppl, p. 21. — Cinchona nitida. R. et Pav. Fl. Peruv. 2. t. 191.
(Planche 71.)
Cette espèce , toujours solitaire sur les pentes escarpées des Andes , s’élève à la hauteur de trente à
quarante-cinq pieds. Ses rameaux sont couverts d’une écorce d’un brun pourpre , lisse , ou creusée de fentes transversales et obliques , souvent marquée de cicatrices provenant de la chute des feuilles. Celles-ci sont opposées, pétiolées , ovales, en forme de lance, longues d’environ deux pouces , veinées , d’un vert pâle, toujours lisses, sans scrobicules et sans glandes. Ses fleurs sont rougeâtres , disposées au sommet des rameaux en panicule ouverte et trichotome , avec des pédoncules parsemés d’un léger duvet. La corolle est divisée à son limbe en cinq découpures aiguës , tomenteuses en dedans, plus courtes que le tube. La capsule est oblongue , glabre , parsemée de stries peu apparentes.
L’écorce que fournit cet arbre porte le nom de quinquina orangé ; elle est roulée en tubes gros et épais , d’une substance compacte et dure , d’une cassure fibreuse. Sa surface est brune, rugueuse, fendillée transversalement, couverte de lichens grisâtres. La couleur intérieure de l’écorce est d’un jaune foncé, presque fauve 5 son odeur est légèrement aromatique , sa saveur très-amère, mais peu astringente. Ce quinquina est fort rare ; il recèle , d’après Mutis , la vertu fébrifuge par excellence. Son principe aromatique le fait employer de préférence dans le traitement des fièvres accompagnées de symptômes nerveux. D’après l’opinion de Zea, de M. de Humboldt, et autres célèbres naturalistes , le cinchona nitida,\e cinchona lanceolata , et le cinchona rosea. de la Flore péruvienne y ne sont que des variétés du cinchona lancifolia.
Le cinchona Jiitida , découvert par Ruiz en 1780, a un tronc stolonifère , et des pédoncules multiflores. Son écorce est regardée comme un excellent fébrifuge -, elle ressemble à celle du lancifolia de Mutis.
Le cinchona lanceolata a une ample panicule et des fleurs disposées presqu’en corymbe , avec un calice pourpré , une corolle d’un rose vif, à limbe velu , et des anthères hispides à leur base. Ses feuilles sont oblongues, lancéolées, glabres, traversées par des veines pourpres. Son écorce, brune, chagrinée, parsemée de cryptogames grisâtres, porte le nom de cascarilla amanlla, de Mugna -, elle est jaunâtre intérieurement et d’une saveur très-amère.
Le cinchona rosea, décrit par Ruiz et Pavon , croît dans les forêts des Andes, aux environs de San-Antonio dePlaya-Grande. C’est un arbre peu élevé', dont les rameaux quadrangulaires sont garnis de feuilles oblongues , acuminées , glabres et luisantes , avec des stipules purpurines situées à la base des pétioles. Ses fleurs forment une panicule droite, terminale 5 les pédoncules sont étalés , comprimés et pubescens. Le calice est de couleur purpurine ; la corolle rosée , d’environ quatre lignes de longueur. Le tube court, légèrement courbé , glabre à son orifice , s’évase en un limbe tomenteux à cinq divisions ovales. Les étamines sont velues à leur base , les anthères bifides et un peu saillantes. Son écorce est brune, lisse, de couleur chocolat intérieurement , d’une saveur ligneuse , styptique , mais peu amère.