PYRÉNÉES , BARÈGES , VALLÉE DE CAMPAN
Nous avions dit adieu au riant bassin de Luz ; nous parlions pour Barèges en suivant la rive gauche du Bastan. L’aube du jour éclairait il peine de ses teintes veloutées la cime des monts , l’air était pur et suave, le temps magnifique. L’heureuse disposition de mon âme donnait à ces lieux solitaires et sauvages un charme rarement senti par ceux qui les ont parcourus ou décrits. Ils n’ont vu que la nudité des rochers ; ils n’ont éprouvé qu’une sorte d’horreur dans cette gorge dominée par des pics presque inaccessibles , sans cesse menacée par les orages et les avalanches ; et, au milieu de ce triste spectacle, ils ont à peine jeté un regard sur ces hautes prairies qui bordent la route de Barèges, où croît une foule d’arbustes et de plantes de tonte espèce. L’homme est ainsi fait : un sentiment pénible ferme son cœur à tout ce qui pourrait le consoler ouïe distraire. Et puis n’a-t-011 pas dans ces montagnes des eaux minérales elïicaces contre les maux les plus rebelles ou les plus hideux ?
Barèges n’a qu’une rue principale , mais elle est spacieuse , propre , ornée de beaux hôtels où les malades
et les curieux sont parfaitement servis. On y trouve d’ailleurs des médecins habiles , et des chaises à porteurs pour les éclopés qui , de toutes parts , viennent aux eaux.
En quittant ce lieu pour atteindre le col du Tourmata , vous voyez à droite un joli bois de hêtres qui s’étend jusqu’au sommet de la montagne -, et sur le plateau, vous avez une belle promenade et une fontaine qui épanche une eau délicieuse. Là, sous des berceaux de verdure , ceux que les eaux ont guéris vont quelquefois célébrer leur convalescence par des repas champêtres.
Nous suivons le sentier tracé à travers la montagne sur un sol aride et rocailleux , où nos regards sont pourtant égayés par quelques jolies plantes. Nous cueillons la trolle d’Europe, élevant sa tête globuleuse, où rayonne l’or le plus pur ; à ses pieds rampe la violette des Pyrénées, fleur charmante que la nature a semée aux bords du chemin et jusqu’au milieu des rochers , pour embellir ce triste passage. Ici on coupe, là on fane les regains dont la senteur m’enivre. A gauche , sur les flancs des montagnes, apparaissent des granges, quelques champs cultivés , et des .lambeaux de prairies oùlestroupeauxsemblentsuspendus. Nous rencontrons à chaque instant des paysannes , la tête couverte d’une sorte de cape, qui portent à Barèges du lait tout fumant. Mais bientôt plus de granges, plus de troupeaux , plus de végétation , plus de culture ; on voit seulement de loin en loin quelques chétives cabanes de bergers. Une vaste solitude plane sur ces hauteurs où tout est froid et immobile. Le silence qui y règne n’est troublé que par l'écho des torrens ; c’est une région désolée , un
véritable désert. Lorsqu’on est parvenu au sommet de la montagne , la vue s’égare sur une immense perspective , surtout si on la reporte sur les lieux qu’on vient de quitter. Barèges est comme perdu dans la profondeur des ravins, et au milieu des masses de rochers qui l’entourent 5 mais aux confins de l’horizon s’élèvent plusieurs pics , dont la crête , couverte de neiges éternelles, semble se confondre avec l’azur des cieux.
On descend par une pente rapide , sillonnée d’excavations, où le torrent mugit pour annoncer les cascades de Tramesaigues. Là je contemple le fameux pic du Midi avec son cône gigantesque -, ici une forêt de sapins étale sa sombre verdure -, partout des ruisseaux , des torrens , des cascades s’échappent du flanc des montagnes pour alimenter et grossir le Gave. Voici l’hellébore à fleurs vertes , poison violent ; le houx frelon avec son feuillage luisant et rustique ; la digitale pourprée qui ouvre tardivement ses longs tubes pour récréer ces lieux déserts ; le rhododendron ferrugineux , privé de ses belles fleurs de carmin , mais tapissant les rochers et les bords du Gave de ses rosettes' toujours verdoyantes.
Quelques huttes se montrent çà et là. Des hommes simples , courbés vers la terre , déchirent son sein pour lui confier plus tard les semences qui doivent les nourrir. Au milieu d’un si pénible labeur, leur pain n’est jamais trempé delarmes; leur âme ne connaît ni crainte, ni chagrin, ni remords. Leur visage, brûlé par le soleil , porte l’empreinte d’une vertueuse résignation ; et puis, une modeste croix, plantée sur un petit tertre, les encourage, les fortifie, leur pro-
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mel une meilleure destinée. Il faut être bien cruel pour tenter d’arracher de ces cœurs naïfs des croyances qui répandent sur toute leur vie un charme si doux.
Peu à peu le paysage prend un aspect plus riant; nous touchons aux belles prairies de Gripp , à ses ombrages frais. O la charmante station .après avoir parcouru des sentiers si âpres , des lieux si sauvages ! Une femme alerte et empressée nous offre en souriant des truites qu’on vient de pêcher dans le Gave , du beurre frais , et du lait qui exhale le parfum des pâturages. Après quelques instans de repos, nous voilà sur la route qui mène à Sainte-Marie. Ici commence la vallée de Campan. Que de grâce, que de fraîcheur! Quelles eaux, quelle végétation, quel enchantement ! De toutes parts coulent des ruisseaux si purs, si limpides , qu’on est tenté à chaque instant de se pencher pour se rafraîchir la bouche de leur onde cristalline.
Plus on avance vers Bagnères , et plus la physionomie du paysage devient riante et poétique. Comme on aime à contempler ce beau ciel , ces frais pâturages, ces charmalis bosquets, ces jardins, ces chaumières, ces contours si moelleux des collines qui s’élèvent sur la rive gauche de l’Adour ! Et ces troupeaux qui paissent l’herbe fleurie, et ces femmes qui vous apportent des jattes d’un lait écumant , et ces enfans qui vous offrent à chaque pas de petits cailloux taillés à facettes, qu’ils vendent quelquefois chèrement à quelque naïf étranger! «Monsieur! monsieur! voici des minéraux ; voyez comme ils sont jolis. Mais venez plutôt voir la grotte , elle est bien curieuse : je vais vous y conduire , si vous le voulez ; en quelque minutes nous y
sommes. » Comment ne pas se laisser séduire par de petits enfans dont l’allure est si sémillante, le parler si doux !
Différent des autres gaves dont le cours est si retentissant, si rapide, l’Adour promène paisiblement ses ondes diaphanes dans un lit bordé des plus beaux arbres ; et , comme pour donner plus de prix à cet admirable paysage, la nature a posé sur la rive droite le pic de Lliyéris , avec ses formes arides et ses teintes sombres.
A l’entrée de Bagnères, une avenue, plantée de peupliers, de tilleuls et de frênes, vous conduit aux bains de Salut. Oh ! que ce doux nom fait de bien à l’âme ! comme il fait vibrer un cœur souffrant ! Il faut à l’homme, être si faible, si mobile, quelque chose de prestigieux qui lui donne de l’espoir, qui lui inspire de la confiance. Ici vous avez des promenades pittoresques , des sites ravissans , des ombrages voluptueux, de nombreux ruisseaux qui murmurent ; vous croyez errer dans les sentiers fleuris de l’Elysée. En visitant les bains de Salut , nous avons rencontré une femme encore jeune , mais amaigrie , triste et décolorée ; une belle fille , au teint de rose, lui donnait le bras , et la promenait doucement dans un lieu solitaire. On eût dit une de ces ombres malheureuses que Virgile nous peint sur les rives du Styx, dans le Champ des Pleurs, Lugèntes Campi. Aurions-nous deviné la cause de son mal ? Ah ! puisse-t-elle retrouver la paix du cœur dans les Pyrénées!
RHODORACÉES. RHODORACEÆ.
Rliodoraceœ. Vent. — Ericeœ. Juss.