STRYCHNOS NOIX VOMIQUE. STRYCHNOS NUX VOMI CA
Strychnos nux vomica. Linn. Spec. 271. — Caniram.
Rheed. Hort. Mal. 1. 67. t. 37.
(Planche 6o.)
C’est un arbre d’une grosseur médiocre, dont les branches se divisent en rameaux cylindriques , lisses et verdâtres. Les feuilles sont opposées, soutenues par de courts pétioles, arrondies, pointues à leur sommet, entières , d’un vert sombre , et marquées en dessous par cinq nervures saillantes. Les fleurs sont disposées en petit» corymbes à l’extrémité des rameaux. La corolle est d’un blanc jaunâtre , tubulée , ventrue , à cinq lobes aigus , réfléchis ; les étamines sont à peine sail-
Jantes hors du tube. Les fruits sont des baies globuleuses, d’un jaune doré, de la grosseur d’une orange, à une seule loge renfermant plusieurs semences. Cet arbre croît à Ceylan , à la côte de Coromandel et au Malabar , où il est connu sous le nom indien de caniram. Les Anglais l’appellent poison-nut , noix-poison ; ce nom lui convient beaucoup mieux que celui de noix vomique , car le Vomissement est le moindre de ses effets.
Les semences que renferment les fruits de cette espèce de strychnos portent le nom de noix vomiques ; elles sont orbiculaires , aplaties, ombiliquées, recouvertes d’un épiderme gris et soyeux; le périspermeest d’une consistance dure et cornée , d’une amertume intense.
analyse chimique.
La noix vomique a fixé dans ces derniers temps l’attention des chimistes. M. Braconnot a trouvé dans cette graine une matière cornée végétale très -abondante, une huile verte , butyreuse , une matière animalisée extrêmement amère , etc. M. Desportes a obtenu avec le principe amer une matière colorante jaune , une matière végéto-animale , du surmalate de chaux , de la gomme et une fécule amylacée. Mais l’analyse de la noix vomique s’est encore perfectionnée par les nouvelles recherches de MM. Pelletier et Caventou-, ces chimistes y ont découvert un principe alcalin très-vénéneux qui a reçu le nom de strychnine. Cette substance s’offre sous la forme de cristaux microscopiques ; elle est blanche, grenue, inodore, d’une amertume excessive, presque insoluble dans l’eau,
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très-soluble dans l’aleohol et les huiles volatiles : elle forme , par sa combinaison avec les acides, des composés salins qui sont plus solubles que leur base. Le principe alcalin se trouve uni , dans la noix vomique , à un nouvel acide qui a été désigné sous le nom d'acide igasurique.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
On a fait de nombreuses expériences sur les animaux pour constater les propriétés vénéneuses de la noix vomique. Gesner, De Heyde, Courten , Wepfer, Brunner, Loss, Hillefeld, Bonnet, etc., ont empoisonné avec cette substance des chiens, des chats, des renards, des loups, des lapins, plusieurs espèces d’oiseaux, etc. Sa composition chimique étant aujourd’hui mieux connue , on a pu varier les épreuves , et on a beaucoup mieux apprécié son action délétère sur l’économie animale. Parmi les médecins qui ont repris nouvellement ce genre d’expérimentation , et qui s’y sont le plus distingués , nous devons citer MM. Desportes , Magendie, Delille, Orfila, Ségalas, Alibert, Vallin et Sandras.
D’après les expériences de MM. Desportes , Magendie et Delille, la noix vomique , sa décoction , son extrait aqueux , son extrait résineux , mêlés avec les alimens ; ou introduits dans la plèvre , dans le péritoine, dans la veine jugulaire , dans le tissu des muscles , agissent avec violence sur les chiens , les chats , les lapins, etc. Frappés de convulsions tétaniques, ces animaux succombent à une sorte d’asphyxie dans un très- court espace de temps. L’extrait alcoholique est surtout promptement délétère. Lorsqu’on touche l’ani-
mal soumis à l’action de cette substance , il éprouve une secousse semblable à une forte commotion électrique. Suivant M. Magendie , un seul grain fait périr un chien d’une taille ordinaire. D’après les expériences de M. Barthélemy, six ou sept grains suffisent pour empoisonner un loup.
MM. Pelletier et Caventou ont constaté , par des expériences qui leur sont propres , que l’action délétère de la noix vomique réside spécialement dans la strychnine. Un demi-grain de cette substance , soufflé dans la gueule d’un lapin , lui a donné des convulsions en deux minutes , et la mort trois minutes après. La même dose , introduite dans une incision faite au dos d’un autre lapin , a produitle même résultat dans l’espace de trois minutes et demie. L’huile grasse de la noix vomique, administrée à la dose de deux grains, a fait périr des chats de convulsions tétaniques au bout de dix minutes. Les mêmes chimistes se sont assurés que les effets délétères de cette huile étaient dus à la présence de la strychnine. Dépouillée du principe alcalin, elle s’est montrée absolument inerte.
M. le docteur Sandras a fait avaler à une chatte jeune et très-forte trois quarts de grain de strychnine. D’abord l’animal n’a rien offert d’extraordinaire , excepté qu’une écume assez abondante lui sortait de la gueule. A sept minutes, convulsions dans la patte de devant du côté droit. La chatte se dresse sur le bout de ses ongles comme si elle marchait sur un sol brûlant; en même temps , sa colonne vertébrale se courbe et s’arrondit en arrière ; ses yeux prennent une expression tantôt menaçante , et tantôt profondément effrayée. A
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cettepremière attaque succède uneminutede calme, interrompu assez fréquemment par quelques convulsions partielles. A huit minutes, l’animal tombe sur le côté, tantôt agité de convulsions générales et cloniques, et tantôt dans une sorte de tétanos. Alors le cou est violemment renversé en arrière , et contracté dans toutes ses parties-, la tête est fléchie sur le cou, le dos convexe, le ventre durci par la contraction de ses muscles larges ; les pattes de devant sont dans un état de demiflexion , mais raides , et celles de derrière allongées et contractées avec tant de violence , qu’on peut à deux reprises prendre l’animal par le bout de ses pattes et le lever horizontalement tout d’une pièce, comme s’il était gelé. Une première fois ce tétanos dure à peu près une demi-minute. La respiration , qui pendant ce temps avait été momentanément suspendue, reprend alors, mais forcée, accélérée et bruyante; les yeux, auparavant alternativement fermés avec force ou ouverts et brillaus, semblent devoir rester ouverts, et l’animal paraît revenir à lui et reprendre ses sens. Un bruit subit renouvelle le tétanos ; la même succession de symptômes recommence, puis tout à coup une raideur plus grande se manifeste , les yeux se ferment avec violence, etl’animal expire. Lalangue, collée au palais, et les lèvres , n’ont nullement noirci pendant le tétanos ; l’animal a uriné abondamment , et les urines sortent encore un quart d’heure après la mort. Immédiatement ses membres cessent d’être contractés. Deux heures après la raideur cadavérique s’en était emparée.
L’écume de la gueule ne présente aucune trace de strychnine. L’autopsie ne montre aucun désordre dans
les voies digestives ; la membrane muqueuse gastrique est plissée et enduite d’un liquide gluant d’un goût douceâtre. Le seul désordre appréciable, et encore étaitil très-peu marqué , c’était une teinte rougeâtre répandue dans toute la substance grise des moelles allongée et épinière.
M. Sandras a répété les mêmes expériences un grand nombre de fois sur différens animaux , des cbiens, des lapins , des cabiais , des oiseaux de différentes espèces, et toujours avec des résultats analogues. Mais il a rarement vu cette teinte violacée qui, dit-on, se répand sur les gencives et la langue pendant les accès de tétanos. ( Gazette médicale de Paris, mai i83o.)
Suivant quelques physiologistes , la noix vomique détermine la mort en enflammant les tissus gastriques; d’autres pensent que c’est en agissant directement sur les nerfs. M. Ségalas , qui a fait un grand nombre d’expériences sur plusieurs espèces d’animaux, compare la propriété de la strychnine à celle d’une forte décharge électrique (i). On est, au reste , généralement d’accord que les divers produits de la noix vomique exercent une action spéciale sur la moelle de l’épine, bien que, dans
(1) M. Ségalas a observé que les poisons qui, comme l’acétate de morphine, ont une action spéciale sur le cerveau, opèrent, proportion gardée relativement au volume du corps , avec plus d’énergie chez l’homme que chez les chiens , les cabiais et les lapins; tandis que les substances telles que la strychnine, dont l’action s’exerce sur la moelle épinière, produisent plus d’effet chez ces derniers que chez les premiers. Cela tiendrait-il au développement du cerveau , qui, eu égard au volume du corps, est bien plus grand chez l’homme que chez les mammifères dont il s’agit, au lieu que la condition contraire se remarque pour la moelle de l’épine ?
quelques circonstances particulières, on ait trouvé d’autres organes profondément altérés.
En effet après la mort les divers tissus offrent rarement des traces d’inflammation; cependant, selon Wepfer, ce poison a quelquefois gangrené l’estomac et les intestins. M. le docteur Coze a trouvé les voies alimentaires noirâtres , phlogosées dans toute leur étendue , sur un chien à qui il avait donné de fortes doses d’extrait alcoholique. M. Dupuy, professeur à l’école vétérinaire d’Alfort , qui a éprouvé la noix vomique sur des chevaux , a aussi remarqué des taches violettes , des points rougeâtres sur les membranes de l’estomac et des intestins. Enfin M. le docteur J. Cloquet, à la suite d’un empoisonnement par cette substance, a trouvé dans l’estomaç un liquide muqueux sanguinolent , d’une couleur brunâtre ; la surface intérieure de cet organe présentait dans divers points une teinte variant du rouge au noir foncé. Le duodénum contenait un liquide jaunâtre muqueux ; il était manifestement phlogosé.
Une femme âgée d’environ cinquante ans , d’une faible constitution , était hémiplégique à son entrée à l’Hôtel-Dieu, à la fin d’août 1819. Elle prit pendant plusieurs jours un grain d’extrait résineux de noix vomique , sans en éprouver d’effet. Ensuite on augmenta la dose, et on. lui confia trois pilules , qu’elle devait prendre dans la journée à de grands intervalles. Ayant eu l'imprudence de les réunir en un bol, et d’avaler le tout à la fois, il lui survint des accès de tétanos extrêmement violens. Trois grains d’extrait suffirent pour développer une gastro-entérite, qui devint mortelle en
trois jours , malgré les secours les mieux entendus. A l’ouverture du cadavre , on trouva l’estomac fortement enflammé, mais le foyer principal des accidens était dans les intestins , violets et comme gangrenés en plusieurs endroits ; on les déchirait avec facilité. Les gros intestins avaient peu souffert. On ne trouva rien de particulier dans les autres organes ; seulement les poumons étaient gorgés d’une assez grande quantité de sang noirâtre ; leur tissu parut plus rouge qu’à l’ordinaire. Il y avait peu de sérosité dans les ventricules cérébraux. [Remarques sur la noix vomique considérée comme médicament , par F. M. Coze, Journal universel des sciences médicales , novembre 1819.)
Mathiole, dans son Commentaire sur Dioscoride, rapporte qu’une vieille femme fut empoisonnée pour avoir mangé du fromage dans lequel on avait incorporé de la râpure de noix vomique pour tuer les rats.
Un jeune homme âgé de vingt-six ans fut atteint d’hémiplégie du côté gauche sans cause connue. A son entrée à l’Hôtel-Dieu , on lui administra l’extrait alcoholique de noix vomique. On lui en confia six grains, qu’il devait prendre en trois fois 5 mais il eut l’imprévoyance d’avaler le tout à la fois. Aussitôt il éprouva des attaques de tétanos très-fortes , avec douleur à l’estomac et sentiment d’une espèce de barre qui lui eût serré fortement la poitrine dans le lieu correspondant aux attaches du diaphragme ; enfin une hémoptysie très-abondante, qui ne céda qu’aux saignées répétées.
Il n’y a pas long-temps que deux grains de strychnine ont causé instantanément la mort , à l’hôpital de la
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Charité. Ce médicament avait été prescrit à une malade; il fut donné par mégarde à une vieille femme qui succomba au bout de deux minutes.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Malgré leselfets délétères de la noix vomique, Wiel , médecin allemand , l’a recommandée , il y a plus d’un demi-siècle, dans quelques affections rebelles, telles que le scorbut , l’hydropisic , la goutte , le rhumatisme, les dartres , les vieux ulcères , etc. Cet auteur se vante d’avoir obtenu à J a longue les plus heureux résultats de ce remède énergique. ( Dissert, de usu nucis vomicæ , 1772-) On a également essayé la noix vomique contre l’hypochondrie , l’hystérie , les fièvres intermittentes , la dysenterie , etc. Mais n’avons-nous pas des moyens moins suspects à opposer h ces diverses affections ? D’après Hoffmann , une jeune fille à qui l’on avait donné trente grains de noix vomique en deux doses pour la délivrer d’une fièvre quarte rebelle , mourut après avoir éprouvé une anxiété extrême et de vains efforts pour vomir. Le docteur Niemann , qui a quelquefois employé l’extrait alcoholique dissous dans un véhicule gommeux, dit avoir été obligé d’abandonner ce remède à cause des accidens qu’il faisait naître. (Phann. bat. , tome 1 , page 169.) Suivant le docteur Rademacher ( Libellas de djsentenâ, Colonice , 1 806), ce remède a quelquefois produit de violens vomissemens et une telle faiblesse, qu’un de ses malades a couru le plus grand danger. D’après les fails que cet auteur a recueillis, 1 extrait de noix vomique n’a produit de bons effets qu’en le combinant avec la teinture d’opium.
Ce n’est que dans ces derniers temps que l’action médicale de cette substance a été justement appréciée. A la tête des médecins qui l’ont soumise à des épreuves cliniques, nous placerons M. Fouquier comme en ayant fait une application spéciale au traitement de la paralysie. Le résultat de ses recherches a été consigné dans un excellent mémoire qui a paru en 1816. Témoin des effets incertains et le plus souvent inefficaces des autres moyens proposés contre cette maladie, notre habile professeur a su mettre à profit le symptôme le plus redoutable que fait naître la noix vomique. Ainsi , c’est en excitant une sorte de tétanos artificiel qu’il est parvenu à guérir un grand nombre de paralytiques. L’action de ce remède commence ordinairement une demiheure après son ingestion ; mais il est des malades qui n’en éprouvent les effets qu’au bout de plusieurs heures. Selon que la dose est plus ou moins considérable , les muscles soumis à l’empire de la volonté, ou du moins les muscles paralysés , sont saisis d’une contraction forte et permanente. Ce spasme se développe d’une manière imperceptible, et s’établit en même temps dans toutes les parties qu’il doit affecter; il s’élève bientôt, et le plus souvent en quelques minutes , au point de rigidité qu’il doit atteindre. Cet état a tous les caractères d’un véritable tétanos ; il incommode ordinairement si peu les paralytiques, que la plupart peuvent dormir pendant qu’ils en sont affectés , mais il devient douloureux durant les exacerbations. Celles-ci n’ont lieu que dans les cas où le spasme parvient à un certain degré d’intensité ; elles consistent en contractions plus violentes, et font éprouver des commotions brusques et
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passagères plus ou moins fréquentes; elles surviennent tout-à-coup sans cause apparente, ou bien à l’occasion de quelque mouvement imprimé au malade, ou exercé par lui. Ces exacerbations , qui prouvent l’énergie du remède, ajoutent ordinairement à son efficacité. Mais la puissance médicinale de cette substance ne se manifeste pas toujours de la même manière ; quelquefois ce n’est qu’un serrement de poitrine, un sentiment d’oppression incommode , ou bien un tressaillement soudain et instantané, ou bien encore une sensation de chaleur vive , ou une exaltation considérable de la sensibilité dans les parties malades.
D’autres fois ce sont des fourmillemens et des picolemens douloureux, des battemens , des tiraillemens qui annoncent l’action secrète et salutaire de la noix vomique. Indépendamment de ces phénomènes , son usage augmente l’appétit et rend les évacuations alvines plus rares. Elle occasione , même à faible dose , une sorte d’ivresse à quelques paralytiques ; elle entraîne des accidens lorsqu’elle est administrée sans règle et sans mesure. Alors il survient un tétanos général; la difficulté de parler, d’avaler, de respirer, une anxiété pénible; le malade s’agite, se tourmente, s’effraie ; son cœur palpite , tout son corps est baigné de sueur. Cet appareil menaçant est sans danger ; bientôt le calme se rétablit de lui-même, le spasme se dissipe par degrés, un sentiment de fatigue douloureuse lui succède. En renouvelant pendant un certain temps ces phénomènes, le malade s’aperçoit que la volonté reprend de l’empire sur les parties paralysées. La sensibilité et la chaleur augmentent en même temps que les
inouvemens deviennent moins pénibles , moins bornés , moins incertains 5 mais ces heureux résultats se font quelquefois attendre long-temps. (Fouquier , Mémoire sur l’emploi de Ici noix vomique dans le traitement de la paralysie. )
D’après les expériences du professeur Fodéré, la noix vomique, employée en substance et en extrait, n’a offert que des effets purement sédatifs caractérisés par un ralentissement dans la respiration et dans la circulation. Chez un paralytique , le pouls , qui offrait d’abord soixante-douze pulsations , s’est ralenti au point de ne plus en offrir que trente 5 et le ralentissement devenait tel, qu’on a dû employer les cordiaux. M. Fodéré pense que la noix vomique est douée d’une propriété sédative plus prononcée que celle de la digitale pourprée. D’un autre côté, M. le baron Larrey accuse cette substance d’augmenter la phlegmasie des membranes nerveuses ; il a remarqué que ses effets étaient constamment pernicieux , et il voudrait que son usage fût proscrit. Ces deux autorités sont bien imposantes sans doute; mais les faits recueillis par M. le professeur Fouquier et quelques autres médecins non moins recommandables , sont trop nombreux et trop concluans pour qu’on doive renoncer à un moyen aussi énergique.
M. Sandras a observé que l’emploi de la strychnine était beaucoup plus salutaire dans le traitement de la paraplégie et des paralysies locales, que dans celui de l’hémiplégie ; que ce médicament réussissait beaucoup mieuxlorsquela maladiese développait lentement et avec une sorte de régularité.
Une femme entra à l’Hôtel-Dieu avec une paralysie
presque complète des extrémités inférieures. Cela avait commencé cinq ou six mois avant l’époque où elle s’était déterminée à venir à l’hôpital. C’étaient d’abord des engourdissemens, des fourmillemens , avec une grande faiblesse de ces extrémités. Lors de son entrée , il lui était impossible de se soutenir sur les jambes, qui avaient cependant conservé leur sensibilité. On lui prescrivit la strychnine en commençant par 2/8 de grain, et , en trois semaines , cette femme fut complètement rétablie, et put se servir de sa jambe comme avant l’époque où elle avait commencé à en perdre l’usage.
Un jeune homme avait pris, deux jours de suite, deux gros par jour de résine de copahu-, il lui survint une gastro-entérite qui guérit toute seule en peu de jours ; mais , en même temps , l’action du copahu avait déterminé une paralysie de la vessie qui ne guérit point. On fut obligé plusieurs jours de suite de sonder le malade, dont la vessie avait perdu à la fois et la sensibilité et la contractilité. Ce ne fut qu’au bout de sept à huit jours qu’on s’avisa de lui donner de la strychnine à la dose de r/8 à 2/8 par jour. La sensibilité et la contractilité de la vessie revinrent dès-lors peu à peu, et , au bout de trois semaines, cet organe avait repris toutes ses fonctions.
Un homme âgé de soixante-trois ans fit une chute sur la tête et fut paralysé des deux mains et d’une partie des avant-bras. On lui fit prendre la strychnine à l’intérieur; à plusieurs reprises, on appliqua des vésicatoires sur tous les points des avant-bras et des mains , et on les pansa avec un ou deux grains de strychnine. Ce traitement dura plus d’une année, mais le malade fut
guéri. Il ne lui resta qu’un peu tle difficulté à ouvrir les doigts avec promptitude. Quand on se relâchait sur l’emploi de la strychnine , les progrès de la guérison s'arrêtaient , et il fallait promptement revenir à l’usage de ce médicament, soit à l’intérieur, soit surtout à l’extérieur.
Cette observation prouve jusqu’à l’évidence l’efficacité de la strychnine, car il est à peu près certain, à en juger par les cas’, analogues que la science possède, que le malade n’aurait jamais guéri sans elle.
M. le docteur Edwards a guéri par la noix vomique une amaurose avec paralysie de la paupière supérieure. M. le docteur Magendie a vu de très-bons effets de la même substance dans l’affaiblissement marqué des organes génitaux , dans l’incontinence d’urine , etc. Il a aussi employé la résine de noix vomique pour les estomacs paresseux, et des débilités extrêmes avec tendance irrésistible au repos.
Maintenant, si nous voulons ajouter foi à l’homœopathie , elle nous dira que la noix vomique , administrée d’après sa méthode , dissipe à l’instant toutes ces crampes , tous ces spasmes , toutes ces affections erratiques de la tête et du bas-ventre , ces dégoûts , ces aigreurs, ces constipations, ces vomissemens ; enfin tous ces phénomènes morbifiques qui tourmentent notre existence, et qui se jouent de nos remèdes caïmans , de nos potions à la fleur d orange. Il n’y a au reste aucun danger à en faire l’essai , car aucun malade ne mourra empoisonné pour avoir pris un décillionième de grain de noix vomique.
On donne la noix vomique en substance pulvérisée à
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la dose de trois ou quatre grains , qu’on répète plusieurs fois dans la journée. L’extrait alcoholique a des vertus plus puissantes; la dose est de deux grains, qu’on renouvelle aussi trois ou quatre fois en vingtquatre heures. Pour éviter les accidens , il faut commencer par une ou deux prises , et juger par les résultats si l’on doit ou non les multiplier. Dans le cours du traitement , on aura soin de suspendre de temps en temps le remède ; mais alors on recommencera par de faibles doses. On prépare avec une once d’alcohol et trois grains d’extrait sec de noix vomique une teinture qu’on administre à la dose de dix , quinze et vingt gouttes*
M. le docteur Magendie a proposé de remplacer les extraits de noix vomique par la strychnine , à raison de ses propriétés constantes et de l’uniformité de son action. On la réduit en pilules de la manière suivante : prenez , strychnine bien pure, deux grains ; conserve de rose, un demi-gros; mêlez exactement, et faites vingt-quatre pilules bien égales et argentées. N’oublions pas que cette substance agit avec une intensité extrême, et qu’un huitième de grain a quelquefois sulïi pour tuer un chien de forte taille. Il faut une main bien délicate pour manier une arme aussi dangereuse.
La méthode ïatraleptique , ou endermique , comme on dit aujourd’hui , nous paraît un des meilleurs moyens d’administrer la strychnine. M. le docteur Miquel, ancien chef de clinique à l’hôpital de la Charité , en a fait nouvellement une heureuse application à l’amaurose. Nous nous empressons de communiquer à nos
lecteurs quelques fragmens que cet habile praticien a bien voulu détacher d’un mémoire qu’il se propose de publier incessamment.