‹ Phytographie médicale (volume 3)Chapitre 42 sur 75 · CERFEUIL SAUVAGE. CHAEROPHYLLUM SYLVESTRE · texte numérisé non relu

CERFEUIL SAUVAGE. CHAEROPHYLLUM SYLVESTRE

Chœrophyllum sylvestre. Linn. Spec. 369. DC. Fl. Fr. 3425.

Jacq. Fl. Austr. t. 149.

Sa tige est cannelée, rameuse , velue , un peu renflée sous chaque articulation , haute de deux à trois pieds. Les feuilles sont grandes , deux ou trois fois ailées , à folioles allongées, pinnatifides et pointues ; les gaines sont recouvertes d’un duvet cotonneux d’une blancheur remarquable. Les fleurs sont blanches, et forment des ombelles médiocres , composées de huit à douze rayons. Les fruits sont lisses , luisans , d’une couleur brune it leur maturité.

Cette plante ressemble beaucoup à la ciguë commune par son port et son feuillage. On la trouve dans les vergers , dans les prés couverts où elle fleurit vers le mois de mai 5 elle se plaît principalement aux lieux où coulent des eaux vives. La racine est épaisse, allongée , blanchâtre , d’une saveur âcre , un peu aromatique; la tige elles feuilles ont une odeur nauséeuse et fétide.

On la regarde comme un poison pour les bestiaux lorsqu’elle est fraîche. Suivant l’auteur de la Flore de Sibérie , les vaches qui la mangent deviennent enflées et périssent. La racine , cueillie en hiver, a occa-

sioné , d’après Bauhin, l’assoupissement, des anxiétés , le délire , etc.

On place également parmi les plantes vénéneuses ou suspectes les espèces suivantes.

Cerfeuil bulbeux. Chærophjlluin bulbosum. Cette plante, commune dans les prairies de la Suisse et de l’Allemagne , a une racine fusiforme , une tige trèsélevée , fistuleuse, renflée sous ses articulations, velue vers sa base et tachée comme celle de la ciguë Ç conium maculatum ). Les feuilles sont trois fois ailées, à folioles incisées et dentées. Les fleurs sont blanches , les collerettes composées de cinq à sept folioles en alêne.

La racine et les semences sont narcotiques ; elles causent des maux de tête , des vertiges. Cette espèce de cerfeuil est quelquefois substituée à la ciguë ; mais elle n’a ni ses propriétés , ni son odeur vireuse. Au reste, on a souvent confondu ces deux plantes qui ont plusieurs traces de ressemblance. La méprise est presque infaillible pour ceux qui ne sont point botanistes , le port étant à peu près le même , et les tiges étant également tachées.

Cerfeuil enivrant. Chcerophyllum temulum. Celuici a une tige velue, rude au loucher, d’un pourpre noirâtre ou couleur de rouille à sa base. Ses feuilles sont velues sur les deux surfaces, à folioles découpées , obtuses. Les ombelles sont lâches , penchées avant l’épanouissement des fleurs, et composées de six à dix rayons. Les fruits sont oblongs, un peu striés. On trouve cette plante dans les haies , dans les lieux incultes ; elle répand uneodeur fétide quand on la froisse.

PHYTOGRAPHIK

D’après Pallas, elle est vénéneuse en Russie. Brugmans dit en avoir pris en Hollande une assez grande quantité sans accident ; il l’a seulement trouvée un peu narcotique.

BERLE. SIUM.

Calice presque entier. Pétales lancéolés ou en cœur, légèrement courbés à leur sommet. Fruit ovoïde , glabre , strié. Ombelles formées en général d’un petit nombre de rayons ; collerettes composées de quatre à dix folioles.

BERLE A LARGES FEUILLES. SIUM LA TIFOLIUM.

Sium latifolium. Linn. Spec. 361. DC. Fl. Fr. 3446. Fl. Dan. t. 246.

(Planche 82.)

Sa racine, noueuse , cylindrique et rampante , pousse une tige droite, rameuse, haute de deux â trois pieds. Les feuilles sont d’un vert luisant , ailées , composées de folioles ovales , lancéolées , dentées , glabres , souvent partagées en plusieurs lanières , surtout la terminale , qui est communément trifide. Les fleurs sont blanches , disposées en ombelles de douze à quinze rayons. La collerette générale est formée de cinq à six folioles linéaires, souvent incisées. Cette plante croît dans les lieux aquatiques , sur le bord des ruisseaux et des étangs.

La berle a une odeur forte , résineuse , et une saveur âcre. Sa racine , qui n’est point nuisible au printemps , se montre quelquefois très-délétère en été et

en automne , par la détérioration de ses principes aromatiques. Elle a produit des anxiétés, des vertiges et quelquefois un délire furieux. Beyersten , cité par Vicat , observe qu’elle a fait périr des enfans et des bestiaux. Les Actes de V Académie royale de Suède, tome 2, année ij5o, confirment sa virulence.

Les feuilles ont un peu d’âcreté , mais elles ne sont point malfaisantes. Nos vieux auteurs font l’éloge de leur vertu antiscorbutique.

HYDROCOTYLE. HYDROCOTYLE.

Calice peu apparent, presque entier. Cinq pétales égaux , entiers. Fruit orbiculaire , comprimé , marqué de nervures.

HYDROCOTYLE COMMUNE. HYDROCOTYLE FULGARIS.

Hydrocotyle vulgaris. Linn. Spec. 338. DC. Fl. Fr. 3557.

Fl. Dan. t. 90.

C’est une petite plante qui a des tiges rampantes , grêles , longues de quatre à cinq pouces -, des feuilles orbiculaires , crénelées, vertes, glabres, portées sur de longs pétioles qui s’insèrent dans le milieu de leur surface inférieure. Les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles , le long des tiges 5 elles sont blanches , quelquefois rougeâtres , fort petites , ramassées cinq à huit ensemble en une ombelle simple et serrée. Le fruit est comprimé et composé de deux semences demi-orbiculaires.

On a donné à cette plante les noms de gobelet, A’écuelle d’eau; son nom botanique, dérivé du grec,

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a le même sens. En effet la feuille arrondie , enfoncée dans son milieu , a presque la forme d’un petit vase. On la rencontre dans les marais, dans les étangs , dans les rivières , où elle fleurit en juillet et en août.

Elle possède une âcreté dangereuse pour le bétail. Lorsqu’on la déguste , elle excite la salivation , et une chaleur vive à la langue et aux parois de la bouche ; bientôt après on ressent une douleur pongitive dans la gorge , dans l’œsophage et jusque dans l’estomac. Brugmans , qui en a fait l’expérience, a en outre éprouvé de temps en temps , pendant toute la journée , des vertiges avec un peu d’assoupissement.

CONIUM. CO N IV M.

Calice entier. Pétales inégaux , courbés en cœur. Fruit presque globuleux; semences relevées de cinq côtes tuberculeuses, trois dorsales et deux latérales. Collerette générale à trois ou cinq folioles réfléchies ; collerette partielle à trois folioles disposées du côté extérieur de l’ombelle.

CONIUM MACULÉ. CONIUM MACULATUM.

Conium maculatum. Linn. Spec. 349. Jacq. Fl. Austr. t. 156. — Conium officinale. Chev. Fl. Par. 3. 623. — Cicuta major. DC. Fl. Fr. 3494.

(Planche 83.)

Sa racine est bisannuelle , pivotante , de la grosseur du doigt, d’un blanc jaunâtre , d’une odeur forte et d’un goût douceâtre. Sa tige est épaisse , fistuleuse , glabre, marquée inférieurement de taches sanglantes

ou d’un pourpre brun ; elle se ramifie et s’élève quelquefois jusqu’à la hauteur de cinq ou six pieds , suivant le terrain où elle croît. Ses feuilles sont grandes , trois fois ailées, composées de folioles pinnatifides, pointues, luisantes, d’un vert sombre, quelquefois d’une teinte glauque. Les fleurs sont blanches , disposées en ombelles très-ouvertes. Cette plante fleurit en juin et juillet. On la rencontre dans les terrains incultes , un peu frais , dans les décombres , près des habitations. Je l’ai observée dans les fossés qui entourent la petite ville d’A rmenticres, où elle croît abondamment.

La ciguë nous rappelle la mort de Socrate, de Phocion, de Philopémen ; mais on est encore incertain sur la composition du breuvage qui a fait périr ces hommes illustres. Le suc de ciguë était-il pur? ou bien était-ce un mélange de substances vénéneuses dont on avait parfaitement calculé les effets ? C’est ce que toutes les recherches des modernes n’ont pu nous apprendre. Socrate avale la ciguë , se promène , console ses amis éplorés, et, dès qu’il se sent engourdi , il se met sur son lit et s’enveloppe de son manteau. Déjà un froid mortel avait glacé son corps : il adresse quelques paroles à Criton , et , un instant après , il exhale son dernier soupir. Affaibli par une chute violente, dévoré de chagrins , chargé de chaînes , au fond d’un noir cachot , Philopémen n’a pas plus tôt appris que Lycortas et ses jeunes cavaliers sont hors de danger , qu’il se met sur son séant , prend la coupe fatale que lui offre l’exécuteur, se recouche , et s’éteint sans se plaindre. Ce n’est pas ainsi que succombent ceux qui ont fait usage de

PII YTOGR APHIE

notre ciguë ou des plantes qui portent ce nom. Au lieu d’une mort tranquille et douce , ils éprouvent des angoisses, des douleurs, des vertiges, des convulsions, et quelquefois un délire qui va jusqu’à la fureur : d’où on peut conclure que les Athéniens tempéraient les principes âcres (le la ciguë par le suc du pavot ou par quelque autre substance narcotique que nous ne connaissons point.

Quoi qu’il en soit , les caractères physiques de la ciguë des anciens , son port , son odeur , ses effets pernicieux, décrits par Théophraste , Dioscoride et Pline , annoncent une parfaite analogie entre cette plante et le conium maculatum de Linné , qui est notre grande ciguë. Cependant , après avoir parlé des qualités malfaisantes des semences et des feuilles , Pline ajoute que quelques personnes étaient dans l’usage , à Rome , de manger les tiges : Caulis autem viridis estur à pierisque. L’observation du naturaliste romain se retrouve dans quelques écrits modernes. Lescale rapporte qu’en voyageant en Lombardie, il fut fort étonné de voir servir de la salade où il y avait de la ciguë -, mais il revint de sa surprise, quand il sut que les habitans du pays en mangeaient, et qu’ils n’en étaient point incommodés. M. Chevallier, dans sa thèse inaugurale sur les ciguës indigènes, observe que le vinaigre qu’on met dans la salade devient l’antidote de la ciguë commune et détruit son action sur l’économie animale. Nous verrons bientôt si l’on peut compter sur la vertu préservai ive du vinaigre. On pourrait, ce me semble, expliquer ce fait par la ressemblance qui existe entre un grand nombre d’ombellifères , en sorte que des yeux mal exercés

ont bien pu confondre avec la ciguë le cerfeuil sauvage ou quelque autre plante voisine. Beaucoup de cultivateurs donnent le nom de ciguë à la plupart des scandix et des chœrophyllum , et surtout au chœrophyllum sylvestre , qui croît dans les prairies et qui lui ressemble beaucoup.

On a obtenu du conium maculatum de l’extractif, de la gomme-résine, du mucilage, une matière verte ou cloropliylle, une huile volatile très-odorante, et plusieurs sels. M. Brandesy a découvert un alcali végétal composé , qu’il nomme cicutin.

PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES

La grande ciguë répand une odeur fétide et vireuse qui lui est propre. La racine , les semences , les feuilles , le suc exprimé de l’herbe fraîche , son extrait préparé avec soin, sont vénéneux pour l’homme et pour quelques animaux (i). Les feuilles ont une saveur désagréable , salée. La racine a quelquefois été confondue avec le panais, k cause de son goût douceâtre. Plusieurs exemples prouvent également qu’on a pris les feuilles naissantes pour celles du cerfeuil et du persil ; on les distinguera facilement , si l’on compare leur odeur.

Mathiole raconte qu’un vigneron italien ayant cueilli des racines de ciguë pour du panais, les fit cuire, et les mangea à souper avec sa femme; que l’un et

(1 ) M . le professeur Delle Chiaje rapporte ( Enchir . di Tossicol.) que deux ânes ayant mangé vers la fin du mois de mai une certaine quantité de ciguë , moururent en quelques heures avec un météorisme extraordinaire : Morirono dopo niquante ore cou straordinario meleorismo.

l’autre , s’étant couchés immédiatement après , se réveillèrent vers le milieu de la nuit dans un état complet de démence ; qu’ils se mirent à courir eà et là dans la maison , et se heurtèrent violemment contre les murs, en sorte que le lendemain matin les voisins les trouvèrent couverts de sang et d’horribles contusions. Mathiole s’assura que cet accident avait été causé par la ciguë; car, s’étant rendu à l’endroit meme où les racines avaient été cueillies, il en trouva d’autres qui commençaient à pousser des feuilles. 11 cite également l’exemple d’un franciscain qui avait mangé un ragoût où l’on avait mis des feuilles de ciguë pour du persil, et qui resta fou pendant plusieurs mois. Ces trois malades furent guéris par ses soins. (Andr. Mathioli, Comment., pag. 988.)

Étant en garnison à Torrequemada , en Espagne , M. Haaf, chirurgien aide-major, fut appelé à sept heures du soir, le 7. mars 1812 , auprès d’un grenadier qu’on disait mourant. Il le trouva profondément assoupi , sans connaissance, respirant avec une difficulté extrême, et couché parterre dans une petite chambre étroite, basse, bien fermée, remplie de monde et de fumée. Son pouls était petit, dur, et ralenti jusqu’à trente battemens par minute; les extrémités étaient froides , la face bleuâtre , regorgeant de sang comme celle d’un homme étranglé. Le malade fut placé à l’air frais. M. Haaf apprit qu’il avait mangé avec plusieurs de ses camarades une soupe dans laquelle on avait mis de la ciguë ; que depuis le souper tous étaient comme ivres , et ressentaient des maux de tête et de gorge ; que ce grenadier en avait mangé une plus grande

quantité que les autres; qu’immédiatement après avoir soupe , il s’était couché et endormi; et qu’une heure et demie après on avait remarqué qu’il gémissait et respirait péniblement.

On lui donna douze grains de tartre émétique dissous dans l’eau chaude , et on lui fit respirer du vinaigre. Application sur la tête de fomentations froides; frictions sèches et chaudes sur les extrémités, pour y rappeler la circulation et diminuer la congestion cérébrale. Le malade commença à faire de vains efforts pour vomir , et bientôt son état , qui avait donné quelques espérances , s’empira visiblement. Néanmoins il parlait encore , et se plaignait d’avoir trèsfroid; mais il perdit de nouveau l’usage de la parole et de la connaissance, et ne manifesta plus que par des palpitations continuelles de la poitrine et de la région épigastrique l’extrême angoisse dont il était tourmenté. On lui fait avaler du vinaigre chaud, on le frotte sans cesse ; il expire trois heures après le souper fatal.

On trouva l’estomac à moitié rempli d’une bouillie crue , avec quelques points rouges autour du pylore. Le foie était très-volumineux ; il n’y avait aucune altération dans les intestins ; la veine-cave et le cœur étaient vides de sang. Le lobe gauche des poumons était sain ; mais le lobe droit était entièrement détruit par une suppuration précédente. A 1 ouverture du crâne, il s’écoula une quantité considérable de sang ; les vaisseaux du cerveau en étaient gorgés. ( Journal de médecine de M. Leroux, tome 23, page 107. )

La grande ciguë a plus ou moins d’énergie suivant

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la saison de l’année, le climat, le sol où elle végète. Ses propriétés s’exaltent pendant les chaleurs de l’été , dans les lieux exposés au soleil , dans les contrées méridionales. Elle est moins âcre , mais plus narcotique que les autres végétaux qu’on désigne quelquefois sous le même nom , tels que Féthuse et la cicutaire. Parmi les phénomènes suscités par ce poison , on remarque l’engourdissement, la somnolence, les vertiges, le trouble des sens, l’altération de la vue, les nausées, les vomissemens , les douleurs -gastriques, les défaillances, les spasmes musculaires, et quelquefois une excitation des plus violentes. On préviendra la plupart de ces accidens en provoquant le vomissement dès l’apparition des premiers symptômes ; on donnera ensuite avec profusion de l’eau vinaigrée ou d’autres boissons acides. (Voyez plus bas la méthode curative générale.)

PROPRIÉTÉS MÉDICALES

Après avoir joui d’une grande célébrité comme poison, cette plante a pris rang, vers la fin du siècle dernier, parmi lesmédicamens héroïques, d’aprèsles belles expériences de Storck. Toujours guidé par les plus nobles sentimens , ce médecin fait d’abord des essais sur les animaux et sur lui-même 5 il choisit ensuite les affections les plus rebelles, les engorgemens squirrheux , les cancers , et il nous apprend par des observations nombreuses, fondées sur les témoignages les plus authentiques , que la ciguë peut quelquefois guérir ces maux, et presque toujours les soulager. Mais en vain de grands praticiens ont confirmé par leurs suffrages et par l’observation la plus attentive les faits

recueillis par le médecin de Vienne ; l’envie, cette rouille caustique qui s’attache aux plus belles découvertes, a voulu lui ravir ce nouveau triomphe. Qu’un critique de nos jours ait cherché à tourner en dérision jusqu’au titre si honorable d 'archiatre; qu’il ait accusé les disciples et les amis de Storck d’une complaisance servile , ses traits ne sont point à craindre dans un ouvrage où l’invective se mêle si souvent aux discussions médicales ; mais que Cullen ait aussi reproché aux médecins de Vienne d’avoir prodigué les éloges à la ciguë , d’avoir surpris la foi de Storck par de faux rapports pour lui complaire et le flatter , en raison du rang qu’il occupait à la cour , c’est ce qui nous étonne dans un auteur grave, judicieux, et justement célèbre.

Parmi les médecins qui ont éprouvé l’efficacité de la ciguë contre le squirrhe , les ulcères de mauvaise nature, nous citerons Ludwig, Locher, Fothergill, Quarin, Collin, Ortega, Vivenzio, Tissot, Gilibert, Razous, Barthez, Fouquet, etc. Tissot avait employé l’extrait ordinaire de la plante. Ce remède calmait les douleurs du cancer, mais ne le guérissait point. Il le fit préparer ensuite d’après le procédé de Storck , et il obtint les plus heureux effets dans plusieurs cas d’écrouelles et de cancer. Lorsque le mal était incurable, il procurait toujours quelque soulagement. C’est , ditil , un remède spécifique dans plusieurs cas , qu’aucun autre ne peut remplacer , et dont il serait très-fâcheux qu’on négligeât l’usage. Gilibert, passant à Vienne à une époque où l’on répétait les expériences de Storck , vit , à l’hôpital de Pazmann , plusieurs malades qui avaient été guéris du cancer par la ciguë. Il guérit lui-

même à Grodno , avec l’extrait de la ciguë du pays , un carcinome à la langue. A la vëritë , Fothergill n’a jamais triomphé du cancer avec le secours de ce remède -, mais il assure que son usage a souvent diminué les douleurs, qu’il a arrêté les progrès de l’ulcère, et rendu la suppuration meilleure, eu égard à la couleur, à la consistance et à l’odeur. Cullen lui-même avoue que la ciguë modère les douleurs , qu’elle a guéri des ulcères survenus à des tumeurs squirrheuses , quelquefois même des ulcères approchant de la nature du cancer. Deux observations du docteur Gruelmann, insérées dans sa thèse inaugurale, De usu cicutœ , etc., constatent également les vertus sédatives de la ciguë dans les ulcères carcinomateux. L’extrait, administré graduellement jusqu’à la dose de vingt à trente grains, matin et soir, a calmé les élanceinens, qui étaient devenus atroces.

Toutefois des médecins très-recommandables , tant en France que dans les pays étrangers, n’ont pas obtenu les mêmes résultats ; il en est même qui prétendent que ce remède aggrave la maladie et accélère le moment fatal. Sans doute on a vu périr beaucoup de personnes affectées de cancer, bien qu’on n’eût pas ménagé la ciguë ; mais ces faits , quelque nombreux qu’ils soient, ne peuvent détruire d’autres faits qui attestent des guérisons. Faut-il nier qu’on a guéri des hydropisies parce qu’on voit chaque jour des hydropiques conduits au tombeau ? Le professeur Pinel , qu’on n’accusera pas de trop de crédulité en fait de médicamens , dit, dans sa Nosographie , article cancer : « On ne « peut point ignorer les heureux effets que Storck a

MÉDlCAI.Ii.

« retirés de l’usage interne de la ciguë 5 et en supposant « même un peu de partialité de sa part en faveur de ce « remède » , ce qu’il ne faut point supposer à l’égard d’un homme qui avait autant d’élévation dans le caractère, « les faits ont été si multipliés, qu’on ne peut « qu’être porté à renouveler des essais de ce genre « contre une maladie peut-être la plus déplorable dont « l’espèce humaine puisse être affligée. »

Il n’est que trop vrai que la ciguë est ordinairement impuissante contre le carcinome ; mais on a remarqué quelle produisait au moins une meilleure suppuration de la plaie cancéreuse. Cette cruelle maladie attaque assez souvent les personnes d’une constitution ardente , irritable , tourmentées par le chagrin ou quelque autre affection morale profonde, sujettes à la colère, aux emportemens. Quel secours peut offrir la ciguë, lorsque toute l’organisation est en proie à une sorte de venin qui la consume?

. Calido sub 1 reclore masrula bilis

Inlumuit , quant non exlinxeril urnn cicutœ.

Pe us. , Sat. 5.

On a essayé la ciguë avec plus ou moins de succès dans les maladies lymphatiques , dans les affections nerveuses et convulsives. Bergius, Fothergill, Ranh, Baumes, Hufeland, et quelques autres praticiens, ont constaté ses bons effets dans les engorgemens de nature strumeuse. C’est en modifiantla sensibilité des organes , en détruisant les spasmes des vaisseaux des glandes , qu’elle améliore l’état des enfans scrophuleux. Avec ce médicament on a dissipé des névralgies , des douleurs sciatiques, des toux convulsives rebelles, des irrita-

tions, des spasmes, etc. Guillaume Butter a recommandé l’extrait dissous dans un peu d’eau sucrée contre la coqueluche. On en donne un grain matin et soir, et on augmente peu à peu les doses. S’il y a constipation , ony ajoutedelamagnésie. Sauvages {Nosologie méthodique) parle d’une fille qui éprouvait des accès fréquens d’épilepsie à la suite d’une frayeur ; elle était pâle, bouffie , mal réglée , sujette auparavant à un vomissement habituel. Après avoir fait usage pendant deux mois de l’extrait deciguë, le flux menstruel reparut , lesvomissemens cessèrent , et elle jouit ensuite d’une santé parfaite.

Quelques faits constatent l’utilité de la ciguë dans le traitement de la phthisie pulmonaire. Quarin a dissipé une phthisie qui avait succédé à des douleurs vagues , et qui était parvenue à un degré fort avancé. L’excellent ouvrage du professeur Baumes renferme une observation intéressante où l’extrait de ciguë a eu un succès complet.

Une demoiselle avait éprouvé à l’âge de dix-neuf ans un catarrhe aigu , qui avait donné de vives inquiétudes pour la poitrine. Deux ans après , il était survenu une toux sèche avec oppression après la moindre fatigue. Le lait, continué pendant plusieurs mois, avait dissipé ces symptômes ; cependant les glandes du cou s’engorgèrent, et le flux menstruel devint irrégulier. Vers la fin de la vingt-cinquième année , la toux et l’oppression revinrent; on leur opposa inutilement l’usage du lait. La maigreur et la fièvre lente ne tardèrent pas à aggraver l’état de la malade. Quelque temps après, il se manifesta une affection aiguë de poitrine , qui fut bientôt suivie de mauvais crachats , et de tous les signes qui

caractérisent une suppuration intérieure. Plusieurs remèdes , pris dans la classe des adoucissans , des fébrifuges et des balsamiques , furent sans effet. M. Baumes proposa à la malade l’extrait de ciguë , qu’elle prit pour la première fois à la dose de deux grains. On augmenta de deux grains tous les quatre jours , et on parvint jusqu’à deux gros par prise, qu’on réitérait matin et soir. Au bout de neuf mois , ce médicament opéra une guérison radicale. Les seuls auxiliaires furent le laitage et un régime végétal. (De la phthisie pulmonaire , tome 2, page 285.)

Les maladies cutanées , et particulièrement la teigne, les dartres, qui sont le plus souvent l’écueil de l’art, ont été traitées avec succès par les applications topiques et par l’usage intérieur delà ciguë. Murray cite un fait de teigne faveuse rebelle à tous les moyens connus , et qui céda à l’emploi de ce médicament. Le malade portait jour et nuit un bonnet rempli de ciguë cuite à l’eau , et à chaque renouvellement de cataplasme , on faisait des lotions avec la décoction de la même plante mêlée avec du lait. On donnait en même temps l’extrait de ciguë , d’abord à la dose de deux grains , et progressivement jusqu’à un scrupule. Ce traitement fut continué pendant deux mois. On purgeait le malade de temps en temps, et on observait une grande propreté.

M. Lespine, médecin du prytanée militaire à La Flèche , a publié une observation semblable dans le 38e volume du Journal général de médecine. L’extrait de ciguë fut porté depuis un grain jusqu’à cinquante ; mais on ne put dépasser cette dose , parce qu’alors le malade se plaignait de difficulté d’uriner, de vertiges , d’éblouis-

semens. On continua ainsi pendant trois mois, en faisant en même temps usage de lotions et de cataplasmes de ciguë. Ce médecin a obtenu les mêmes succès dans plusieurs cas analogues; mais il a été quelquefois obligé , pour nettoyer entièrement la peau , d'employer, vers la fin , un mélange d’oxyde blanc de mercure et d’onguent rosat. Ainsi que Storck, il a observé que l’extrait de ciguë, donné même à petites doses, augmentait sensiblement le cours des urines, qui déposaient alors un sédiment épais et muqueux. A hautes doses, les urines devenaient mordicantes, et elles exhalaient assez souvent une odeur nauséabonde à peu près semblable à celle de l’écoulement de la tête.

On a consigné dans la Bibliothèque américaine les détails d’une affection invétérée de la vessie entretenue par un principe dartreux, et qui a été complètement guérie par l’extrait de ciguë , administré d’abord à la dose de quelques grains , et peu à peu à celle de trois gros. Le docteur Valentin , auteur de cette observation , ne dépassa point la dose d’un gros tant qu’il observa une grande propension au sommeil et quelques mouvemens convulsifs des lèvres ; mais ensuite il l’augmenta graduellement jusqu’à trois gros par jour. Le malade, affecté depuis trois ans d’une strangurie douloureuse , pour laquelle il avait employé une multitude de remèdes, commença à éprouver une amélioration sensible. On diminua cependant les doses de la ciguë , à cause d’une salivation abondante qui était survenue, pour revenir ensuite peu à peu à la même quantité. Dès ce moment, le malade put rendre un verre d’urine sans interruption et sans douleur. Une dartre, qu’il

portait à la jambe , lorsqu’il commença l’usage de ce médicament , avait entièrement disparu , et toutes les fonctions naturelles étaient rétablies. On calcula qu’on avait employé pendant l’espace d’un an près de quatre livres d’extrait de ciguë.

Les anciens plaçaient la ciguë parmi les substances froides. D’après cette hypothèse, ils l’employaient pour apaiser les irritations érotiques ; ils croyaient même que son usage prolongé causait l’impuissance virile. Mais , quand il n’existerait pas des faits contraires , il serait toujours dangereux d’avoir recours à un pareil remède , surtout si on le prenait à hautes doses. Duval raconte que l'aspect d’une jeune beauté avait allumé dans son cœur un amour violent et subit. Fatigué par les combats réitérés que lui livrait la plus fougueuse des passions, il lut un jour dans saint Jérôme que la ciguë était un antidote assuré contre elle. Charmé de cette précieuse découverte, il se fait apporter sur-le-champ une bonne quantité de cette herbe , et la mange en salade -, cette imprudence pensa lui coûter la vie ; il fut dangereusement malade , et il ressentit long-temps après les funestes effets du poison. ( OEu rres de Valentin Jamerai Duval , tome i, page i5.)

Les effets de la ciguë varient singulièrement suivant le sol où elle a été recueillie , et surtout suivant le mode de sa préparation. Colebrook se plaint de ce que l’extrait est presque inerte en Angleterre, en sorte qu’il faut le remplacer par l’herbe elle-même fraîchement cueillie. D’après la remarque de Morris, l’extrait fourni par la ciguë de Portugal renferme plus de principe extractif résineux , et a plus d’efficacité que celui qu’on

prépare à Vienne. Fothergill recommande de cueillir la plante lorsque les fleurs commencent à tomber et que les fruits se montrent. La meilleure est celle qui croît dans les vallées, sur un sol humide, exposé aux rayons du soleil. On peut l’administrer de plusieurs manières. Quelques médecins préfèrent le suc exprimé de l’herbe fraîche , depuis la dose de dix gouttes jusqu’à celle de soixante, et plus. Bergius dit en avoir donné jusqu’à une once chaque jour sans inconvénient. On lit aussi dans les Mélanges des curieux de la nature qu’un homme de lettres en prenait tous les matins trois onces pour dissiper des rougeurs qu’il avait au visage, sans éprouver d’autre accident qu’un peu de faiblesse. Mais, d’après les faits que nous avons recueillis, pourrait-on donner impunément d’aussi fortes doses de suc de ciguë dans tous les pays et à toutes les époques de l’année (i)?

(1) Lorsque j’écrivais ces lignes, je ne connaissais point le Formulaire medical du docteur Sainte-Marie, et je vois avec plaisir que ce praticien distingué partage mes craintes. La grande ciguë abonde dans les prairies des environs de Lyon , où sa végétation est à peine suspendue pendant deux mois de l’hiver. Mais son suc est bien autrement actif en juin et en juillet , époque de sa plus parfaite maturité , que dans les mois de mars et d’octobre ; et telle dose qui pourrait être donnée impunément en hiver produirait au milieu de l’été un dangereux narcotisme. M. Sainte- Marie préfère le suc de la plante à son extrait, et aux diverses préparations usitées dans les officines. Il l’administre principalement dans les affections strumeuses, d’abord à la dose d’une cuillerée à café , et peu à peu à celle d’une cuillerée à bouche, dans un véhicule approprié. Il est rare que l’on puisse dépasser cette dose , si le suc n’est ni filtré ni clarifié , c’est-à-dire si l’art du pharmacien ne lui a enlevé aucun de ses principes. (Saints- Marie, Nouveau Formulaire medical .)

D’autres prescrivent la poudre à la dose de dix ou douze grains , et ensuite à des doses plus élevées. La prudence exige qu’on débute toujours par une trèsfaible quantité , et qu’on ne l’augmente qu’à mesure que le malade se familiarise avec ce remède. Si la poudre est récente et préparée avec soin, une dose moyenne suffit pour exciter des symptômes graves. Cullen parle d’une femme affectée d’un cancer au sein, qui prenait de la poudre de ciguë, et qui était parvenue par gradation à la dose d’un gros , sans éprouver le moindre effet. Elle fit usage d’une nouvelle poudre, et débuta par vingt grains seulement $ mais cette dose faillit la tuer. Au bout de quinze minutes, elle fut prise de tremblemens, de vertiges , de délire, de convulsions. Lorsque les médicamens fournis par la ciguë ne produisent à une certaine dose aucun effet sensible , il est probable qu’ils ont été mal préparés ; il faut alors les changer, en commençant toujours par de faibles doses.

L’extrait de ciguë , qui est la préparation la plus employée , offre une différence étonnante dans sa qualité et dans son action. Je suis porté à croire qu’on le prépare fort mal , du moins dans certains pays , puisque le docteur Valentin , qui a beaucoup voyagé , assure en avoir souvent pris d’emblée deux ou trois gros, sans en ressentir le plus léger effet. Il faut peu compter sur les extraits qu’on prépare avec la décoction de la plante sèche.

Ainsi que nous l’avons déjà observé, on confond assez souvent la ciguë avec d’autres ombellifères, parce que les plantes de cette famille ont entre elles beaucoup de ressemblance. Cette méprise est fréquente

avec le cerfeuil sauvage , surtout avec le cerfeuil bulbeux dont la tige est tachée comme celle du conium maculé. Ce qui les distingue, c’est que l’ombelle de ces plantes n’a point de collerette , tandis que celle du conium en est pourvue. D’ailleurs , les fruits n’ont pas la même configuration ; globuleux et relevés de côtes tuberculeuses dans la ciguë, ils sont lisses et allongés dans le cerfeuil. Cela pourrait expliquer les plaintes des médecins relativement à l’extrait de ciguë. Il est certain que cet extrait est souvent inerte , soit qu’il ait été mal préparé, soit qu’on ait employé pour sa préparation quelque autre ombellifère.

Extrait de ciguë de Storck. On choisit en juin, un peu avant la floraison, une suffisante quantité de belle ciguë , et on la pile dans un mortier de marbre ou de bois, avec quelques gouttes d’eau. On exprime à la presse son suc , que l’on passe dans un linge. Par une évaporation modérée sur le bain-marie, la fécule verte se coagule ; on la passe, et on continue de faire concentrer le suc, en remuant fréquemment avec une spatule, pour qu’il ne brûle pas au fond de la bassine. Vers la fin, on retire l’extrait du feu, et l’on y incorpore la fécule verte restée sur l’étamine. Storck recommande d’y mêler Orne quantité suffisante de poudre de ciguë pour en former une masse propre à être divisée en pilules. Cet extrait est fétide et d’itn vert noir. On le donne à la dose de trois ou quatre grains , et on augmente progressivement, suivant les effets qu’il produit. Dans les affections cancéreuses, il faut l’employer avec persévérance, et h fortes doses, pour obtenir du succès. Assez souvent les pupilles se dilatent,

Je malade éprouve des démangeaisons sur les paupières, de la raideur dans les mouvemens, quelquefois des vertiges; mais ces symptômes cessent bientôt en lavant le visage avec de l’eau fraîche, et en buvant de la limonade ou de l’oxycrat. Lorsque les douleurs sont atroces , il est utile de combiner la ciguë avec l’opium. Ce mélange produit quelquefois des effets sédatifs qu’on n’obtient point des. deux substances administrées isolément.

On emploie l’extrait de ciguë dans la syphilis invétérée , accompagnée de douleurs ostéocopes , d’exostoses, etc.; dans les obstructions abdominales, dans les engorgemens de la rate, à la suite des fièvres quartes. On augmente son action en l’unissant au calomel , au kermès minéral, au soufre doré d’antimoine, au tartre stibié. Ces combinaisons deviennent quelquefois très-etlicaces dans les affections scrophuleuses , les maladies de la peau , les dartres rebelles.

Pilules de ciguë contre les dartres. Prenez, extrait de ciguë, deux gros; oxyde d’antimoine sulfuré orangé , depuis douze jusqu’à trente grains. Faites des pilules de quatre grains chacune. Lorsqu’on allie le tartrate antimonié de potasse à l’extrait de ciguë, la dose est d’un ou deux grains par gros d’extrait.

Pilules de ciguë contre la jaunisse chronique. Prenez, extrait de ciguë, demi-once ; aloës, deux gros. Mêlez exactement , et faites des pilules de quatre grains chacune. On en prend une le matin , une à midi et une autre le soir, en buvant après chaque pilule une tasse de décoction de chiendent ou de saponaire bien miellée.

RHYTOGR APHIE

Pilules de ciguë de Stoll. Prenez , extrait de ciguë , demi-once-, extrait d’aconit, un gros; mercure sublimé corrosif, quinze grains ; sirop de cannelle, suffisante quantité pour former trois cents pilules. La dose est de quatre pilules par jour. On boit en même temps quelques tasses de tisane de douce-amère on de salsepareille. C’est un remède héroïque contre les vieilles dartres, contre les affections strumeuses ou syphilitiques invétérées.

On prépare avec les feuilles fraîches de ciguë des cataplasmes , des fomentations , des bains qu’on prescrit avantageusement contre les ulcères de mauvais caractère, contre les tumeurs des articulations, l’engorgement des glandes et des testicules. Le docteur Hannin a vu guérir, en Suisse, un montagnard couvert d’ulcères vénériens , profonds et douloureux , par l'usage des topiques de ciguë.

Les bains préparés avec cinq ou six poignées de ciguë fraîche ont été vivement recommandés par le professeur Hufeland contre la maladie scrophuleuse. On y joint quelques poignées de menthe , de fleurs de camomille, et une livre de son de froment. On met le tout dans un sac de toile, et on le fait bouillir pendant quelques minutes dans une quantité d’eau suffisante, en ayant soin d’exprimer plusieurs fois le sac. On verse ensuite cette décoction dans l’eau du bain , où le malade ne reste d’abord qu’un quart d’heure. On le garantit des vapeurs de la décoction en étendant un drap sur la baignoire, et en lui faisant respirer du vinaigre. Il faut continuer l’usage de ces bains pendant quelques semaines ; ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’ils

opèrent. Mais alors ils ont quelquefois des effets surprenans. Us fondent l’engorgement rebelle des glandes, dissipent les éruptions , et guérissent les ulcères, ainsi que les tumeurs douloureuses qui se forment sur les os.

ANGÉLIQUE. ANGËLICA.

Calice à cinq dents peu marquées. Pétales lancéolés , courbés au sommet. Styles réfléchis. Fruit arrondi ou ovale, anguleux; semences creusées sur la face interne d’une strie longitudinale, convexes en dehors et relevées de cinq côtes. Collerette générale à trois ou cinq folioles ; collerette partielle à cinq ou huit folioles.

Qu’elle est douce la mélancolie à laquelle on s’abandonne au déclin d’un beau jour! Les coteaux qui m’entourent réfléchissent la pourpre du couchant; les fleurs de la prairie, négligemment penchées, confient leurs parfums aux brises du soir qui les répandent dans toute la vallée.

Que de belles plantes au bord de ce ruisseau! C’est l’angélique sauvage, déployant sur sa haute et vigoureuse tige une vaste ombelle ornée de fleurs d’un blanc mêlé de rose. Comme cette nuance délicate contraste harmonieusement avec la douce verdure des feuilles et des rameaux ! C’est la salicaire vive , fraîche , vermeille, qui se balance et se mire dans l’onde. C’est la spirée ulmaire, reine des prés par sa taille imposante , par ses superbes corymbes de fleurs blanches et suaves.

Le palais des rois est là devant moi , silencieux , désert , s’élevant de toute sa grandeur sur la triste cité de

PHYTOGRAPHJE

Versailles; il n’y a plus que de vieux souvenirs .

Mais quelle pompe vient charmer mes regards ! Le nymphaea nage tranquillement sur les eaux, porté comme en triomphe sur un tapis de verdure. Quelle richesse dans cette corolle formée d’un triple rang de pétales d’albâtre où se mêle l’or d’un nombre infini d’élamines ! Quel doux parfum s’exhale de son sein ! Le soleil va bientôt quitter l’horizon; cette belle fleur ne tardera pas à se plonger et s’endormir dans l’onde. Les premières clartés du jour la ramèneront à la surface du ruisseau. O nature! ô Providence! qui pourrait approfondir vos mystères !

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