PI1 Y T OG R A PHI E
portent une influence spéciale sur le syslème nerveux , produisent des convulsions, des spasmes variés, un état de stupeur , etc. Ces divers accidens réclament des méthodes curatives sagement combinées. On donnera des boissons tièdes, abondantes, afin de faire rejeter le poison ; et , si elles ne suffisent point , on administrera un vomitif. La surexcitation du canal alimentaire , les douleurs vives doivent faire proscrire le tartre émétique , l’ipécacuanha et autres évacuans ; il faut se borner aux boissons adoucissantes souvent répétées, aux clystères émolliens, aux fomentations anodines. O11 ne se hâtera point d’administrer les acides , l’eau vinaigrée , à moins qu’il ne survienne un état de stupeur. Les symptômes nerveux avec faiblesse demandent l’usage de l’éther , des antispasmodiques et des excitans modérés. Les saignées générales ou locales ne doivent être pratiquées que dans les cas d’inflammation ou de congestion vive de quelque organe; leur imprudent emploi peut donner lieu à une asthénie mortelle , parce que les poisons attaquent d’une manière directe les forces de la vie.
Nous quittons un groupe de végétaux malfaisans pour entrer tout à l’heure dans une famille non moins riche en poisons tous originaires de l’Inde ; mais que le lecteur veuille bien auparavant faire ici , avec nous, une courte station , et recevoir avec indulgence un faible souvenir des Pyrénées. S’il daigne nous suivre par la pensée dans ces belles montagnes , il entendra de loin les mugissemens du Gave , et il n’aura à craindre ni l’ouragan ni les avalanches.
PYRÉNÉES. VALLÉE d’àRGELÈS.
Nous arrivons à Tarbes à dix heures du soir. Mon cœur bat d’impatience , et je goûte à peine quelques instans de sommeil. Aux premiers bruits du matin , je suis debout , et je parcours rapidement la ville , qu’arrosent de nombreux ruisseaux. A six heures , nous voici déjà dans la plaine , aspirant avec délice l’air vif et salubre qui s’échappe des Pyrénées. Rien n’égale la richesse de cette plaine, où de magnifiques champs de maïs , de belles prairies , des fruits de toute espèce et des eaux limpides charment tour à tour les yeux.
Nous suivons la route de Lourdes , laissant à gauche celle de Bagnères. Encore quelques instans, et la vallée d’Argelès va nous sourire. La voilà qui s’ouvre ; peu à peu elle se déploie , elle s’évase , elle s’arrondit , et forme une espèce de bassin chaudement éclairé par les rayons du soleil. Sur le fond légèrement vaporeux de l’horizon se dessinent de hautes montagnes , élançant jusqu’aux nues leurs pyramides étincelantes de neige. O l’admirable perspective! ô la délicieuse vallée! Mes yeux ne peuvent se lasser de contempler ces champs fertiles qui la couvrent, ces bosquets qui la parfument, ces pelouses riantes qui l’embellissent , ces ruisseaux resplendissans de lumière qui la traversent en répandant partout la vie et la fécondité ; ces hameaux , ces charmans villages disposés en amphithéâtre sur les flancs de la montagne $ ces nuages argentés qui courent sur un ciel d’azur et se balancent majestueusement au-dessus des rochers ; ces sites pittoresques , ces collines avec leurs mouvemens divers, là sombres et arides, ici
pleines de fraîcheur et de grâce ; ces bois vigoureux qui descendent de la crête des monts jusqu’aux bords du Gave , où ils forment des voûtes de la plus belle verdure.
Je laisse mon cheval et mon guide dans la vallée pour aller visiter l’abbaye de Saint-Savin, assise gracieusement à droite sur le versant de la colline. Là m’attendaient de nouvelles impressions , une vue plus admirable encore. Que j’aime ce site enchanteur ! quel pieux et doux recueillement inspire cette chapelle gothique ainsi rapprochée du ciel ! quels souvenirs elle réveille! quels sentimens elle fait naître ! Des frênes, des châtaigniers , des hêtres l’ombragent de leurs rameaux touffus. Les brises du soir y font entendre leur ineffable murmure , où se mêlent les chants des pasteurs, les sonnettes des troupeaux et le bruit destorrens que les échos propagent au loin dans la vallée. Oui , je crois voir errer sous ces frais ombrages l’homme souffrant , prêt à se rendre aux sources minérales. C’est là que , sous l’inspiration de la foi , le cœur rempli d’amour et d’espérance , il adresse au ciel sa fervente prière 5 c’est là qu’il lui demande ce calme moral, sans lequel les douleurs physiques ne sauraient s’adoucir y c’est là , dans ce temple champêtre, qu’il vient accomplir son vœu au retour des eaux... Ils sont passés ces jours de nos simples aïeux ; une philosophie hautaine les a flétris de ses amères dérisions.
Je descends au village de Pierrefite, où je retrouve mon guide. Nous prenons le chemin de Saint-Sauveur en suivant les sinuosités d’une gorge ténébreuse Ici tout se rembrunit, tout prend une physionomie sévère.
Quel contraste avec les lieux chamans que nous venons de quitter ! L’élévation et l’âpreté des monts, l'escarpement des rochers, leur aspect sombre et menaçant , le silence qui plane sur les hauteurs , tandis qüe le Gave s’agite et gronde dans un abîme -, quelques faibles rayons de lumière qui tremblent dans cette imposante solitude -, voilà un spectacle impossible à décrire, une sorte d’harmonie sauvage qui remplit l’âme d’un mélange d’admiration et de terreur dont le souvenir ne saurait s’effacer.
Au milieu des quartiers de roche que les torrens ont arrachés de la montagne , et qui sont venus bondir sur la route , l’hellébore pied de griffon étale son feuillage verdâtre et profondément incisé : ses fétides exhalaisons , mêlées à l’odeur forte que répandent des masses de buis. éparses çà et là, font sur mes sens une impression fâcheuse. Hâtons-nous de fuir ces tristes lieux. Mais voici des plantes amies qui viennent nous sourire : c’est la clématite , arbuste chéri des voyageurs , qui fait flotter sa blonde chevelure Au milieu des buissons ; c’est la valériane des Pyrénées avec sa taille svelte, que couronnent des bouquets de fleurs du plus doux incarnat. Enfin la plaine de Luz se dessine avec ses prairies , ses ruisseaux , ses champs parfaitement cultivés.
Un chemin d’un aspect romantique me conduit à Saint-Sauveur , lieu charmant où s’élève un groupe d’élégantes maisons, au milieu delà plus fraîche verdure. Je parcours tous ces petits sentiers qui sont comme suspendus au-dessus de la rive gauche du Gave ; ces allées mystérieuses, témoins discrets des plus doux
épanchemens. Là je repose délicieusement ma vue sur les beaux sites , snv les odoriférans bocages qui m’entourent. Un charme indéfinissable pénètre mon âme , la remplit et la transporte ; je marche , j’admire , je rêve au milieu du calme le plus parfait. Ah! je voudrais passer ici , non quelques heures , mais ma vie entière , dans cette paix du cœur qui me fait oublier toutes les misères humaines. Sans parler de la douce température des eaux de Saint-Sauveur , de leurs vertus bienfaisantes contre ces irritations , ces anomalies nerveuses, maux bizarres et trop souvent réfractaires à toutes les ressources de l’art, que ne doit-on pas attendre de l’air pur et frais qu’on y respire (i)?
Mais , au milieu de ces impressions délectables , le soleil dorait à peine de ses rayons mourans les flancs supérieurs des rochers ; les ombres descendaient dans la plaine , où régnait une teinte douce et vaporeuse , tandis que la lune apparaissait sur les hauteurs avec son disque redoublant de clarté à mesure que l’incarnat du couchant pâlissait dans les airs. Je quitte avec peine cette charmante solitude, et je gagne lentement le village de Luz. Là , tout près d’une vieille église , je trouve un gîte passable et un souper frugal qui me
(1) Lisez M. le docteur Bourdon, si vous voulez savoir quels sont les maux que les bains de Saint-Sauveur peuvent dompter ou adoucir. Son livre est particulièrement consacré aux eaux minérales de France et d’Allemagne. Vous y trouverez les renseignemens les plus exacts sur leurs vertus et leur emploi , les conseils les plus sages touchant l’hygiène que vous devez suivre pendant la saison des eaux , et tout cela écrit d’un style clair, spirituel , attrayant.
paraît délicieux, grâce aux fatigues d’une longue journée. Bientôt le dieu des songes vient se balancer sur ma paupière ; il m’entoure de ses plus doux pavots, et je m’endors au bruit du Gave qui retentit au pied de mon gîte.
PIIYTOGRAPHIE
STRYCHNÉES. STR Y CHNEÆ.
Strychneœ. DC.