‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 19 sur 75 · ANDROMÈDE DE VIRGINIE. ANDROMEDA MARIANA · texte numérisé non relu

ANDROMÈDE DE VIRGINIE. ANDROMEDA MARIANA

Andromeda Mariana. Desf. Arbr. 1. 256. Ddham. Ed. Nov. t. 37.

C’est un joli arbrisseau qui s’élève en buisson de deux à quatre pieds. Ses feuilles sont tantôt ovales, tantôt plus allongées , d’un vert luisant en dessus,

ponctuées et veinées en dessous , et soutenues par des pétioles courts. Les fleurs sont campanulées, grandes, d’une couleur blanchâtre, et disposées en grappes latérales.

Cette plante nous vient du Maryland et de la Virginie ; on la cultive à l’ombre dans les jardins. La décoction des feuilles est stimulante et très-âcre-, on l’emploie en topique contre la teigne faveuse et les dartres.

On a proposé les feuilles du Gaulthéria du Canada ( Gaulthéria procumbens ) comme succédanées du thé 5 elles sont âcres , narcotiques , et n’ont aucune des qualités qni distinguent le thé de la Chine.

LOBÉL1ACÉES. LOBE LIA CEÆ.

Lobeliaceœ. Juss. — Campannlaceœ. Desf.

LOBÉLIE. LOBELIA.

Calice à cinq dents. Corolle irrégulière ; tube plus long que le calice , fendu longitudinalement en dessus ; limbe à deux lèvres , à cinq lobes. Cinq étamines à anthères réunies en tube. Stigmate ordinairement simple. Capsule ovoïde à deux ou trois loges , s’ouvrant par le sommet.

LOBÉLIE BRULANTE. LOBELIA URENS.

Lobclia urens. Linn. Spec. 1321. DC. Fl. Fr. 2870.

Engl. Bot. 953.

(Planche 64.)

Cette plante a une tige droite , simple , quelquefois un peu rameuse, haute d’environ un pied et demi. Ses feuilles radicales sont ovoïdes , en forme de spatule ; celles de la tige, lancéolées , sessiles, un peu écartées les unes des autres. Toutes sont glabres , légèrement dentées, et d’un joli vert. Ses fleurs, attachées à de courts pédoncules , et disposées en grappe terminale , ont une corolle d’un bleu tendre , comme labiée , avec deux taches blanchâtres à son orifice. On trouve celte lobélie dans les bois , dans les landes , dans les terrains

marécageux-, elle croît dans plusieurs départemens de la France, aux environs de Paris, de Fontainebleau, de Nantes, etc.

Ainsi que les euphorbes , elle contient un suc laiteux d’une âcreté extrême. Toutes ses parties , et particulièrement la racine, irritent et enflamment les voies alimentaires. L’infusion des tiges et des feuilles produit une espèce de choléra-morbus accompagné d’une anxiété douloureuse et de convulsions. On combat ces accidens par des boissons mucilagineuses , le lait pris en abondance, des lavemens émolliens et l’opium. Malgré l’opinion du docteur Bodard, nous pensons que cette plante est peu propre à remplacer l’espèce suivante.

LOBE LIE SYPHILITIQUE. LOBELIA SYPH1LITICA.

Lobelia syyhilitica. Linn. Amen. Acad. 4. 527. Jacq.

Ic. Plant, rar. t. 597.

(Planche 65.)

Cultivée dans quelques jardins , la lobélie syphilitique se fait remarquer par l’élégance de son port et par les jolies fleurs dont elle est couverte. Sa tige simple, anguleuse, chargée de poils, s’élève à la hauteur d’environ deux pieds. Sesfeuilles sont alternes , ovales, lancéolées , sessiles , vertes , un peu rudes et légèrement dentées. Les fleurs sont axillaires, solitaires, d’un bleu transparent , et portées sur des pédoncules très-courts. La corolle est velue en dehors; sa lèvre

inférieure offre un palais à deux gibbosités. Cette espèce croît sur les bords des rivières , et dans les bois de l’Amérique septentrionale.

La lobélie syphilitique est beaucoup moins âcre que l’espèce précédente ; cependant sa décoction , prise à haute dose , produit des évacuations douloureuses et peut enflammer les organes gastriques.

D’après Kalm et Bartram, elle est employée dans l’Amérique septentrionale comme un puissant remède contre la syphilis. On fait bouillir une poignée de la racine sèche dans douze livres d’eau , jusqu’à réduction d’un tiers, et l’on prend chaque jour deux ou trois verres de cette décoction. On augmente ensuite progressivement les doses; et, lorsque le remède excite une trop forte purgation , on le suspend pendant deux ou trois jours; on prend en même temps des bains chauds, et l’on s’impose un régime sévère. On dit que la lobélie syphilitique est aussi efficace dans ce pays que le mercure l’est en Europe ; ce dont il est permis de douter. Cependant , lorsque la maladie vénérienne est rebelle aux préparations mercurielles , il est possible que cette plante produise de bons effets.

LOBÉLIE A LONGUES FLEURS. LOBELIA LONGJFLORA.

Lobclia longiflora. Linn. Jacq. Hort. Vind. t. 27.

Sa tige est rameuse, herbacée, hérissée de poils courts, haute d’environ un pied. Ses feuilles sont lancéolées , irrégulièrement dentées , molles , un peu velues en dessous. Les fleurs sont axillaires, attachées à des

PH YTO GRAPHIE

pédoncules courts et pubescens 5 la corolle est blanche , à tube filiforme , long de trois à quatre pouces , et à limbe ouvert en étoile , presque régulier.

Cette espèce croît à la Jamaïque, à Saint-Domingue, etc. , sur les bords des ruisseaux $ on la cultive au Jardin du Roi. C’est un poison des plus caustiques et des plus subtils. Ses émanations sont tellement délétères, suivant Jacquin, qu’on est saisi d’une extrême oppression de poitrine lorsqu’on les respire pendant quelques instans. Introduite dans l’estomac, cette plante produit des vomissemens affreux que rien ne peut apaiser. Après la mort, on trouve les intestins enflammés et gangrenés.

Le père Feuillée nous apprend que la lobélie du Chili ( Lobelia Tupa ) n’est pas moins pernicieuse. Le lait qui s’écoule de la racine et des tiges est un poison mortel , et l’odeur des fleurs excite de violens vomissemens.

Tous les végétaux de cette tribu sont remplis d’un suc laiteux plus ou moins âcre. Nous n’en exceptons pas même la lobélie cardinale ( Lobelia cardinalis ) , espèce originaire delà Virginie, qui se fait remarquer dans nos jardins par ses grappes de fleurs d’un pourpre éclatant. On dit néanmoins que sa racine sert de vermifuge aux sauvages de l’Amérique septentrionale.

D’après Cutler et John Andrew, le Lobelia inflata, espèce également indigène de l’Amérique septentrionale , a une vertu antispasmodique. Le premier de ces médecins dit avoir été guéri d’un asthme à l’aide de cette plante dont les propriétés résident dans un principe âcre et volatil.

M. Bidault a employé les feuilles desséchées et pulvérisées , à la dose de dix à vingt grains , pour exciter le vomissement. Les semences sont douées de la même propriété. Mais, d’après l’observation de Coxe , cette même poudre, administrée à la dose d’une cuillerée à café par un charlatan , a produit des symptômes fâcheux.

M. S. Colboun , professeur de matière médicale au collège Jefferson , à Philadelphie , a obtenu de cette plante un principe âcre exerçant sur la gorge une action irritante qui persiste pendant un certain temps et qui exige des ablutions fréquentes. Ce principe, qu’il désigne sous le nom de Lobéline , se dissout parfaitement dans l’alcohol.

La lobélie brûlante, qui croît dans nos départemens, contient probablement des principes analogues. Mais ne nous pressons pas trop d’introduire toutes ces plantes âcres dans la matière médicale ; nous avons des vomitifs plus doux et des antispasmodiques moins suspects.

COMPOSÉES. COMPOSITÆ.

Compositœ. Adans. Linn. 1)C. — Synantherece. Cass. — Cichoraceæ , cynarocephalœ et corymbiferœ. Juss.

Famille nombreuse , excellente , où les vertus sont héréditaires. Elle est formée de plusieurs tribus, toutes riches en plantes curieuses, utiles et salubres; à peine si l’on peut y compter une ou deux espèces d’une qualité suspecte. Que notre monde n’est-il ainsi composé? A leur tête apparaissent les artémises, d’une vive amertume ; les camomilles , ornement de la pelouse et du parterre , avec leurs essences éthérées ; les matricaires, d’un arôme puissant ; les laitues rafraîchissantes , qui apaisent les irritations mondaines , calment la colère de l’homme bilieux; les chicorées, qui réveillent l’appétit blasé du gourmand, dissipent les sombres vapeurs de l’hypochondre.

Viennent ensuite la centaurée étoilée, végétal revêche, habitant les terrains arides, incultes, et dont les houpes de pourpre nous font oublier un instant les calices épineux; la centaurée bénite , plante si recherchée de nos pères, dont les vertus merveilleuses sont inscrites dans nos vieux livres ; le chardon laineux , véritable géant au milieu des faibles herbes qui bor-

dent les champs, tout velu, lout hérissé d’épines, et prêt à se défendre contre les attaques du sobre quadrupède qui en fait ses délices. J’aime l’attitude imposante, la beauté mâle et austère de ce végétal que le passant méprise; j’aime ses grandes feuilles onduleuses, en forme de lyre , ses fleurs sphériques , teiutes d’un pourpre foncé. Et cette jolie vergerette du Canada, qui a déserté , il y a plusieurs siècles , sa patrie , a traversé les mers, portée sur l’aile des vents, pour venir en Europe, où elle a laissé partout de nombreux rejetons.

Que vois-je sur le penchant rocailleux du coteau ? N’est-ce pas la belle carline étalant ses fleurs rayonnantes d’or et de carmin? C’est ainsi qu’elle s’épanouit par un beau jour; mais que les vents se déchaînent, que le ciel devienne nuageux , aussitôt elle se contracte, elle se resserre ; on dirait qu’elle a peur de la pluie ou de l’orage. Mystérieux et charmant baromètre !

Le diligent pissenlit se réveille et s’ouvre à cinq heures du matin , à huit lreures du soir il s’endort et ferme sa fleur. Le salsifis des prés, plus matinal encore, s’épanouit à quatre heures , à dix il est endormi. Le souci des champs , plus paresseux , s’ouvre beaucoup plus tard, mais il veille jusqu’à dix heures du soir (i).

Je vois avec plaisir cette horloge vivante :

Ce n’est plus ce contour où l’aiguille mouvante

Chemine tristement le long d’un triste mur ;

C’est un cadran semé d’or, de pourpre et d’azur,

(1) C’est d’après l’observation attentive et souvent renouvelée de ces plantes, que l’immortel Linné avait établi son horloge de Flore. En effet, plusieurs espèces de léontodon, la laitue, les laitrons , la piloselle , le salsifis , le souci des champs , celui

PII YTOGR APH1E

Où d’un air plus riant, un robe diaprée,

Les filles du printemps mesurant la durée ,

Ou nous marquant les jours , les heures , les instans , Dans un cercle de fleurs ont enchaîné le temps.

Demllis, Les Trois Règnes.

$ I. CHICORACÉES. CHICORACEÆ.

LAITUE. LA CrUC J.

Involucre oblong , imbriqué , à plusieurs folioles inégales , pointues, membraneuses sur les bords. Réceptacle ponctué , glabre. Aigrette soyeuse, pédiculée.

LAITUE YIREUSE. LACTUCA V1ROSA.

Lactuca virosa. Linn. Spec. 1119. DC. Fl. Fr. 2888.

(Planche 65.)

Sa tige est droite, rameuse, feuillée, blanchâtre, hérissée de petites épines , haute de trois ou quatre pieds. Ses feuilles sont alternes , éparses , oblongues , ainplexicaules à leur base , un peu spatulées , glabres , d’un vert glauque, inégalement dentées, épineuses sur leurs bords , ainsi que sur leur côte postérieure. Ses

d’Afrique, etc., s’ouvrent et se ferment à des heures réglées. Cette dernière plante est même météorique , et peut servir de baromètre. Elle s’ouvre constamment à sept heures du matin , et reste ouverte jusqu’à quatre , si le temps doit être sec ; il faut au contraire s’attendre à la pluie , si sa fleur ne s’épanouit point , ou si elle se ferme avant son heure accoutumée.

La plupart des graines de la famille des composées sont couronnées d une aigrette soyeuse et volatile qui les transporte quel quefois à de grandes distances. On peut expliquer ainsi les voyages et les migrations de quelques-unes de ces plantes.

(leurs sont d’une couleur jaunâtre , visqueuses , disposées en grappes menues, peu garnies à l’extrémité des tiges et des rameaux. On rencontre cette plante dans les lieux incultes et sauvages , dans les haies , sur le bord des chemins , etc.

Toutes ses parties sont remplies d’un suc lactescent, visqueux , âcre , amer, d’une odeur nauséabonde. Un gros de ce suc occasiona au savant botaniste Gilibert des étourdissemens , des nausées , des anxiétés , avec cardialgie. La nuit fut troublée par des rêves effrayans et un fréquent réveil en sursaut. Les expériences tentées sur les animaux avec l’extrait de la plante prouvent qu’il agit sur le système nerveux à la manière des narcotiques : il a quelques rapports avec l’opium , mais on ne saurait comparer les vertus de ces deux substances.

Cependant cet extrait , préparé avec le suc de la plante fraîche , a mérité des éloges dans quelques affections pectorales d’un caractère nerveux. Suivant le docteur Schlesinger, de Francfort-sur-l’Oder, c’est un remède pour ainsi dire spécifique contre l’angine et le spasme de la poitrine ; il le donne , mêlé avec du sucre, à la dose de deux grains , ou dissous dans une eau distillée ; cette dose doit être répétée plusieurs fois dans la journée. Collin l’avait déjà prescrit à très-haute dose, et avec un grand succès , contre les hydropisies avec engorgement des viscères abdominaux. Stoll le recommande aussi dans les mêmes affections ; mais Quarin se plaint de son peu d’efficacité.

J’ai moi-même faitl’essai de l’extrait de laitue vireuse dans les irritations de poitrine, dans les attaques

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d’asthme, dans certains cas de phthisie, de catarrhe chronique du poumon , et je lui ai véritablement reconnu une action sédative ; mais j’ai été souvent obligé de l’abandonner pour recourir à l’opium ou à l’extrait des solanées, dont les propriétés m’ont toujours paru plus constantes.

La meilleure manière de préparer cet extrait consiste ii rapprocher au bain-marie le suc qui distille des blessures faites à la plante. Celui qu’on obtient par la décoction est beaucoup plus faible. La dose est de deux grains, qu’on répète toutes les deux heures. Schlesinger le donne sous la forme de poudre , eu y mêlant un demi-grain de digitale pourprée, cinqgrains de sucre blanc , et dix grains de gomme arabique. Il fait également dissoudre huit grains du même extrait dans un gros d’eau de cannelle vineuse , dont il donne quinze ou vingt gouttes de deux en deux heures. Un malade qui avait déjà le râle , fut sauvé en prenant chaque demiheure quinze gouttes de la composition suivante.

Teinture de laitue vireuse. Prenez, feuilles de laitue vireuse , une once ; macis , un gros ; esprit de vin , eau distillée , de chaque quatre onces : faites digérer pendant quelques jours , et filtrez avec expression.

A l’aide de ces préparations, il a combattu efficacement l’asthme convulsif, et dissipé d’une manière durable les suffocations périodiques très-rapprochées.

laitue sauvage, lactuca sylfestris.

Lac tue a sjlvestris. DC. FI. Fr. 2887. — Lactuca scariola. Linn. Spec. 1119.

Cette espèce, très-voisine de la laitue vireuse, s’élève sur une tige cylindrique , dure , blanchâtre , un peu épineuse à la partie inférieure. Les feuilles sont lisses , embrassantes, verticales, découpées en lobes profonds, d’un vert jaunâtre , garnies d’épines sur les bords ainsi qu’au-dessous de la nervure principale. Les fleurs sont petites, d’un jaune pâle, disposées en panicules allongées.

On la rencontre en été dans les terrains incultes et pierreux, au bord des chemins et des vignes. Elle est vireuse et narcotique comme l’espèce précédente dont elle diffère par ses feuilles sinuées ou pinnatifides. 11 ne faut point la confondre avec la plante que les jardiniers nomment scariole; celle-ci est une variété de la chicorée endive.

La laitue cultivée {lactuca saliva) n’est point dépourvue non plus de propriétés anodines. Son suc, son eau distillée et sa décoction sont légèrement narcotiques. Le docteur Scudamore , dans son Traité île la goutte, vante la vertu soporifique du lactucarium, sorte d’extrait obtenu par l’évaporation à l’air libre du suc de la plante. Il doit au professeur Duncan Senior la connaissance de cette préparation, qu’il recommande comme un doux sédatif, propre à diminuer la toux, à favoriser le sommeil et à soulager la douleur, ayant été témoin de son mode d’action dans un grand nombre de circonstances.

PHYTOGRAPHIK

M. le docteur François, et après lui un grand nombre de praticiens ont répété les expériences de MM. Duncan et Seudamore avec plus ou moins de succès. En général , l’extrait de laitue , désigné aujourd’hui sous le nom de thridace, est une préparation fort utile dans quelques affections nerveuses; mais qu’on se garde bien d’oublier les vertus héroïques de l’opium lorsque des symptômes graves demandent un sédatif promptement efficace.

Une dame très-nerveuse éprouva, six heures après un déjeuner léger, des coliques atroces et des crampes douloureuses dans les membres inférieurs. Cet état dura jusqu’à neuf heures du soir, malgré l’application des topiques émolliens et de trente sangsues autour de l’ombilic. A six heures il y eut un peu de calme, mais point de sommeil ; ou administra huit grains de thridace en deux doses. Vers minuit les tranchées et fût contractions spasmodiques reparurent avec la même violence ; le pouls était faible et intermittent , la face d’une pâleur effrayante. D’après notre conseil, on administra à une heure du matin quinze gouttes de laudanum liquide de Sydenham dans un peu de sirop de menthe et d’eau de fleur d’orange. La même dose est répétée au bout de vingt minutes, et à deux heures la malade s’endormit dans le calme le plus parfait. Le lendemain matin il ne lui restait qu’un peu de faiblesse et le souvenir de ses souffrances.

On pourrait , au reste , prouver par d’autres faits que la thridace s’est montrée utile là où l’opium et les autres narcotiques avaient aggravé la maladie.

Pour obtenir le principe calmant de la laitue connu

sous le nom üe thridace , il faut récolter la plante dans les premiers momens de la floraison ; c’est alors qu’elle jouit de toute sa vigueur. On rejette les feuilles ; on pile les tiges et les branches dans un mortier de marbre , et on les soumet à la presse afin d’en extraire le suc. On filtre ensuite ce suc pour le dépouiller de la clorophile, et on le fait évaporer à l’étuve ou au bain-marie , par une chaleur toujours au-dessous de quarante degrés de Réaumur. Aussitôt que l’évaporation est terminée , on retire le résidu , qui s’enlève par écailles ou fragmens bruns, durs, cassans, qu’il faut placer promptement dans des flacons bien bouchés ; car la thridace est trèsavide d’humidité , et s’empare rapidement de celle de l’atmosphère : alors elle redevient molle.

On donne la thridace à la dose de deux à trois grains dans un véhicule peu étendu , et mieux encore sous la forme de pilules 5 mais cette dose pour un adulte est rarement suffisante ; il faut la répéter une et deux fois , en mettant une demi-heure d’intervalle entre les doses. Ce médicament est employé comme un doux sédatif dans les insomnies opiniâtres, les spasmes nerveux, l’hypochondrie , les irritations pulmonaires. Il produit néanmoins dans quelques circonstances une sorte de malaise , d’anxiété , et même de stupeur, à la manière des narcotiques. Nous croyons que la préparation des Anglais connue sous le nom de lactucarium est plus active que la thridace ; elle est d ailleurs plus simple et plus facile , puisqu’il suffit de faire évaporer à l’air libre le suc qui découle des incisions qu’on a pratiquées sur la tige de la plante.

La laitue cultivée est peu active au printemps; son II. «o

riIYTOGRAPHIE

sac est alors composé en grande partie d’eau et de mucilage qu’anime faiblement un léger principe amer ; mais vers le mois de juillet, à l’époque de sa floraison , ce même suc se concentre , le mucilage diminue, le principe amer s’exalte, et les propriétés de la plante se rapprochent alors de celles delalaitue sauvage. Voilà pourquoi le suc exprimé de la laitue lorsqu’elle n’est pas encore montée convient beaucoup mieux que l’extrait aux sujets très-irritables qui ont besoin d’être calmés et rafraîchis. On peut le donner avec un grand avantage dans les cas d’hypocbondrie et à la suite des gastrites chroniques , à la dose de trois ou quatre onces dans autant de petit-lait. Les bains et un régime végétal secondent à merveille les effets de ce remède , qui doit être pris tous les matins à jeun en deux doses , et continué pendant plusieurs semaines.

On ne saurait croire combien l’usage de cette plante potagère favorise les fonctions intestinales chez les personnes qui ont habituellement les entrailles échauffées. Martial loue avec raison sa vertu lubrifiante .

Prima libi dabilur venlri lactuca movcmlu UtiUs.

C’est avec le secours de la laitue des jardins et des bains froids que Musa guérit Auguste d’une hypochondrie extrêmement grave. Outre des sommes considérables , l’empereur lui donna le droit de porter l’anneau d’or-, et, ce qui devait surtout flatter un homme sensible à la gloire de son art , les médecins furent exemptés de tout impôt.

La laitue était fort estimée des anciens ; ses propriétés culinaires ont été célébrées par Martial, Horace,

Virgile, etc. : Gratcique nnbilium requies lactucaciboruni. Elle tempère la chaleur intérieure produite par les alimens de haut goût ou par les metstrop succulens. Lorsque l’estomac la digère bien , elle donne des nuits calmeset répand dans les veines une agréable fraîcheur. Nous la conseillons aux personnes irritables, mélancoliques, ou douées d’un tempérament bilioso-sanguin; aux hommes qui ont perdu le repos et qui éprouvent une sorte d’exaltation maladive causée par des travaux intellectuels, par des entreprises difficiles.

A Rome la laitue fut d’abord servie à la fin du souper ; plus tard elle parut au premier service, comme nous l’apprend Martial :

Claudin e quæ ccenas lacluca solebal avorum ,

Die mihi cur no liras inchoat ilia dapes ?

« Vous me mettez en dépense pour vous donner à souper, dit Pline le jeune à Septilins Clarus, et vous me manquez. J’avais pourtant préparé à chacun une laitue, trois escargots, deux œufs, un gâteau , du vin miellé et de la neige. Nous avions des olives d’Andalousie , des courges, des échalottes, et mille autres mets aussi délicats. Vous auriez eu à choisir d’un comédien, d’un lutteur ou d’un musicien, ou même, admirez ma profusion, vous les auriez eus tous ensemble. Mais vous avez mieux aimé , chez je ne sais qui , des huîtres , des fressures de porc , des poissons rares et des danses espagnoles. Je saurai vous en punir, je ne vous dis pas comment. »

Pline avait heureusement beaucoup d’esprit et des manières attrayantes. Il ne fallait rien moins que cela pour faire oublier ses mauvais soupers. Horace qui était

toul aussi spirituel, mais surtout bien plus friand, dit que la laitue ne convient point aux buveurs. Mêlée avec le vin elle surnage et s’aigrit dans l’estomac : Lactuca innatat acri post vinum stomacho.

En effet il est des personnes qui la digèrent difficilement, surtout lorsqu’elle est crue. Mais est-il vrai que ce légume affaiblisse la vertu prolifique ? On l’a dit anciennement et quelques modernes l’ont répété, sans founir aucun fait à l’appui de cette assertion. Les gens du peuple mangent beaucoup de laitues en salade , c’est même leur principal repas pendant une grande partie de l’été, et cependant on ne voit pas diminuer le nombre de leurs enfans.

CRÉPIS. CREPIS.

Involucre lâche , sillonné et ventru à la base. Réceptacle nu Aigrette blanche , sessile.

CRÉPIS RONCINÉ. CREPIS LACERA.

Crépis lacera. Tenore. Silloge Plant, vase. 403.

Cette espèce de crépis a une racine épaisse , allongée et jaunâtre ; une tige simple , lisse , anguleuse , farineuse à la base. Les feuilles caulinaires sont légèrement velues , les feuilles radicales roncinées , divisées en lobes profonds, presque deux fois pinnatifides. Les fleurs sont blanches, disposées en épi; elles s’épanouissent en été.

On donne à cette plante, assez commune dans les montagnes d’Italie, les noms de cicoriella , lattugaccio selvaggio, angina. Suivant M. Tenore , elle est remplie d’un suc laiteux très-âcre et très-délétère. On a vu

périr misérablement plusieurs personnes qui avaient, fait usage de bouillons où cette herbe avait été mêlée à d’autres chicoracées.

Plusieurs habitans d’un village de la commune d’Arienzo , dans la Terre de Labour, mangèrent de cette espèce de crépis qu’ils avaient cueillie croyant que c’était de la chicorée sauvage. Le premier qui en ressentit les pernicieux effets était un enfant de trois ans qui mourut en deux jours. Treize autres individus furent pareillement empoisonnés , et , malgré tous les secours de l’art , quatre d’entre eux succombèrent presque en même temps. Lorsque la nouvelle de cet événement affreux se répandit dans le voisinage, les autres malades étaient moribonds. A l’autopsie on trouva une inflammation profonde dans les intestins. (Giohn. cl elle due Sic. , maggio 1827.)

Nous avons extrait cette observation deY Enchiridio di Tossicologia de M. le professeur Delle Chiaje.

Ce fait est d’autant plus intéressant sous le rapport de l’hygiène publique, qu’on n’avait signalé jusqu’ici comme vénéneuse aucune plante du groupe des chicoracées, excepté la laitue vireuse ou sauvage. Je ne sais si je me trompe, mais le crépis lacéré de Tenorc pourrait bien n’être pas la seule espèce délétère ; une autre chicoracée me paraît au moins suspecte , si elle n’est pas nuisible , à cause de l’odeur forte d amande amère qu’elle exhale ; c’est le crépis fétide de Linné (barkhausia fœtida. DC.). Cette espèce a aussi des feuilles profondément découpées , des fleurs composées de fleurons jaunes , rougeâtres extérieurement ; elle est commune en été au bord des champs.

PHYTOGRAPHIK

§ II. CYNATIOCÉIMIALES.

CYN A RO CEPHALÆ .

CARTHAME. CARTHAMVS.

Involucre veutru à la base, imbriqué d’écailles épineuses. Fleurons hermaphrodites Réceptacle garni de paillettes Graines dépourvues d’aigrette.

CARTHAME DES TEINTURIERS. CARTHAMVS TJNC TORIUS.

Carthamua tinctorius. Linn. Spec. 1162. DC. Fl. Fr.

3002. Uam. Illustr. t. 661. f. 3.

Sa tige est droite, cylindrique, blanchâtre, rameuse au sommet, haute d'environ un pied et demi. Les feuilles caul 'maires sont éparses , ovales, embrassantes , pointues , veinées , bordées de quelques dents épineuses ; les feuilles radicales sont oblongues , rétrécies à la base. Les fleurs sont terminales , solitaires , d’un rouge de safran , toutes flosculeuses et hermaphrodites : les écailles de l’involucre sont foliacées et épineuses ; les graines dépourvues d’aigrette.

Cette plante tinctoriale et économique est originaire de l’Orient ; on la cultive en France , dans nos départemens méridionaux . Ses graines renferment , outre une substance farineuse , un principe amer, âcre et nauséabond qui est un violent purgatif pour l’homme; mais les perroquets les mangent avec avidité et s’en engraissent sans être purgés, ce qui leur a fait donner le nom de graine de perroquets.

ONOPORDON. ONOPORDUM.

Involucre ventru , composé d’écailles olilongues , épineuses. Réceptacle ponctué. Graines comprimées , rugueuses en travers , couronnées d’une aigrette caduque.

ONOPORDON ACANTHE. ONOPORDUM A CA N T HW M.

Onopordum acanthium. Linn. Spec. 1158. DC. Fl. Fr.

3005. Fl. Ban. t. 909.

Cette plante, haute de trois à quatre pieds, et recouverte d’un duvet cotonneux d’un blanc de neige , se divise en rameaux épineux et étalés, qui se terminent chacun par une grosse fleur purpurine ou blanche. Les feuilles sont grandes, ovales, sinuées, anguleuses, blanchâtres et garnies d’épines : dans une variété, elles sont vertes et tomenteuses. Elle fleurit en juillet, et croît dans les lieux incultes, au bord des chemins, au milieu des décombres. On l’appelle vulgairement pédane , épine blanche, chardon acanthin. Sa calathide est bonne à manger comme celle des artichauts.

Des auteurs graves et dignes de foi attestent la vertu anticancéreuse de cette plante. Stahl a guéri en quatorze jours, avec le suc des feuilles appliqué en topique , un cancer de la face qui avait résisté à bon nombre d’autres remèdes. Borel a guéri également un cancer des narines ; Timmerman- un ulcère de même nature , qui avait déjà rongé une partie du visage. Goelick a employé ce topique avecun égal succès, chez une femme qui avait un carcinome à la partie latérale gauche du

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cou , et chez un homme affecté de la même maladie à la lèvre supérieure. D’après Eller , deux femmes ont été également guéries d’un ulcère cancroïde de la face. Vater et Mohring citent des faits semblables.

Ces détails sont connus : ils ont été consignés dans divers recueils , et Murray les a reproduits dans son Apparatus médicaminum , mais je doute qu’ils aient été mûrement examinés. C’est assez l’usage de dédaigner les moyens simples et faciles; mais pourquoi ne pas les essayer dans certains maux dont la chirurgie, armée du fer et du feu, triomphe si rarement?

Au reste, onne s’est nullement occupé de la composition chimique de cette plante, qui n’est ni âcre ni amère. Par quel principe agit-elle sur le cancer? Je ne sais ; mais les faits sont là pour tempérer mon scepticisme. On emploie les feuilles pilées , ou leur suc imbibé de charpie. Ce topique doit être renouvelé matin et soir.

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