RHODODENDRON FERR U G J NE UM
Rhododendron ferrugineum. Linn. Spec. 562. DC. Fl. Fr.
2796. Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 220. Jacq. Fl. Austr.
(Planche 6i.)
Haute de deux à trois pieds, sa tige ligneuse se divise en rameaux un peutortus, garnis, dans leur partie supérieure, de feuilles ovales, lancéolées, lisses, d’un vert brillant à leur face supérieure , teintes en dessous d’une couleur de rouille , un peu roulées en leurs bords et soutenues par de courts pétioles. Les fleurs sont purpurines ou rougeâtres, disposées en bouquets à l’extrémité des rameaux. La corolle est en entonnoir, un peu courbée , tachée vers la base de points ferrugineux.
Ce rhododendron aime les lieux secs et découverts : on le trouve dans les Pyrénées et sur toute la chaîne des Alpes ; il couvre la crête des montagnes de la grande Chartreuse en Dauphiné. Je l’ai observé à la descente du col de Tourmalet, sur les deux rives du Gave 5 il y est si abondant et si vivace que le sol est comme recouvert d’un tapis de verdure. Je l’ai également cueilli dans les Pyrénées orientales, au pied du Canigou. On le cultive dans les jardins sous le nom de laurier-rose des Alpes.
Tous les végétaux du genre rhododendron sont vénéneux. Les fleurs de celui-ci exhalent une odeur vireuse; les feuilles, d’une saveur amère et très-âcre, sont funestes aux bestiaux. Ainsi que les poisons narcotiques âcres, toute la plante produit la stupeur, des tremblemens , des vertiges , des douleurs d’entrailles, etc.
On a cependant essayé cet arbuste dans les dartres et les affections arthritiques rebelles; mais aucune observation exacte ne nous apprend si cet essai a été heureux. On donne les fleurs et les feuilles en infusion ou en décoction , à la dose d’un ou deux gros pour une livre de véhicule. Nous ne conseillons à aucun goutteux d’en faire usage.
RHODODENDRON PONTIQLE. RHODODENDRON PONTICUM.
Rhododendron Ponticum. Wild. Spec. 2. 606. Jacq. Ic.
Plant, rar. t. 78.
(Planche 6a.)
Cet arbrisseau , plus élevé que le précédent, se fait remarquer dans nos bosquets par la couleur brillante de ses fleurs. Ses rameaux sont droits, cylindriques, un peu rougeâtres , ornés de feuilles longues de cinq à six pouces, lancéolées, rétrécies à leur base, persistantes , d’un beau vert en dessus , plus pâles en dessous , soutenues par des pétioles courts et épais. Ses fleurs, d’une couleur purpurine ou d’un violettendre, forment une belle grappe au sommet des rameaux. La corolle est grande , eampanulée , divisée à son limbe en cinq découpures profondes. Cette belle espèce a plusieurs variétés qu’on cultive en Europe, et qu’on voit maintenant dans presque tous nos jardins-, elle croît en Asie , sur les côtes de la mer Noire et aux environs de Trébisonde.
D’après Tournefort ( Voyage au Levant ), les fleurs de cet arbrisseau sont malfaisantes ; le miel puisé par les abeilles, sur ces fleurs, donne des vertiges et des nausées. Dioscoride dit aussi qu’autour d’Héraclée, dans le royaume de Pont , le miel , en certains temps de l’année, rend insensés ceux qui en font usage-, ce qu’il faut attribuer aux fleurs sur lesquelles les abeilles le récoltent. Suivant Pline , il est des années où le miel
est egalement vénéneux dans le même pays : « Ceux qui en ont mangé se couchent à terre , cherchent le frais , ont des sueurs abondantes. Qui edëre, abjiciunt se humi, refrigerationem quœrentes : nam et sudore diffluunt. » C’est sans doute ce miel malfaisant qui jeta la consternation dans l’armée des Grecs lorsqu’elle vint camper aux environs de Trébisonde. Xénophon raconte que les soldats qui en mangèrent une grande quantité eurent de violentes évacuations suivies de délire. Les moins malades ressemblaient à des gens ivres ; les autres étaient furieux ou moribonds. On voyait la terre jonchée de corps comme après une défaite. Personne néanmoins n’en mourut, et les accidens cessèrent le lendemain.
Quelques naturalistes pensent que les abeilles avaient puisé ce miel sur l’azalée pontique (azalea pontica , Lik.), plante narcotique et vénéneuse qui croît aussi aux environs de Trébisonde , et appartient h la même famille. M. Lemaire-Lisancourt observe fort bien , dans le Journal de Botanique de M. Desvaux , que les abeilles ne changent presque pas la nature du nectar qu’elles puisent dans les fleurs. Ainsi le miel peut devenir purgatif, astringent, vénéneux, etc., suivant les plantes sur lesquelles il a été recueilli par ces insectes. Les miels de l’ancienne Colcbide, pays fertile en végétaux nuisibles, sont bien différens du miel du mont Hy mette, où croissent abondamment la sauge, le thym, le serpolet et autres plantes aromatiques. De même Je miel qui vient de l’ouest et du nord n’est point comparable a celui du Câlinais et du midi de la France.