‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 41 sur 75 · SC · texte numérisé non relu

SC

l'HYTOGRAPHIE

qu’il avait été empoisonné à Bordeaux par des feuilles de petite ciguë , mêlées dans une salade qu’il avait mangée à son souper. Après avoir dormi pendant quelques heures, il fut éveillé par des coliques suivies de vomissemens, de vertiges et de faiblesse. Du thé pris abondamment , et ensuite quelques petits verres de vin de Bordeaux , dissipèrent les effets du poison , à la faiblesse près, qui dura pendant deux ou trois jours. Le docteur Tout-non reconnut, aux débris du triage de la salade, que cet accident avait été occasioné par la petite ciguë.

Au printemps de 1812, je fus appelé par madame Godard, qui demeurait alors rue deGrammont, n° 11, et qui éprouvait depuis plusieurs heures des tranchées et des vomissemenshornbles. On me rapporta que cette dame avait pris le matin trois ou quatre tasses de bouillon d’herbes pour se préparer à une purgation qu elle devait prendre deux ou trois jours après. La violence des symptômes m’ayant fait soupçonner quelque méprise , je demandai avec quelles plantes on avait composé ce bouillon : on m’apporta aussitôt une poignée de feuilles de laitue , d’oseille et de cerfeuil qu’on avait réservées pour le lendemain. Dans ce mélange d’herbes , je découvris deux feuilles de petite ciguë , et je ne pus qu’attribuer à cette plante vénéneuse la cause des phénomènes qui se passaient sous mes yeux.

Comme la malade avait considérablement vomi, qu’elle était extrêmement faible et dans un état continuel d’angoisse, je me hâtai d’avoir recours à l’opium. En conséquence, je prescrivis tous les quarts d’heure six gouttes de laudanum liquide dans une demi-cuillerée

d’eau sucrée. A la troisième dose, les douleurs étaient déjà moindres j à la sixième, le vomissement, le hoquet, les faiblesses , enfin tous les symptômes alarmans avaient disparu. On donna le soir quelques cuillerées de bouillon et un peu de vin de Malaga. La petite ciguë a aussi quelque ressemblance avec le cerfeuil , et cette observation prouve qu’on peut confondre ces deux plantes ; mais il suffit d’interroger l’odorat pour ne point s’y méprendre.

M. Bertrand , dans son Manuel médico-légal des poisons, nous fournit un autre exemple d’empoisonnement occasioné par un ragoût où l’on avait mis de la pelite ciguë pour du persil. Un voyageur à qui l’on avait servi ce ragoût dans une auberge tomba tout à coup dans un sommeil profond avec ronflement. Après avoir titillé la gorge avec une plume, et fait prendre beaucoup d’eau tiède, ce qui procura plusieurs vomissemens de matières alimentaires, M. Bertrand administra une tasse de café , qui diminua bientôt après la somnolence. On insista sur cette liqueur stimulante, et au bout d’environ deux heures , l’état de narcotisme fut presque entièrement dissipé.

Mais voici un accident beaucoup plus funeste, dont Vicat nous a conservé le souvenir dans son Histoire des plantes vénéneuses de laSuisse . Un garçon de six ans , ayantmangéàquatreheuresdusoir de la petite ciguë qu’il avait prise pour du persil , commença aussitôt après à pousser des cris d’angoisse et à se plaindre de crampes d’estomac. Pendant qu’on le transportait de la campagne chez son père, tout son corps devint excessivement enflé et livide. Il mourut vers minuit.

PHYTOGR APHIE

Enfin on lit dans les Mémoires de la Société royale de Montpellier , année 1708, qu’une famille entière fut empoisonnée par une farce préparée avec des œufs , de la mie de pain et de la petite ciguë , qu’on avait également prise pour du persil. On ouvrit le cadavre du père , et on trouva une sérosité brunâtre dans l’estomac, le foie dur, d’une couleur jaune , la rate livide. La langue était noire ; le corps n’était point enflé.

On voit, d’après les observations que nous venons de rapporter, que les effets délétères de ce végétal se manifestent par les signes propres aux poisons narcotiques âcres. Favoriser le vomissement lorsqu’on présume que le poison réside encore dans l’estomac, administrer ensuite des boissons émollientes et sédatives si l’irritation domine, des boissons acides ou stimulantes si l’on observe des symptômes de stupeur et de narcotisme , voilà les moyens les plus prompts et les plus efficaces.

Nous avons peu de choses à dire sur l’emploi médical de la petite ciguë ; nous ferons seulement remarquer que des médecins ont proposé de la substituer, dans le besoin , à la ciguë commune ( conium maculatum). Une pareille substitution pourrait bien n’êlre pas sans danger.

MÉDICALE. 3i>9

CIGUË. CICUTA.

Calice entier. Pétales ovales, entiers, courbés au sommet, presque égaux. Fruit globuleux, sillonné; semences planes d’un côté, convexes de l’autre, et munies de cinq petites côtes. Collerette générale nulle ; collerette partielle formée de trois à cinq folioles.

CIGUË VIREUSE. CICUTA VIROSA.

Cicuta virosa. Linn. Mant. 355. Fl. Dan. t. 208. — Cicutaria aquatica. DC. Fl. Fr. 3438.

(Planche 78.)

De sa racine bulbeuse, blanchâtre, divisée intérieurement en plusieurs cloisons , garnie de fibres disposées en demi-cercle , naît une tige glabre , fistuleuse, rameuse , haute de trois à quatre pieds. Les rameaux sont légèrement rougeâtres, couverts, ainsi que la tige, d’une poussière glauque. Les feuilles sont grandes , d’un vert foncé , deux ou trois fois ailées , et formées de folioles étroites, pointues, dentées en scie. Les fleurs sont blanches , disposées en ombelles lâches au sommet de la tige et des rameaux. La collerette générale est nulle ou à une seule foliole ; la collerette partielle est composée de plusieurs folioles débordanl les ombellules.

Cette plante croît dans les lieux aquatiques , sur le bord des fossés et des étangs. On la trouve en Alsace , en Dauphiné, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, etc. Vicat l’a observée dans les étangs de Bâle, Roueel aux environs de Termonde et d’Anvers, Gili-

bert en Lithuanie, où elle est très-commune. Elle est quelquefois désignée sous les noms de ciguë, de cicutaire aquatique.

On regarde la ciguë vireuse comme la plus vénéneuse des ombellifères. Toutes ses parties exhalent une odeur forte, aromatique, analogue à celle du céleri sauvage ( apium graveolens ). Les racines, les tiges et les pétioles des feuilles radicales contiennent un suc jaunâtre ou couleur de rouille , qui est un violent poison pour l’homme et pour la plupart des animaux. On a quelquefois confondu les feuilles avec celles de l’angélique sauvage , la racine avec celle du panais, et ces méprises ont causé des accidens mortels.

La saveur de la plante n’a rien de désagréable j elle est chaude , piquante, peu différente , suivant M. Chevallier, de celle de l’angélique , que l’on cultive dans plusieurs contrées de l’Allemagne ; et , si l’on ne tenait pas compte de ses effets nuisibles , on aurait de la peine à la croire aussi redoutable. La racine, plus âcre que les autres parties , se rapproche, par sa saveur, de celle du panais. Les semences ont un goût analogue à celuj de l’anis ou de la coriandre,

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRKS.

Les expériences et les observations de Wepfer ne laissent aucun doute sur les effets pernicieux de la ciguë vireuse. Des chiens, des loups, ont été empoisonnés soit avec la racine , soit avec le suc de la plante. Ces animaux éprouvaient en général des tremblemens , des convulsions violentes , desvomissemens, de la soif, une salivation abondante et verdâtre, f/estomac et les

intestins offraient des traces évidentes d’inflammation et de gangrène ; les poumons étaient gorgés de sang et enflammés. Sproegel a essayé ce poison sur des lapins, sur des chiens, mais avec des résultats différons , puisque ces animaux ont été à peine incommodés. 11 est vrai que les expériences ont été faites en automne , et l’on a remarqué que cette plante est beaucoup moins active dans cette saison qu’au printemps. Suivant le témoignage de Linné , elle est également funeste aux bœufs. D’autres naturalistes assurent que la chèvre , lorsqu’elle est pressée par la faim, mange la tige et les feuilles sans inconvénient.

Vers la fin de mars, huit enfans mangèrent des racines de ciguë vireuse , qu’ils prirent pour du panais. L’un d’eux, Jacob Mœder, revint à la maison gai comme de coutume. Bientôt après il se plaignit d’une vive cardialgie, perdit l’usage de ses sens et tomba à la renverse. Ses urines jaillissaient avec force. Il fut ensuite saisi d’horribles convulsions , avec serrement tétanique des mâchoires et grincement des dents. Ses yeux roulaient dans les orbites d’une manière effrayante ; il rendait du sang par les oreilles ; il poussait des sanglots, et il était tourmenté par de vains efforts de vomissement. Il s’agitait et se tordait les membres ; sa tête était renversée en arrière , son dos recourbé comme un arc. Les convulsions ayant cessé un instant pour revenir ensuite avec la même violence , les forces lui manquèrent, et il expira. La face et l’abdomen étaient tuméfiés ; le contour des paupières était un peu livide , et une grande quantité d’écume verdâtre s’échappait de la bouche.

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Catherine Mœder , son aînée , se plaignit de malaise après la mort de son frère , vomit une poignée de racines , et fut agitée de convulsions épileptiques. Une dose de thériaque délayée dans du vinaigre lui fit rendre encore une certaine quantité de poison ; après quoi elle resta étendue sur son lit , sans parole et presque sans vie , pendant vingt-quatre heures. Son visage était cadavéreux et sa respiration insensible. Elle revint enfin à elle-même; mais elle conserva pendant plusieurs jours une grande faiblesse et des douleurs à la région épigastrique. Une autre sœur, âgée de deux ans et demi, éprouva une violente palpitation suivie de hoquets, de cris , de rougeur à la face, de mouvemens convulsifs, de trismus et de syncope. On entr’ouvrit sa bouche de force : on lui fit avaler de la thériaque avec du vinaigre , et elle rejeta une demi-poignée de racines. Le lendemain elle était entièrement rétablie.

Mathias Graff , âgé de huit ans , éprouva plus tard l’influence du poison. II eut d’abord des vertiges, chancela comme une personne ivre , tomba à terre , se releva pour retomber encore , et fut enfin saisi de trismus, d’opisthotonos et de violentes palpitations ; peu de temps après il expira. Tout son corps était horriblement enflé. Une écume verte et abondante coulait continuellement de sa bouche.

Les autres enfans , qui avaient mangé beaucoup moins de ces racines, furent aussi moins violemment affectés , et se guérirent par le vomissement provoqué par la thériaque mêlée avec du vinaigre. Une petite fille fut promptement soulagée après avoir pris une infusion de feuilles de tabac , qui lui fit rejeter le poi-

son. (Wepfer , Cicutce aquaticœ Historia etJSoxœ.')

L’ Histoire de l’Académie des sciences de Paris , année 1715, renferme les détails d’un empoisonnement parla même plante. Trois soldats allemands périrent en moins d’une demi-heure. On trouva les membranes de l’estomac perforées chez l’un des trois, corrodées chez les deux autres. L’estomac était rempli d’une écume blanchâtre. Les intestins , les poumons et le cœur étaient flasques et flétris , les vaisseaux veineux pleins d’un sang très-fluide.

D’après Boerhaave ( Prœlectiones academicœ ) , huit enfans empoisonnés par la ciguë vireuse éprouvèrent des angoisses , des convulsions , des vomissernens , et le délire. Il leur fit prendre une dissolution de sulfate de zinc : tous ceux qui vomirent furent sauvés.

M. W. Schwencke rapporte que trois enfans moururent dans les convulsions , après avoir fait usage de cette plante. La tunique interne de l’estomac était phlogosée ; les vaisseaux du cerveau étaient gorgés de sang.

Les faits que nous venons de rapporter nous dispensent de nous étendre sur les phénomènes physiologiques produits par la ciguë vireuse. On voit qu’elle réunit l’âcretédes substances irritantes à l’énergie des poisons stupéfians ; qu’elle enflamme , corrode les tuniques digestives , en même temps quelle attaque le système nerveux , dont elle pervertit les fonctions. Parmi les principaux symptômes, on observe des tremblemens , des vertiges , des nausées , avec cardialgie et sécheresse de la gorge ; une agitation continuelle , des angoisses , des convulsions violentes accompagnées

PHYTOGRAPIIIE

de trismus, de hoquet, de syncope , etc. Dans celte espèce d’empoisonnement , le succès de la méthode curative est subordonnée au choix et à la promptitude des remèdes. Si l’on est appelé dès l’invasion des symptômes , la première indication à remplir est de provoquer le vomissement , soit par la titillation du larynx , soit par le tartre stibié ou les autres émétiques connus. Malgré les bons effets qu’on a obtenus de la thériaque dissoute dans du vinaigre , nous conseillons de préférence les vomitifs ordinaires , dont l’action est beaucoup plus sûre. Nous y reviendrons avant de quitter la famille des ombellifères. On prescrit ensuite des boissons adoucissantes , gommeuses , acides , suivant l’impression ressentie par les organes. L’affaiblissement du système des forces réclame l’emploi modéré des toniques.

Cette plante , beaucoup plus énergique que la ciguë ordinaire ( conium maculatum, Linn.), n’est point admise dans la matière médicale. Dans le Nord, on a quelquefois employé extérieurement l’herbe fraîche et la racine contuses contre le lumbago , les douleurs arthritiques, les dartres rebelles, etc. On la substitue aussi quelquefois à la ciguë commune pour l’usage intérieur, parce que celle-ci est rare , mais cette substitution est répréhensible.

La ciguë maculée (cicuta maculata) , espèce qui croît dans les lieux humides de la Virginie , figure aussi parmi les plantes délétères ; mais elle est moins énergique, moins corrosive que l’espèce précédente.

OENANTHE. OENANTHE.

Calice à cinq dents. Pétales du disque courbés en cœur, presque égaux; pétales de la circonférence plus grands et irréguliers. Fruit oblong ou ovoïde, couronné parle calice. Collerette générale formée de plusieurs folioles , quelquefois nulle ; collerette partielle globuleuse.

OENANTHE PIIELLANDRE. OENANTHE PHELLANDRIUM.

OEnanthe phellandrium. DC. Fl. Fr. 3439. — Pliellandrium aquaticum . Linn. Spec. 366.

(Planche 79.)

Sa racine est forte , creuse , pivotante, blanchâtre et garnie d’un grand nombre de fibres capillaires ; elle produit une lige striée, fistuleuse, rameuse, haute de deux ou trois pieds. Les feuilles sont grandes , trois fois ailées, d’un beau vert, à pinnules écartées, à folioles extrêmement petites. Les fleurs sont blanches , disposées en ombelles sur de courts pédoncules. Il n’y a point de collerette générale-, la collerette partielle se compose de six à sept folioles aiguës , de la longueur des fleurs. Les semences sont ovales , légèrement striées. Cetle plante ne croît que dans les lieux aquatiques et marécageux : je l’ai cueillie dans 1 étang de Villed’Avray.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

On attribue généralement à cette ombellifère des qualités vénéneuses. Le bétail n’y touche point tant qu’elle est verte. Elle cause aux chevaux des convul-

sions mortelles , une sorte de paraplégie que Linné attribuait sans motif à un charançon logé dans la tige de la plante. Bulliard, voulant constater la présence de cet animalcule , a brisé un grand nombre de tiges ; mais il n’a jamais pu y découvrir le moindre insecte. Cette opinion a été également réfutée par Gmelin et quelques autres auteurs. Au reste , on assure que des enfans se sont empoisonnés en mangeant les racines de la plante , qu’on trouve ordinairement sur le bord des fossés aquatiques nouvellement nettoyés.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Celte espèce d’œnantbe, désignée sous le nom vulgaire fenouil d’eau,ex\\s\e une odeur forte , un peu nauséabonde. Les semences sont jaunâtres , d’une saveur aromatique , âcre , vireuse $ elles fournissent un principe extractif, de la résine, et un peu d’huile volatile d’une odeur pénétrante. Hers, Hufeland, Thomassen , etc. , les ont employées avec avantage dans quelques affections pulmonaires avec expectoration sanglante, puriforme. Hufeland observe que ce précieux médicament convient comme moyen prophylactique et comme moyen curatif dans les phthisies chroniques , et plus particulièrement dans la phthisie muqueuse , dans les catarrhes, les toux opiniâtres occasionées par la rougeole. Dans la phthisie purulente confirmée, il devient encore un palliatif utile , lorsqu’on l’emploie conjointement avec le lichen d’Islande , les antiphlogistiques , etc. ( Bibliothèque médicale , tome 3 1 , page i2i.)

M. Hannina donné l’extrait de la plante avec beau-

coup de succès dans une affection catarrhale chronique du poumon avec anorexie , toux sèche et consomption imminente. Ce médicament , administré tous les jours à la dose de quatre à dix grains , fit cesser la toux , favorisa l’expectoration , et rendit lappétit au malade, qui ne tarda pas à se rétablir. (Cours de matière médicale, tome 2, page 653.)

On prescrit les semences pulvérisées à la dose de quinze , vingt et trente grains , dans un véhicule aqueux ou dans du lait. Cette dose peut être réitérée deux ou trois fois par jour. Quelquefois on les administre sous la forme de teinture. Prenez , semence d’œnanthephellandre, demi-once; esprit-de-vin, cinq onces. Laissez digérer pendant vingt-quatre heures. Ajoutez ensuite cinq onces de vin muscat , et continuez la digestion pendant vingt-quatre heures. La dose de cette teinture est d’environ un gros.

OEM THE FISTULEUSE. OENANTHE FIS TU LOS A.

OEnantlie fistulosa. Linn. Spec. 365. DC. FI. Fr. 3440. (Planche 80.)

Cette plante est remarquable par sa racine stolonifère, par ses feuilles d’un vert glauque, et dont le pétiole est fistuleux. Sa tige est cylindrique , striée, fistuleuse, presque nue, haute d’environ un pied. Les feuilles radicales sont alongées, deux fois ailées à découpures fines, aiguës; les supérieures ont des folioles linéaires. Les fleurs, d’un blanc jaunâtre , for-

ment une ombelle composée tle trois ou quatre rayons , qui soutiennent chacun une ombellule plane, trèsserrée. La collerette universelle est souvent nulle , ou n’a qu’une foliole. Les fruits forment une tête globuleuse, hérissée; chacun d’eux est ovoïde, couronné par le calice et par les styles persistans. On trouve celte espèce d’œnanthe dans les marais ; M. Mérat l’a observée à Meudon.

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

La racine et les feuilles sont âcres , fétides et nauséeuses : aussi les bestiaux n’y touchent point. Un chien qui avait mangé de la racine périt en peu de jours. Ce poison, pris à hautes doses, produit l’adynamie, la syncope, la stupeur, des convulsions violentes et la mort. Les vomitifs, les boissons délayantes, mucilagineuses, forment la base du traitement. Ce n’est point à cette plante , mais à l’œnanthe safranée , ou bien à l’espèce à suc incolore ( oenanthe cipiifolia, Buotero), qu’il faut rapporter l’empoisonnement dont Vacher nous a transmis la relation dans l’ancien Journal de médecine.

OENANTHE SAFRANÉE. OENANTHE CROC AT A.

(Ænanthe crocala. Linn. Spec. 365. DC. Fl. Fr. 3444.

Jacq. Hort. Vind. t. 55.

(Planche 81.)

Cette espèce, la plus vénéneuse du genre, se distingue par ses racines, composées de tubercules en

forme de petits navets, réunis quelquefois au nombre de trois ou cinq. La tige est droite, cannelée, rameuse , d’un vert sale ou roussâtre , haute de deux ou trois pieds, remplie, ainsi que les tubercules, d’un suc fluide jaune ou couleur de safran. Les feuilles sont grandes, d’un vert sombre , deux fois ailées, à folioles cunéiformes , incisées à leur sommet. Les fleurs sont blanches, nombreuses, réunies en ombelles terminales, hémisphériques , de quinze à vingt rayons. La collerette universelle est composée de cinq ou six folioles allongées. Le fruit est oblong, terminé par les styles droits et persistans.

L’œnantlie safranée habite les lieux marécageux, les étangs, les prairies basses et humides. Elle croît dans plusieurs de nos provinces , aux environs de Versailles, de Bayeux , de Quimper, de Lorient, de Brest, d’Angers , de Dax. M. Tournon l’indique aussi aux environs de Toulouse, sur les bords du canal. On la trouve également en Suède, en Angleterre, en Hollande , dans la Belgique, etc.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

Les naturalistes et les médecins s’accordent à dire que celte plante est un poison violent pour l’homme 5 mais il n’est pas moins essentiel de la signaler aux cultivateurs , aux grands propriétaires , comme une des plus pernicieuses qu’il y ait en Europe pour les bestiaux. Linné rapporte dans sa Flore de Laponie quelle a tué beaucoup de bêtes à cornes à Tornéo ; d autres auteurs citent aussi quelques faits analogues ; toutefois on n avait point encore d’observations pré-

cises à ce sujet. Voici un événement malheureux qui doit se reproduire dans les campagnes où l’œnanthe safranée abonde , et qu’on attribue probablement à d’autres causes.

Au mois d’octobre, IVJ. de Kœreguin, propriétaire dans les environs de Quimper, fit curer les fossés de ses prairies : ce qui en fut retiré étant destiné à servir d’engrais , on le laissa le long des fossés. Il s’y trouvait une grande quantité d’œnanthe à fleurs blanches, à racines très-muldpliées , pivotantes , rondes , et de la grosseur d’une carotte. Quoique dures et coriaces, ces racines contiennent une substance laiteuse, et les animaux qui en mangent ne peuvent ni les rejeter, ni les digérer; ils tombent bientôt en mugissant , écument horriblement , enflent et périssent en moins d’un quart d’heure. Ce qu’il y a de singulier, c’est que la fane (les feuilles) est une nourriture succulente et saine pour les bestiaux , tandis que la racine est pour eux un poison mortel. M. de Kœreguin, setant aperçu que ses domestiques jetaient les racines d’œnanthe par-dessus les fossés, sur une colline où paît journellement le bétail de sa ferme (c’était un samedi), donna l’ordre de les ramasser soigneusement le lundi , de les mettre dans des sacs, et de les apporter à la maison. Cet ordre ne fut point exécuté ; et le mercredi suivant, à dix heures du matin , sa fermière accourut effrayée l’avertir que trois bœufs de travail périssaient. S’étant rendu sur les lieux , il les vit mourir tous les trois en moins de vingt-cinq minutes. On les ouvrit, et on trouva leur panse remplie de racines d’œnanthe. Ils rendaient par la bouche et les naseaux une grande

quantité de matière liquide, rougeâtre et très-fétide, semblable à celle qui découle de ces racines lorsqu’on les rompt. La chair des animaux ainsi empoisonnés sc putréfie très-promptement.

Quelque temps après cet accident , le même pro» priétaire perdit deux vaches à lait qui mangèrent des racines d’œnanthe qu on avait laissées le long des fossés-, elles périrent en un instant. Un cultivateur de ses voisins, qui avait curé les fossés d’un pré , et qui avait négligé d’enlever les racines de la même plante, ignorant qu’elles fussent un poison mortel pour les bêtes à cornes , eut le malheur de perdre également trois bœufs de travail. Ces animaux ouverts présentèrent les mêmes phénomènes.

On voit, d’après ces détails , combien il importe aux cultivateurs de détruire avec grand soin les racines d’œnanthe lorsqu’ils font curer les fossés de leurs prairies aquatiques. Cette attention est d’autant plus nécessaire, que les bêtes à cornes en sont très-friandes , et les mangent avec une grande avidité.

L’œnanthe safranée n’est pas moins redoutable pour l’homme , d’après les exemples que nous fournissent les recueils académiques, les journaux de médecine , etc.

Au mois de juin , trente-six soldats du régiment de Berry cueillirent, dans les prairies de Belle-Ile-en-Mer, des racines d’œnanthe. Trompés par leur ressemblance avec la carotte, ils en mangèrent tous, et furent bientôt en proie aux symptômes qui accompagnent les plus violens poisons , à l’exception d’un seul , qui continua long-temps après la promenade, et fut très-gai-,

mais, sur les huit heures et demie du soir, il se sentit fort incommodé. On le transporta aussitôt à l’hôpital dans l’état le plus alarmant ; il faisait des efforts incroyables pour vomir, et il était agité d’horribles convulsions, avec resserrement tétanique des mâchoires, en sorte qu’il fut impossible de lui faire avaler le moindre remède. U mourut au bout de trois quarts d’heure dans une véritable attaque d’épilepsie. Les autres furent sauvés par l’émétique donné en lavage, par des clystères émolliens, des potions. Néanmoins ils furent encore tourmentés par des vertiges , des nausées , des vomissemens fréquens , des syncopes. Ce ne fut qu’après l’attaque qu’ils purent rendre compte de leurs souffrances. Ils avaient tous éprouvé des douleurs inouïes dans la région du cœur et à l’orifice supérieur de l’estomac.

On ouvrit le corps du premier soldat qui avait succombé. L’estomac était vide, sans apparence d’érosion 5 mais les intestins étaient d’un rouge pourpre , parsemés, de distance en distance, de taches livides, gangréneuses , et enduits d’une liqueur jaune , semblable à celle qui coule de la racine d’œnanthe quand on l’incise. ( Journal de médecine, par Vahdermojvde , année iÿ58, tom. 9, pag. /\'io. Observation de Ro-

Le 3o mars 1758, Vacher, médecin des hôpitaux militaires , fut appelé à la citadelle d’Ajaccio pour voir dix-sept soldats du régiment de Flandre qui s’étaient empoisonnés en mangeant , à cinq heures de l’aprèsmidi, un potage préparé avec les feuilles et les racines d’une plante que l’un d’eux avait cueillie dans la eam-

pagne. Une heure après , un de ces soldats était déjà mort, un second était expirant, et un troisième donnait pour tout signe de vie des tremblemens et des convulsions. C’est dans ce triste état que Vacher les trouva à sept heures du soir. L’activité du poison était si prompte, qu’il en vit tomber en défaillance deux qui , dans la plus grande sécurité pour eux-mêmes , s’empressaient de secourir leurs camarades. Avant de les transporter à l’hôpital, on leur avait fait avaler beaucoup d’huile. Louis Berniset , qui ne donnait aucun signe sensible de vie, mourut en y arrivant. Son corps fut ouvert. L’estomac, les intestins, et en général tous les viscères n’offrirent aucune altération remarquable.

On administra à tous les autres de l’eau émétisée , de l’huile d’olive et des lavemens. Ce traitement devint, pour ceux que le poison n’avait pas encore atteints, un préservatif aussi prompt qu’efficace.

Guillaume Trelacheau, d'un tempérament fort et robuste, âgé d environ vingt ans, qui avait mangé copieusement de ce potage , était dans un état désespéré. Le renversement des yeux, la contraction spasmodique de la mâchoire inférieure , la faiblesse du pouls , la privation du mouvement et du sentiment , un froid glacial répandu sur tout le corps , semblaient être autant de signes certains de sa perte. Après quelques tentatives vainement réitérées pour lui faire prendre l’émétique , le docteur Vacher s’avisa de le faire rouler et fortement secouer dans une couverture. Cet exercice fut exécuté par huit hommes pendant près de deux heures , sans la moindre espérance. A la fin ce-

pendant, le corps ainsi agité reprit de la chaleur, et recouvra insensiblement le mouvement et la vie. Il survint des efforts de vomissement, qu’on seconda à propos par l’émétique, et le malade se ranima au grand étonnement des assistans.

Étienne Garzanne , qui avait vomi plusieurs fois au quartier, et qui avait eu la force de se rendre à l’hôpital, n’en éprouva pas moins une grande partie de ces accidens. line demi-heure après son entrée, il fut pris de violentes convulsions , avec trismus , en sorte qu’on ne put également lui rien faire avaler. On employa avec succès les mêmes moyens. Après avoir vomi , il recouvra ses sens, et au bout de trois heures il ne ressentit autre chose qu’un peu de fatigue, causée par la violence des secousses.

La plupart des autres soldats n’avaient pas encore éprouvé d’indisposition, ou n’avaient eu que de légers accidens , tels que des vertiges et de la faiblesse , principalement aux jambes. Un seul se plaignait de cardialgie; il eut un accès de fièvre qui dura près de six heures.

Après s’être assuré que tous les malades avaient vomi, Vacher leur administra des potions avec l’oxyinel simple, en ajoutant, pour ceux que le vomissement avait trop fatigués, un gros ou un gros et demi de thériaque. La nuit se passa sans accidens. On donna une potion laxative à ceux que i:eau émétisée n’avait point purgés , et aux autres une seconde prise d’oxymel avec la thériaque. Tous sortirent de l’hôpital le 4 avril, parfaitement rétablir.

Il ne restait que Guillaume Trelacheau, dont l’étal,

encore mal assuré, inspirait 4e justes craintes. Après un assoupissement de quinze heures , il éprouva des douleurs générales , une chaleur violente et des vomissemens continuels. Il prit, le 3i au soir, une troisième prise d’oxymel , avec un gros de thériaque. Le icr avril , même état. On donna quelques cuillerées de bouillon avec un peu de jaune d’œuf. Le a , les douleurs deviennent plus intenses-, il survient une hémorrhagie du nez pendant la nuit. Saignée du bras le lendemain matin, potion huileuse, lavement émollient. Ces remèdes ne procurent aucun soulagement sensible ; nouvelle hémorrhagie, douleur à l’hypochondre droit. On réitère les mêmes moyens dans la soirée. Le 3 , les douleurs se calment un peu; on profite de ce moment de relâche pour purger le malade. Le soir même, les douleurs et l’hémorrhagie se renouvellent , et l’on fait une troisième saignée. Le !\ , le malade ayant plus souffert qu’à l’ordinaire, et ne pouvant rien prendre sans le rejeter aussitôt , on lui donna , par petites cuillerées, un mélange d’huile, de sirop et d’oxymel. Le 5 , les accidens sont les mêmes-, le malade se plaint, en outre , d’insomnie , de chaleur et d’altération. Julep anodin, boisson émulsionnée. Dès ce moment tous les symptômes diminuent d’une manière sensible. Les quatre jours suivans n’offrent rien de remarquable, si ce n’est le commencement de la convalescence. Enfin, le a 1 1 avril , le malade sort parfaitement guéri , ne se ressouvenant absolument pas de ce qui lui était arrivé pendant les trois premiers jours de son accident.

On trouva la plante dans l’endroit même où elle avait été cueillie. Vacher dit qu’elle est d’un vert très-

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foncé; que les feuilles sont embrassantes, semblables à celles du persil, mais plus rudes au toucher, plus grandes et plus étendues-, que les racines ressemblent à de petits navets attachés immédiatement à la tige. 11 ajoute qu’elle ne rend pas beaucoup de suc ; qu’elle est d’une saveur âcre , cl’une odeur qui se rapproche de celle du céleri. On la rencontre dans les ruisseaux et dans les ravins de l’île de Corse. (Ancien Journal de médecine, par Roux, année 1763, tome 18, pag. 7.36.

D’après la description de Vacher, il est évident que c’est l’ œnanlhe crocata, ou bien l’espèce à suc incolore , qui a donné lieu à l’empoisonnement que nous venons de rapporter, et non ïœnant/ie Jistulosa. Plenck a commis une erreur à ce sujet , en citant l’observation de Vacher d’après les actes helvétiques. Tissot, qui parle du même accident dans son Avis au peuple , s’est également trompé en l’attribuant à la ciguë fdipendule. On donne quelquefois ce nom vulgaire à l’œnanthe fistuleuse. Lorsqu’il est question de plantes vénéneuses , il faut les distinguer avec soin , et ne point confondre les espèces, puisque la moindre méprise peut devenir fatale.

Un homme, âgé d’environ quarante ans, jouissant d’une parfaite santé, faisait défricher un pré sous ses yeux. Encore à jeun , il mangea gros comme le doigt d’une racine que ses ouvriers avaient trouvée en abondance en remuant la terre, et qu’il prit malheureusement pour des jouanettes ordinaires ; c’était la racine de l’œnanthe safranée. A peine était-il rendu à son domicile qu’il se plaignit d’une grande chaleur dans la

gorge. Une demi-heure après il perdit la parole , tomba sans connaissance , et fut pris de convulsions terribles , qui durèrent environ trois quarts d’heure et finirent par la mort, sans qu’il fût possible de lui administrer aucun secours, les dents ayant toujours été fortement serrées. Un domestique eut deux ampoules à la bouche pour avoir goûté de cette racine. Le médecin appelé auprès du malade , ayant cherché à reconnaître la plante fatale par la dégustation, fut sérieusement incommodé pendant vingt-quatre heures. Le cadavre, dont on ne put obtenir l’ouverture , exhalait une odeur putride quinze heures après la mort. Les parties génitales étaient violacées; le reste du corps n’offrait point cette couleur. ( Journal général de médecine, n° 3 1 4 , observation de M. Bry, médecin à Angers. )

Au mois d’octobre 1810, M. le docteur Réveillé- Parise, étant à Alcaniz, dans le royaume d’Aragon, fut appelé avec un de ses confrères pour donner des soins à cinq soldats , qui , disait-on , venaient d’être empoisonnés. Comme les accidens s’étaient immédiatement déclarés après un repas, l’hôte espagnol fut arrêté , ainsi que d’autres personnes ; il y eut même de la rumeur à ce sujet parmi la troupe et les habitans. Les deux médecins étaient fort indécis sur la nature du poison avalé par les malades, lorsqu’ils apprirent que ces soldats avaient été dans la campagne cueillir euxmêmes la salade qu’ils avaient mangée. Heureusement que les débris n’en avaient pas encore été jetés. On les fit apporter, et on reconnut Yœnanthe crocata , plante très-commune dans certains cantons de l’Espagne. Les feuilles et les racines de la plante avaient été man-

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gées. Les aceidens furent à peu près ceux qu’on a décrits dans l’observation précédente. Tous les malades éprouvèrent une chaleur brûlante à la gorge , mais deux seulement eurent des hallucinations. On employa d’abord l’émétique , puis la limonade et autres boissons acidulés. Bien que le traitement fût le même pour tous , et administré avec promptitude , trois malades succombèrent au bout de trois ou quatre heures, et les deux autres se rétablirent.

L’ouverture des cadavres , faite avec le plus grand soin , ne fit apercevoir aucune trace d’inflammation sur la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins; cette membrane était partout d’un blanc rosé, qui en annonce l’état d’intégrité. On remarqua seulement de la rougeur et quelques points blanchâtres à la gorge. (Même journal, n° 3i6.)

Rapprochons de cette observation deux faits qui offrent une différence frappante relativement à l’altération des tissus organiques. Trois soldats belges, trompés par la ressemblance des racines de l’œnanthe salranée avec celles d’une plante dont ils font usage dans leur pays, en mangèrent en grande quantité. Peu de temps après, ils éprouvèrent un malaise général , des nausées, des vertiges et des vomissemens. Les convulsions les plus violentes se succédèrent avec tant de rapidité , qu’ils sucombèrent en moins d’une heure, et avant tout secours. Les cadavres furent ouverts à l'hôpital de la marine de Brest. On trouva l’estomac resserré et phlogosé à son cul-de-sac et à sa petite courbure; ses parois épaissies , les intestins ballonnés et injectés. Les désordres étaient les mêmes chez les trois indivi-

dus. Les poumons d’un seul présentaient à leur surface externe quelques pétéchies. (Du val , Dissertation inaugurale. )

M. le docteur Kéraudren , médecin en chef des armées navales , a communiqué à l’Académie royale de médecine de Paris la relation d’un empoisonnement qui a eu lieu au port de Lorient parmi les détenus. Plusieurs individus étant parvenus à s’évader, et manquant de nourriture , trouvèrent dans les champs l’œnanthe safranée , dont ils mangèrent les racines ; mais ils ne tardèrent pas à éprouver des accidens affreux , des douleurs, des convulsions , enfin une raideur tétanique , qui fut suivie d’un coma profond et de la mort. La plupart de ces malheureux expirèrent au bout de quatre heures -, les autres furent sauvés par les soins qu’on leur prodigua à l’hôpital. A l’ouverture des cadavres , on trouva l’estomac phlogosé , et les vaisseaux de l’encéphale extrêmement gorgés de sang.

Les Transactions philosophiques renferment plusieurs autres accidens causés par le même poison : nous nous contenterons d’en extraire le fait suivant, parce qu’il offre quelques phénomènes particuliers. Huit enfans avaient mangé une grande quantité de racines d’œnanlhe. Quatre ou cinq heures après , 1 un d’eux tomba subitement sur le dos, et mourut dans les convulsions; quatre autres périrent dans la journée sans avoir pu proférer une seule parole. Des trois autres, l’un devint furieux , mais revint à lui le lendemain matin ; un autre perdit les ongles et les cheveux ; le troisième n’éprouva aucun accident. Celui-ci avait bu du lait chaud, et avait couru l’espace de deux milles, ce

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qui lui avait procuré une abondante transpiration.

Il résulte de ces différentes observations que l’œnanthe safranée n’exerce point une action constante sur l’économie animale-, que, le plus souvent, elle enflamme et corrode les tissus gastriques avec lesquels elle est en contact -, qu’elle irrite en même temps l’appareil nerveux , dont elle pervertit la sensibilité ; mais que, dans certaines circonstances, elle attaque directement les nerfs sans laisser des traces de phlogose dans le canal alimentaire, ce qui explique l’anomalie qui règne dans les symptômes suscités par ce poison. Cependant , dans le plus grand nombre de ras , les malades éprouvent un sentiment de feu à la gorge et à la région épigastrique , des douleurs plus ou moins vives , des vertiges , des vomissemens répétés , ou de vains efforts pour vomir, des défaillances , des spasmes , quelquefois d’horribles convulsions. On observe rarement des hallucinations, des symptômes comateux comme dans l’empoisonnement produit par la ciguë, l’opium , les solanées. Les émétiques sont encore ici le secours le plus efficace ; mais il n’y a pas un instant à perdre à cause du trismus , qui se manifeste quelquefois très-promptement. On donne ensuite des boissons délayantes et adoucissantes, du lait coupé, etc. Presque tous ceux qui n’ont point péri dans les premières heures ont été sauvés par cette méthode ou par des vomissemens spontanés. Dans quelques circonstances, la saignée devient indispensable pour combattre des irritations, des phlogoses imminentes.

Le genre œnanthe, qui produit de si violens poisons , renferme néanmoins quelques espèces , telles

que Vœnauthe peucedanijolici et Yœnanthe pimpinelloides, donl on mange, dit-on, les racines sans inconvénient. On en fait usage dans quelques départcmens de l’ouest sous le nom de jouaneltes, d 'abernotes, de méchous, etc. Ces racines croissent presque à la superficie du sol , et se composent de quelques petits tubercules allongés, ou de forme ovoïde, remarquables par leur blancheur intérieure.

Mais ne devrait-on pas renoncer à cet aliment suspect , qu’on peut d’ailleurs confondre avec les racines de l’œnanthe safranée , malgré leur différence ? Cellesci sont pivotantes , rondes, multipliées, réunies ensemble , quelquefois de la grosseur d’un fort navet ou d’une forte carotte, pleines d’un suc de couleur safranée, ce qui a valu à la plante l’épithète de crocata. Il ne faudrait pourtant pas juger de leur innocuité par l’absence de cette liqueur jaune , puisque M. le docteur Mérat vient de signaler une autre espèce d’œnanthe qui en est dépourvue , et qui n’est pas moins vénéneuse. M. Brotero la désigne sous le nom d 'œnanthe apiifolia. Elle ressemble beaucoup à la première espèce , avec laquelle elle a jusqu’ici été confondue 5 mais les feuilles sontplus divisées , les folioles plus aiguës ; la collerette générale est composée de cinq folioles, le suc des racines est aqueux et incolore. C’est donc une espèce à ajouter à la Flore Française. M. Merat en possède un échantillon qui vient des environs de Rennes. Nous devons à ce médecin distingué d’utiles recherches sur ces végétaux délétères. (Voyez le Journal général de médecine, n°“ 3 1 4 et 3 16.)

CERFEUIL. CHÆ ROPHYLLUM.

Calice entier. Pétales échancrés , inégaux. Fruit allongé, glabre ou strié à sa surface.

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