FÉRULE DE PERSE. FERU LA AS S A- FOE T IDA
Ferula assa-fœtida. Linn. Spec. 356. Kæmpf. Amaen. exot. 535. Cum icône.
Cette plante, figurée dans le 75' volume des Transactions philosophiques , diffère beaucoup de l’aJMfcetida de Kœmpfer -, elle est cultivée dans le jardin botanique d’Edimbourg.
Sa tige est rameuse, droite, haute d’environ deux pieds, glabre, légèrement striée. Les feuilles sont deux ou trois fois ailées , pinnatifides , à folioles incisées. Les fleurs sont d’un blanc jaunâtre , disposées en ombelles terminales de vingt à trente rayons. Toute la plante répand une odeur alliacée. Il découle des incisions pratiquées sur la racine, la tige et les rameaux, un suc laiteux , dont l’odeur et la saveur ressemblent à celles de l 'assa-fœtida.
La substance gommo-résineuse , connue sous le nom d’ assa-fœtida , provient probablement de plusieurs espèces de férules qui croissent en Perse et dans les Indes orientales. Ün l’obtient, suivant Kœmpfer, en coupant transversalement la racine de la plante. Après chaque section , il se ramasse sur la partie tronquée un suc épais, lactescent, qu’on laisse sécher à l’air et qu’on enlève ensuite avec soin. On trouve dans le com-
merce l’assa-fœtida en larmes jaunâtres et en masses solides, formées de divers grumeaux d’une couleur brune ou fauve, d’une odeur fétide, alliacée, d’une saveur amère un peu âcre. M. Pelletier a obtenu de cette substance une résine qui se colore en rouge à la lumière; une huile volatile, à laquelle elle doit son odeur et son âcreté ; une gomme semblable à la gomme arabique ; une matière analogue à la gomme de Bassora et du malate acide de chaux.
L’assa-fœtida , que sa qualité nauséabonde a fait apappeler stercus diaboli, est pour les Indiens un agréable assaisonnement et un très-bon stomachique. Les médecins ont cru trouver dans cette substance fétide un remède spécifique contre certaines affections du système nerveux, telles que l’hystérie , les spasmes , les convulsions, etc. Whitt et Tissot, qui se sont spécialement occupés des maux de nerfs, en font un grand éloge. Mais il ne faut pas oublier que ce médicament est très-actif; que les maladies nerveuses sont très-souvent accompagnées d’un état d’irritation, d’un excès de chaleur, ou d’une sensibilité vive de l’estomac; que les antispasmodiques , pris dans la classe des excitans , aggravent, tandis que l’usage des bains tièdes, des boissons tempérantes et sédatives produisent un soulagement remarquable. Lorsqu’on a combattu cet état morbide parles moyens appropriés, on peut avoir recours aux antispasmodiques, et particulièrement à l’assa-fœtida, qui a une influence spéciale sur les nerfs , et dissipe quelquefois très-promptement les palpitations , les étouffemens ,les spasmes , et une foule d’autres symptômes qui dérivent d’une sensibilité dépravée.
Dans les attaques violentes d’hystérie , avec resserrement spasmodique de la gorge et suffocation imminente, il suffit souvent d’un clystère avec l’assa-f'œtida pour faire disparaître ces accidens. Le docteur Wauters, qui lui a dû de nombreux succès dans les affections convulsives , dans la chorée , ou danse de Saint-Guy, l’administrait , sons la forme d’émulsion , avec le sirop de violette. Il est certain que les gommes fétides sont de précieux médicamens dans les maladies nerveuses, quand on peut vaincre la répugnance des malades , et les leur donner à fortes doses. Ego sanè , à quo tenipore assam fœtidam libéra lias ingessi, sanatos aliquoties lœtus viJi morbos neivosi generis , multùrn diüque incassùm per exquisilissima remédia sol/icitatos. (Voltelen , Pharmacologia universa. ) Cet auteur distingué rapporte deux exemples très-remarquables des vertus de l’assa-fœtida dans le traitement des névroses.
Une jeune fille , effrayée par l’aspect d’un incendie, poussa des cris continuels pendant un quart d’heure, et s’évanouit. Dès ce moment , elle fut sujette à des accès de vapeurs, qui commençaient par des cris aigus, et se terminaient ordinairement par une syncope, quelquefois par des ris immodérés. Elle resta pendant deux ans dans cet état fâcheux. Après uue foule de moyens tentés sans succès, Voltelen eut recours àl’assafœtida , dont il donnait chaque jour un gros et demi et plus sous la forme d’émulsion. Ce médicament diminua d’abord la fréquence des paroxysmes, et bientôt après il les fit disparaître entièrement. Un effet digne de remarque* d’est une salivation très-abondante exci-
tée par l’assa-fœtida , en sorte qu’on fut obligé d’en suspendre l’usage ou d’en diminuer les doses pendant quelques jours. Une autre demoiselle, âgée de vingttrois ans, fut prise de convulsions épileptiques à la suite d’une frayeur. Les accès , qui étaient très-violens , avaient lieu surtout pendant la nuit, et revenaient toutes les deux ou trois semaines. Un médecin habile avait inutilement essayé pendant trois ans les meilleurs remèdes. On employa Tassa-fœtida , d’après le conseil de Voltelen. Le premier effet de ce médicament fut un intervalle de six semaines entre les paroxysmes. La malade en continua l’usage pendant dix mois à doses peu à peu décroissantes , et elle obtint enfin un parfait rétablissement.
Le docteur Vieussëus, de Genève, a éprouvé les bons effets de Tassa-fœtida dans le croup , accompagné de symptômes spasmodiques. Une petite fille, affectée de cette maladie, était presque guérie au troisième jour. A cette époque , tous les accidens revinrent avec la même violence. L’application des sangsues à la gorge diminua la fièvre, mais l’état du conduit aérien était le même. On administra Tassa-fœtida pendant huit jours , et Ton obtint une entière guérison. L’asthme aigu de Millar, dont Wichmann a tracé le diagnostic avec une grande précision , et qu'il regarde comme une affection purement spasmodique , a été traité de la manière la •plus heureuse par le premier aVec l’assa-fretida 5 et par le seeond avec le musc, uni à cette gomme-résinei Plusieurs de nos médecins, et particulièrement M. Double et M. Giraudy, admettent également une espèce de croup d’une nature nerveuse , où les antispasino-
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diques doivent former la base de la méthode curative. Barthez recommande également l’assa-fœtida comme un moyen précieux dans l’asthme convulsif, l’angine de poitrine d’une nature goutteuse ou rhumatique.
D’autres praticiens ont signalé sa faculté vermifuge , et tout le monde connaît les pilules de Frédéric Hoffmann, préparation excellente, où cette gomme fétide est combinée avec le calomel, la myrrhe et le safran. La teinture d’assa-fœtida, administrée le matin à jeun dans du vin , est délétère pour les vers lombricoïdes.
On donne l’assa-fœtida en bols, en pilules , en émulsion , depuis la dose de dix grains jusqu’à celle d’un gros. La teinture alcoholique se prescrit depuis trente ou quarante gouttes jusqu’à un ou deux gros, qu’on ajoute aux potions excitantes et antispasmodiques. L’esprit ammoniacal fétide est une solution d’assafœtida dans l’ammoniaque liquide, qu’on administre par gouttes dans les affections hystériques.
Teinture antispasmodique. Prenez, assa-fœtida, un scrupule; liqueur de corne de cerf succinée (ammoniaque succinée), une once. Mêlez et opérez une parfaite solution. La dose est de dix , quinze ou vingt gouttes dans un demi -verre d’eau froide, trois fois par jour. On a guéri l’épilepsie avec ce seul remède.
Bol antispasmodique. Prenez, assa-fœtida, demigros ; camphre , douze grains ; musc , six grains. Préparez huit bols suivant les règles de l’art. On en prendun de deux en deux heures dans les affections nerveuses avec asthénie.
Pilules fétides sédatives de Gorter. Prenez , assafœtida, un scrupule ; castoréum , six grains; extrait
d’opium, un grain. Formez des pilules de quatre grains. La dose est d’une ou deux pilules matin et soir.
Emulsion d’assa-fœtida de Wauters. Prenez, assafœtida, trois gros. Triturez avec six onces d’eau de fontaine , et ajoutez une once de sirop de fleurs de violette. On prescrit cette émulsion par cuillerées dans les maladies convulsives.
Mixture antispasmodique de Kopp. Prenez, assafœtida , un gros ; mucilage de gomme arabique et sirop de guimauve, de chaque, une once. Le docteur Kopp a obtenu de très-bons effets de ce mélange dans la coqueluche. On en donne une cuillerée à café , de deux en deux heures , aux enfans de trois à quatre ans. Il faut en continuer l’usage pendant plusieurs semaines;
Nous venons de parcourir une famille féconde en plantes actives. Celles qui habitent des lieux humides , marécageux, sont âcres, et pour la plupart vénéneuses. Les ombellifères qui croissent dans des terrains secs , élevés, sont stimulantes, aromatiques, rarement nuisibles 5 mais elles peuvent le devenir hors de leur habitation naturelle : les eaux stagnantes , bourbeuses , détériorent leurs principes , et les rendent quelquefois délétères.
Parmi les ombellifères suspectes , nous rangerons le sélin sauvage ( selinum sylvestre) et le sélin des marais ( selinum palustre) , qui, d’après L’Écluse, ont quelquefois produit des convulsions, des irritations gastriques, etc. Leurs tiges, brisées, donnent un suc il. 27
laiteux amer, un peu âcre. La berce (hcracleum spho/idjlium) infeste les prés des collines et des montagnes; elle acquiert des qualités âcres lorsqu’elle végète dans des terrains fangeux. Sa racine est fusiforme, remplie d’un suc jaunâtre; son écorce enflamme la peau. Les peuples du Nord retirent, parla fermentation des tiges dans l’eau , un alcohol qui devient pernicieux , si l’on n’a pas eu soin de les dépouiller de leur enveloppe corticale. Quelques observations prouvent que les racines du panais cultivé ( pastinaca sativa ) peuvent acquérir en vieillissant des qualités nuisibles; elles ont produit le délire, des vertiges, des anxiétés, etc.