‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 36 sur 75 · IC · texte numérisé non relu

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cins ont observé que l’inflammation des gros vaisseaux étaitfort commune aux Antilles , oùl’onenfait un grand usage. Je crois que l’abus des épices, et surtout la chaleur brûlante de l’atmosphère , y contribuent au moins d’une manière aussi active. A Venise, à Constantinople, à Vienne, à Londres, à Paris , à Amsterdam , enfin dans toutes les grandes villes de l’Europe , où l’on prend certainement beaucoup de café , ces inflammations ne sont pas plus fréquentes que bien d’autres maladies.

Au reste , le café est une boisson pernicieuse dans les congestions imminentes du cœur, principalement lorsqu’on éprouve des palpitations fréquentes, des étouffemens, une agitation générale, une sorte de dyspnée qui se reproduit à la moindre fatigue. Dès l’apparition de quelqu’un de ces symptômes , il faut se priver de café et autres boissons stimulantes , suivre un régime doux , humectant , peu substantiel ; c’est le seul moyen d’arrêter la marche de ces affections organiques , qui , plus tard , se jouent de toutes les ressources de l’art.

Le docteur Hahnemann, qui a publié une petite dissertation sur le café , l’a comparé aux plus affreux poisons. Quelques vérités brillent dans cet écrit; mais elles sont comme perdues dans l’exagération et l'emphase , en sorte que les lecteurs auxquels il lês adresse ne sauraient les saisir. Dès les premières lignes il voudrait nous condamner à l’eau de fontaine et au lait pour toute boisson.

Après la première stimulation produite par le café , viennent les Millemens avec envie de dormir , des angoisses , des flatuosités douloureuses , le froid des extré-

mités. Les digestions deviennent plus pénibles ; la diarrhée alterne avec la constipation. Le sommeil ressemble à une sorte d’assoupissement qui ne restaure point. Les femmes sont en proie à une leucorrhée intarissable ; elles ont les yeux languissans , le teint jaunâtre, terreux, les chairs molles, les seins flasques (j’adoucis beaucoup les expressions du médecin allemand). Enfin les hommes deviennent impuissans , les femmes stériles. Voilà pour le physique; le moral est encore plus maltraité.

« Le sérieux réfléchi de nos ancêtres, dit le célèbre homœopathe, la solidité des jugemens, la fermeté dans la volonté et dans les résolutions , toutes ces qualités qui distinguaient jadis le caractère national des Allemands, s’évanouissent devant cette boisson médicinale. Et qu’est-ce qui les remplace ? Des épanchemens de cœur imprudens, des résolutions, des jugemens précipités et mal fondés , la légèreté , la loquacité , la vacillation , enfin une mobilité fugitive des muscles et une contenance théâtrale. Je sais bien que pour abonder en imagination luxurieuse, pour composer des romans lubriques, des poésies badines et piquantes, l’Allemand doit boire du café. Le danseur de ballet, l’improvisateur, le jongleur, le bateleur, l’escroc et le banquier au jeu de pharaon , ainsi que le virtuose-musicien moderne, avec sa vitesse extravagante , et le médecin à la mode partout présent , qui veut faire quatre-vingt-dix visites de malades en une seule matinée , tout ce monde-là a nécessairement besoin de café. »

Nous n’avons qu’etfleuré les invectives que M. Hahnernann adresse aux buveurs de café , la série de maux

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dont il les menace, les anathèmes qu’il lance contre cette boisson dont il use peut-être ù huis-clos; mais c’en est assez pour faire apprécier son jugement. Moins partial, plus vrai, il eût peut-être converti quelques-unes des personnes à qui le café est nuisible; mais pour avoir été trop absolu , il a prêché dans le désert.

M. le baron de Brunnow , de Dresde , qui a traduit en français la dissertation deM. Hahnemann, y a ajouté une préface et des notes où il blâme aussi l’usage du café; mais c’est toujours l’homme d’esprit, l’homme sage , indulgent et de bonne foi qui parle. Quel contraste entre le maître et le disciple ! Lorsque M. de Brunnow me dit : « J’ai pris du café jusqu a l’âge de vingt-deux ans , j’étais presque toujours dans un état de souffrance : j’ai cru reconnaître dans cet état les mauvais effets du café ; j’ai renoncé à cette boisson , et ma santé , naturellement délicate , s’est raffermie ; » cette simplicité de langage me persuade , et j’y crois.

Nous ne saurions terminer cet article sans faire mention des vertus du café dans l’empoisonnement produit par l’opium et les plantes narcotiques , telles que la jusquiame , la pomme épineuse , la belladone , certains champignons, etc. Après avoir éliminé la matière vénéneuse , soit par les vomitifs , soit par une abondante boisson d’eau tiède , les effets du poison peuvent subsister encore et se manifester par un état de somnolence et de stupeur , par des symptômes léthargiques ou comateux; rien n’est plus propre à combattre cette affection cérébrale qu’une forte infusion de

café, administrée alternativement avec les boissons acides (i).

M. le général Gougeon nous a communiqué un fait qui atteste également la puissance médicinale du café contre l’asphyxie causée par la vapeur du charbon.

Au mois de janvier 1810, le fameux André Hoffer, chef des insurgés tyroliens , fut conduit avec son secrétaire, du Tyrol en Italie, sous l’escorte du ier bataillon du 92* régiment. Arrivé à Ala, petite ville à huit lieues de Vérone, il fut mis dans une chambre étroite , humide et depuis long-temps inhabitée. Un brasier fut placé au milieu de la chambre , où se trouvaient deux officiers et deux sergens. Un factionnaire était debout près d’eux , séparé , par la porte fermée , d’un factionnaire extérieur. La vapeur du charbon ne tarda pas à agir sur les militaires , tous rapprochés du brasier. Les deux officiers et les deux sergens éprouvèrent d’abord quelques convulsions, et restèrent asphyxiés. La sentinelle intérieure tomba presque aussitôt. André Hoffer, couché dans la partie de la chambre la plus éloignée du brasier, veut se lever pour venir au secours de ses gardiens ; mais il retombe sur sou lit, où l’asphyxie le gagne , ainsi que son jeune secrétaire qui y était couché. La sentinelle extérieure, inquiète des mouvemens sourds qu’elle entendait , appelle la garde, qui enfonce la porte de la chambre. Les deux premiers qui y pénètrent tombent à l’instant même. Un caporal court à la fenêtre , l’ouvre , et y jette le

( 1 ) Voyez notre Introduction et la famille des Solanées Voyez aussi notre Histoire des Champignons comestibles et vénéneux.

brasier. On porte dans la cour tous les asphyxiés , et M. le commandant Gougeon leur fait prendre plusieurs tasses de café très-fort. Cette liqueur stimulante les réveille , et peu à peu tous les accidens produits par l’asphyxie disparaissent.

Sirop de café de Ferrari. Prenez café du Levant torréfié , quatre onces -, eau . deux livres ; sucre raffiné , trois livres. Dans un vase fermé vous faites infuser , pendant six heures , le café avec une livre et demie d’eau froide -, en le débouchant un peu , vous placez ensuite le vase au bain-marie. Quand l’eau du bain-marie bout , vous retirez le vase , vous décantez , et vous versez sur le résidu les six onces d’eau restantes. Au bout de quelques heures , vous décantez , et vous mêlez les liqueurs , que vous versez peu à peu sur le sucre ; vous faites dissoudre au bain-marie , et vous passez à la chausse.

On prend une ou deux cuillerées à bouche de ce sirop dans du lait , ou dans tout autre véhicule. Il peut servir à édulcorer les boissons dans les maladies qui réclament une excitation douce et agréable.

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