‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 38 sur 75 · LIERRE RAMPANT. HEDERA HELIX · texte numérisé non relu

LIERRE RAMPANT. HEDERA HELIX

Hedera hélix. Linn. Spec. 292. DC. FJ. Fr. 3409.

Rien tl’est si commun que cet arbrisseau toujours vert , dont les tiges sarmenteuses rampent à terre ou grimpent sur les arbres , sur les vieux murs , sur tous les corps voisins , et s’y attachent par des vrilles ou petits crochets radiciformes. Les feuilles sont pétiolées , luisantes, d’une texture ferme, d’un vert foncé en dessus , d’un vert pâle et sans éclat en dessous. Leur configuration varie suivant l’âge de l’arbuste : elles sont ovales, pointues , entières , ou partagées en plusieurs lobes anguleux. Les fleurs sont verdâtres , disposées en corymbe ou en forme d’ombelle globuleuse â l’extrémité des rameaux. Les fruits sont d’une teinte noirâtre, dans leur maturité. Cette plante croît naturellement dans les bois , dans les haies ; elle aime les terrains frais

et ombragés , où elle s’élève quelquefois à une grande hauteur. M. le professeur Desfontaines a observé des individus dont le tronc avait acquis la grosseur du corps d’un homme.

Dans l’arrière-saison, lorsque la campagne se dépouille et n’offre plus que des herbes flétries, le lierre nous console par sa constante verdure. Il tapisse les rochers arides , la grotte mystérieuse ; on le voit serpenter sur les vieux monuniens , enlacer de ses vrilles nombreuses la statue mutilée de quelque héros, ou couvrir de ses guirlandes des colonnes , des obélisques , des chapiteaux renversés. Mais, au milieu de ces vénérables débris qui nous transportent d’admiration , un sentiment pénible vient bientôt contrister notre âme... Tout passe : les empires, les hommes et les arts.

Le lierre est une des plantes les mieux connues de l’antiquité : les naturalistes , les historiens, les poètes , en font souvent mention , et on le voit sculpté sur une foule de monuniens grecs et romains. Vhedera nigra dont parle Virgile dans les Géorgiques ( hedèrœ vestigia nigrce) est celui que les Anciens qualifiaient de dionysia, et qu’ils avaient consacré à Bacchus. C’est Vhedera poetica de Bauhin, espèce conservée par Linné, comme variété. Elle servait, entrelacée avec le laurier , à couronner les poètes et les guerriers :

. Atque hanc sine tempora circum

Inter viclrices hederam tibi serpere lauros.

Vinc. , Ecl. 8.

L’épithète de nigra donnée à Vhedera hélix s’applique à ses baies noirâtres , et à son feuillage d’un vert

PIIYTOGRAPHIE

sombre. ( Conférez la Flore de Virgile publiée par M. Fée. )

Toutes les parties du lierre exhalent une odeur forte quand on les écrase. Les feuilles ont une saveur amère et nauséabonde. Les baies , d’un goût acide mêlé d’amertume, provoquent le vomissement. Elles sont même vénéneuses , ou du moins suspectes , suivant quelques auteurs : ce qui n’empêche pas les paysans d’en prendre jusqu’à dix ou douze pour obtenir d’abondantes évacuations. Vicat prétend que les oiseaux qui ont mangé de ces fruits sont tellement étourdis, qu’on peut les prendre à la main. Dans les pays chauds, il découle du lierre un suc résineux qui se condense promptement à l’air et se réunit en petites masses irrégulières. Cette substance est d’un brun roussâtre, un peu transparente, inflammable, d’une saveur âcre, résineuse et astringente. Lorsqu’on la brûle , elle donne une flamme claire, et répand une odeur pénétrante , aromatique , qui approche de celle de l’encens. Du reste, la médecine a depuis long-temps renoncé à l’usage de cette gomme-résine.

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