‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 37 sur 75 · CÉPHÉLIS. CEP HÆ LIS · texte numérisé non relu

CÉPHÉLIS. CEP HÆ LIS

Calice très-petit à cinq dents. Corolle en entonnoir, à cinq lobes. Cinq étamines presque sessiles, non saillantes. Un style terminé par un stigmate à deux lobes. Baie à deux loges contenant deux graines planes d’un côté, convexes de l’autre.

CÉPHÉLIS IPÉCACUANHA. CEPHÆLIS IPECACUANHA.

Cephcelis ipecacuanha . Mirbel. — Cephœlis emetica.

Persoon. — Callicocca ipecacuanha. Brotero.

(Planche 97.)

Cetle plante a une racine arrondie , un peu rameuse, chargée d’anneaux ou de tubercules inégaux. La tige est ascendante , sarmenteuse , presque ligneuse , haute de cinq ou six pouces. Les feuilles sont opposées, ovales , lancéolées, d’un beau vert, légèrement pubescentes en dessous , placées au sommet de la tige au nombre de quatre , six ou huit ; les inférieures sont caduques. Les fleurs , de couleur blanche , sont réunies en petites têtes pédonculées. Chaque fleur offre un petit calice à cinq dents obtuses ; une corolle tubulée à cinq divisions , ovales , aiguës , recourbées ; cinq étamines insérées sur la gorge de la corolle , et un ovaire surmonté d’un style à deux stigmates.

On trouve le cépliélis ipécacuanha dans les lieux ombragés et humides des bois , au Brésil , dans les provinces de Fernambouc , de Bahia , de Rio-Janeiro , etc. On arrache la plante , et on sépare les racines , que l’on fait

sécher avec soin. D’après l’opinion générale, ces racines forment l’ipécacuanha gris ou du Brésil , la seule espèce employée dans nos pharmacies ; elles sont cylindriques, tortueuses, annelées, recouvertes d’un épiderme rugueux , d’un gris-brun. La partie ligneuse est blanchâtre, filiforme; la partie corticale épaisse, d’une consistance ferme, d’une saveur amère, un peu âcre, d’une odeur nauséabonde. L’ipécacuanha du Brésil varie, pour la couleur, du gris au brun, et forme ainsi deux variétés qu’on emploie indistinctement. Suivant M. Mérat et M. Richard fils , ces deux variétés proviennent d’une seule et même plante, c’est-à-dire du cepliœlis ipecacuanha. La différence des racines dépend probablement de la nature du terrain où on les a cueillies , et surtout de l’époque de l’année où la récolte en a été faite. Toutefois M. Virey a émis une opinion contraire, en s’appuyant de l’autorité de M. Gomez , qui rapporte l’ipécacuanha gris à une plante différente. D’après les recherches du botaniste américain, celui-ci proviendrait du lic/iardia brasiLiensis(i) ; il est également annelé , mais les anneaux sont un peu moins courts ; son écorce est blanchâtre , également épaisse , âcre et nauséeuse. Dans les environs de Rio-Janeiro , on donne en général , suivant M. Gomez , le nom de poaia aux divers ipécacuanha. Le cephœlis est nommé poaia do mato ou cipo ; le richardia est le poaia do campo ou des champs.

Il ne faut point confondre ces racines avec une autre

(l) Le genre lluhardia a été dédié par Linné à Richardson, botaniste anglais.

espèce d’ipécacuanha très-rare dans le commerce, et qui provient du psychotri a emetica de Mutis. Cette plante, indigène du Pérou, appartient aussi à la famille des Rubiacées ; mais sa racine est plus volumineuse. Au lieu d’anneaux , elle offre quelques étranglemens ou sillons circulaires assez éloignés les uns des autres. Son écorce est lisse, striée, plus mince que la partie ligneuse, et d’un gris-noir très-marqué.

M. Decandolle nous a fait connaître des violettes, des euphorbes, des apocynées qui portent le nom é'ipécacuanha dans divers pays , et dont les racines sont douées d’une propriété émétique. D’après ce célèbre professeur, l’ipécacuanha blanc du Brésil provient d’une espèce de violette {viola ipecacuanha , Luvn.). Cette racine est blanche, à peu près cylindrique, presque point fibreuse, striée plutôt que crevassée en long;son axe ligneux est plus épais que l’écorce. Le cynanchuin vomitorium de Lamarck {as cle pins asthmatica , Linn.) produit l’ipécacuanha blanc de l’Ile-de-France. Ses racines sont simples, cylindriques, ligneuses, blanches fi l’extérieur et à l’intérieur, dépourvues d’anneaux ou de tubercules ; l’axe ligneux est très-menu comparativement à l'écorce. Labillardière, qui a séjourné quelque temps à l’Ile-de-France, assure qu’on se sert non-seulement de la racine, mais de toute la plante. Veuphorbia ipecacuanha est employée comme émétique dans la Virginie, le Canada, la Caroline, et y a môme reçu, dit-on, le nom à' ipecacuanha. Cette racine est à peu près cylindrique , grêle , peu rameuse , et d’un gris jaunâtre. {Mémoires de la Société médicale d'émulation, page 238 , 2* édition.)

On peut également consulter une notice de M. de Tussac sur différens végétaux dont les racines sont employées comme émétiques sousle nom cl’ipéccicuanha. V oyez le Journal de botanique rédigé par M. Desvaux, cahier de décembre i8i3.

Je ne m’arrêterai pas plus long-temps sur ces racines exotiques dont les vertus ne sauraient être comparées à celles du véritable ipécacuanha. Par la même raison , je passerai sous silence un grand nombre de plantes indigènes qu’on a voulu lui substituer. J’honore les hommes dont les efforts tendent à nous affranchir du tribut que nous payons au Nouveau-Monde 5 mais je dois dire ici que la plupart de ces végétaux sont inertes ou peu fidèles dans leur action. Quelques-uns purgent à la manière des drastiques , d’autres excitent de vio- • lens vomissemens.

analyse chimique.

L’ipécacuanha a fixé depuis long-temps l’attention d’un grand nombre de chimistes. On a presque oublié les analyses de Boulduc, de Cartheuser, de Lassonne fils, de Cornette, etc. Celles de MM. Henry, Irvine et Masson -Four méritent une distinction particulière. Toutefois les travaux plus récens de MM. Magendie et Pelletier ont mieux fait connaître la composition intime de ces racines. Leur faculté vomitive est due à un principe immédiat que M. Pelletier a nommé émétine.

La partie corticale de l’ipécacuanha gris ( cephœlis ipécacuanha) a fourni à l’analyse une matière grasse très-âcre, d’une odeur forte; de l’émétine, une cire végétale, de la gomme, de l’amidon, du ligneux, et

des traces d’acide gallique. La partie ligneuse a donné une très-petite quantité d’émétine , tandis que l’écorce en contient environ un sixième.

Les racines du psjchotria emetica contiennent beaucoup plus de matière grasse et moins d’émétine. Elles sont d’ailleurs inusitées , et on les trouve rarement dans nos pharmacies.

L’émétine découverte par les savans que nous venons de nommer se présente sous la forme d’écailles transparentes d’un brun rougeâtre ; son odeur est à peu près nulle , sa saveur amère , mais point nauséabonde. Elle est très-déliquescente, soluble dans l’eau , et incristallisable. L’acide gallique, et surtout la teinture de noix de galle , la précipitent de sa dissolution aqueuse, et se combinent avec elle. Cette substance fait vomir les chiens et les chats , depuis un demi-grain jusqu’à deux et trois grains. A la dose de dix grains , elle produit des vomissemens répétés, et l’animal succombe ordinairement dans les vingt-quatre heures. A l’ouverture du cadavre, on découvre une violente inflammation dans le tissu pulmonaire et dans toute l’étendue de la membrane muqueuse digestive. Les résultats sont les mêmes, de quelque manière que l’émétine pénètre dans l’économie animale.

Ce médicament produit chez l’homme les mêmes effets que l’ipécacuanha. Deux grains, pris à jeun , donnent lieu à Un vomissement prolongé, suivi d'une tendance marquée au sommeil. Un quart de grain su (lit quelquefois pour exciter des nausées et le vomissement. Lorsqu’on veut remplacer la poudre d’ipécacuanha par l’émétine, il faut administrer celle-ci en petite quan-

tité. D'après les expériences tentées sur les animaux, une trop forte dose pourrait produire tous les symptômes de l’empoisonnement. Pour y remédier, il faudrait avoir recours, le plus promptement possible, à une décoction de noix de galle , qui a la propriété de décomposer l’émétine. Mais, s’il existait déjà une irritation vive ou un commencement de phlogose dans les viscères, il faudrait employer la méthode antiphlogistique.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Vers le milieu du xvn' siècle , Guillaume Pison , dans son Histoire naturelle et médicale des deux Indes, avait présenté l’ipécacuanha comme un remède employé au Brésil contre la dysenterie * mais ce ne fut guère qu’en 1686 que son usage se répandit en France, et ensuite dans le reste de l’Europe, par les soins de Jean-Adrien Helvétius. Ainsi que tous les remèdes nouveaux, cette racine jouit alors de la plus haute faveur, et le médecin qui avait fait connaître ses vertus reçut de la munificence royale mille louis d’or pour prix de son zèle (1).

(1) Un herboriste de Paris, nommé Garnier, avait fait présent à Helvétius d’une certaine quantité d’ipécacuanha. Celui-ci l’ayant essayé avec succès sur quelques malades affectés de dysenterie , de nombreuses affiches placardées au coin des rues annoncèrent tout aussitôt au public les vertus merveilleuses de ce nouveau médicament. Plusieurs gentilshommes de la cour, et le dauphin luimême , Cls de Louis XIV, étaient à cette même époque atteints de la dysenterie. Le roi, informé par son ministre Colbert du secret que possédait Helvétius , chargea son médecin d’Aquin et sou confesseur le P. de La Chaise , d’entrer en arrangement avec lui pour la publication de son remède. Mille louis d’or furent le prix

On a mieux apprécié dans ces derniers temps ce médicament héroïque , el , malgré les éloges de Pison , d’Helvétius, etc. , aucun homme de l’art ne voudrait l’employer dans tous les flux intestinaux. Quel bienfait pourrait-on espérer de l’ipécacuanha , lorsque la membrane muqueuse intestinale est en proie à une inflammation aiguë ? et ne voit-on pas tous les jours des dysenteries , des cours de ventre céder aux antiphlogistiques administrés avec mesure P 11 n’en est pas de même lorsque ces affections se développent avec des signes évidens de pléthore bilieuse ou d’embarras gastrique. Cette racine , administrée à la dose de quinze à vingt grains, remplit alors une indication importante. Lorsque ces flux sont devenus chroniques et opiniâtres , on la donne avec non moins d’avantage à la dose de quelques grains, qu’on réitère de temps en temps, et on l’associe, suivant les circonstances, soit avec l’opium, soit avec les mucilagineux. On a cru que les succès de l’ipécacuanha dans le traitement de la dysenterie dépendaient uniquement de sa propriété émétique : Cullen a surtout manifesté cette opinion. S’il en était ainsi , une substance émétique quelconque devrait produire

qu’il en reçut , et par la suite il fut élevé aux premières dignités médicales.

On voit qu’un peu de charlatanisme mène parfois à la fortune , et que la fortune mène ensuite aux honneurs et aux dignités. Mais du moins aujourd’hui la médecine n’a pas exclusivement le monopole du charlatanisme ; ce vice a filtré dans le corps social tout entier; vous ne sauriez faire un pas sans rencontrer un empirique. C’est ce qu’on appelle de l’industrie , du savoir-faire. Si cela continue , pour ne pas être dupe , tout le monde sera forcé de se faire charlatan.

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les mêmes effets; ce qui est contraire à l’expérience. En effet , on a observé que cette racine , après avoir excité le vomissement , déployait une vertu tonique ou astringente qu’on ne retrouve point dans les préparations antimoniales.

Il est également probable que le principe alcalin ou l’émétine ne saurait remplacer l’ipécacuanha dans les mêmes circonstances; car il faut bien mettre en ligne de compte les autres matériaux qui entrent dans sa composition naturelle. La thérapeutique doit sans doute s’enrichir des nouvelles découvertes de la chimie ; mais les médecins doivent , avant tout, les éprouver au creuset de l’expérience.

Dès l’invasion des fièvres bilieuses ou muqueuses, lorsque l’embarras gastrique est bien caractérisé , et que les viscères sont exempts de phlogose , les médecins qui sont restés fidèles aux lois d’une sage observation s’empressent d’employer les vomitifs, et ils donnent la préférence tantôt k l’ipécacuanha, tantôt au tartre émétique; quelquefois ils réunissent les deux substances , ainsi que le pratiquait le célèbre Stoll , et ils obtiennent ainsi des évacuations plus promptes et plus nombreuses. Nous n’examinerons point ici si les saburres, si les saletés gastriques, objet de dérision parmi les médecins modernes, sont la cause ou l’effet de l’affection fébrile. Ce qui est incontestable, c’est que les vomitifs, en éliminant hors du corps ces matières nuisibles, font quelquefois cesser comme par enchantement le dégoût, le malaise, l’agitation, la céphalalgie, etc. C’est à l’oubli des vomitifs qu’il faut souvent attribuer ces diarrhées énervantes et colliquatives qui

sévissent vers la fin des maladies putrides. Cette observation clinique n’avait point échappé à Sydenham , à Tissot, à Huxham et à quelques autres praticiens judicieux; mais leur emploi exige du tact et de la prudence.

On est quelquefois obligé de répéter les vomitifs pour obtenir une guérison durable dans les fièvres bilieuses. Pendant la première guerre d’Espagne, nous eûmes à traiter, dans les hôpitaux de Perpignan , un grand nombre de ces maladies, qui sévissaient au printemps, sous l’influence d’une température humide et australe. Les soldats qui nous venaient de l’aile gauche de l’armée , campée dans des lieux marécageux , éprouvaient presque tous des symptômes bilieux ou gastriques parfaitement caractérisés. Un ou deux vomitifs dissipaient rarement cette diathèse bilieuse. Le foyer de la maladie étant profond , étendu , il fallait insister sur les évacuans; mais à l’aide de cette méthode on obtenait une assez prompte guérison. L’aile droite, campée sur les hauteurs, nous donnait également des affections bilieuses, mais qui cédaient à un ou deux légers vomitifs et à quelques boissons délayantes. .Te peux dire qu’à aucune époque de ma carrière médicale je n’ai observé des effets aussi prompts, aussi décisifs. Les malades traités de cette manière éprouvaient rarement des récidives, tandis que ceux qui n’avaient pas été suffisamment évacués nous revenaient sous peu de jours, et alors la maladie offrait, des complications qui la rendaient plus difficile. Les vomitifs quej’employais étaient ordinairement un mélange de dix à quinze grains d’ipécacuanha et d’un à deux grains de tartre

stibié , ou bien une potion saline composée de deux ou trois gros de sulfate de magnésie et de deux grains de tartre émétique dissous dans six onces d’eau , qu’on administrait en deux doses.

Au reste, les nausées, les vomissemens spontanés , l’amertume de la bouche, l’enduit muqueux ou jaunâtre de la langue , l’anorexie , ne sont pas toujours un indice de congestion gastrique. Ces phénomènes peuvent dépendre d’un état de pblogose des voies digestives ou des viscères voisins. 11 n’y a pas à en douter, si la région abdominale est douloureuse, sensible àla pression 5 si la peau est brûlante , si les bords de la langue sont teints d’un rouge vif, si le pouls est dur et fréquent ; etc. Cet état d’irritation exige la méthode relâchante et antiphlogistique. Un en trouve de nombreux exemples dans Y Histoire des phlcgmasies de M. Broussais.

On a souvent abusé de l’ipécacuanha dans les fièvres putrides et nerveuses , dans le typhus. Cependant , lorsque durant le cours de ces affections fébriles il se manifeste des signes de turgescence bilieuse, l’emploi de ce médicament est précieux. Indépendamment de sa faculté émétique, il exerce une action secondaire sur plusieurs systèmes d’organes, augmente l’activité de leurs fonctions , détruit les spasmes concentrés sur la peau, excite des sueurs, des éruptions salutaires. Bientôt après la tête devient plus libre, les accidens nerveux diminuent, les forces se relèvent, et l’on a déjà rempli par là une des plus importantes indications du traitement. L’ipécacuanha mérite surtout d’être préféré aux autres vomitifs, lorsque les forces vitales sont affaiblies, et qu’il y a en même temps cours de ventre.

Dans des cas semblables , on peut l’administrer en infusion aqueuse, à la dose de trente ou quarante grains, avec l'écorce d’orange. Je me souviens qu’une dame, tourmentée par un dévoiement opiniâtre , et réduite à un état de faiblesse extrême à la suite d’une fièvre bilieuse, fut instantanément soulagée par ce remède, qu’elle prit d’abord à la dose de deux cuillerées à bouche tous les quarts d’heure jusqu’à vomissement. Les jours suivans, je me bornai à lui prescrire une cuillerée de la même infusion de trois en trois heures, afin d’exciter simplement quelques nausées , et de ranimer le ton des organes digestifs.

Les enfans sont très-sujets à des embarras muqueux , à des affections gastriques , qu’on guérit par l’usage de l’ipécacuanha et des évacuans. Cet état morbide est caractérisé par un peu d’abattement, par la pâleur du visage, le dégoût, des selles visqueuses, fétides; l’haleine est forte , la langue chargée de mucosités , un peu rouge sur les bords. Lorsque la région épigastrique n’est point douloureuse , la rougeur de la langue ne m’empêche point d’administrer quelques grains d’ipécacuanha , ou bien un peu d’eau émétisée , et je ne peux que m’applaudir de cette méthode, bien quelle s’éloigne des traitemens vulgaires. L’application immodérée des sangsues donne à ces affections un caractère chronique, et les rend interminables. Mademoiselle Achard, âgée d’environ douze ans , était presque expirante à la suite d’une fièvre muqueuse traitée par des émissions sanguines répétées et une diète sévère. Appelé vers le quarantième jour de la maladie , je me hâtai de prescrire le sirop de quinine pour combattre Fétat

de faiblesse. Je dirigeai ensuite mon attention sur l’affection gastrique, dont le caractère avait été méconnu, et j’administrai huit grains d’ipécacuanha. La malade vomit à plusieurs reprises des matières muqueuses , et se trouva beaucoup mieux. Une once d’huile de ricin , donnée deux jours après , procura également des évacuations salutaires. A la suite de ce nouveau traitement, l’appétit commença à renaître , et, à l’aide d’un régime convenable , la convalescence ne tarda pas à s’établir.

Personne n’ignore les succès de l’ipécacuanha dans le traitement des affections catarrhales, des toux convulsives , de la coqueluche. Lorsque ces maladies sévissent sous l’influence d’une température humide, qu’elles attaquent des sujets faibles , lymphatiques, d’une complexion molle , on donne l’ipécacuanha , à la dose de cinq ou six grains, tous les quarts d’heure , jusqu’à ce que le malade ait convenablement vomi. On est quelquefois obligé de réitérer ce remède lorsque la toux est entretenue par une congestion saburrale ou gastrique ; mais il est rare que deux ou trois vomitifs ne produisent point une amélioration notable. On prescrit ensuite l’ipécacuanha à faibles doses , soit dans des potions, soit en sirop ou en pastilles. Dans les toux opiniâtres, on le combine avec l’opium. A l’exemple du docteur Double, je donne assez souvent un mélange de sirop d’ipécacuanha, de sirop de karabé et de sirop de quinquina dans une eau aromatique. Cette potion , douée d’une vertu antispasmodique , fortifie l’organe pulmonaire , et dissipe insensiblement la toux.

Les rhumes , le coryza , les affections catarrhales de la gorge , qu’on traite empiriquement par les tisanes

relâchantes, parles looks, parles mucilagineux, cèdent beaucoup mieux à l’usage des vomitifs , surtout lorsque les fonctions de l’estomac sont altérées. Au lieu d’insister sur les boissons aqueuses , sur les pâtes pectorales , qui fatiguent et énervent de plus en plus les organes de la digestion , il faut alors avoir recours , soit à l’ipéeacuanha , soit aux préparations antimoniales. Lorsque ces affections ont été négligées au point de simuler la phthisie, il est encore utile de les attaquer par les remèdes propres à leur caractère primitif. On administre pendant quelques jours l’ipécacuanha à doses nauséeuses fréquemment répétées; ensuite on fait vomir le malade en lui donnant des doses plus élevées de cette racine, et on répète le vomitif suivant l’urgence.

Il est quelquefois nécessaire d’insister sur cette méthode pour vaincre la diathèse catarrhale , en même temps qu’on emploie les révulsifs sur la surface de la peau ; on passe ensuite à l’usage intérieur des toniques. On sent bien que l’ipécacuanha , les vomitifs , les excitans doivent être soigneusement écartés lorsqu’une inflammation franche vient se joindre à l’affection catarrhale. Suivant Thomas Reid , il n’est pas de meilleur remède contre la phthisie scrophuleuse que l’ipécacuanha, administré à petites doses. D’autres médecins ont adopté cette méthode , et en ont préconisé les avantages. Les secousses produites par des nausées fréquentes , par des vomissemens modérés , doivent sans doute concourir à dégorger les glandes lymphatiques du poumon ; mais il faut se tenir en garde contre l’action des vomitifs lorsque l’oppression et la vivacité du

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pouls annoncent une congestion phlogistique dirigée

sur cet organe.

Des médecins ont conseillé l’usage de l’ipécacuanha dans les maladies arthritiques invétérées , et même dans l’imminence de la goutte aiguë, afin de produire un trouble général dans l’économie et d’éloigner l’attaque. Il faut abandonner ce moyen perturbateur aux praticiens dont les méthodes hardies passent, aux yeux du vulgaire, pour des inspirations cliniques. Toutefois, lorsqu’il existe un embarras gastrique, celte complication, pouvant aggraver les symptômes de la goutte, ne doit point être négligée. Scudamore cite à ce sujet un exemple digne de remarque. Un homme dont la goutte venait d’attaquer la main était en proie aux tourmens les plus cruels; sa langue était chargée, et il éprouvait en même temps des nausées. Il prit une forte dose d’ipéeacuanha ; et, après avoir vomi une grande quantité de mucosités et de matières acides d’une apparence verdâtre, il se sentit tellement soulagé, qu’il put immédiatement goûter un sommeil réparateur.

Au reste, on ne saurait être trop circonspect sur l’usage des vomitifs au début de la goutte. Dans les cas douteux , il faut explorer avec soin la région de l’estomac ; et si elle est sensible , si elle s’irrite par la pression , malgré l’apparence des saburres, malgré la saleté de la langue , il faut renoncer aux vomitifs , dont l’usage inconsidéré peut être suivi d’une inflammation gangréneuse.

Gianella ( de Admirabili ipecacuanhœ virtute in curandis febribus ) a employé à petites doses la racine du Brésil dans les fièvres intermittentes de l’automne

entretenues par des congestions saburrales , pardes obstructions du foie, de la rate , du pancréas, etc. Mais il observe avec raison que cette méthode n’est convenable que lorsque la constitution atmosphérique est humide, et que la fibre est relâchée. S’il existe des symptômes d’irritation et de phlogose , il ne faut employer l’ipécacuanha qu’après l’usage des évacuations sanguines , des émolliens et des tempérans. Ce médicament a également mérité les éloges de Stoll et de Comparetti.

L’action stimulante que cette racine déploie sur l’estomac , sur les intestins , et sympathiquement sur les autres viscères abdominaux, sur le poumon, sur le système nerveux , explique ses heureux ellets dans les hémorrhagies utérines, dans l’hémoptysie, dans l’asthme convulsif, et dans quelques affections chroniques où la faiblesse se trouve unie à la mobilité excessive des nerfs. Dalberg , Bergius , Murray, ont constaté les avantages de l’ipécacuanha dans les pertes utérines, à la dose d’un tiers de grain mêlé avec du sucre, et répété toutes les deux heures. Paulisky l’a administré avec un prompt succès, à la dose d’un grain, à une femme en couches atteinte d’une violente hémorrhagie, avec syncope et mouvemens convulsifs. Quelques grains ont suffi pour arrêter cette perte , qui avait résisté à plusieurs autres moyens.

En écrivant l’histoire médicale de l’ipécacuanha, pourrions-nous oublier les succès que Doulcet a obtenus de cette substance dans le traitement de la fièvre puerpérale? Nul doute que son emploi ne soit précieux lorsque la maladie, soumise à l’influence d’une constitution bilieuse épidémique, exige le secours des

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évacuans. Mais une semblable méthode ne saurait être exclusive, car la fièvre puerpérale peut subir différentes complications, et conséquemment exiger des moyens variés. C’est ainsi qu’elle peut dépendre de l’inflammation du péritoine , des intestins, de la matrice 5 présenter les phénomènes d’une véritable adynamie, ou une altération spéciale du système nerveux. Sydenham a parfaitement retracé cette dernière complication dans la lettre qu’il adresse au docteur Colle. Au reste, le traitement qui a valu àDoulcet une sorte de célébrité était connu , et ce médecin n’a eu d’autre mérite que d’avoir su l’appliquer dans une circonstance convenable.

Depuis quelques années , beaucoup de médecins ne veulent reconnaître dans la fièvre qui attaque les nouvelles accouchées , qu’une péritonite, et , d’après cette idée exclusive, ils ne lui opposent que la méthode antiphlogistique. Mais les faits sont là pour prouver que cette maladie n’est pas toujours produite par l’inflammation. Il y a plus : elle ne prend même quelquefois ce caractère que lorsqu’on néglige les méthodes indiquées par d’autres causes. Ainsi la diathèse bilieuse ou muqueuse existe; elle est parfaitement exprimée par les signes qui lui sont propres; si vous n’enlevez point les sucs bilieux ou muqueux , les saburres enfin , quoique ce mot sonne mal à vos oreilles , l’irritation produite par cette espèce de pléthore gastrique s’étendra de plus en plus, tous les fluides en seront viciés , et vous aurez une inflammation viscérale plus ou moins compliquée d’une affection putride ou ataxique.

Lorsqu’on lit sans prévention la fièvre puerpérale.

décrite parStoll , il est impossible de ne pas reconnaître l’ellicacité des évacuans. Plusieurs femmes éprouvaient néanmoins des douleurs abdominales très-vives et s’aggravant par le plus léger toucher ; mais la langue était comme hérissée de petits poils blancs jaunâtres, et quelquefois même très-verts. Je n’ignorais point , dit ce grand praticien, que c’est une question qui divise encore beaucoup de médecins , savoir, quelle est ordinairement la nature de la fièvre des femmes en couche? Est-elle inflammatoire, ou putride et maligne ? Mais depuis long-temps les observations de Sydenham et les miennes propres m’avaient appris à connaître l’influence active de la maladie épidémique, qui, pendant tout le temps où elle règne, soumet à ses lois tontes les autres maladies, et les force à combattre sous ses étendards. « V eruni dudum et Sydenhamiaua, et mea quoque nbservafione vim inorbi epidemici noveram , qui omîtes rèliquias œgritudines perid tempus quo is dictaturam exercet suce ditionis facit, suisque cogit sub vexiltis mititare. » (Stoi.l , Ratio medendi, febris puerperamm.)

Ce langage figuré n’a pas été employé sans dessein parStoll: il exprime à merveille 1 influence qu’exerce l’épidémie régnante sur toutes les autres affections pathologiques. Méconnue , dédaignée dans ces derniers temps par beaUetfup de médecins, celte influence ne saurait pourtant être révoquée en doute; mais il ne faudrait pas lui donner une extension illimitée.

La maladie épidémiqite dont parle Stoll était d’une nature bilieuse et régnait en été ; elle avait attaqué un grand nombre de femmes en couche. Stoll la combattit il. 22

avec Je plus heureux succès par les évacuans. Il avait déjà observé cette même fièvre en Hongrie pendant deux étés. Toutes les femmes qui accouchèrent dans cette saison de l’année extrêmement chaude furent attaquées de fièvres très-bilieuses , de choléra et de dysenterie. D’abord il employa une méthode peu active ; mais la longueur delà convalescence et beaucoup d’accidens qui avaient lieu au milieu même du traitement , lui firent prendre le parti de négliger toute considération relative à l'accouchement , et d’opposer au mal une méthode vigoureuse. Ainsi il employa fréquemment et hardiment les vomitifs ou les purgatifs suivant les cas, et par cette méthode la fièvre bilieuse fut guérie promptement et sans rechute.

Qu’on nous permette de placer ici une observation qui nous est propre, et qui prouve de la manière la plus évidente toute l’elficacité des évacuans.

Une dame , âgée d’environ trente ans , avait éprouvé deux mois avant sa couche , qui eut lieu vers la mijuillet, une fièvre intermittente irrégulière dont les accès furent dissipés par quelques petites doses de sulfate de quinine. Jusqu’à la fin de sa grossesse, cette dame fut tourmentée par des maux d’estomac et par un dégoût presque invincible pour toute sorte d’alimens. L’accouchement fut néanmoins assez facile. Le troisième jour, à six heures du soir, elle fut prise d’un frisson accompagné d’une violente céphalalgie, de nausées et de vomissemens bilieux. La fièvre redoubla dans la nuit et ne diminua qu’après des sueurs fétides. La journée du lendemain fut tranquille ; mais à sept heures du soir un nouveau frisson eut lieu avec les symp-

tomes de la veille et des douleurs aiguës dans l’abdomen. L’écoulement des lochies avait disparu , les seins étaient affaissés. On appliqua trente sangsues à la région hypogastrique ; le sang coula abondamment une partie delà nuit, sans aucun soulagement remarquable.

Le lendemain, cinquième jour de l’accouchement, la malade éprouvait une grande faiblesse avec des éructations, des nausées continuelles et une sorte d’assoupissement mêlé de délire. La langue était couverte d’un muqueux épais et jaunâtre , le ventre météorisé et très-sensible. M. J. , son accoucheur, était décidé à pratiquer une nouvelle saignée locale pour combattre la péritonite 5 heureusement je parvins à lui démontrer que la maladie ne dépendait point d’une inflammation , mais bien d’une pléthore bilieuse à laquelle il était urgent de remédier -, j’ajoutai qu’on ne pouvait sauver la malade que par la méthode évacuante. On lui administra , à dix heures du matin , en deux doses , une potion préparée avec quatre onces d’eau distillée , douze grains d’ipécacuanha et un grain de tartre émétique. Ce remède fut suivi de vomissemens abondans de matières bilieuses ; il y eut dans la journée plusieurs évacuations alvines , et le soir la malade était déjà très-soulagée. A dix heures du soir, elle prit demi-once de sirop diacode, mêlé avec autant d’eau de fleur d’oranger, et deux onces d’eau de laitue ; ce julep anodin procura une nuit calme, et le lendemain matin les douleurs abdominales avaient presque entièrement disparu. Le septième jour, un léger frisson vint alarmer la malade; mais il fut de courte durée, ainsique la réaction fébrile. La langue offrait encore un enduit jaunâtre , et les pa-

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rois abdominales étaient un peu douloureuses. On administra, le lendemain, deux onces de manne et trois gros de sulfate de magnésie , dissous dans quatre onces de tisane de chiendent : des matières visqueuses et d’une couleur verdâtre furent le résultat de celte purgation. Dès ce moment , tous les symptômes cédèrent , et, peu de jours après, la nouvelle accouchée fut en pleine convalescence.

La manière d’administrer l’ipécacuanha varie suivant les indications que le médecin veut remplir. L’écorce, réduite en poudre fine et dépouillée de la partie ligneuse , provoque le vomissement à la dose de huit, dix ou douze grains , qu’on peut délayer dans un peu d’eau sucrée. Si la première dose est insuffisante, on la réitère un quart d’heure après. Il est inutile, il est même dangereux de prescrire de fortes do$es d’ipécacuanha. A l’exemple du docteur Pye , quelques médecins administrent maintenant cette racine à la dose de quelques grains seulement. En effet , on a remarqué qu’une faible dose faisait également vomir. Dans quelques cas d’empoisonnement, il convient néanmoins de porter la dose à vingt-quatre grains , lorsqu’on veut exciter d’une manière plus prompte les contractions de l’estomac. On pourrait même lui substituer avec avantage la substance nouvellement découverte par MM. Pelletier et Magendie. La dose de l’émétine est d’environ quatre grains, que l’on fait dissoudre dans trois ou quatre onces d’eau tiède édulcorée. On prend cette dissolution en deux fois.

Stoll , Wagler, et beaucoup d’autres praticiens, ajoutent à quinze ou vingt grains d’ipécacuanha un grain

de tartre stibië. Celte méthode est utile lorsqu’on a besoin d’exciter puissamment l’appareil digestif dans les affections gastriques , bilieuses ou muqueuses. D’autres mêlent à la racine du Brésil un peu d’oxymel scillitique.

On prescrit l’ipécacuanha comme altérant à la dose d’un demi-grain ou d’un grain trituré avec du sucre candi , et renouvelé toutes les deux ou trois heures. On le combine avec l’opium , avec le polygala , pour exciter les fonctions de la peau, ou favoriser l’expectoralion dans les affections muqueuses de la poitrine ; avec le carbonate de magnésie comme fébrifuge.

Poudre fébrifuge de Wichmann. Prenez ipécacuanha , un scrupule; magnésie pure , une once. Mêlez exactement et divisez en vingt-quatre doses égales. On donne au malade, toutes les trois heures, une de ces dosés dans une tasse de thé ou d’infusion de fleurs de coquelicot. Ainsi combiné, l’ipécacuanha ne produit point le vomissement , mais seulement quelques nausées, et surtout une sueur abondante qui emporte la fièvre. Cette préparation a quelquefois dissipé des fièvres intermittentes rebelles au quinquina.

L’eau, le vin , l’alcohol , s’emparent de ses principes, et l’on prépare avec ces liquides des médieamens plus ou moins actifs. Qui ne connaît le sirop d’ipécacuanha , si approprié aux maladies muqueuses des enfans, des vieillards, et des personnes d’une complexion délicate i’ Celui du Codex de Paris est préparé par la décoction aqueuse de cette racine épaissie avec du sucre; on h1 donne par petites cuillerées. On peut le remplacer par le sirop d’émétine deM. Pelletier. Celui-ci se prépare en faisant dissoudre un gros d’émétine dans six livres

de sirop de sucre. Cette quantité d’émétine représente quatre onces de racine d’ipécacuanha. Une , deux ou trois cuillerées de sirop font vomir; à faible dose, il devient un doux excitant. Le sirop d’ipécacuanha alcoliolique de M. Virey contient environ dix grains de résine par once : on le donne comme vomitif à la dose d’une once à une once et demie ; comme tonique , à la dose d’un ou deux gros, dans les diarrhées anciennes, la coqueluche , l’asthme , etc.

Les tablettes qu’on prépare dans nos officines sont également d’un usage familier dans les rhumes, dans les catarrhes chroniques ; elles contiennent un quart de grain, un demi-grain ou un grain d’ipécacuanha. On les prend une à une toutes les deux trois ou quatre heures.

Teinture aqueuse d’ipécacuanha de Pison. Prenez , racine d’ipécacuanha pulvérisée , deux gros ; eau bouillante , quatre onces. Laissez infuser, et décantez la liqueur. On donne au malade cette première infusion. On verse encore quatre onces d’eau sur la poudre restée dans le vase; et, après une nouvelle infusion , on décante la liqueur pour la donner le second jour. Enfin , cette opération réitérée fournit une autre infusion , que le malade prend le troisième jour. Ordinairement ce remède cause beaucoup de vomissemensle premier jour, moins le second, peu ou point le troisième ; mais alors il agit principalement comme tonique. Pison vante sa vertu spécifique contre la dysenterie : suivant cet auteur, on en fait un grand usage au Brésil. Aujourd’hui on est beaucoup plus réservé sur l’usage de l’ipécacuanha. Le caractère mieux connu

de la dysenterie et des cours de ventre fait en général donner la préférence aux émolliens , aux anodins , aux antiphlogistiques.

Infusion d’ipécacuanha aromatique. Prenez, ipécacuanha , un gros ; écorce d’orange , deux gros ; eau bouillante , six onces. Faites infuser pendant deux heures dans un vase clos , et passez la liqueur. On prescrit cette infusion , à la dose d’une ou deux onces tous les quarts d’heure , pour provoquer le vomissement , dans les affections gastriques avec faiblesse et diarrhée. Les jours suivans, on en donne de temps en temps une cuillerée à bouche. Cette préparation m’a parfaitement réussi dans quelques dévoiemens opiniâtres.

Teinture d’ipe'cacuanha vineuse de Gorter. Prenez , ipécacuanha en poudre , un scrupule 5 vin blanc , une once; sucre, deux gros. Laissez infuser pendant la nuit, et décantez la liqueur. C’est un vomitif trèssûr et très-doux , qu’on donne aux enfans dans les cas de pléthore muqueuse, de toux convulsive, de dévoiement atonique.

Mixture anticatarrhale du docteur Double. Prenez , sirop d’ipécacuanha , sirop de quinquina , sirop de karabé, de chaque demi-once; eau de fleur d’oranger, une once et demie. La dose est d’une petite cuillerée , qu’on réitère cinq ou six fois par jour, dans la coqueluche et les affections catarrhales rebelles des enfans.

P1IYTOGRAPH1E

CAPR1 FOLIACÉES.

Caprifoliaceœ. Vent. DC.

SUREAU. SAMBUCUS.

Calice à cinq dents. Corolle en roue, à cinq lobes. Cinq étamines alternes avec les divisions de la corolle. Trois stigmates. Baie arrondie , polysperme. Semences rugueuses , attachées vers l’axe du fruit.

SUREAU YÈBLE. SAMBUCUS EBULUS.

Sambucits ebulus. Linn. Spec. 385. 1)C. Fl. Fr. 3404.

(Planche 76.)

Sa tige est droite, verte, un peu rameuse, cannelée, pleine de moelle, et d’une hauteur médiocre. Les feuilles sont opposées, ailées, forméesde sept ou neuf folioles étroites, lancéolées, dentées en scie, glabres et d’un vert sombre. Les fleurs sont blanches , un peu rougeâtres en dehors , terminales, disposées en cime ou en manière d’ombelle. Les fruits qui leur succèdent sont des baies globuleuses , noires , remplies d’un suc d’un pourpre foncé. Cette plante croît abondamment en Europe. On la trouve dans les lieux incultes, sur le bord des chemins et des fossés humides.

Ce petit sureau répand une odeur fétide , nauséabonde. Le suc exprimé de la racine , des jeunes pouces et des feuilles , est un violent liydragogue. L’infusion et la décoction de l’écorce intérieure de la tige purgent également avec énergie.

Le sureau noir ( sambucus nigra ), beaucoup plus élevé que l’espèce précédente, si commun dans les bois, dans les haies , dans les jardins, remarquable par son feuillage d’un vert foncé , par ses fleurs blanches , odorantes , et disposées en larges parasols ; le sureau à grappes ( sambucus racemosd), dont les baies, teintes d’un rouge vif, contribuent à l’ornement de nos bosquets, ont des propriétés analogues, et produisent des effets semblables. La médecine populaire a souvent abusé de ces plantes pour exciter des évacuations dans les cas d’hydropisie , d’anasarque , d’ascite , et autres affections œdémateuses. De même que les substances drastiques, elles peuvent produire des inflammations viscérales ou des superpurgations dangereuses ; néanmoins on a des exemples de leur efficacité dans quelques hydropisies rebelles. On administrele suc exprimé de la racine et des tiges depuis plusieurs gros jusqu’à une ou deux onces , suivant la force et la constitution du malade ; et on réitère cette dose pendant plusieurs jours de suite. On prescrit l’écorce moyenne des tiges à la dose d’une ou deux onces, qu’on fait bouillir légèrement dans une livre d’eau. On partage cette décoction en deux doses, à prendre à une demi-heure d’intervalle. On peut y ajouter un peu de lait, afin de tempérer sa saveur âcre et amère. Ce remède agit parfois comme un diurétique très-actif.

A l’exemple de Sydenham, qui en fait un grand éloge, je m’en suis servi dans plusieurs circonstances , et j’en ai obtenu des effets merveilleux. Mais ces effets ne se réalisent que lorsqu’il y a de fortes et abondantes évacuations.

M. Martin Solon et M. Bonnet ( Bulletin de thérapeutique)-, M. Birdt, deSiegburg (Gazette médicale), ont prescrit avec succès le suc de la racine de sureau contre diverses hydropisies.

Madame W. devint hydropique, en i8i3, sans cause appréciable. L’ascite et la leucophlegmatie étaient trèsconsidérables. La malade chercha en vain du secours auprès de plusieurs médecins. Son état s’aggravant de plus en plus , on lui conseilla le suc de la racine de sureau. Elle en prit environ deux onces pendant trois jours , et l’effet en fut si prompt que l’hydropisie disparut en peu de temps.

M. le docteur Birdt rapporte qu’une autre dame fut guérie en quatorze jours , par le même remède, d’une hydropisie générale.

M. Bonnet, médecin à Graulhet (Tarn), traitait d’une ascite une demoiselle, âgée de vingt-un ans. Après avoir vainement employé tous les moyens usités dans cette maladie , il voulut essayer le suc de la racine de sureau. La malade en prit d’abord deux onces , trois jours après trois onces , et cette dernière dose trois jours après. Des selles extrêmement abondantes et séreuses , et des vomissemens nombreux de même nature, furent chaque fois le résultat de cette médication. Après chacune de ces secousses , le ventre perdit de son volume et de sa dureté , et le dixième jour, il était tout-

à-fait revenu à son état naturel. Cette guérison inespérée ne s’est point démentie.

M. Birdt prépare ainsi ce remède. On arrache les racines de sureau encore jeunes, on les lave et on enlève l’écorce noire; puis on sépare du bois de la racine l’enveloppe épaisse et molle qui vient après , et qui forme l’agent médicamenteux. On lave encore cette écorce , et on l’exprime dans un linge. Le suc abondant qui en découle a une couleur foncée , un goût amer, terreux, nauséabond. On en fait prendre une, deux et même trois tasses par jour. M. Birdt n’a pas osé en donner davantage , parce qu’il excite du dégoût et des nausées. Nous estimons que ces doses sont trop fortes pour nos malades; un Français ne saurait être traité comme un Allemand. Dans les liydropisies anciennes , liées à des désorganisations profondes , le suc de sureau ne sera sans doute pas plus ellieace que d’autres ; mais il soulage souvent , et c’est beaucoup dans certains cas.

Les fleurs de ces arbrisseaux répandent une odeur pénétrante , volatile ; on les emploie fréquemment en infusion tliéiforme, pour provoquer l’exhalation cutanée dans les afl'eelions rhumatismales , les catarrhes , les exanthèmes. Cette infusion est plus eflieace si l’on y ajoute un peu d’oxymel simple. On se sert aussi extérieurement des mêmes fleurs , sous la forme de lotions, de fumigations, de cataplasmes, dans les contusions , les ecchymoses , les ophtbalmies , les érysipèles, et autres phlegmasies de la peau.

La pharmacie nous offre une espèce de conserve préparée avec les fruits , qui porte le nom de roob de su-

veau. Pris à haute dose , ce loob a , selon Bergius, une vertu laxative et sudorifique. Quarin assure également qu’il dispose le corps aux évacuations par les selles, les urines et la transpiration. C’est, dit-il, un remède puissant contre les affections rhumatiques -, mais il faut en prendre trois ou quatre onces par jour.

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