‹ Phytographie médicale (volume 2)Chapitre 33 sur 64 · USAGES ÉCONOMIQUES · texte numérisé non relu

USAGES ÉCONOMIQUES

Le café avant la torréfaction a une saveur un peu âcre et amère : il perd la première lorsqu’on le brûle , mais il conserve encore une partie de la seconde. Le moka est moins âcre que les autres variétés. La torré-

faction développe les principes solubles ; mais elle doit être modérée , si l’on veut conserver l’arome , et ne pas décomposer l’acide , la gomme et la résine.

Il n’est personne qui n’ait vu se répandre sur chacun des grains de café torréfiés à point , une huile résineuse qu’on laisse évaporer mal à propos en faisant ce qu’on appelle suer le café . Eh bien ! cette huile , très-volatile de sa nature , recèle le parfum le plus exquis du café, parfum qui s’évapore et s’affaiblit si vous brûlez votre café plusieurs jours à l’avance : vous avez beau le tenir dans une boîte bien fermée , il perd toujours un peu de son arôme.

L’infusion à froid est très-aromatique, mais peu chargée de mucilage et d’acide gallique*, l’infusion à chaud conserve de l’arome, et les principes dissous y sont dans des proportions qui flattent le goût. La décoction, beaucoup moins agréable que l’infusion, a peu d’arome ; elle est très-chargée de gomme et d’acide gallique : la résine même peut s’y trouver suspendue. Les cafés de Bourbon et de la Martinique ne présentent pas de différence sensible entre eux ; mais celui de Moka est plus aromatique , moins gommeux et plus résineux.

Pour obtenir une infusion de café chargée de tout son arôme , il faut donner des soins particuliers à sa préparation. On doit i° le torréfier dans un cylindre de tôle, jusqu’à ce qu’il ait pris une couleur dorée ou brun-marron , et qu’il ait perdu environ un sixième de son poids ; a0 le réduire en poudre au moulin , et mieux encore dans un mortier -, 3° ne brûler et infuser le café que le jour où on doit le prendre 5 4° faù’e l’infusion au

moyen de l’appareil à filtrer de Dubelloy ; 5° verser quatre tasses d’eau froide sur deux onces ou quatre cuillerées de cale , mettre cette infusion écoulée à part ; 6° verser sur le même café trois tasses d’eau bouillante, et mêler cette seconde infusion avec Ja première; 7° faire chauffer brusquement les deux infusions réunies, et ne point les laisser bouillir, c’est-à-dire retirer le café à l’instant du frémissement qui précède l’ébullition. Si l’on désire une infusion plus substantielle , au lieu de deux onces , il faut employer trois onces de poudre.

On a inventé plusieurs appareils plus ou moins ingénieux ; mais la plupart sont trop compliqués. Le filtre en porcelaine de Dubelloy est , à notre avis , le plus simple et le meilleur.

Les Orientaux réduisent le café en poudre impalpable dans un mortier ; puis ils jettent cette poudre dans l’eau bouillante. Après une infusion de quelques minutes, ils prennent le café avec le marc et ordinairement sans sucre , afin de ne rien perdre de sa force, et d’en recevoir ainsi une stimulation plus puissante. Quelques gourmets , car il y en a aussi parmi les Musulmans , le sucrent légèrement , et on assure qu’alors il est délicieux.

I ls ont également une autre sorte de café : c’est le fameux café à la sultane. On ne le fait point avec la fève , mais seulement avecl’arilleouson enveloppe extérieure: on la brise , on lui donne au feu une légère couleur, puis on la jette dans l’eau bouillante sans la moudre; et le café a l’apparence de notre bière couverte d’une mousse blanchâtre.

PROPRIÉTÉS DIÉTÉTIQUES

Ce sont les Orientaux qui nous ont transmis l’usage du café. Le supérieur d’un monastère d’Arabie s’en servait , dit-on , pour tenir en éveil ses moines qui s’endormaient aux offices de la nuit. Suivant une autre version , ce fut un mollah qui le premier eut recours à cette boisson excitante pour se délivrer d’un assoupissement qui ne lui permettait pas de vaquer à ses prières ; ses derviches l’imitèrent , et leur exemple entraîna les gens de loi. On ne tarda pas à s’apercevoir que le café donnait au sang une agréable agitation , dissipait les pesanteurs de l’estomac , égayait l’esprit ; et ceux même qui n’avaient pas besoin de se tenir éveillés l’adoptèrent. Des bords de la mer Rouge il passa à Médine , à La Mecque , et , par les pèlerins , dans tous les pays mabométans.

C’est en i554, sous le règne de Soliman-le-Grand , que le café avait pris crédit à Constantinople , et ce ne fut qu’environ un siècle après qu’on l’adopta à Londres et à Paris. Aujourd’hui son usage est répandu dans le monde entier, et rien ne prouve tant en sa faveur que les efforts qu’on a faits pour le remplacer par nos productions indigènes pendant les dernières guerres maritimes : efforts malheureux qui nous ont seulement appris que rien n’est comparable au parfum de ces graines exotiques.

Le café n’est devenu populaire en France que depuis la révolution. Il fut d’abord réservé exclusivement à la haute société. L’exemple de Fontenelle répandit l’usage de ce poison lent ; on sait qu’avec ce poison il a

vécu près d’un siècle. Ce 11’est pas que le café n’ait rencontré à diverses époques des ennemis et des détracteurs. Souvent condamné par les médecins , il le fut d’abord par madame de Sévigné , femme d’un excellent esprit, qui manqua pourtant deux fois de goût dans cette circonstance. Malgré sa prédiction, la ravissante poésie de Racine triompha de la cour, et le café a parcouru le monde en répandant partout ses parfums. O l’admirable breuvage , qui réveille l’esprit, console le cœur, électrise la pensée , inspire l’orateur, le poète , fait naître des fleurs sous la plume de Fontenelle, les plus beaux vers sous celle de Delille ou de Voltaire !

Délicieux moka, ta sève enchanteresse Re'veille le ge'nie, et, vaut tout le Permesse.

Castel , les Plantes.

C’est toi, divin café', dont l’aimable liqueur Sans alte'rer la tête e'panouit le cœur :

Aussi , quand mon palais est e'mousse' par l’âge ,

Avec plaisir encor je goûte ton breuvage.

Que j’aime à préparer ton nectar pre'cieux !

Nul n’usurpe chez moi ce soin de'licieux.

Sur le re'chaud brûlant moi seul tournant ta graine ,

A l’or de ta couleur fais succe'der l’e'bène ;

Moi seul contre la noix, qu’arment ses dents de fer,

Je fais, en te broyant , crier ton fruit amer;

Charme' de ton parfum , c’est moi seul qui dans l’onde Infuse à mon foyer ta poussière fe'conde.

Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi.

Je ne veux qu’un de'sert, , mon Antigone et toi.

A peine j’ai senti ta vapeur odorante ,

Soudain de ton climat la chaleur pénétrante Réveille tous mes sens ; sans trouble , sans chaos ,

Mes pensers plus nombreux accourent à grands flots.

Mon idée était triste , aride , dépouillée ;

Elle rit, elle sort richement habillée,

Et je crois, du génie éprouvant le réveil ,

Boire dans chaque goutte un rayon du soleil.

Delille , les Trois Règnes.

On voit que Delille aimait à préparer lui-même son café. A Paris il n’est pas rare qu’une bonne maîtresse de maison donne tous ses soins à ce breuvage digestif d’où dépendent le bonheur et la santé des convives. Une mauvaise tasse de café est une disgrâce , un malheur que ne peut faire oublier la chère la plus délicate. Demandez plutôt à M. le marquis de Cussy : il vous dira qu’un amphitryon chez qui un pareil revers se renouvelle deux fois, est comme un général d’armée qui a perdu coup sur coup deux batailles ; qu’il doit dire adieu au monde et se condamnera la solitude. Écoutez M. Fayot, homme friand et surtout amateur de café : s’il vous décrit un repas, il glisse légèrement sur les mets les plus rares, il parle avec indifférence du dessert; mais voyez comme son œil s’anime, comme il est heureux en disant ces mots : Oh ! le café était exquis.

Et moi aussi j’aime le bon café. Il m’en souvient : qu’il était délicieux celui que nous a versé madame Ségalas dans une petite réunion, composée de MM. de Beauregard, Fayot, Miquel, Gaubert et Duval ; réunion charmante où la grâce de la maîtresse de la maison , la politesse du maître , l’esprit et l’aimable causerie des convives (je n’étais là que pour écouter) m’ont fait passer les plus doux momens !

Franklin ne connaissait que la commotion électrique ou le café pour donner la plus grande énergie aux facultés intellectuelles. L’usage , pour ainsi dire , général qu’en font les gens de lettres, les savans , les artistes , ne s’est établi que d’après des observations et des expériences positives. Rien n’est plus propre surtout à

faire cesser les angoisses d’une digestion pénible , à dissiper ces pesanteurs qui , en réagissant sur le cerveau , troublent les facultés de l’esprit, le jettent dans la tristesse et l’engourdissement. Le café n’a point les inconvéniens du vin ni des liqueurs spiritueuses ; il est au contraire le moyen le plus efficace de combattre leurs funestes effets.

Et puis ne faut-il pas à l’homme quelque consolation dans ce monde si misérable? En est-il de plus douce, de plus voluptueuse que le café ? La tristesse vous gagne, le temps vous tient sous son joug de plomb O pouvoir magique du café ! Soudain l’en-

nui des heures se dissipe, il fuit comme un spectre devant la clarté du jour; la sérénité reparaît sur ce front , nuageux il n’y a qu’un instant ; les rides du souci s’effacent , un coloris de rose vous dit que le sang a repris son cours régulier. Vous devenez bienveillant, joyeux , dispos , vous croyez aux douceurs de l’amitié, aux prestiges de l’amour ; les torts de vos amis se couvrent d’un voile , et l'espérance est là avec son sourire , ses enehantemens , et la promesse d’un meilleur avenir.

Mais que le bon café est rare dans les grandes maisons î On le sert avec une sorte de pompe , avec un luxe qui fascine trop souvent l’œil des convives, les distrait et paralyse leur goût. Il n’y a que le vrai gourmet que ce vain éclat ne saurait éblouir. Il est là , pensif, presque soucieux , en attendant le café. On va le servir, il est servi. L’élégance des porcelaines , la forme riche et neuve du plateau, où l’or étincelle, font oublier un instant le moka. Enfin un savant le déguste; il est délicieux. Une jolie femme effleure à peine sa

tasse de ses lèvres vermeilles 5 ob ! que ces tasses , ce plateau , sont d’un goût parfait ! Un petit magistrat vide la sienne ; il est grave comme lorsqu’il préside les assises. Un célèbre bibliothécaire rêve encore à ses poudreux manuscrits , il 11e saurait vous dire si c’est du café ou du thé qu’il vient de prendre. L’amateur flaire , déguste , analyse le breuvage -, l’émeute , la générale , le canon , rien ne saurait le distraire. Toutes ses sensations , toutes ses facultés , son âme tout entière s’élance dans sa tasse. Hélas ! une sorte d’anxiété se peint dans ses yeux ; le café , d’ailleurs substantiel , bienfait , limpide, d’une couleur rutilante, avait un goût de mer !

Il règne parmi les médecins un certain désaccord touchant l’usage du café. L’avis du sage Tissot ne lui est point favorable-, Hahnemann le regarde comme un poison, et veut qu’il soit rayé du régime diététique. Ceux qui l’aiment ( eh ! quel est le médecin de bon goût qui ne l’aime point?) sont beaucoup plus indulgens 5 ils le permettent à leurs malades quand il n’y a pas des raisons graves pour le leur défendre.

Le secrétaire de l’Académie royale de médecine vous dira que le café n’est jamais nuisible ; que s’il le devient, c’est quand il est mal fait. Vous n’avez peut-être jamais vu M. Pariset prendre son café ? Eh bien! moi qui vous parle , je l’ai vu. Sa pose, sa mimique , sont admirables. Fermement assis , il le savoure à plusieurs reprises , et chaque fois il lève au ciel ses yeux brillans comme des escarboucles. Lui si disert , il ne parle plus, il pense ; il goûte , il goûte encore ; il voudrait mourir en goûtant. Le nectar épuisé , il faut l’entendre :

quelle verve! comme il étincelle d’esprit! Il raconte, il disserte ; il est à Paris , à Barcelone , au Caire ; il a vu les tentes des Arabes , les ruines de Thèbes. On se presse autour de lui , on recueille ses bons mots , ses saillies, ses rapides élans; on voudrait l’écouter sans cesse.

M. Bousquet , également académicien , homme d’esprit et gourmet , a une autre manière de goûter et de sentir. Ses jouissances sont plus douces , plus tranquilles -, c’est Horace buvant le falerne sans penser au lendemain. Peu à peu sa figure s’anime; le plaisir brille dans son œil bleu-, il se croit dans le paradis de Mahomet.

Celui-ci a la tête haute, un peu penchée: c’est l’élégant auteur des Lettres à Camille. Il hume avec bruit son nectar ; il veut que les papilles de son palais s’en abreuvent, que sa vapeur rayonne physiologiquement sur le sensorium ; il s’inquiète peu de son estomac, à qui les mets les plus simples suffisent.

Où êtes-vous, Bérard, Rouzet , Miquel, Dupau, confrères spirituels, savans, d’un commerce si doux? Hélas ! vous aimiez aussi le moka : nous le prenions ensemble... Maintenant, je suis seul , errant dans la solitude des forêts ; mais votre souvenir me suit partout : il est profondément gravé là, dans mon cœur , dans ce cœur qui vous aimait de l’amitié la plus tendre.

Les médecins les plus célèbres, les plus habiles, ont du goût pour le café ; ce goût leur est naturel , parce qu’il y a une sorte de sympathie entre tout ce qui est bon; et, si par hasard ils ne sont pas tous de notre avis , s’ils en diffèrent un peu avant dîner , l’heure ap-

proche où ils deviendront indulgens. Faibles euxmêmes devant le plateau magique , ils pardonneront à notre faiblesse 5 que dis-je? ils applaudiront à notre enthousiasme. Et tous ces jeunes médecins , l’espoir de notre art , ils aimeront aussi le café ; car il fait aimer l’étude, il fortifie notre esprit, il nous soutient dans notre pénible carrière, il nous charme au milieu de nos travaux. Si ce breuvage brûlait le sang, s’il donnait la gastrite, comme le disent quelques observateurs peu attentifs , l’illustre chef de l’école physiologique l’eût banni à tout jamais de sa table.

« J’ai vu dernièrement M. Broussais dans un grand repas , me disait un ancien ami : il fulminait contre les ontologistes , contre les Browniens. On sert le café à la ronde, sa tasse en est remplie , il la vide. O prodige ! il hoche de contentement sa tête carrée -, une aimable douceur se répand dans ses traits , une bienveillance inattendue pour ses confrères remplace ce langage amer, énergique, ces diatribes sanglantes qu’exhalait tout à l’heure sa bouche sardoniquement convulsive. L’homme de génie avait abdiqué sa colère , et, dans sa mansuétude , il eût embrassé un éclectique 5 il n’y en avait point dans l’assemblée. »

Nous nous arrêterons à peine à quelques alliances monstrueuses qu’on fait subir au café. Laissons le gloria aux palais d’acier , aux esprits de glace , à l’homme fatigué par une longue course , par un pénible labeur. Ce mélange n’est nullement digestif ; il irrite l’estomac, il ébranle les fibres du cerveau, il détruit surtout le parfum du café , trop délicat pour lutter contre la violence de l’alcohol , et au lieu d’un souffle pur , em-

baume, votre bouche exhale les molécules chaudes du cognac.

Il est une association qui convient aux nerfs un peu trop sensibles. Laissez tomber dans votre tasse quelques gouttes d’une crème onctueuse , vous aurez un breuvage plus doux , plus tempéré , plus conciliant , et votre estomac pourra se livrer sans contrainte à l’acte le plus important de la vie.

Nous voici au café du matin. Cette fois , nous avons pour nous les dames , les hommes d’une complexion délicate , tous ceux enfin à qui il ne faut qu’une alimentation légère. Mais ici les avis de la Faculté ne sont pas unanimes : les uns prescrivent le café au lait , d’autres le permettent , d’autres ne veulent pas en entendre parler. Si vous êtes malade, si vous souffrez des entrailles, si vous avez des rapports acides, n’en prenez point ; mais si votre santé est en bon état, si ce déjeuner vous plaît , si vous en avez d’ailleurs contracté l’habitude , continuez : continuez surtout si vous cultivez les sciences, les lettres , les beaux-arts. Une tasse de café tempéré avec un bon laitage n’ôtera rien à votre intelligence 5 au contraire, votre estomac, libre de tous ces mets succulens qui l’obstruent , ne fatiguera point votre cerveau ; il ne l’associera point à ses angoisses , il le laissera libre dans ses opérations. Bientôt les suaves molécules du moka agiteront agréablement votre sang sans lui donner une chaleur immodérée ; l’organe de la pensée en recevra une impression sympathique; le travail deviendra plus facile, plus fécond, et vous arriverez sans peine et sans dégoût au principal repas , qui restaurera votre corps , vous donnera une

nuit calme , délicieuse. L’homme qui ne se livre point à de rudes travaux n’a pas besoin de deux repas substantiels dans la journée ; un déjeûner frugal , un dîner confortable , lui suffisent. Il faut, au contraire , deux ou trois bons repas à l’homme affaibli par la fatigue, dont les muscles sont dans une action vive et continue. L’homme sédentaire, oisif, qui va du fauteuil à la table, qui se repaît d’osmazome, qui ne vit, qui ne respire que pour manger, boire et dormir, celui-là l’apoplexie le réclame ; il lui appartient , il est son sujet, bientôt il sera sa victime.

Mais si vous pouvez vous procurer de l’excellent moka , du fin bourbon , il n’en est pas ainsi du bon lait. C’est vous surtout qui en souffrez, pauvres Parisiens, bon public, paisibles ménages, qui tenez aux vieilles coutumes de vos pères. La laitière , l’avide laitière , est aujourd’hui au nombre des charlatans qui vous trompent , qui vous dupent. C’est elle qui , de grand matin , donne le signal des falsifications ( ah ! combien d’autres mensonges vous attendent dans la journée ! ). La fontaine du hameau a donné à son lait une teinte azurée. Il faut lui rendre sa blancheur primitive, sa moelleuse épaisseur. Vite de l’amidon , des substances féculentes : voilà ce qu’elle nomme le lait chaud. Pour la crème du banquier, du pair de France, de M. le préfet , et autres consommateurs de haut étage, oh! il faut lui donner ce reflet doré qui vous charme dans le lait de la Basse-Normandie. Le suc de carotte, la fleur du souci des champs, le carthame des teinturiers, le sirop de mélasse, le sucre brûlé, voilà le secret de notre chimiste de la banlieue. Fasse

le Ciel qu’elle ne veuille pas être plus habile (i)!

Ces substances ne sont pas précisément malfaisantes ; cependant, le laitage ainsi délayé , puis épaissi par des fécules , rendu mousseux par de l’albumine , doré par des matières colorantes ; ce laitage , ainsi frelaté , se coagule facilement dans l’estomac , perd ses propriétés salutaires, et devient indigeste. Les femmes délicates, nerveuses , les enfans atrophiés , les convalescens , les valétudinaires , qui vivent de laitage , n’y trouvent plus une alimentation douce et restaurante (*2).

Ce n’est pas ici le lieu de décrire quelques-unes des friandises dont notre vie toute sensuelle nous fait un

(1) On a accusé les laitières de Tienne d’avoir falsifié le lait par la potasse et la chaux pour le garantir de la coagulation. La Gazette nationale d’Allemagne de 1 803 rapporte que des enfaus en sont morts , et que des adultes en ont été malades.

(2) M. Gallais , habile chimiste , et l’un de nos fabricans de chocolat les plus renommés, va nous protéger contre la fraude des laitières. Nous pourrons avoir chaque jour et à toute heure du véritable lait de Gournay ou d’Isigny. Toici comment. A force de soins et d’expériences il est parvenu à extraire et à rapprocher les principes du lait par un procédé fort ingénieux. Le lait ainsi réduit à l’état solide a reçu le nom de lactoline. Mais ce n’est point dans les campagnes des environs de Paris que M. Gallais va composer ce nouveau produit de l’industrie économique; c’est dans la vallée de Bray, au milieu des gras pâturages de la Normandie. Nous avons goûté plusieurs fois la lactoline; nous lui avons trouvé toute la saveur, tout le parfum du meilleur lait. Elle offre, à notre avis, un aliment aussi agréable que salubre aux enfans, aux vieillards et aux convalescens. On peut d’ailleurs l’ajouter au café, au chocolat, qui en deviendront plus moelleux , plus nutritifs. Voyez pour de plus amples détails le n° de la Gazette cle santé de février 1 835. M. Grimaud de Caux , son principal rédacteur, a donné de justes éloges à la lactoline , dans un excellent article sur les diverses espèces de lait.

besoin ; nous abandonnons volontiers ces détails aux hommes spéciaux de Yojffice. Nous observerons seulement que les crèmes, les mousses, les glaces, les sorbets, se digèrent infiniment mieux lorsque la fève de Moka les a imprégnés de son parfum. Pendant les grandes chaleurs , les mouvemens de la vie se concentrent sur la surface du corps , et l’appareil digestif est presque toujours affecté d’une faiblesse relative. Si, trop indulgent pour votre estomac , vous avez cédé à sa gourmandise 5 si vous lui avez accordé des mets, des ragoûts de toute espèce , laissez-le digérer en paix : il ne vous demande que quelques heures de trêve. Vous êtes déjà froid, lourd, presque vertigineux; sortez, courez, faites de l’exercice en plein air; renoncez aux glaces, aux sorbets; et si vous n’avez pas le courage de vous imposer cette privation , choisissez du moins les sorbets au marasquin , au café moka , préférables aux substances végétales glacées, telles que le citron, la groseille, les fraises, qui ont quelquefois produit des symptômes cholériques, quand la digestion n’était pas accomplie.

Avant de passer aux propriétés médicales du café, hâtons-nous de répondre à un reproche grave qu’on lui adresse , et qui, s’il était fondé, diminuerait peut-être le nombre de ses partisans. On prétend, qu’en excitant les facultés de l’entendement , en exerçant une influence exclusive sur l’encéphale, il affaiblit les autres sensations physiques , et surtout la sensibilité des organes de la génération. Effeminansvulgohabetur coffeœpo tus , ujidè etiàni potus caponum per opprobriam di citur. (Linn. , Amcen. Academ .) Cette opinion ne

repose sur aucun fait positif. Le docteur Hannin parle d’un homme de quarante-cinq ans , d’un tempérament sec et bilieux , qui ne prend pas de café qu’il ne se sente transporté d’une sorte de délire érotique. Au reste, il en est du café comme des autres stimulans, il peut , suivant la constitution de l’individu , produire quelquefois un effet contraire.

' PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Lorsqu’on pense à certains breuvages que la médecine impose aux malades , on est étonné de voir qu’elle néglige l’usage du café , stimulant si agréable et en même temps si actif dans toutes les maladies où il est nécessaire d’imprimer à la fibre une excitation vive et prompte. Ce qu’il y a de certain, c’est que le café ne le cède à aucun autre remède dans les affections des intestins, des reins et delà vessie, provenant de causes débilitantes. Cette boisson sucrée favorise l’expectoration dans les catarrhes chroniques , et dissipe quelquefois les toux les plus opiniâtres. D’après Musgrave, Pringle , Floyer, Percival , elle est un des meilleurs palliatifs de l’asthme ; et , suivant le docteur Bree , elle ne dissipe pas seulement ses attaques , mais elle en prévient le retour. Laennec dit également avoir vu plusieurs asthmatiques auxquels le café a été réellement utile.

Un vieux colonel avait éprouvé quelques symptômes de gravelle après la bataille de Waterloo. On lui défendit l’usage du café , auquel on substitua l’eau d’orge , l’eau de graine de lin, et un régime sévère. Son estomac devint paresseux , les fonctions de l’appareil uri-

naire s’affaiblirent , et la maladie calculeuse s’aggrava. J’eus occasion de le voir à dîner chez un de mes amis. Il me consulta sur son état de souffrance , et il me parut regretter vivement son café. Je ne pouvais que lui donner une consultation de table -, là, presque tous les médecins sont indulgens. Reprenez , lui dis-je, l’usage de cette boisson , en y ajoutant un peu de crème. On assure que lagravelle est très-rare en Orient et dans les colonies, où l’on prend du café à toutes les heures du jour. Le conseil fut suivi à la lettre , et une heure après, il prenait place parmi les bienheureux qui s’abreuvaient de café. Il continua , il réforma en même temps son régime ; ses forces se rétablirent , et la gravelle disparut sans retour.

Les femmes sujettes aux suppressions menstruelles, ou chez qui les règles coulent lentement , trouvent dans le café un remède aussi agréable que salutaire. Il dissipe la mélancolie , les langueurs , les dégoûts qui tourmentent les jeunes filles chlorotiques. Cette boisson convient aussi très-bien aux personnes chargées d’embonpoint et d’obésité, qui éprouvent de l’engourdissement dans les membres, de l'assoupissement , et cette espèce de torpeur qui est quelquefois le prélude de la paralysie ou de l’apoplexie. On a quelquefois employé avec un succès rare les lavemens de café pour dissiper des symptômes apoplectiques, particulièrement chez les vieillards.

Le café est surtout d’un usage familier contre la migraine, qu’il calme assez souvent d’une manière assez prompte , bien qu’il échoue presque toujours contre le tic douloureux ou la céphalalgie susorbitaire. Lorsqu’il

agit favorablement dans ces sortes de maux , la peau , qui était d’abord froide et crispée , reprend bientôt sa chaleur naturelle, et se couvre ensuite d’une douce moiteur.

On a remarqué que le café pris avec modération était , en général , salutaire aux goutteux. Ainsi que la gravelle, la goutte est à peine connue en Turquie et aux Antilles où cette boisson est vulgaire.

Des faits recueillis dans plusieurs climats attestent les vertus anti-fébriles du café. Le docteur Pouqueville ( Voyage en Morée) a vu rarement résister les fièvres intermittentes à un mélange de café et de suc de citron, qui est le remède général du pays. On mêle six gros de café torréfié et broyé avec deux onces de suc de citron et trois onces d’eau. Ce breuvage doit être pris chaud et à jeun pendant les intervalles de la fièvre. D’après le témoignage du docteur Coutanceau , à qui nous devons une notice intéressante sur les fièvres pernicieuses qui ont régné à Bordeaux en i8o5 , une forte décoction de café , administrée au moment de l’invasion d’un paroxysme qu’on pouvait présumer devoir être très-grave, diminuait notablement son intensité. Le docteur Labonnardière s’en est servi avec avantage pour dissiper les symptômes comateux d’une fièvre ataxique subintrante. Atteint lui-même d’une fièvre catarrhale accompagnée d’une grande stupeur, il a éprouvé les plus heureux effets de cette boisson.

Suivant le docteur Grindel , conseiller aulique de l’empereur de Russie , le café non torréfié possède la propriété antiseptique et fébrifuge du quinquina. Parmi les faits que ce médecin a recueillis à la clinique de

l’Université de Dorpat, on trouve des plaies gangréneuses à la suite de fractures, des fièvres intermittentes de divers types , des fièvres lentes nerveuses , qui ont cédé à l’usage du café. On le donne en poudre, en infusion , en décoction et en extrait. Les doses doivent être à peu près les mêmes que celles du quinquina. Il a fallu rarement plus de deux onces de poudre pour extirper des fièvres intermittentes opiniâtres.

M. Martin Solon a fait un heureux emploi du café dans la fièvre typhoïde avec prédominance de stupeur et d’abattement. Il l’a administré, à la dose d’une demi-once en infusion dans huit onces d’eau , à plusieurs malades de l’hôpital Beaujon, qui avaient déjà subi un traitement antiphlogistique. Cette potion stimulante, répétée pendant plusieurs jours , a relevé le pouls , diminué la céphalalgie , la somnolence , et l’affaiblissement des facultés intellectuelles, provoqué des sueurs abondantes. Les effets produits par le café ont été si rapides chez un malade , que les symptômes de prostration et de stupeur ont considérablement diminué dans la journée. Dans une autre circonstance, une forte infusion de café a ranimé la sensibilité générale , et fait disparaître graduellement le délire , la stupeur et une sorte d’état comateux. Lorsqu’on administre cette boisson , il faut choisir les momens où la réaction fébrile présente le moins d’intensité.

Au reste, le café ne saurait convenir dans tous les cas de fièvre typhoïde -, il serait extrêmement nuisible si la fièvre était liée à l’inflammation des méninges ou à la gastro-entérite.

Dans les pays où régnent des fièvres de mauvais ca-

ractère , dans les lieux exposés aux émanations pernicieuses de marais, le café peut être employé comme un des moyens prophylactiques les plus efficaces. Pris avec modération , il anime la circulation générale , et relève le ton du système , que tend à affaiblir de plus en plus un ait1 chargé de vapeurs délétères.

Mais , si le café excelle lorsqu’il faut stimuler les tissus organiques , son usage aggrave toutes les affections qui s’annoncent avec des signes deplilogose ou d’une irritation vive. On sait que cette boisson trouble le sommeil, cause parfois des tremblemens , des agitations incommodes ; aussi les médecins ont soin de l’interdire aux personnes nerveuses , qui ont la fibre sèche , très-irritable ; à celles qui sont douées d’un tempérament pléthorique, ou sujettes à quelques hémorrhagies; qui ont des irritations viscérales , des mouvemens hémorrhoïdaux douloureux. En général , il convient peu aux enfans , surtout aux jeunes filles qui approchent de l’âge où s’établit la menstruation ; aux femmes parvenues à l’âge critique, éprouvant des spasmes nerveux, une chaleur générale , des douleurs lombaires, utérines , etc. La classe ouvrière, qui, dans ces circonstances, n’est pas assez éclairée ou assez raisonnable pour se priver de café , en éprouve un grand dommage.

D’après Tissot , il est surtout nuisible dans les maux de nerfs; il donne une agitation générale , des palpitations , quelquefois une profonde tristesse et un vrai désespoir. Pomme a vu une jeune religieuse , d’un tempérament bilioso-sanguin , attaquée subitement de cardialgie, d’évanouissemens et de spasmes, après avoir fait un usage immodéré de cette boisson. Des méde-

cins ont observé que l’inflammation des gros vaisseaux étaitfort commune aux Antilles , oùl’onenfait un grand usage. Je crois que l’abus des épices, et surtout la chaleur brûlante de l’atmosphère , y contribuent au moins d’une manière aussi active. A Venise, à Constantinople, à Vienne , a Londres, à Paris , à Amsterdam , enfin dans toutes les grandes villes de l’Europe, où l’on prend certainement beaucoup de café , ces inflammations ne sont pas plus fréquentes que bien d’autres maladies.

Au reste, le café est une boisson pernicieuse dans les congestions imminentes du cœur, principalement lorsqu’on éprouve des palpitations fréquentes, des étouffemens, une agitation générale, une sorte de dyspnée qui se reproduit à la moindre fatigue. Dès l’apparition de quelqu’un de ces symptômes, il faut se priver de café et autres boissons stimulantes , suivre un régime doux , humectant , peu substantiel ; c’est le seul moyen d’arrêter la marche de ces affections organiques , qui , plus tard , se jouent de toutes les ressources de l’art.

Le docteur Hahnemann, qui a publié une petite dissertation sur le café , l’a comparé aux plus affreux poisons. Quelques vérités brillent dans cet écrit; mais elles sont comme perdues dans l’exagération et l’emphase , en sorte que les lecteurs auxquels il les adresse ne sauraient les saisir. Dès les premières lignes il voudrait nous condamner à l’eau de fontaine et au lait pour toute boisson.

Après la première stimulation produite par le café, viennent les bâillemens avec envie de dormir , des angoisses , des flatuosités douloureuses, le froid des extré-

mites. Les digestions deviennent plus pénibles ; la diarrhée alterne avec la constipation. Le sommeil ressemble à une sorte d’assoupissement qui ne restaure point. Les femmes solit en proie à une leucorrhée intarissable ; elles ont les yeux languissans , le teint jaunâtre, terreux, les chairs molles, les seins flasques (j’adoucis beaucoup les expressions du médecin allemand). Enfin les hommes deviennent impuissans , les femmes stériles. Voilà pour le physique 5 le moral est encore plus maltraité.

« Le sérieux réfléchi de nos ancêtres, dit le célèbre homœopathe, la solidité des jugemens , la fermeté dans la volonté et dans les résolutions , toutes ces qualités qui distinguaientjadis le caractère national des Allemands, s’évanouissent devant cette boisson médicinale. Et qu’est-ce qui les remplace ? Des épanchemens de cœur imprudens , des résolutions , des jugemens précipités et mal fondés , la légèreté , la loquacité , la vacillation , enfin une mobilité fugitive des muscles et une contenance théâtrale. Je sais bien que pour abonder en imagination luxurieuse, pour composer des romans lubriques, des poésies badines et piquantes, l’Allemand doit boire du café. Le danseur de ballet, l’improvisateur, le jongleur, le bateleur, l’escroc et le banquier au jeu de pharaon , ainsi que le virtuose-musicien moderne, avec sa vitesse extravagante, et le médecin à la mode partout présent , qui veut faire quatre-vingt-dix visites de malades en une seule matinée , tout ce monde-là a nécessairement besoin de café. »

Nous n’avons qu’effleuré les invectives que M. Hahnemann adresse aux buveurs de café , la série de maux

dont il les menace , les anathèmes qu’il lance contre cette boisson dont il use peut-être à huis-clos-, mais c’en est assez pour faire apprécier son jugement. Moins partial, plus vrai, il eût peut-être converti quelques-unes des personnes à qui le café est nuisible-, mais pour avoir été trop absolu , il a prêché dans le désert.

M. le baron de Brunnow , de Dresde , qui a traduit en français la dissertation de M. Hahnemann , y a ajouté une préface et des notes où il blâme aussi l’usage du café-, mais c’est toujours l’homme d’esprit, l’homme sage, indulgent et de bonne foi qui parle. Quel contraste entre le maître et le disciple ! Lorsque M. de Brunnow me dit : « J’ai pris du café jusqu’à l’âge de vingt-deux ans , j’étais presque toujours dans un état de souffrance : j’ai cru reconnaître dans cet état les mauvais effets du café 5 j’ai renoncé à cette boisson , et ma santé , naturellement délicate , s’est raffermie 5 » cette simplicité de langage me persuade , et j’y crois.

Nous ne saurions terminer cet article sans faire mention des vertus du café dans l’empoisonnement produit par l’opium et les plantes narcotiques , telles que la jusquiame, la pomme épineuse , la belladone , certains champignons , etc. Après avoir éliminé la matière vénéneuse , soit par les vomitifs , soit par une abondante boisson d’eau tiède , les effets du poison peuvent subsister encore et se manifester par un état de somnolence et de stupeur , par des symptômes léthargiques ou comateux 5 rien n’est plus propre à combattre cette affection cérébrale qu’une forte infusion de

MÉDICALE. 3 M

café, administrée alternativement avec les boissons acides (i).

M. le général Gougeon nous a communiqué un fait qui atteste également la puissance médicinale du café contre l’asphyxie causée par la vapeur du charbon.

Au mois de janvier 1810, le fameux André Hoffer, chef des insurgés tyroliens , fut conduit avec son secrétaire, du Tyrol en Italie, sous l’escorte du ier bataillon du 92e régiment. Arrivé à Ala, petite ville à huit lieues de Vérone, il fut mis dans une chambre étroite , humide et depuis long-temps inhabitée. Un brasier fut placé au milieu de la chambre, où se trouvaient deux officiers et deux sergens. Un factionnaire était debout près d’eux , séparé , par la porte fermée , d’un factionnaire extérieur. La vapeur du charbon ne tarda pas à agir sur les militaires , tous rapprochés du brasier. Les deux officiers et les deux sergens éprouvèrent d’abord quelques convulsions, et restèrent asphyxiés. La sentinelle intérieure tomba presque aussitôt. André Hoffer, couché dans la partie de la chambre la plus éloignée du brasier, veut se lever pour venir au secours de ses gardiens 5 mais il retombe sur son lit, où l’asphyxie le gagne , ainsi que son jeune secrétaire qui y était couché. La sentinelle extérieure, inquiète des mouvemens sourds qu’elle entendait, appelle la garde, qui enfonce la porte de la chambre. Les deux premiers qui y pénètrent tombent à l’instant même. Un caporal court à la fenêtre , l’ouvre , et y jette le

( 1 ) Voyez notre Introduction et la famille des Solanées Voyez aussi notre Histoire des Champignons comestibles et vénéneux .

brasier. On porte dans la cour tous les asphyxiés , et M. le commandant Gougeon leur fait prendre plusieurs tasses de café très-fort. Cette liqueur stimulante les réveille , et peu à peu tous les accidens produits par l’asphyxie disparaissent.

Sirop de café de Ferrari . Prenez café du Levant torréfié , quatre onces \ eau , deux livres -, sucre raffiné , trois livres. Dans un vase fermé vous faites infuser , pendant six heures , le café avec une livre et demie d’eau froide ; en le débouchant un peu , vous placez ensuite le vase au bain-marie. Quand l’eau du bain-marie bout , vous retirez le vase , vous décantez , et vous versez sur le résidu les six onces d’eau restantes. Au bout de quelques heures , vous décantez , et vous mêlez les liqueurs , que vous versez peu à peu sur le sucre : vous faites dissoudre au bain-marie , et vous passez à la chausse.

O11 prend une ou deux cuillerées à bouche de ce sirop dans du lait, ou dans tout autre véhicule. Il peut servir à édulcorer les boissons dans les maladies qui réclament une excitation douce et agréable.

MÉDICAL!

CÉPHÉLIS . CEP H Æ LIS.

Calice très-petit à cinq dents. Corolle en entonnoir, à cinq lobes. Cinq étamines presque sessiles, non saillantes. Un style terminé par un stigmate à deux lobes. Baie à deux loges contenant deux graines planes d’un côté, convexes de l’autre.

CÉPHÉLIS IPÉCACUANHA. CEPHÆLIS IPECACVANHA.

Cephœlis ipecacuanha . Mirbel. — Cephœlis emetica. Persoon. — Ccillicocca ipecacuanha. Brotero.

(Planche 97.)

Cette plante a une racine arrondie , un peu rameuse, chargée d’anneaux ou de tubercules inégaux. La tigeest ascendante , sarmenteuse , presque ligneuse , haute de cinq ou six pouces. Les feuilles sont opposées, ovales , lancéolées, d’un beau vert, légèrement pubescentes en dessous , placées au sommet de la tige au nombre de quatre , six ou huit ; les inférieures sont caduques. Les fleurs , de couleur blanche , sont réunies en petites têtes pédonculées. Chaque fleur offre un petit calice à cinq dents obtuses ; une corolle tubulée à cinq divisions , ovales , aiguës , recourbées ; cinq étamines insérées sur la gorge de la corolle , et un ovaire surmonté d’un style à deux stigmates.

On trouve le cépliélis ipécacuanha dans les lieux ombragés et humides des bois , au Brésil , dans les provinces de Fernambouc , de Bahia , de Rio- Janeiro , etc. On

arrache la plante , et on sépare les racines , que l’on fait

sécher avec soin. D’après l’opinion générale, ces racines forment l’ipécacuanha gris ou du Brésil , la seule espèce employée dans nos pharmacies ; elles sont cylindriques, tortueuses, annelées, recouvertes d’un épiderme rugueux , d’un gris-brun. La partie ligneuse est blanchâtre, filiforme ; la partie corticale épaisse, d’une consistance ferme, d’une saveur amère, un peu âcre, d’une odeur nauséabonde. L’ipécacuanha du Brésil varie , pour la couleur, du gris au brun , et forme ainsi deux variétés qu’on emploie indistinctement. Suivant M. Mérat et M. Richard fils , ces deux variétés proviennent d’une seule et même plante , c’est-à-dire du cephcelis Ipecacuanha. La différence des racines dépend probablement de la nature du terrain où on les a cueillies , et surtout de l’époque de l’année où la récolte en a été faite. Toutefois M. Virey a émis une opinion contraire, en s’appuyant de l’autorité de M. Gomez , qui rapporte Fipécacuanha gris à une plante différente. D’après les recherches du botaniste américain, celui-ci proviendrait du ricliardia brasiliensis( 1) 5 il est également annelé , mais les anneaux sont un peu moins courts ; son écorce est blanchâtre , également épaisse , âcre et nauséeuse. Dans les environs de Rio-Janeiro , on donne en général , suivant M. Gomez, le nom de poaia aux divers ipécacuanha. Le cephœlis est nommé poaia do mato ou cipo; le richardia est le poaia do campo ou des champs.

Il ne faut point confondre ces racines avec une autre

(l) Le genre Richardia a été dédié par Linné à Richardson , botaniste anglais.

espèce d’ipécacuanha très-rare dans le commerce, et qui provient du psjchotria emetica de Mutis. Cette plante, indigène du Pérou, appartient aussi à la famille des Rubiacées • mais sa racine est plus volumineuse. Au lieu d’anneaux , elle offre quelques étranglemens ou sillons circulaires assez éloignés les uns des autres. Son écorce est lisse, striée, plus mince que la partie ligneuse, et d’un gris-noir très-marqué.

M. Decandolle nous a fait connaître des violettes, des euphorbes, des apocynées qui portent le nom d'ipécacuanha dans divers pays , et dont les racines sont douées d’une propriété émétique. D'après ce célèbre professeur, l’ipécacuanha blanc du Brésil provient d’une espèce de violette (viola ipeccicuanha , Linn.). Cette racine est blanche, à peu près cylindrique, presque point fibreuse, striée plutôt que crevassée en long* son axe ligneux est plus épais que l’écorce. Le cjnanchum vomitorium deLamarck (cisclepias asthmatica , Linn.) produit l’ipécacuanha blanc de l’Ile-de-France. Ses racines sont simples , cylindriques , ligneuses , blanches à l’extérieur et à l'intérieur, dépourvues d’anneaux ou de tubercules 5 l’axe ligneux est très-menu comparativement à l’écorce. Labillardière, qui a séjourné quelque temps à l’Ile-de-France, assure qu’on se sert non-seulement de la racine, mais de toute la plante. L 'euphorbia ipecaciianha est employée comme émétique dans la Virginie, le Canada, la Caroline, et y a meme reçu, dit-on, le nom d 'ipécacuanha. Cette racine est à peu près cylindrique , grêle , peu rameuse , et d’un gris jaunâtre. ( Mémoires de la Société médicale d’émulation , pagea3S, 2 e édition.)

On peut également consulter une notice de M. de Tussac sur différens végétaux dont les racines sont employées comme émétiques sousle nom d’ ipécacuanha. Voyez le Journal de botanique rédigé par M. Desvaux, cahier de décembre 1 8 1 3 .

Je ne m’arrêterai pas plus long-temps sur ces racines exotiques dont les vertus ne sauraient être comparées à celles du véritable ipécacuanha. Par la même raison , je passerai sous silence un grand nombre de plantes indigènes qu’on a voulu lui substituer. J’honore les hommes dont les efforts tendent à nous affranchir du tribut que nous payons au Nouveau-Monde ; mais je dois dire ici que la plupart de ces végétaux sont inertes ou peu fidèles dans leur action. Quelques-uns purgent à la manière des drastiques , d’autres excitent de violent vomissemens.

ANALYSE CHIMIQUE

L’ipécacuanha a fixé depuis long-temps l’attention d’un grand nombre de chimistes. On a presque oublié les analyses de Boulduc , de Cartheuser, de Lassonne fils, de Cornette, etc. Celles de MM. Henry, Irvine et Masson-Four méritent une distinction particulière. Toutefois les travaux plus récens de MM. Magendie et Pelletier ont mieux fait connaître la composition intime de ces racines. Leur faculté vomitive est due à un principe immédiat cpie M. Pelletier a nommé émétine .

La partie corticale de l’ipécacuanha gris ( cephœlis ipécacuanha) a fourni à l’analyse une matière grasse très-âcre, d’une odeur forte; de l’émétine, une cire végétale , de la gomme , de l’amidon , du ligneux , et

des traces d’acide gallique. La partie ligneuse a donné une très-petite quantité d’émétine, tandis que l’écorce en contient environ un sixième.

Les racines du psjchotria emetica contiennent beaucoup plus de matière grasse et moins d’émétine. Elles sont d’ailleurs inusitées, et on les trouve rarement dans nos pharmacies.

L’émétine découverte par les savans que nous venons de nommer se présente sous la forme d’écailles transparentes d’un brun rougeâtre ; son odeur est à peu près nulle, sa saveur amère , mais point nauséabonde. Elle est très-déliquescente, soluble dans l’eau , et incristallisable. L’acide gallique, et surtout la teinture de noix de galle , la précipitent de sa dissolution aqueuse, et se combinent avec elle. Cette substance fait vomir les chiens et les chats , depuis un demi-grain jusqu’à deux et trois grains. A la dose de dix grains , elle produit des vomissemens répétés , et l’animal succombe ordinairement dans les vingt-quatre heures. A l’ouverture du cadavre, on découvre une violente inflammation dans le tissu pulmonaire et dans toute l’étendue de la membrane muqueuse digestive. Les résultats sont les mêmes, de quelque manière que l’émétine pénètre dans l’économie animale.

Ce médicament produit chez l’homme les mêmes effets que l’ipécacuanha. Deux grains , pris à jeun , donnent lieu à un vomissement prolongé, suivi d’une tendance marquée au sommeil. Un quart de grain suffit quelquefois pour exciter des nausées et le vomissement. Lorsqu’on veut remplacer la poudre d’ipécacuanha par l’émétine, il faut administrer celle-ci en petite quan-

tité. D'après les expériences tentées sur les animaux , une trop forte dose pourrait produire tous les symptômes de l’empoisonnement. Pour y remédier, il faudrait avoir recours, le plus promptement possible, à une décoction de noix de galle , qui a la propriété de décomposer l’émétine. Mais, s’il existait déjà une irritation vive ou un commencement de phlogose dans les viscères, il faudrait employer la méthode antiphlogistique.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Vers le milieu du xvne siècle , Guillaume Pison , dans son Histoire tiaturelle et médicale des deux Indes , avait présenté l’ipécacuanha comme un remède employé au Brésil contre la dysenterie ; mais ce ne fut guère qu’en 1686 que son usage se répandit en France, et ensuite dans le reste de l’Europe, par les soins de Jean-Adrien Helvétius. Ainsi que tous les remèdes nouveaux, cette racine jouit alors de la plus haute faveur, et le médecin qui avait fait connaître ses vertus reçut de la munificence royale mille louis d’or pour prix de son zèle (1).

(1) Un herboriste de Paris, nommé Garnier, avait fait présent à Helvétius d’une certaine quantité d’ipécacuanha. Celui-ci Payant essayé avec succès sur quelques malades affectés de dysenterie , de nombreuses affiches placardées au coin des rues annoncèrent tout aussitôt au public les vertus merveilleuses de ce nouveau médicament. Plusieurs gentilshommes de la cour, et le dauphin luimême , fils de Louis XIV, étaient à cette même époque atteints de la dysenterie. Le roi, informé par son ministre Colbert du secret que possédait Helvétius , chargea son médecin d’Aquin et son confesseur le P. de La Chaise , d’entrer en arrangement avec lui pour la publication de son remède. Mille louis d’or furent le prix

On a mieux apprécié dans ces derniers temps ce médicament héroïque , et , malgré les éloges de Pison , d’Helvétius, etc. , aucun homme de l’art ne voudrait l’employer dans tous les flux intestinaux. Quel bienfait pourrait-on espérer de l’ipécacuanha , lorsque la membrane muqueuse intestinale est en proie à une inflammation aiguë? et ne voit-on pas tous les jours des dysenteries , des cours de ventre céder aux antiphlogistiques administrés avec mesure ? Il n’en est pas de même lorsque ces atfections se développent avec des signes evidens de pléthore bilieuse ou d’embarras gastrique. Cette racine , administrée à la dose de quinze à vingt grains, remplit alors une indication importante. Lorsque ces flux sont devenus chroniques et opiniâtres on la donne avec non moins d’avantage à la dose de quelques grains, qu’on réitère de temps en temps, et on l’associe, suivant les circonstances, soit avec l’opium, soit avec les mucilagineux. On a cru que les succès de l’ipécacuanha dans le traitement de la dysenterie dépendaient uniquement de sa propriété émétique : Cullen a surtout manifesté cette opinion. S’il en était ainsi , une substance émétique quelconque devrait produire

qu’il eu reçut , et par la suite il fut élevé aux premières dignités, médicales.

On voit qu’un peu de charlatanisme mène parfois à la fortune , et que la fortune mène ensuite aux honneurs et aux dignités. Mais du moins aujourd’hui la médecine n’a pas exclusivement le monopole du charlatanisme ; ce vice a filtré dans le corps social tout entier; vous ne sauriez faire un pas sans rencontrer un empirique. C’est ce qu’on appelle de l’industrie , du savoir-faire. Si cela continue , pour ne pas être dupe , tout le monde sera forcé de se faire charlatan.

PHYTOGR APHIE

les mêmes effets; ce qui est contraire à l’expérience. En effet, on a observé que cette racine, après avoir excité le vomissement , déployait une vertu tonique ou astringente qu’on ne retrouve point dans les préparations antimoniales.

Il est également probable que le principe alcalin ou l’émétine ne saurait remplacer l’ipécacuanha dans les mêmes circonstances; car il faut bien mettre en ligne de compte les autres matériaux qui entrent dans sa composition naturelle. La thérapeutique doit sans doute s’enrichir des nouvelles découvertes de la chimie ; mais les médecins doivent , avant tout , les éprouver au creuset de l’expérience.

Dès l’invasion des fièvres bilieuses ou muqueuses , lorsque l’embarras gastrique est bien caractérisé, et que les viscères sont exempts de phlogose, les médecins qui sont restés fidèles aux lois d’une sage observation s’empressent d’employer les vomitifs, et ils donnent la préférence tantôt à l’ipécacuanha , tantôt au tartre émétique; quelquefois ils réunissent les deux substances , ainsi que le pratiquait le célèbre Stoll , et ils obtiennent ainsi des évacuations plus promptes et plus nombreuses. Nous n’examinerons point ici si les saburres, si les saletés gastriques, objet de dérision parmi les médecins modernes, sont la cause ou l’effet de l’affection fébrile. Ce qui est incontestable, c’est que les vomitifs , en éliminant hors du corps ces matières nuisibles , font quelquefois cesser comme par enchantement le dégoût, le malaise, l’agitation, la céphalalgie, etc. C’est à l’oubli des vomitifs qu’il faut souvent attribuer ces diarrhées énervantes et colliquatives qui

sévissent vers la fin des maladies putrides. Cette observation clinique n’avait point échappé à Sydenham , à Tissot, à Huxham et à quelques autres praticiens judicieux; mais leur emploi exige du tact et de la prudence.

On est quelquefois obligé de répéter les vomitifs pour obtenir une guérison durable dans les fièvres bilieuses. Pendant la première guerre d’Espagne, nous eûmes à traiter, dans les hôpitaux de Perpignan , un grand nombre de ces maladies , qui sévissaient au printemps, sous l’influence d’une température humide et australe. Les soldats qui nous venaient de l’aile gauche de l’armée , campée dans des lieux marécageux , éprouvaient presque tous des symptômes bilieux ou gastriques parfaitement caractérisés. Un ou deux vomitifs dissipaient rarement cette diathèse bilieuse. Le foyer de la maladie étant profond , étendu , il fallait insister sur les évacuans-, mais à l’aide de cette méthode on obtenait une assez prompte guérison. L’aile droite, campée sur les hauteurs, nous donnait également des affections bilieuses, mais qui cédaient à un ou deux légers vomitifs et à quelques boissons délayantes. Je peux dire qu’à aucune époque de ma carrière médicale je n’ai observé des effets aussi prompts, aussi décisifs. Les malades traités de cette manière éprouvaient rarement des récidives, tandis que ceux qui n’avaient pas été suffisamment évacués nous revenaient sous peu de jours, et alors la maladie offrait des complications qui la rendaient plus difficile. Les vomitifs quej’employais étaient ordinairement un mélange de dix à quinze grains d’ipécacuanha et d’un à deux grains de tartre

stibié , ou bien une potion saline composée de deux ou trois gros de sulfate de magnésie et de deux grains de tartre émétique dissous dans six onces d’eau , qu’on administrait en deux doses.

Au reste , les nausées , les vomissemens spontanés , l’amertume de la bouche, l’enduit muqueux ou jaunâtre de la langue , l’anorexie , ne sont pas toujours un indice de congestion gastrique. Ces phénomènes peuvent dépendre d’un état de phlogose des voies digestives ou des viscères voisins. Il n’y a pas à en douter, si la région abdominale est douloureuse, sensible àla pression ; si la peau est brûlante , si les bords de la langue sont teints d’un rouge vif, si le pouls est dur et fréquent ; etc. Cet état d’irritation exige la méthode relâchante et antiphlogistique. On en trouve de nombreux exemples dans X Histoire des phiegmasies de M. Broussais.

On a souvent abusé de l’ipécacuanha dans les fièvres putrides et nerveuses , dans le typhus. Cependant , lorsque durant le cours de ces affections fébriles il se manifeste des signes de turgescence bilieuse, l’ emploi de ce médicament est précieux. Indépendamment de sa faculté émétique, il exerce une action secondaire sur plusieurs systèmes d’organes, augmente l’activité de leurs fonctions, détruit les spasmes concentrés sur la peau, excite des sueurs, des éruptions salutaires. Bientôt après la tète devient plus libre, les accidens nerveux diminuent, les forces se relèvent, et l’on a déjà rempli par là une des plus importantes indications du traitement. L’ipécacuanha mérite surtout d’être préféré aux autres vomitifs, lorsque les forces vitales sont affaiblies, et qu’il. y a en même temps cours de ventre.

Dans des cas semblables , on peut l’administrer en infusion aqueuse, à la dose de trente ou quarante grains, avec l’écorce d’orange. Je me souviens qu’une dame, tourmentée par un dévoiement opiniâtre , et réduite à un état de faiblesse extrême à la suite d’une fièvre bilieuse, fut instantanément soulagée par ce remède, qu’elle prit d’abord à la dose de deux cuillerées à bouche tous les quarts d’heure jusqu’à vomissement. Les jours suivans, je me bornai à lui prescrire une cuillerée de la même infusion de trois en trois heures, afin d’exciter simplement quelques nausées , et de ranimer le ton des organes digestifs.

Les enfans sont très-sujets à des embarras muqueux , à des affections gastriques , qu’on guérit par l’usage de l’ipécacuariha et des évacuans. Cet état morbide est caractérisé par un peu d’abattement, par la pâleur du visage, le dégoût, des selles visqueuses, fétides; l’haleine est forte , la langue chargée de mucosités , un peu rouge sur les bords. Lorsque la région épigastrique n’est point douloureuse , la rougeur de la langue ne m’empêche point d’administrer quelques grains d’ipécacuanha , ou bien un peu d’eau émétisée , et je ne peux que m’applaudir de cette méthode, bien qu’elle s’éloigne des traitemens vulgaires. L’application immodérée des sangsues donne à ces affections un caractère chronique, et les rend interminables. Mademoiselle Achard, âgée d’environ douze ans, était presque expirante à la suite d’une fièvre muqueuse traitée par des I émissions sanguines répétées et une diète sévère. Appelé vers le quarantième jour de la maladie , je me hâtai de prescrire le sirop de quinine pour combattre l’état

PH Y TO GRAPHIE

de faiblesse. Je dirigeai ensuite mon attention sur l’affection gastrique, dont le caractère avait été méconnu, et j’administrai huit grains d’ipécacuanlia. La malade vomit à plusieurs reprises des matières muqueuses , et se trouva beaucoup mieux. Une once d’huile de ricin , donnée deux jours après , procura également des évacuations salutaires. A la suite de ce nouveau traitement, l’appétit commença à renaître , et, à l’aide d’un régime convenable , la convalescence ne tarda pas à s’établir.

Personne n’ignore les succès de l’ipécacuanha dans le traitement des affections catarrhales , des toux convulsives , de la coqueluche. Lorsque ces maladies sévissent sous l’influence d’une température humide, qu’elles attaquent des sujets faibles , lymphatiques, d’une complexion molle , on donne l’ipécacuanha , à la dose de cinq ou six grains, tous les quarts d’heure, jusqu’à ce que le malade ait convenablement vomi. On est quelquefois obligé de réitérer ce remède lorsque la toux est entretenue par une congestion saburrale ou gastrique ; mais il est rare que deux ou trois vomitifs ne produisent point une amélioration notable. On prescrit ensuite l’ipécacuanha à faibles doses , soit dans des potions, soit en sirop ou en pastilles. Dans les toux opiniâtres, on le combine avec l’opium. A l’exemple du docteur Double, je donne assez souvent un mélange de sirop d’ipécacuanha, de sirop de karabé et de sirop de quinquina dans une eau aromatique. Cette potion, douée d’une vertu antispasmodique , fortifie l’organe pulmonaire , et dissipe insensiblement la toux.

Les rhumes , le coryza , les affections catarrhales de la gorge , qu’on traite empiriquement par les tisanes

relâchantes, parles looks, parles mucilagineux , cèdent beaucoup mieux à l’usage des vomitifs , surtout lorsque les fonctions de l’estomac sont altérées. Au lieu d’insister sur les boissons aqueuses, sur les pâtes pectorales , qui fatiguent et énervent de plus en plus les organes de la digestion , il faut alors avoir recours , soit à l’ipécacuanha , soit aux préparations antimoniales. Lorsque ces affections ont été négligées au point de simuler la phthisie, il est encore utile de les attaquer par les remèdes propres à leur caractère primitif. On administre pendant quelques jours l’ipécacuanha à doses nauséeuses fréquemment répétées-, ensuite on fait vomir le malade en lui donnant des doses plus élevées de cette racine, et on répète le vomitif suivant l’urgence.

Il est quelquefois nécessaire d’insister sur cette méthode pour vaincre la diathèse catarrhale , en même temps qu’on emploie les révulsifs sur la surface de la peau 5 on passe ensuite à l’usage intérieur des toniques. On sent bien que l’ipécacuanha , les vomitifs , les excitans doivent être soigneusement écartés lorsqu’une inflammation franche vient se joindre à l’affection catarrhale. Suivant Thomas Reid , il n’est pas de meilleur remède contre la phthisie scrophuleuse que l’ipécacuanha, administré à petites doses. D’autres médecins ont adopté cette méthode , et en ont préconisé les avantages. Les secousses produites par des nausées fréquentes , par des vomissemens modérés , doivent sans doute concourir à dégorger les glandes lymphatiques du poumon ; mais il faut se tenir en garde contre l’action des vomitifs lorsque Toppression et la vivacité du

pouls annoncent une congestion phlogistique dirigée sur cet organe.

Des médecins ont conseillé l’usage de l’ipécacuanha dans les maladies arthritiques invétérées , et meme dans l’imminence de la goutte aiguë, afin de produire un trouble général dans l’économie et d’éloigner l’attaque. Il faut abandonner ce moyen perturbateur aux praticiens dont les méthodes hardies passent , aux yeux du vulgaire, pour des inspirations cliniques. Toutefois, lorsqu’il existe un embarras gastrique, cette complication, pouvant aggraver les symptômes de la goutte, ne doit point être négligée. Scudamore cite à ce sujet un exemple digne de remarque. Un homme dont la goutte venait d’attaquer la main était en proie aux tourmens les plus cruels -, sa langue était chargée , et il éprouvait en même temps des nausées. Il prit une forte dose d’ipécacuanha $ et, après avoir vomi une grande quantité de mucosités et de matières acides d’une apparence verdâtre , il se sentit tellement soulagé , qu’il put immédiatement goûter un sommeil réparateur.

Au reste, on ne saurait être trop circonspect sur l’usage des vomitifs au début de la goutte. Dans les cas douteux . il faut explorer avec soin la région de l’estomac 5 et si elle est sensible , si elle s’irrite par la pression , malgré l’apparence des saburres, malgré la saleté de la langue , il faut renoncer aux vomitifs , dont l’usage inconsidéré peut être suivi d’une inflammation gangréneuse.

Gianella {de Admirabïli ipecacuanhæ virtüte in curandis febribus ) a employé à petites doses la racine du Brésil dans les fièvres intermittentes de l’automne

entretenues par des congestions saburrales , par des obstructions du foie, de la rate , du pancréas, etc. Mais il observe avec raison que cette méthode n’est convenable que lorsque la constitution atmosphérique est humide, et que la fibre est relâchée. S’il existe des symptômes d’irritation et de phlogose , il ne faut employer l’ipécacuanha qu’après l’usage des évacuations sanguines , des émolliens et des tempérans. Ce médicament a également mérité les éloges de Stoll et de Comparetti.

L’action stimulante que cette racine déploie sur l’estomac , sur les intestins , et sympathiquement sur les autres viscères abdominaux, sur le poumon, sur le système nerveux, explique ses heureux effets dans les hémorrhagies utérines, dans l’hémoptysie, dans l’asthme convulsif, et dans quelques affections chroniques où la faiblesse se trouve unie à la mobilité excessive des nerfs. Dalberg , Bergius , Murray, ont constaté les avantages de l’ipécacuanha dans les pertes utérines , à la dose d’un tiers de grain mêlé avec du sucre, et répété toutes les deux heures. Paulisky l’a administré avec un prompt succès , à la dose d’un grain , à une femme en couches atteinte d’une violente hémorrhagie, avec syncope et mouvemens convulsifs. Quelques grains ont suffi pour arrêter cette perte , qui avait résisté à plusieurs autres moyens.

En écrivant l’histoire médicale de l’ipécacuanha , pourrions-nous oublier les succès que Doulcet a obtenus de cette substance dans le traitement de la fièvre puerpérale? Nul doute que son emploi ne soit précieux lorsque la maladie, soumise à l’influence d’une constitution bilieuse épidémique, exige le secours des

évacuans. Mais une semblable méthode ne saurait être exclusive, car la fièvre puerpérale peut subir différentes complications, et conséquemment exiger des moyens variés. C’est ainsi qu’elle peut dépendre de l’inflammation du péritoine , des intestins, de la matrice; présenter les phénomènes d’une véritable adynamie, ou une altération spéciale du système nerveux. Sydenham a parfaitement retracé cette dernière complication dans la lettre qu’il adresse au docteur Colle. Au reste, le traitement qui a valuàDoulcet une sorte de célébrité était connu , et ce médecin n’a eu d’autre mérite que d’avoir su l’appliquer dans une circonstance convenable.

Depuis quelques années , beaucoup de médecins ne veulent reconnaître dans la fièvre qui attaque les nouvelles accouchées , qu’une péritonite, et , d’après cette idée exclusive, ils ne lui opposent que la méthode antiphlogistique. Mais les faits sont là pour prouver que cette maladie n’est pas toujours produite par l’inflammation. Il y a plus : elle ne prend même quelquefois ce caractère que lorsqu’on néglige les méthodes indiquées par d’autres causes. Ainsi la diathèse bilieuse ou muqueuse existe; elle est parfaitement exprimée parles signes qui lui sont propres; si vous n’enlevez point les sucs bilieux ou muqueux , les saburres enfin , quoique ce mot sonne mal à vos oreilles , l’irritation produite par cette espèce de pléthore gastrique s’étendra de plus en plus , tous les fluides en seront viciés , et vous aurez une inflammation viscérale plus ou moins compliquée d’une affection putride ou ataxique.

Lorsqu’on lit sans prévention la fièvre puerpérale

décrite par Stoll , il est impossible de ne pas reconnaître l'efficacité des évacuans. Plusieurs femmes éprouvaient néanmoins des douleurs abdominales très-vives et s’aggravant par le plus léger toucher *, mais la langue était comme hérissée de petits poils blancs jaunâtres, et quelquefois même très-verts. Je n’ignorais point , dit ce grand praticien, que c’est une question qui divise encore beaucoup de médecins , savoir, quelle est ordinairement la nature de la fièvre des femmes en couche? Est-elle inflammatoire, ou putride et maligne ? Mais depuis long-temps les observations de Sydenham et les miennes propres m’avaient appris à connaître l’influence active de la maladie épidémique, qui, pendant tout le temps où elle règne, soumet à ses lois toutes les autres maladies, et les force à combattre sous ses étendards. « V erum ducium et Sydenhamiana , et mea quoque observatione vint tnorbi epidemici noveram , qui omîtes reliquias œgritudines perid tempus que is dictcituram eocercet suce ditionis fcicit, suisque cogit sub veæillis militare. »(Stoll , Ratio medendi,jebris puerperarum.)

Ce langage figuré n’a pas été employé sans dessein par Stoll : il exprime à merveille l influence qu’exerce l’épidémie régnante sur toutes les autres affections pathologiques. Méconnue , dédaignée dans ces derniers temps par beaucoup de médecins, cette influence ne saurait pourtant être révoquée en doute-, mais il ne faudrait pas lui donner une extension illimitée.

La maladie épidémique dont parle Stoll était d’une nature bilieuse et régnait en été ; elle avait attaqué un

grand nombre de femmes en couche. Stoll la combattit

avec le plus heureux succès par les évacuans. Il avait déjà observé cette même fièvre en Hongrie pendant deux étés. Toutes les femmes qui accouchèrent dans cette saison de l’année extrêmement chaude furent attaquées de fièvres très-bilieuses , de choléra et de dysenterie. D’abord il employa une méthode peu active ; mais la longueur de la convalescence et beaucoup d’accidens qui avaient lieu au milieu même du traitement , lui firent prendre le parti de négliger toute considération relative à l’accouchement , et d’opposer au mal une méthode vigoureuse. Ainsi il employa fréquemment et hardiment les vomitifs ou les purgatifs suivant les cas, et par cette méthode la fièvre bilieuse fut guérie promptement et sans rechute.

Qu’on nous permette de placer ici une observation qui nous est propre , et qui prouve de la manière la plus évidente toute l’eiïicacité des évacuans.

Une dame , âgée d’environ trente ans , avait éprouvé deux mois avant sa couche , qui eut lieu vers la mijuillet, une fièvre intermittente irrégulière dont les accès furent dissipés par quelques petites doses de sulfate de quinine. Jusqu’à la fin de sa grossesse , cette dame fut tourmentée par des maux d’estomac et par un dégoût presque invincible pour toute sorte d’alimens. L’accouchement fut néanmoins assez facile. Le troisième jour, à six heures du soir, elle fut prise d’un frisson accompagné d’une violente céphalalgie, de nausées et de vomissemens bilieux. La fièvre redoubla dans la nuit et ne diminua qu’après des sueurs fétides. La journée du lendemain fut tranquille ; mais à sept heures du soir un nouveau frisson eut lieu avec les symp-

tomes de la veille et des douleurs aiguës dans l’abdo men. L’écoulement des lochies avait disparu , les seins étaient affaissés. On appliqua trente sangsues à la région hypogastrique ; le sang coula abondamment une partie delà nuit, sans aucun soulagement remarquable.

Le lendemain , cinquième jour de l’accouchement, la malade éprouvait une grande faiblesse avec des éructations, des nausées continuelles et une sorte d’assoupissement mêlé de délire. La langue était couverte d’un muqueux épais et jaunâtre , le ventre météorisé et très-sensible. M. J. , son accoucheur, était décidé à pratiquer une nouvelle saignée locale pour combattre la péritonite 5 heureusement je parvins à lui démontrer que la maladie ne dépendait point d’une inflammation , mais bien d’une pléthore bilieuse à laquelle il était urgent de remédier -, j’ajoutai qu’on ne pouvait sauver la malade que par la méthode évacuante. On lui administra , à dix heures du matin , en deux doses , une potion préparée avec quatre onces d’eau distillée , douze grains d’ipécacuanha et un grain de tartre émétique. Ce remède fut suivi de vomissemens abondans de matières bilieuses ; il y eut dans la journée plusieurs évacuations alvines , et le soir la malade était déjà très-soulagée. A dix heures du soir, elle prit demi-once de sirop diacode, mêlé avec autant d’eau de fleur d’oranger, et deux onces d’eau de laitue; ce julep anodin procura une nuit calme, et le lendemain matin les douleurs abdominales avaient presque entièrement disparu. Le septième jour, un léger frisson vint alarmer la malade; mais il fut de courte durée, ainsique la réaction fébrile. La langue offrait encore un enduit jaunâtre , et les pa-

rois abdominales étaient un peu douloureuses. On administra, le lendemain, deux onces de manne et trois gros de sulfate de magnésie , dissous dans quatre onces de tisane de chiendent : des matières visqueuses et d’une couleur verdâtre furent le résultat de cette purgation. Dès ce moment , tous les symptômes cédèrent, et, peu de jours après, la nouvelle accouchée fut en pleine convalescence.

La manière d’administrer l’ipécacuanha varie suivant les indications que le médecin veut remplir. L’écorce, réduite en poudre fine et dépouillée de la partie ligneuse , provoque le vomissement à la dose de huit, dix ou douze grains , qu’on peut délayer dans un peu d’eau sucrée. Si la première dose est insuffisante, on la réitère un quart d’heure après. Il est inutile, il est meme dangereux de prescrire de fortes doses d’ipécacuanha. A l’exemple du docteur Pye , quelques médecins administrent maintenant cette racine à la dose de quelques grains seulement. En effet , on a remarqué qu’une faible dose faisait également vomir. Dans quelques cas d’empoisonnement , il convient néanmoins de porter la dose à vingt-quatre grains , lorsqu’on veut exciter d’une manière plus prompte les contractions de l’estomac. On pourrait même lui substituer avec avantage la substance nouvellement découverte par MM. Pelletier et Magendie. La dose de l’émétine est d’environ quatre grains, que l’on fait dissoudre dans trois ou quatre onces d’eau tiède édulcorée. On prend cette dissolution en deux fois.

Stoll , Wagler, et beaucoup d’autres praticiens , ajoutent à quinze ou vingt grains d’ipécacuanha un grain

de tartre stibié. Cette méthode est utile lorsqu’on a besoin d’exciter puissamment l’appareil digestif dans les affections gastriques, bilieuses ou muqueuses. D’autres mêlent à la racine du Brésil un peu d’oxymel scillitique.

On prescrit l’ipécacuanha comme altérant à la dose d’un demi-grain ou d’un grain trituré avec du sucre candi, et renouvelé toutes les deux ou trois heures. On le combine avec l’opium , avec le polygala , pour excite! les fonctions de la peau, ou favoriser l’expectoration dans les affections muqueuses de la poitrine -, avec le carbonate de magnésie comme fébrifuge.

Poudre fébrifuge de Wichmann. Prenez ipécacuanha, un scrupule-, magnésie pure , une once. Mêlez exactement et divisez en vingt-quatre doses égales. On donne au malade , toutes les trois heures , une de ces doses dans une tasse de thé ou d’infusion de fleurs de coquelicot. Ainsi combiné, l’ipécacuanha ne produit point le vomissement , mais seulement quelques nausées, et surtout une sueur abondante qui emporte la fièvre. Cette préparation a quelquefois dissipé des fièvres intermittentes rebelles au quinquina.

L’eau , le vin , l’alcohol , s’emparent de ses principes , et l’on prépare avec ces liquides des médicamens plus ou moins actifs. Qui ne connaît le sirop d’ipécacuanha , si approprié aux maladies muqueuses des enfans, des vieillards, et des personnes d’une complexion délicate? Celui du Codex de Paris est préparé par la décoction aqueuse de cette racine épaissie avec du sucre ; on le donne par petites cuillerées. On peut le remplacer par le sirop d’émétine deM. Pellelier. Celui-ci se prépare en faisant dissoudre un gros d’émétine dans six livres

PH YTOGRAPHIE

de sirop de sucre. Cette quantité d’émétine représente quatre onces de racine d’ipécacuanha. Une , deux ou trois cuillerées de sirop font vomir ; à faible dose , il devient un doux excitant. Le sirop d’ipécacuanha alcoliolique de M. Virey contient environ dix grains de résine par once : on le donne comme vomitif à la dose d’une once à une once et demie -, comme tonique , à la dose d’un ou deux gros, dans les diarrhées anciennes , la coqueluche, l’asthme, etc.

Les tablettes qu’on prépare dans nos officines sont également d’un usage familier dans les rhumes , dans les catarrhes chroniques -, elles contiennent un quart de grain, un demi-grain ou un grain d’ipécacuanha. On les prend une à une toutes les deux trois ou quatre heures.

Teinture aqueuse d’ipécacuanha de Pison. Prenez, racine d’ipécacuanha pulvérisée, deux gros; eau bouillante , quatre onces. Laissez infuser, et décantez la liqueur. On donne au malade cette première infusion. On verse encore quatre onces d’eau sur la poudre restée dans le vase; et, après une nouvelle infusion , on décante la liqueur pour la donner le second jour. Enfin, cette opération réitérée fournit une autre infusion, que le malade prend le troisième jour. Ordinairement ce remède cause beaucoup de vomissemensle premier jour, moins le second, peu ou point le troisième ; mais alors il agit principalement comme tonique. Pison vante sa vertu spécifique contre la dysenterie : suivant cet auteur, on en fait un grand usage au Brésil. Aujourd’hui on est beaucoup plus réservé sur l’usage de l’ipécacuanha. Le caractère mieux connu

de la dysenterie et des cours de ventre fait en général donner la préférence aux émolliens , aux anodins , aux antiphlogistiques.

Infusion d’ipécacuanha aromatique. Prenez , ipécacuanha, un gros ; écorce d’orange, deux gros; eau bouillante , six onces. Faites infuser pendant deux heures dans un vase clos , et passez la liqueur. On prescrit cette infusion , à la dose d’une ou deux onces tous les quarts d’heure, pour provoquer le vomissement, dans les affections gastriques avec faiblesse et diarrhée. Les jours suivans, on en donne de temps en temps une cuillerée à bouche. Cette préparation m’a parfaitement réussi dans quelques dévoiemens opiniâtres.

Teinture (I ipécacuanha vineuse de Gorter. Prenez , ipécacuanha en poudre , un scrupule ; vin blanc , une once; sucre, deux gros. Laissez infuser pendant la nuit, et décantez la liqueur. C’est un vomitif trèssur et très-doux , qu’on donne aux enfans dans les cas de pléthore muqueuse , de toux convulsive , de dévoiement atonique.

Mixture anticatarrhale du docteur Double. Prenez , sirop d’ipécacuanha , sirop de quinquina , sirop de karabé , de chaque demi-once ; eau de fleur d’oranger, une once et demie. La dose est d’une petite cuillerée , qu’on réitère cinq ou six fois par jour, dans la coqueluche et les affections catarrhales rebelles des enfans.

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