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lièvre, qui débutait par des vomissemens bilieux avec un sentiment de douleur et de chaleur à l’épigastre , et un état de spasme dans le système de la veine porte , réclamait une médication tempérante , les mucilagineux , les relâchans. L’emploi prématuré des toniques transformait la maladie en fièvre continue. On 11e pouvait y avoir recours que lorsque les symptômes d’adynamie ou de malignité nerveuse étaient bien prononcés ; encore fallait-il alors ne les déployer qu’avec beaucoup de circonspection. Hildenbrand , qui nous a donné une histoire parfaite du typhus, se contente de prescrire dans la première période , presque toujours marquée par une excitation générale , des décoctions émollientes , des boissons légèrement acides. Dans les cas ordinaires , il recommande de n’administrer que des excitans modérés 5 il avoue même qu’il vaudrait peut-être mieux n’employer aucun excitant que d’en employer de trop forts.
Attaqué lui-même du typhus en 1795 , il ne fit usage pendant sa maladie , à l’exception d’un vomitif qu’il prit au commencement après une saignée , que de la limonade et de la crème d’orge. Néanmoins , il surmonta heureusement la maladie, et après une crise favorable qui survint au quatorzième jour, il fut parfaitement bien , sans avoir eu recours à aucune espèce d’excitant.
C’est dans le traitement des fièvres putrides et nerveuses que la médecine des symptômes peut entraîner aux plus grands écarts. Ainsi les éruptions pétéchiales et pourprées n’indiquent point d’une manière formelle l’usage du quinquina. Un a même remarqué qu’elles
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étaient assez souvent le résultat d’une médication incendiaire. Lorsque les forces vitales se maintiennent , elles ne sont point d’un mauvais augure , et n’exigent aucun remède actif; mais il n’en est pas de même lorsqu’elles se déclarent à la suite de l’abus des saignées ou de la méthode asthénique, et qu’elles se joignent à d’autres indices de la prostration des forces. Dans ce cas extrêmement grave , le quinquina , donné à grandes doses et combiné avec le vin , avec les excitans diffusibles , a quelquefois sauvé les jours du malade. Le docteur Hasenôhrl, atteint d’une fièvre maligne pétéchiale , fut promptement rétabli en prenant tous les jours une once d’extrait de quinquina, un parégorique matin et soir, et des boissons acidulés. Ce traitement fut conseillé par les professeurs Dehaën , Mayer et Ernol. (Ed. Sandifort, Thésaurus dissertationwn. Historia medica febris petechialis , tom. i, pag. 104.)
Le professeur Pinel , dans une fièvre ataxique qu’il avait contractée en 179'!, n’échappa à la mort qu’à l’aide d’un excellent vin d’Arbois dont on lui faisait prendre de petites doses très-rapprochées.
Les diarrhées , les flux dysentériques qui compliquent ces maladies exigent la plus grande circonspection de la part du médecin. Si l’abdomen est tendu, sensible à la pression ; si le pouls est vif et serré , la peau sèche et aride , le quinquina est formellement contre-indiqué, tandis que les mucilagineux , les sédatifs , les topiques émolliens produisent un effet salutaire. Il est même certains flux sans douleur, sans irritation, qu’il faut pour ainsi dire abandonner à eux-
mêmes; lorsqu’ils coïncident avec d’autres signes favorables, ils doivent être regardés comme le produit d’une crise naturelle. Mais si la diarrhée est excessive , si elle tend à énerver de plus en plus les forces vitales , loin de la combattre par les antiphlogistiques , il faut lui opposer l’écorce du Pérou , la racine d’arnica et l’opium.
Enfin , pour traiter ces affections graves d’une manière convenable, il faut étudier avec soin leur nature , leur marche , leurs symptômes ; analyser leurs élémens , leurs complications ; noter l’influence des lieux , du climat , de la saison, de l’état atmosphérique , de la constitution régnante ; et surtout ne point se laisser dominer par l’ascendant des nouvelles sectes ni séduire par les succès éphémères de leurs méthodes. Eh ! qui ne sait que depuis vingt-cinq ou trente ans tous les systématiques nous vantent la perfection de leurs doctrines? « Brown voit la vérité sans nuages ; il « l’approfondit avec toute la pénétration de son génie , « et en embrasse tous les rapports : son regard perçant « y découvre le vrai principe de la science médicale ; il « le saisit dans toutes ses conséquences, et, nouvel « Archimède , il s’écrie : Je l’ai trouvé ! A lui seul ap- « partient la gloire de cette belle découverte, etparti- « culièrement celle d’en avoir su tirer un corps de doc- « trine marqué au coin de cette solidité et de celte « simplicité qui décèlent les ouvrages de la nature. » (Lafomt-Gouzi , Nouvelle Doctrine de Brown.) Les partisans de M. Broussais ne tiennent-ils pas à peu près ce langage ? C’est toujours le même système , seulement la méthode curative est dans un sens inverse. Ceux-ci
traitent les fièvres putrides et malignes par les mêmes moyens que les véritables inflammations , emploient les débilitans, les émissions sanguines, et surtout l’application répétée des sangsues ; tandis que les autres ne veulent que des toniques et des stimulans , tels que le quinquina, le camphre, le vin, etc. Cependant ils invoquent tour à tour le témoignage de l’expérience , vantent leurs nombreux succès, et les comparent aux revers de leurs antagonistes. S’il faut en croire la nouvelle école physiologique , la méthode excitante du professeur écossais a tué plus de monde que la poudre à canon. Rasori , célèbre médecin italien, qui était jadis un des plus chauds partisans de Brown , a abjuré sa doctrine pour embrasser celle du contro- stimulus , dont il a fait le plus heureux essai dans l’épidémie pétéchiale de Gênes. Cette nouvelle méthode se compose , comme on le sait , de saignées répétées , de boissons aqueuses abondantes , de purgatifs et de fortes doses d’émétique. Le quinquina, le vin, la serpentaire de Virginie, la valériane, etc., en sont formellement exclus. Observons néanmoins que les brillans succès de Rasori dans cette épidémie ont été niés par des témoins oculaires.
D’un autre côté, le célèbre P. Frank rapporte dix observations de typhus contagieux dont furent attaqués des médecins de l’hôpital de Vienne : huit furent guéris pronlptement par la méthode excitante , et des deux autres qui moururent, l’un fut apporté presque éteint à la clinique.
Dans l’hôpital général de la même ville, sur deux cent quatre-vingt-neuf malades attaqués du typhus en
janvier 1797, il n’en mourut que quinze. Depuis l’automne de la même année jusqu’au printemps de 1798, où la violence de la maladie était extrême , on traita dans le même hôpital deux cent cinquante -six malades ; il en mourut seulement dix-neuf : tous les autres furent parfaitement rétablis par la même méthode.
Le docteur Campbell , un des plus habiles disciples de Brown , fit la plus belle cure dont les annales de la médecine fassent mention. Ce médecin était sur un vaisseau très-malsain , appelé la Dutton , qui allait aux Indes orientales, à la latitude de Rio-Janeiro : une fièvre de mauvais caractère faisait périr tous les jours un grand nombre de personnes du convoi. Les registres du vaisseau la Dutton font foi qu’il arrêta les ravages de cette épidémie par l’emploi des toniques , et que, dans un espace de cinq semaines , il ne perdit pas un seul malade.
En l’an 8 , il régnait à Vienne des affections de poitrine très-graves , auxquelles succombèrent le plus grand nombre des malades qu’on saigna. En suivant la méthode excitante, sur quatre-vingt-six malades on ne perdit qu’une seule femme , qui mourut quarante-huit heures après son entrée à l’hôpital.
J’ai emprunté ces détails à l’ouvrage cité de M. Lafont-Gouzi. Il est inutile d’observer qu’ils parlent hautement en faveur des remèdes toniques dans le traitement des fièvres putrides et nerveuses où la faiblesse domine. Je doute que les sangsues et les débilitans eussent procuré de semblables succès dans les mêmes circonstances. Les faits de ce genre (et quel est le mé-
decin qui n’en pourrait citer ?) prouvent sans réplique que toutes les fièvres adynamiques et ataxiques ne dérivent point d’une inflammation locale. Ainsi les traitemens les plus opposés peuvent être tour à tour salutaires ou funestes, suivant la nature et les causes de la maladie. D’où il faut conclure que le praticien asservi à une seule méthode s’éloigne des règles de la médecine expérimentale , et que celui-là seul peut compter sur des succès durables qui sait profiter habilement de tous les systèmes et changer à propos de méthode. La foule , dit le professeur Laënnec, a toujours suivi le sentier tracé devant elle par l’école de son temps , et s’est toujours attachée de préférence aux doctrines les plus exclusives, et par conséquent les plus simples. Sans doute il serait plus commode de s’en tenir à une seule méthode : l 'art ne serait plus long, et l’expérience aurait enfin donné un démenti à cette sagesse antique , dont le mépris est un caractère commun à tous les hérésiarques de la médecine.
Au reste , lorsque le danger n’est point grave , et que la nature d’une fièvre épidémique n’est pas bien caractérisée, il faut ne pas trop se presser, et surtout être avare de remèdes énergiques. Dans les cas douteux , on a pourvu plus d’une fois à sa propre réputation et à la sûreté du malade en ne faisant rien du tout; car en veillant sur la maladie, afin de trouver l’occasion favorable d’entreprendre quelque chose d’avantageux, la fièvre se dissipe insensiblement d’elle-même , ou bien elle prend un caractère qui nous fait connaître par quelles armes il faut l’attaquer. Une chose déplorable , dit Sydenham, c’est que la plupart des malades ne sa-
chant pas qu'il est également du devoir d’un habile médecin de ne rien faire en certaines occasions, et d’employer dans d’autres cas les plus puissans remèdes , ils attribuent à sa négligence où à son ignorance ce qu’ils devraient regarder comme un effet de sa probité et de sa bonne foi.
On a souvent recours aux préparations de quinquina dans le traitement des névroses. Cullen, Tissot, Barthez , les conseillent contre la chorée , l’épilepsie , les maladies vaporeuses atoniques , etc. Le professeur Pinel combine l’écorce du Pérou avec le camphre et la cannelle; il a essayé ce mélange sur six épileptiques, devenus tels par des frayeurs durant l’enfance. Deux de ces malades ont été guéris ; un autre a eu des attaques beaucoup moins fréquentes ; les trois autres n’ont point été soulagés.
J’ai administré le quinquina à un enfant épileptique , en y ajoutant un tiers ou un quart de racine de valériane , et je suis parvenu à diminuer les accidens pendant les premières années. Dans un âge plus avancé, le malade n’a pu supporter ce remède , qui rendait les attaques beaucoup plus violentes. Les bains , le petitlait , les sangsues appliquées au fondement , les saignées du pied , ont produit au contraire un soulagement remarquable. Les heureux effets de cette nouvelle méthode s’expliquent par l’état d’irritation et de pléthore qu’amène l’âge de la puberté. Il est sûr que le quinquina , la valériane , les toniques , les stimulans ne peuvent qu’aggraver les affections nerveuses qui dépendent ou se compliquent d’un état d’éréthisme et de phlogose.
L’hystérie, l’hypochondrie , l’asthme, ont pu être
soulagés par le quinquina, ainsi que nous l’assurent plusieurs auteurs ; mais qui oserait le prescrire à des sujets pléthoriques ou très- irritables? et combien n’at-on pas abusé de la méthode de Whytt dans le traitement des maladies nerveuses connues sous le nom de vapeurs ! Il fut un temps où l’on rapportait ces affections à une cause unique , la faiblesse de l’appareil nerveux 5 aussi prodiguait-on le quinquina , les excitans , les analeptiques. Pomme , qui ne voyait au contraire que des fibres irritées, racornies, insistait sur les relAchans , les boissons aqueuses, les bains prolongés. Ces méthodes exclusives ont été jugées par Barthez avec cette supériorité de raison et de critique qui brille dans tous ses écrits. (Voyez la Science de l’homme, tome 2, page 177 , et la note 5 , page 88, où le traitement des maladies nerveuses a été dessiné à grands traits par cet illustre professeur. )
Personne n’ignore les succès que Morton a obtenus du quinquina dans la phthisie pulmonaire; Van-Swieten, Pringle , Quarin , et un grand nombre d’autres praticiens distingués, ont également fait son éloge. Lorsque la diathèse inflammatoire a été combattue par les évacuations sanguines , les antiphlogistiques et un régime convenable, si les forces diminuent d’une manière sensible, si le dépérissement fait des progrès rapides, le quinquina , administré avec sagesse , peut sans doute être d’un grand secours ; mais alors il est utile de le combiner avec le lichen d’Islande, le lait, les mucilagineux , les boissons pectorales. U faut l’abandonner ou le suspendre lorsque la peau devient brûlante et qu’il survient de l’oppression. M. deMetternicb, pro-
fesseur de médecine à Mayence, a guéri plusieurs phthisies déjà très-avancées par de fortes doses d’extrait de quinquina ; il en donnait jusqu’à six gros en vingt-quatre heures. Dans le mois de février dernier, j’ai employé le même médicament à la suite d’une péripneumonie des plus graves. L’expectoration était puriforme et les forces anéanties. MM. les professeurs Portai et Landré-Beauvais avaient d’ailleurs porté sur l’issue de la maladie un pronostic fâcheux. L’extrait de quinquina , administré depuis deux gros jusqu a demionce, dans une décoction de polygalade Virginie, et continué pendant l’espace d’un mois, a remonté les forces et dissipé des mouvemens fébriles qui se reproduisaient chaque jour à une heure fixe. J’ai en même temps prescrit la gelée de lichen d’Islande et le lait d’ânesse. En ce moment , la convalescence marche avec rapidité, et tout fait espérer une prompte et entière guérison.
Le quinquina est encore un moyen précieux dans certains catarrhes , lorsque le poumon et les organes digestifs sont dans un état de débilité. Si l’on prodigue alors les évacuations sanguines , les looks , les boissons relâchantes , les forces de la vie s’énervent de plus en plus , l’affection catarrhale s’aggrave, et les malades tombent dans une consomption incurable. On prescrit l’écorce du Pérou avec non moins d’avantage dans les coqueluches qui se prolongent. Ce médicament ranime les forces épuisées, en même temps qu’il détruit l’habitude des mouvemens convulsifs. On emploie alors le sirop ou la décoction de quinquina , en y ajoutant parfois une petite quantité de sirop diacode.
.Te ne veux point quitter ce sujet sans observer que l’application du quinquina est fort délicate dans les affections pectorales. Le professeur Broussais , qui a traité un grand nombre de ces maladies , ne conteste point l’utilité de ce médicament, adouci avec la gomme arabique , dans quelques cas d’anorexie ; mais il pense qu’il est dangereux d’en continuer l’usage. Suivant cet habile observateur, le précepte qui s’est répandu parmi les médecins , que les catarrhes prolongés exigent l’emploi des toniques , est un des plus pernicieux qui aient jamais été donnés. J’avoue qu’il serait téméraire de combattre par les excitans toutes les maladies catarrhales, surtout dans leur état d’irritation ; mais, certes, il est des cas qui exigent impérieusement cette méthode ; le point essentiel est de l’employer à propos. Il faut absolument renoncer au quinquina et à tous les remèdes toniques lorsque , après un examen approfondi , on a lieu de soupçonner une phlogose latente du poumon. Cet état morbide s’observe particulièrement chez les jeunes gens doués d’une constitution délicate et mobile , qui ont la poitrine étroite , comprimée , les yeux brillans , les pommettes teintes d’un rouge vif; qui éprouvent une toux sèche , avec un peu d’oppression après la moindre fatigue. Ici la véritable méthode consiste dans l’emploi judicieux des saignées , des boissons émollientes et des antiphlogistiques. Suivant la remarque de Stoll , cette phlogose lente produit beaucoup plus de phthisies que l’inflammation aiguë ordinaire.
Dans presque tous les ouvrages consacrés à l’histoire et au traitement des maladies goutteuses , le quinquina
est tour à tour conseillé ou proscrit , suivant le système qu’ont adopté les auteurs. Tavarès , médecin portugais , Alexandre Small , le professeur Alphonse Leroy, le docteur Giannini, ont vivement recommandé ce médicament contre la goutte. Ce dernier assure , d’après un grand nombre de faits recueillis , soit en ville, soit dans les hôpitaux , qu’il est aussi utile dans la goutte que dans les fièvres intermittentes. Après avoir pris quatre ou six gros de quinquina, le malade est plus souffrant ; son pouls devient plus irrité , plus tendu 5 l’inquiétude et la tristesse augmentent : néanmoins tout se calme insensiblement à mesure qu’on avance dans l’administration du remède, dont les doses réunies s’élèvent de dix à quinze gros. Enfin la maladie cesse comme par enchantement dans l’espace de vingt-quatre à trente heures, à dater de l’époque à laquelle on a commencé l’usage du quinquina. Le pouls, qui était alors plein et fort, devient aussitôt petit, lent et faible ; la chaleur de la peau se trouve presque réduite à la température naturelle ; il y a quelquefois une légère diaphorèse, et le malade goûte un sommeil tranquille et réparateur. Les symptômes locaux , tels que la rougeur, et souvent môme la tumeur, sont dissipés , et il ne reste aux parties affectées qu’une sensibilité exquise. Il est inutile alors d’insister sur l’usage généreux du quinquina : il faut le suspendre dès l’instant qu’on a obtenu de si heureux effets , pour ensuite y revenir un ou deux jours après , quand la maladie n’est pas entièrement détruite. On l’administre alors à petites doses pendant cinq ou six jours, comme moyen préservatif contre toute rechute ultérieure ; en
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un mot, on agit dans la goutte comme dans les fièvres pernicieuses, quant à la prescription du remède. L’effet du quinquina est d’autant plus prompt , plus sûr et plus durable , que l’apparence de la maladie est plus aiguë et plus inflammatoire , proposition en apparence paradoxale , mais dont la vérité résulte d’observations certaines. (Giahnihi, Traité de la nature des fièvres.)
Alphonse Leroy rapporte dans son Manuel des goutteux plusieurs faits qui confirment l’efficacité du quinquina dans le traitement des maladies arthritiques. Suivant cet auteur , il faut également le donner à fortes doses pour obtenir des succès. Il est aisé de voir que cette méthode est basée sur la faiblesse indirecte de Brown. Je ne pense pas qu’un médecin prudent puisse l’adopter, à moins que la maladie ne s’annonce avec un caractère périodique et des symptômes pernicieux. Dans les affections articulaires aiguës , la méthode antiphlogistique , sagement dirigée , doit toujours obtenir la préférence. Ce n’est que dans leur état avancé , et lorsque les forces sont languissantes , qu’on peut avoir recours au quinquina. Dans la convalescence, ce remède est le tonique le plus propre à combattre la faiblesse générale et à prévenir les rechutes.
Les vertus du quinquina ont toujours été appréciées dans le traitement des affections lymphatiques , et il y a peu d’années il composait, avec la gentiane et quelques autres amers , toute la thérapeutique du rachitis , des scrophules , etc. Aujourd’hui on administre ces remèdes toniques avec un peu plus de réserve : nous devons cette sage modification k l’école physiologique. Ce n’est pas que les médecins instruits n’eus-
sent remarqué depuis long-temps les mauvais effets du quinquina dans les scrophules qui attaquent les enfans doués d’une grande irritabilité , qui ont la peau sèche , brûlante, l’abdomen sensible -, mais la foule, toujours attachée aux méthodes nouvelles , ne voulait reconnaître dans celte affection pathologique que la faiblesse des tissus , le relâchement de la fibre ; et , d’après cette théorie exclusive, elle administrait dans tous les cas des doses généreuses de vin de quinquina , de teinture de gentiane , d’absinthe , le tout soutenu par un régime analeptique , des boissons excitantes , etc. Ce traitement a sans doute produit quelques guérisons 5 mais il faut convenir aussi qu’il a fait beaucoup de victimes.
Malgré les éloges prodigués au quinquina par Fordyce , Fothergill, Bond , Wihtt, etc., ce médicament est pernicieux dans l’état inflammatoire des glandes : il étend alors l’irritation jusqu’aux glandes lymphatiques encore saines, et, suivant la remarque de M. Baumes , ce sont ordinairement celles du poumon qui s’affectent. Mais on peut le donner avec confiance aux sujets d’une constitution molle , qui éprouvent une faiblesse générale , des langueurs d’estomac avec anorexie, des diarrhées provenant d’une débilité intestinale, etc. Fothergill l’a employé avec succès dans les ophthalmies scrophuleuses , en y joignant l’usage du calomel et du soufre doré d’antimoine. On obtient aujourd’hui des effets semblables du sulfate de quinine et du calomel administrés sous la forme de pilules. J’emploie fréquemment cette précieuse combinaison dans les ophthalmies invétérées, dans l’engorgement atonique
des glandes, les bouffissures, les cachexies muqueuses,
les dartres provenant de la même source, etc. Lorsque
les enf'ans sontirritables , je les prépare à ce remède par
les bains tièdes , les boissons délayantes et un régime
végétal.
On a recommandé d’avoir recours au quinquina pour réprimer les flux sanguins fomentés par la faiblesse et l’inertie des vaisseaux capillaires exhalans. Nous nous sommes déjà expliqués relativement à l’hémoptysie périodique, et nous avons fait sentir avec quel ménagement il fallait employer ce remède , malgré les faits rapportés par les auteurs. Il en est de même des autres fluxions sanguines , qu’on distingue sous le nom A' hémorrhagies passives, et qu’on observe chez les personnes faibles , nerveuses. Si quelquefois on les a combattues avec succès par le quinquina , dans d’autres circonstances on a provoqué la phlogose , et même la suppuration des tissus qui en étaient le siège. Les écoulemens muqueux , les leucorrhées chroniques qui attaquent les femmes sédentaires, d’un ecompl exion faible, d’un tempérament lymphatique, indiquent l’usage du quinquina et des substances amères-, mais qu’on se garde bien de les administrer si les voies utérines sont douloureuses ou dans un état de spasme et d’irritation , si le pouls est fébrile , la peau chaude , sèche , etc. Les flux leucorrhoïques qui surviennent à l’âge de quarante-cinq ou cinquante ans, après la cessation des règles, doivent être traités avec la plus grande réserve. Cependant , lorsque les digestions sont lentes et imparfaites, on peut prescrire les préparations de quinquina à petites doses , afin de rétablir peu à peu
les fonctions du système gastrique. Lesflueurs blanches qu’éprouvent les femmes sanguines, irritables, ainsi que les jeunes filles d’ailleurs fortement constituées et qui ne sont pas encore nubiles , contre-indiquent formellement l’emploi du quinquina. On leur oppose avec succès la méthode tempérante, les bains et les antispasmodiques. Au reste , pour triompher de ces maladies , il faut étudier avec soin les causes infiniment variées qui les entretiennent, faire parfois une médecine expectante , et profiter habilement des voies que la nature affecte pour en opérer la solution.
C’est dans les mêmes principes qu’il faut traiter la chlorose , l’aménorrhée , les obstructions abdominales, et quelques autres affections chroniques, où l’on prodigue quelquefois si mal à propos la méthode stimulante. Le quinquina deviendra un remède précieux dans ces maladies, si les organes sont exempts d’irritation ou de phlogose ; si le pouls est lent , faible , le teint pâle , le tissu cellulaire lâche et comme bouffi ; enfin , s'il existe des signes évidens d’une langueur générale.
Parlerons-nous des propriétés anthelminlliiques du quinquina et de son heureuse association avec la valériane , le calomel , pour détruire la diathèse vermineuse ? Dirons-nous que cette écorce a été éprouvée , avec plus ou moins d’avantage, dans les affections scorbutiques, par Lind, Cramer, Brocklesby, et que son usage est surtout réclamé par les hémorrhagies symptomatiques, les ulcères sanieux et putrides; que ses préparations diverses sont d’une application pour ainsi dire populaire , pour hâter les progrès de la con-
valescence , à la suite des maladies de long cours , lorsque les forces vitales ont reçu une atteinte profonde ; qu’elles corroborent peu à peu tous les organes , et spécialement le système gastrique , dissipent l’anorexie , les flatuosités , l’œdème des extrémités inférieures , et cet état cachectique qui , abandonné aux seules ressources de la nature affaiblie , amène si souvent des infiltrations cellulaires , des hydropisies, des obstructions incurables ? ün attribue également au quinquina une faculté prophylactique , et beaucoup de médecins le conseillent, concurremment avec les moyens que fournit l’hygiène, comme un préservatif des maladies contagieuses qui régnent dans les pays humides et insalubres. Toutefois , lorsqu’une épidémie offre des fièvres intermittentes ou rémittentes d’un caractère pernicieux , il faut en user sobrement, pour ne pas habituer les organes à un remède qui agirait ensuite avec beaucoup moins d’énergie , si la maladie venait à éclater.
Enfin, pour terminer le tableau, déjà si étendu des propriétés du quinquina, nous devons mentionner ici ses effets salutaires dans l’empoisonnement produit par les préparations antimoniales , et notamment par l’émétique. Lorsque cette substance saline a été avalée depuis peu de temps , l’eau tiède pure , miellée ou sucrée , prise en abondance , fait cesser pour l’ordinaire les accidens en favorisant le rejet du poison. Mais si le malade n’a point vomi , il faut lui donner une forte décoction de quinquina , afin d’opérer la décomposition de l’émétique.
Passons maintenant aux préparations qu’on fait
subir au quinquina et à la manière de les administrer. La préparation la plus simple est la poudre qu’on obtient de cette écorce. Les uns recommandent de mêler avec le plus grand soin les premières et les dernières poudres, afin d’obtenir une poudre bien mélangée 5 d’autres veulent qu’on jette la première poudre , et qu’on préfère la dernière obtenue. Suivant MM. Pelletier et Caventou , celle-ci est plus résineuse , et par conséquent plus fébrifuge. Les doses varient suivant le caractère de la fièvre ou de la maladie qu’on veut combattre. On la donne seule ou associée à des aromates, à des substances amères , excitantes , etc. , et délayée dans un peu d’eau , un peu de vin , ou incorporée dans un sirop, dans du miel. L’eau, le vin, l’alcohol se chargent des principes actifs du quinquina. On préparé avec ces liquides des extraits, des infusions , des décoctions , des teintures simples ou composées, etc.
On distingue trois sortes d’extraits de quinquina , deux préparés avec l’eau et un autre avec l’alcohol. Le premier est un extrait mou , préparé par la décoction de l’écorce. Suivant les chimistes que nous venons de citer, il contient non-seulement tous les principes du quinquina solubles par eux-mêmes , mais encore plusieurs substances qui se dissolvent par l’intermède des premières , lorsqu’elles ont un certain degré de concentration. Ils proposent, pour améliorer cette préparation , d’étendre de beaucoup d’eau les décoctions de quinquina, de les filtrer froides, et de les concentrer ensuite jusqu’il consistance requise : on aurait alors un extrait qui, sous une masse donnée, cou-
tiendrait beaucoup plus de sel cinchonique, et qui aurait par conséquent beaucoup plus d’activité. Le deuxième extrait est le produit de la macération : il est connu sous le nom d 'extrait sec , ou sel essentiel de Lagarajre. Il est formé de kinate de chaux , de gomme, de matière colorante, et contient très-peu de sel cinchonique. Le troisième est également un extrait sec qu’on obtient en distillant au bain-marie la teinture alcoholique de quinquina parfaitement saturée, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que le quart du liquide. On continue ensuite l’évaporation à une douce chaleur, et on conserve le produit dans des vases exactement fermés. Le docteur Chrestien , de Montpellier, emploie dans sa pratique deux préparations analogues : l’une , qu’il nomme résine, s’obtient en faisant évaporer à un feu très-doux la teinture alcoholique de quinquina-, l’autre, désignée sous le nom d'extracto-résineux , est le produit d’une teinture de quinquina préparée avec l’eau-de-vie. Ces deux substances se prescrivent à la dose de dix à quinze grains dans un véhicule aqueux. La première surtout est très-fébrifuge : mêlée avec moitié dose de sel d’absinthe, elle remplace avantageusement le quinquina chez les femmes enceintes, les enfans, et en général chez les personnes qui ont une grande répugnance pour cette écorce.
Ces divers extraits , et particulièrement l’extrait mou, font partie d’une foule de prescriptions magistrales. Lorsqu’on les administre isolément pour obtenir un effet tonique, la dose est de dix, quinze ou vingt grains, et plus ; mais elle doit s’élever à deux gros , et
même jusqu’à une demi-once, lorsqu’on veut remplacer la poudre de quinquina. Toutefois , dans les fièvres intermittentes graves, cette dernière forme doit toujours être préférée à l’extrait.
Poudre fébrifuge. Prenez , quinquina gris réduit en poudre fine, une once et demie; magnésie, six gros. Mêlez exactement, et divisez en dix-huit prises égales. Cette préparation, employée par Lorentz, médecin des armées françaises, convient spécialement dans les fièvres quartes rebelles. On donne huit prises le premier jour de l’intermission , huit le lendemain , et les deux autres le jour de l’accès. On peut délayer cette poudre dans un véhicule quelconque , ou l’administrer sous la forme d’électuaire. Dans les fièvres intermittentes pernicieuses, on donne ordinairement le quinquina sans mélange , depuis une jusqu’à deux et trois onces pendant l’apyrexie. Lorsque le danger était pressant et la récidive imminente, le docteur Coulanceau donnait jusqu’à dix onces de quinquina, et même plus , pour compléter le traitement des fièvres pernicieuses qui ont régné épidémiquement à Bordeaux en i8o5. C’est ainsi que Galeazzi fut obligé de faire prendre jusqu’à une livre de cette écorce pour dompter des fièvres opiniâtres. Ces doses peuvent paraître excessives; mais , lorsque les circonstances sont graves , il faut , pour ainsi dire, donner le quinquina à pleines mains (i).
(1) Ces doses effrayantes de quinquina, que les estomacs les plus robustes peuvent à peine supporter, sont aujourd’hui remplacées avec un avantage incontestable par le sulfate de quinine , dont il faut aussi savoir élever les doses , lorsque le danger le commande.
Poudre cathartique. Prenez , quinquina en poudre, carbonate de magnésie (magnésie pure), de chaque demi-once; mêlez exactement, et partagez en huit doses. On en prend une tous les matins à jeun dans une tasse de thé léger. Cette poudre est un fort bon remède contre la constipation qui ne dépend point d’une irritation intestinale ; elle n’a pas l’inconvénient des purgatifs ordinaires, qui, après avoir excité les organes digestifs, les jettent dans un état d’atonie. Lorsque le ventre est paresseux , on obtient quelquefois avec un demi-gros seulement , répété plusieurs fois de suite , des selles plus faciles et plus régulières.
Quinquina tartarisé de Fogler. Prenez , écorce de quinquina choisie et finement pulvérisée , six gros ; tarlrate acidulé de potasse , deux ou trois gros. Mêlez pour une poudre dont on donne trente ou quarante grains deux ou trois fois par jour. Vogler la recommande comme un remède de la plus grande efficacité dans les constipations opiniâtres. Son usage a dissipé des vertiges, des spasmes, des gonflemens , des oppressions , des flatuosités , et plusieurs autres accidens occasionés par la constipation. Il a également observé les bons effets du quinquina mêlé avec quelques grains de magnésie , chez les enfans d’une constitution débile, et dont le ventre est paresseux. Ce médicament corrobore les intestins affaiblis, apaise les tranchées, les convulsions , et prévient la diathèse vermineuse. (Vogler, Pharmacologia, page 35.)
Êlectuaire fébrifuge et antispasmodique. Prenez , quinquina rouge, deux onces; valériane sauvage, demi-once; extrait d’opium aqueux , trois grains; sirop
d’écorce d’orange , quantité suffisante pour former un électuaire , qu’on divisera en douze prises à prendre toutes les deux ou trois heures. Cette préparation est consacrée au traitement des fièvres intermittentes accompagnées de dévoiement et de symptômes nerveux.
Electuaire astringent de Tissot. Prenez , conserve de roses rouges, trois onces; conserve de romarin et de quinquina pulvérisé, de chaque une once et demie ; menthe , deux gros ; cachou , un gros ; essence de cannelle , deux gouttes. Mêlez , et faites un électuaire avec le sirop de gomme arabique. Cet électuaire dont on prend un ou deux gros , le matin et le soir, est très-propre à combattre les pollutions nocturnes, les vieilles leucorrhées , et autres flux muqueux provenant de causes débilitantes.
Infusion froide de quinquina du docteur Virey. Prenez , quinquina choisi concassé , une once ; eau commune , une livre. On infuse pendant deux jours en un matras fermé ; on passe, on décante. La liqueur doit être de belle couleur, comme pour faire l’extrait sec de quinquina de Lagaraye : elle se prend par verres comme tonique et fébrifuge.
Décoction antifébrile. Prenez, quinquina concassé, une once; fleurs d’arnica, un gros; eau bouillante , une livre. On fait bouillir le quinquina jusqu’à réduction de moitié ; ensuite on retire du feu, et on ajoute l’arnica , qui infuse demi-heure; on passe, et on ajoute deux onces de sirop de camomille. La dose de cette décoction est de trois ou quatre cuillerées de deux heures en deux heures , dans les intervalles de la fièvre.
Décoction de quinquina duprojèsseur Hujeland.
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Prenez, quinquina pulvérisé, une once; laites bouillir dans douze onces d’eau jusqu’à réduction de moitié, et passez la décoction. Faites infuser à froid, pendant quelques heures , une demi-once de la même écorce dans huit onces d’eau ; agitez de temps en temps; et fdtrez. Mêlez ensuite les deux liqueurs. Cette préparation , qu’on peut édulcorer avec le sirop de cannelle ou d’écorce d’orange , est consacrée au traitement de l’affection scrophuleuse ; on en donne une ou deux cuillerées toutes les deux heures, plus ou moins, suivant l’âge du malade, lorsque les forces sont languissantes. Elle convient surtout vers la fin de la maladie , pour remédier à la faiblesse des vaisseaux lymphatiques ; mais il faut s’en abstenir, s’il existe quelque inflammation particulière ou une suppuration tenant à un état inflammatoire encore existant.
Teinture alcoholique simple du docteur Chrestien. Prenez, quinquina rouge, deux onces; alcohol à trente-six degrés, vingt-quatre onces. Infusez suivant les règles de l’art, ou bien faites digérer la même quantité de quinquina dans de l’eau-de-vie à vingt-deux degrés. ( Méthode iatralep tique.) En ajoutant une ou deux onces de teinture alcoholique à deux livres de vin de Roussillon , de Xérès ou de Madère , on obtient un vin de quinquina très-efficace contre les affections asthéniques.
Teinture de quinquina composée d’Huxharn. Prenez , écorce de quinquina rouge , deux onces ; écorce d’orange , une once et demie ; racine d’aristoloche serpentaire , trois gros ; safran , un gros ; cochenille, deux scrupules; alcohol délayé, vingt onces.
Laissez digérer pendant huit jours, et filtrez. La dose est d’un à quatre gros, de quatre en quatre heures , ou à des distances plus ou moins éloignées. On la donne dans du vin ou dans une eau aromatique , et on y ajoute parfois quelques gouttes d’élixir de vitriol. Iiuxham la recommande dans la fièvre lente nerveuse , dans les maladies putrides et malignes. D’après cet excellent praticien , elle réprime la tendance à la décomposition putride. ( Essai sur les différentes espèces de fièvres . )
On peut combiner les préparations diverses de quinquina , tantôt avec des excitans diffusibles , tels que le camphre , le musc , le castoréum , l’acétate d’ammoniaque , l’éther sulfurique , la teinture anodine de Sydenham ; tantôt avec des aromates , tels que la cannelle , le macis, le gérofle, etc.; enfin avec des substances amères , âcres ou astringentes , comme l’angusture , la gentiane, l’arnica, le polygala de Virginie, le cachou, la gomme kino , etc. Ces différentes mixtions sont d’un très-grand secours pour le médecin qui sait les varier à propos et les administrer avec méthode.
Potion antiseptique de Stromejer. Faites bouillir une once de quinquina concassé dans vingt onces d’eau jusqu’à réduction de seize onces. Partagez cette décoction en deux fioles; dans la première, que vous désignerez par le n" i , vous mettrez un gros de carbonate de potasse; et vous ajouterez à la seconde, marquée n° 2 , un gros d’acide sulfurique affaibli. Le malade prendra toutes les heures une cuillerée à bouche de la potion n° 1 , et immédiatement après la même dose delà potion n° 2.
PHYTOGR APHIE
Cette combinaison du quinquina avec le gaz acide carbonique convient surtout dans le traitement des fièvres putrides d’origine bilieuse , où l’estomac conserve une très-grande irritabilité , lorsque cette faculté semble éteinte ou considérablement diminuée dans la plupart des autres organes. Elle excite parfois une dérivation salutaire sur le gros intestin, et des selles abondantes avec turgescence hémorrhoïdale.
Potion de quinquina excitante. Prenez, quinquina réduit en poudre , une once ; cannelle fine, un gros et demi-, macis , un scrupule. Faites infuser pendant deux heures dans dix onces d’eau bouillante , et ajoutez à la colature , sirop de quinquina vineux , deux onces.
Mixture de quinquina fébrifuge et antiputride. Prenez , extrait mou de quinquina , demi-once ; sirop de limon , une once ; teinture de quinquina , six gros; eau de menthe, cinq onces. Ainsi que la potion précédente, on l’administre par cuillerées pendant la rémission des fièvres qui s’accompagnent de symptômes adynamiques.
Mixture de quinquina du docteur Chrestien. Prenez, résine de quinquina, un gros; sel d’absinthe, demi-gros. Triturez avec soin, et ajoutez, eau de camomille, trois onces; sirop de quinquina, une once. On peut porter la dose de la résine jusqu’à deux ou trois gros, en augmentant celle du sel d’absinthe dan les mêmes proportions. On en donne une ou deux cuillerées à bouche de deux en deux heures dans le traitement des fièvres intermittentes. On pratique en même temps , pendant l’apyrexie , desfrielionssurl’ab-
domen et dans l’intérieur des cuisses, avec la teinture alcoholique de quinquina. On emploie environ deux onces de teinture pour deux ou trois frictions. La méthode d’absorption convient surtout aux sujets d’une constitution irritable , et qui éprouvent un dégoût invincible pour le quinquina.
Des expériences nombreuses ayant confirmé la vertu antifébrile des principes alcalins extraits du quinquina , on peut employer maintenant avec confiance le sulfate de quinine ou de cinchonine dans le traitement des fièvres intermittentes (i). La dose est de dix à quinze grains, divisés en deux ou trois prises, qu’on administre , pendant l’intermission de la fièvre , dans une cuillerée d’eau très-sucrée ou dans une hostie. On augmente la dose d’un tiers, et quelquefois davantage, pour les fièvres quartes. Lorsque l’accès est dissipé , on continue l’usage de ces préparations salines , à doses décroissantes , pendant quelques jours.
Au reste , il est des cas où le sulfate de quinine excite vivement les organes digestifs ; c’est ce qui arrive chez les enfans délicats , chez les femmes nerveuses , chez les hommes qni ont contracté la fièvre à la suite de grands travaux, ou qui sont en proie à de vives sollicitudes. Ici la méthode endermique dont nous avons déjà parlé plusieurs fois a un grand avantage sur les méthodes ordinaires. On applique le sulfate de quinine sur la peau dénudée au moyen d’un vésicatoire , ou bien on fait des
(1) Je terminais cet article en 1822, c’est-à-dire à une époque où l’usage des sels alcalins du quinquina n’étaient pas encore généralement adopté ; mais je voyais dans l’avenir tous les bienfaits de cette brillante découverte.
frictions à la partie interne des cuisses avec une po-
made dans laquelle on a incorporé ce sel.
M. Pointe , médecin de l’Hôtel-Dieu de Lyon , emploie les sels de quinine en frictions sur les gencives et sur la face muqueuse des lèvres ; c’est la méthode de Clare, chirurgien anglais, à l’égard du calomel. Par ce moyen ingénieux il a guéri des fièvres de tous les types , et il a pu combattre avec succès celles qui étaient accompagnées d’une irritation gastro-intestinale.
On place la poudre de quinine sur l’extrémité humectée du doigt indicateur, et on frictionne les gencives, ainsi que la face interne des lèvres et des joues, pendant huit ou dix minutes, de manière à déterminer l’absorption du sel. U faut avoir soin de ne point avaler la salive dont les frictions augmentent ordinairement la sécrétion ; si elle est trop abondante , on fera mieux de la rejeter. La dose de sulfate de quinine pour chaque friction est de trois , quatre ou six grains. On peut d’ailleurs modifier ces doses suivant le caractère plus ou moins rebelle de la fièvre. La friction doit être répétée deux ou trois fois par jour. Lorsque les gencives sont molles ou saignantes, on se contente de frictionner la face intérieure des joues et des lèvres.
M. le docteur Brachet, de Lyon, a employé le même moyen pour dissiper des fièvres intermittentes dont les accès se reproduisaient , soit avec des vomissemens opiniâtres, soit avec délire et oppression. La Gazette Médicale de Paris (juillet i83o) rapporte quelques-unes de ces observations qui nous ont paru d’un haut intérêt pour la thérapeutique.
Sirop de quinine du docteur Magendie. Prenez,
sirop simple , deux livres -, sulfate de quinine , soixantequatre grains. On peut composer ce sirop avec la cinchonine , dans les mêmes proportions. On le donne par cuillerées , dans les cas de fièvres intermittentes , aux enfans, aux vieillards, aux personnes délicates dont l’estomac ne peut supporter le quinquina en substance. Les praticiens ont souvent constaté ses heureux effets à la suite des fièvres muqueuses et gastriques où l’on a prodigué les débilitans et les évacuations sanguines.
Teinture de quinine. Prenez, sulfate de quinine, douze grains; alcohol à trente-quatre degrés, deux onces. A l’exemple du docteur Chrestien , on pourrait employer cette teinture alcoholique en frictions sur la peau, et particulièrement sur le trajet des vaisseaux lymphatiques , pour dissiper les accès fébriles , lorsque l’estomac irrité repousse toute espèce de préparations de quinquina.
Parmi les applications médicamenteuses qu’on prépare avec cette écorce, il faut comprendre les clystères, les fomentations , les bains, les épithèmes , etc. Rosen , atteint d’une hémitritée à la suite d’une fièvre mésentérique de mauvais caractère, parvint à se guérir en appliquant , pendant huitjours sur le creux de l’estomac, une décoction saturée de quinquina : on réchauffait cet épithème dès qu’il commençait à se refroidir. Samuel Pye faisait ceindre le tronc des enfans malades avec une espèce de camisole composée de deux toiles fines mollement piquées, où l’on avait interposé cinq ou six onces de quinquina réduit en poudre. A l’aide de ce moyen ingénieux , il a dissipé des accès de fièvre, des toux, des mouvemens spasmodiques. Barthez a em-
ployé cette méthode avec le même succès. Guillaume Alexander s’est servi des bains préparés avec la décoction de quinquina, et s’est ainsi délivré d’une fièvre intermittente. Hufeland les conseille contre la maladie scrophuleuse 5 trois onces de quinquina suffisent ordinairement pour un bain. On y ajoute avec avantage quelques poignées de fleurs de lavande , de camomille romaine, de feuilles de menthe, de sauge et de scordium. Ces bains médicinaux fortifient les enfans scrophuleux ou atrophiés , et qui ne peuvent supporter les remèdes intérieurement , à cause de la faiblesse ou de la grande irritabilité de leur estomac.
Enfin on a recours aux fomentations, aux lotions, aux cataplasmes préparés avec le quinquina, dans les cas de gangrène extérieure, d’ulcères putrides, atoniques, à la suite des plaies, des brûlures , des commotions violentes, etc. Il est quelquefois avantageux d’animer ces divers topiques avec le camphre , la poudre d’arnica , l’alcohol , le vin aromatique. Lorsque la gangrène se développe avec la prostration du système général des forces , on prescrit en rtiême temps à l’intérieur de fortes doses de quinquina dans du vin gé¬
néreux.
CAFIER. COFFEA.
Calice très-petit, à cinq dents. Corolle en entonnoir; tube cylindrique ; orifice un peu dilaté ; limbe plane à cinq lobes. Étamines saillantes. Baie ovoïde ou arrondie , rarement oblongue , ombiliquée. Graines recouvertes d’une arille , planes d’un côté , convexes de l’autre.
Heureux le climat qui voit naître et fleurir ce noble végétal ! Heureux aussi les peuples qui savourent ses graines, dont l’incomparable parfum aiguise l’esprit, rehausse le génie ! Que de choses dans une tasse de café , depuis la chanson jusqu’au poème héroïque , depuis le drame jusqu’à l’ordonnance d’une bataille!
C’est après la tasse de café que Napoléon faisait ses dispositions pour l’attaque. Le voilà sur son cheval blanc, en petit chapeau, en casaque grise, oui en casaque grise , sorte de talisman qui fait battre tous les cœurs. Quel contraste! Tant de simplicité et tant d’héroïsme ! Son regard est calme , mais fier et pénétrant comme celui de l’aigle. Il vient de haranguer ses soldats ; sa voix a retenti comme celle d’Achille ; elle a porté la terreur dans les rangs ennemis.
Dans son exil , dans ses malheurs , ce doux nectar venait consoler son âme; il allégeait ces douleurs cruelles que la philosophie seule ne saurait faire supporter. Alors ses idées étaientmoins sombres, moins empreintes de cette mélancolie active qui consume l’existence. Pendant ces courts instans de quiétude , sa pensée le rapprochait de cette belle France qu’il ne pouvait s’empêcher d’aimer et de regretter, de cette France où fl
PIIYTOGRAPHIE
avait laissé de si glorieux souvenirs ; où il avait terminé la guerre civile , apaisé les ressentimens , comprimé les mauvaises passions, où il avait rétabli l’ordre, reconstitué l’administration , ranimé les arts et l’industrie. Que son ombre illustre se console! Amis et ennemis, tout le monde a déploré son infortune.
Mais éloignons ces graves souvenirs qui nous attristent; revenons au café qui nous console, au café, le charme, la grâce, la vie des réunions. Surtout qu’il vienne exhalant tout son arôme; qu’une autre Hébé, â la taille élégante, au bienveillant sourire, le verse de sa blanche main , vous verrez la gaîté , le bonheur agiter toutes les physionomies; les bons mots, les doux sentimens , couleront sans contrainte. La prude aura moins d’embarras , la dévote plus d’abandon , le financier moins de raideur, le savant plus de modestie , le diplomate plus de franchise. Oh ! l’admirable breuvage , qui recompose ainsi le monde , et nous le fait voir à travers la gaze transparente des illusions !
Avez-vous quelquefois assisté à un déjeuner champêtre, servi dans une île formée par un beau lac, ou bien au bord d’un simple ruisseau, murmurant sur des cailloux, à l’ombre d’un vieux chêne? Des corbeilles sont remplies de fraises cueillies sur le coteau voisin , une jatte de porcelaine contient une crème épaisse d’où s’exhalent les parfums des herbes nouvelles. Là sont de petits pains savoureux ; ici fume le nectar d’Arabie préparé par la maîtresse de la maison. Dans les yeux des convives qu’un doux accord a réunis se peignent le contentement et le plaisir. La pureté de l’air, l’aspect de la nature, ont renouvelé toutes les sensations. Un vent
frais se glisse dans le feuillage pour tempérer la chaleur du jour; la vermeille salicaire semble prendre part à la fête; elle sourit, elle balance ses beaux épis à côté des saules dont les rameaux se reproduisent dans l’onde doucement agitée.
Une blanche nymphe s’avance , portée sur un radeau de verdure : c’est la plus belle fleur des ruisseaux ; ses superbes corolles s’entr’ouvrent pour embaumer ce riant asile. Les oiseaux chantent dans les taillis, le chant des pâtres retentit au loin dans le vallon ; toute cette harmonie agreste , tous ces bruits , tous ces murmures , tous ces parfums , mêlés à la paix des ombrages , à la beauté du ciel , reposent l’âme et lui font goûter un indicible charme.