CLÉMATITE DROITE. CLE MA TI S ERECTA
Clematis erecta. Linn. Spec. 767. DC. Fl. Fr. 4592.
Jacq. Fl. Austr. t. 291.
(Planche 96.)
Ses tiges , droites , feuillues , verdâtres , hautes d’environ trois pieds , portent des feuilles ailées , composées de folioles ovales , pointues , entières , pétiolées , d’un vert prononcé en dessus, plus pâles et pubescentes en dessous. Les fleurs sont blanches , terminales , disposées en ombelle formée par des pédoncules droits , plusieurs fois ternés ou trifides. Les semences sont peu nombreuses. Cette plante croît en Suisse , en Hongrie , en Espagne , et dans les lieux stériles et incultes de nos provinces méridionales. On la cultive dans nos jardins , dans nos bosquets 5 mais actuellement elle s’est comme naturalisée dans le parc de Saint-Cloud et dans le bois de Vincennes.
Cette espèce ne le cède point en âcreté à la précédente. Si l’on mâche les fleurs et les feuilles récentes, on éprouve un instant après une chaleur brûlante à la langue, aux parois de la bouche, et jusque dans l’œsophage. Leurs principes âcres se dissipent en partie par la dessiccation.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Storck a soumis à de nombreuses expériences cette plante énergique. D’après les faits qu’il a consignés dans son écrit ( Libellus de jlammulâ J avis ) , elle a
PHYTOGR APHIE
dissipé des affections syphilitiques opiniâtres, des nodus , des douleurs ostéocopes , des ulcères avec carie, des carcinomes, des maladies dartreuses , des gales invétérées , etc. Dans un autre de ses ouvrages il cite la guérison d’un cancer mammaire obtenue par le professeur Leber. Cette cruelle maladie , qui avait résisté à tous les autres médicamens , fut entièrement dissipée par le seul usage de la clématite droite. Ferdinandus Leber , chirurgiœ proj essor, cancrum exulceralum mammœ , qui nec cicutd nec aliis medicamentis mitigari poterat , solâ Jlammuld Jovis radicitùs percuravit publicè coram suis discipulis et quibusdam medicis.
Il administrait intérieurement cette plante sous la forme d’infusion, de poudre et d’extrait. L’infusion était préparée avec deux gros de feuilles sèches pour une livre d’eau bouillante. Il augmentait la force de l’infusion , qui devait être faite dans un vase bien clos , en portant peu à peu la dose des feuilles jusqu’à demionce. Les fleurs étaient employées de la même manière. La dose de ces infusions était d’environ quatre onces, deux, trois ou quatre fois par jour. Storck préparait l’extrait avec l’herbe récente; il en donnait tous les jours depuis un grain jusqu’à trois. Il prescrivait la poudre des feuilles à la dose de deux ou trois grains triturés avec un peu de sucre , et pris dans l’espace de vingt-quatre heures. Quelquefois il augmentait peu à peu les doses jusqu’à trente grains pour trois prises. Chez quelques malades , ces médicamens excitaient le cours des urines ; chez d’autres , ils provoquaient des sueurs copieuses ; chez d’autres, la purgation. On sau-
poudrait de temps en temps les ulcères avec la poudre des feuilles : cette application causait parfois une ardeur locale ; mais ensuite elle réprimait les chairs baveuses , et détergeait l’ulcère , qui prenait bientôt un aspect plus favorable.
A l’exemple de Storck, le docteur Mueller a essayé la clématite bridante dans quelques affections chroniques. Il a surtout observé ses propriétés énergiques dans un cas de syphilis extrêmement grave. Une jeune fdle était affectée de cette maladie depuis deux ans ; elle avait perdu la luette et une partie du voile du palais , lorsqu’elle se présenta à l’Institut clinique d’Erlang. Plusieurs préparations mercurielles n’avaient produit aucun effet. On lui administra une infusion de clématite brûlante pendant quelques semaines , et tous les symptômes se dissipèrent peu à peu. Ce même remède guérit une autre femme qui éprouvait depuis six mois de violentes attaques de céphalalgie à la suite d’un rhumatisme. Dans ces deux cas, l’infusion de clématite avait particulièrement excité les fonctions de l’appareil urinaire.
Le docteur Mueller recommande de cueillir les feuilles un peu avant l’épanouissement des fleurs , de les faire sécher à l’ombre , de les conserver dans un lieu sec, et de les renouveler tous les ans. Leurs parties volatiles se dissipent par la vétusté. ( Dissertatio de clematide vitalbâ ejusque usu medico. )
Le professeur Wendt a donné avec succès l’une et l’autre clématite dans plusieurs cas de scrophules , de syphilis et de rhumatisme d’un caractère rebelle. Il les a aussi employées utilement contre les maladies
cutanées. Les expériences de cet habile praticien sont consignées dans les Annales de l’Institut clinique d’Erlang , année 1808.
Toutes les clématites sont empreintes de principes âcres. La clématite flammule , qui exhale une odeur si douce dans nos jardins, n’en est point exempte.
Clématite flammule. Clematis Jlammula. On la reconnaît à ses tiges grêles , nombreuses , rampantes ou grimpantes ; à ses feuilles ailées , composées de folioles fort petites, lancéolées : les inférieures échangées , les supérieures entières. Les fleurs sont blanches , petites , un peu velues sur le bord des pétales. Les ovaires se terminent par un appendice bordé de soies. Cette plante croît spontanément dans les provinces méridionales. Les feuilles fraîches sont un poison pour les bestiaux.
Clématite à feuilles entières. Clematis integrifolia. Cette espèce est remarquable par ses feuilles simples et par la beauté de ses fleurs. Ses tiges sont hautes d’environ deux pieds, simples, anguleuses, striées et presque glabres. Ses feuilles sont opposées, sessiles, entières, ovales, pointues, pubescentes en leurs bords. Ses fleurs sont grandes , terminales , penchées , d’un beau bleu , bordées d’une membrane ondée et blanchâtre. Les étamines sont plumeuses ainsi que les semences; elles forment ensemble une espèce de houppe argentée. Cette clématite croît en Italie , en Autriche , en Sibérie ; on la cultive comme plante d’ornement sous le nom de clématite bleue. Elle n’est pas moins délétère que les espèces précédentes.
Tarzioni Tozzeti rapporte , dans un mémoire lu à l’académie de Florence, en 1766, que le baron de Bassoord, directeur de la pharmacie du grand-duc de Toscane, étant en Hongrie avec l’armée du prince Eugène, observa parmi les chevaux du maréchal de Pallÿ un flux dysentérique occasioné par la clématite bleue , qui croissait abondamment dans les prairies de la Pannonie , où ces chevaux paissaient , et où l’on recueillait le foin pour l’hiver. Ce poison caustique rongeait la tunique intérieure des intestins, et produisait cette dysenterie terrible, qu’on fit cesser en arrachant la plante qui infestait les prairies.
Ces plantes âcres recèlent sans doute des propriétés énergiques; mais elles appartiennent à la classe des poisons. C’est ce qu’il ne faudrait pas oublier, si l’on voulait renouveler les expériences de Storck , de Wendt et de Mueller. On remédie à leurs effets délétères par les antiphlogistiques , les boissons délayantes et adoucissantes.
TROLLE. TROLLIUS.
Calice formé d’environ quatorze folioles. Corolle à neuf pétales tubuleux , beaucoup plus courts que le calice. Capsules nombreuses, presque eylindriqnes , rapprochées en tête.
TROLLE D’EUROPE. TROLLIUS EUROPÆUS.
Trollius euro[iœus. Linn. Spec. 782. DC. Fl. Fr. 4661 Fl. Dan. t. 133.
Sa racine, composée de fibres noirâtres, cylindriques, réunies en faisceau, produit une tige feuillée, ordinairement simple, haute de huit à quinze pouces, portant au sommet une seule fleur. Ses feuilles sont palmées, anguleuses, d’un vert foncé, à cinq lobes pointus , incisés et dentés ; elles ont quelque ressemblance avec celles de la renoncule âcre. La fleur est grande, globuleuse, de couleur jaune ou safranée, d’une odeur assez agréable. Le calice est formé d’environ quatorze folioles ovales , glabres , veinées , réunies en boule.
Cette belle plante croît sur les hautes montagnes des provinces méridionales. M. Fée m’en a communiqué un bel échantillon , qu’il a cueilli dans les pâturages du Mont-d’Or. Je l’ai observée moi-même , en 1 834 > dans les hautes prairies de Barèges , au bord du chemin qui conduit à la montagne du Tourmalet.
Les bestiaux broutent les feuilles du trolle d’Europe, dont la racine est néanmoins empreinte d’une
âcreté vénéneuse. Tournefort l’avait placé parmi les hellébores -, il s’en rapproche par ses caractères botaniques, et surtout par l’énergie de ses racines, qu’on a souvent substituées à celles de l’hellébore noir. Le trollius asiaticus , assez semblable à l’espèce précédente, mais dont les fleurs ne sont point globuleuses, a des propriétés analogues. On cultive ces plantes suspectes dans quelques jardins.
HELLÉBORE. HELLEBORUS.
Calice à cinq folioles, presque toujours persistantes. Corolle de cinq à douze pétales ou plus , beaucoup plus courts que le calice, à deux lèvres ou à trois lobes. Trois à six capsules comprimées , terminées par une pointe.
HELLÉBORE ORIENTAL. HELLEBORUS O RI EN T A LIS.
Helleborus orientalis. Lam. Encycl. inéthod. 3. 96. Desf.
Choix de plant, cuin icône.
Cette plante, qu’on trouve dans les îles d’Anticyre, sur les bords du Pont-Euxin, au pied du mont Olympe, etc., est, selon Tournefort, l’hellébore noir des anciens. Sa racine est brune, tubéreuse , composée d’un grand nombre de fibres rapprochées et noirâtres. Ses feuilles sont amples , divisées jusqu’aux pétioles en plusieurs lanières ovales , lancéolées , dentées , et d’un vert foncé. La tige est cylindrique , rameuse , feuillée dans sa partie supérieure , et terminée par des fleurs d’un vert triste, un peu jaunâtre. U leur succède quatre
ou cinq capsules larges, courtes, mucronées , renfermant plusieurs semences.
Ainsi que nous l’avons déjà dit en traçant l’histoire des vératres , les anciens employaient sous le nom d’hellébore deux plantes douées de propriétés énergiques. L’une a été rapportée au veratrum album ; l’autre paraît être un véritable hellébore ; c’est l 'helleborus orientalis, que Tournefort a lait connaître dans son voyage au Levant. Désigné par les anciens sous le nom d 'hellébore noir, il croissait spontanément dans les îles d’Anticyre, dans la Béolie, dans l’Eubée, sur le mont Hélicon , et autres lieux circonvoisins, où on le recueillait pour l’usage de la médecine. Tournefort, qui l’a retrouvé dans ces mêmes contrées , et qui en a observé les effets, dit qu’à la dose d’un demi-gros il a produit des nausées, des douleurs d’entrailles, une impression de feu et d’âcreté dans l’œsophage et l’estomac, accompagnée de mouvemens convulsifs et d’élancemens dans la tête , qui se sont renouvelés pendant quelques jours. ( Choix de plantes du Corollaire des instituts de Tournefort , par le professeur Desfontaines. Paris, 1808.)
L’espèce suivante a des propriétés non moins actives 5 elle remplace dans nos pharmacies L'hellébore oriental.
HELLÉBORE NOIR. HELLEBORUS NIGER.
Hclleborus niger. Linn. Spec. 783. DC. Fl. Fr. 4664.
Jacq. Fl. Aust. t. 201.
(Planche 98.)
Sa racine est vivace, composée d’une espèce de souche d’où s’échappent plusieurs fibres noirâtres. Ses feuilles sont radicales, grandes, luisantes, d’un vert foncé, attachées à des pétioles longs de cinq ou six pouces , composées de sept à onze folioles ou digitations lancéolées, pointues, dentées en scie. Les tiges sont nues, cylindriques , hautes de six à huit pouces, terminées par une ou deux fleurs d’une belle dimension et d’un blanc teint de rose. Les pétales, ainsi que les étamines , sont deux fois plus courts que les folioles du calice.
Cet hellébore croît dans les lieux ombragés des Vosges , des Alpes, des Pyrénées. Nous l’avons cueilli au pied du Canigou. On le trouve en Italie , en Autriche , et dans les provinces australes de la Russie. On le cultive dans les jardins, où ses fleurs s’épanouissent lorsque la neige couvre encore la terre, d’où lui vient le nom de rose de Noël.
ANALYSE CHIMIQUE
La racine récente de notre hellébore noir manifeste une odeur nauséeuse , une saveur âcre qui pique vivement la langue et la frappe ensuite de stupeur. Appliquée sur la peau , elle l’enflamme et l’excorie. D’après
les expériences chimiques de MM. Capron et Fendille, ses propriétés actives résident dans une huile particulière , qui se dissout principalement dans l’éther. Cette huile a une odeur et une saveur qui caractérisent la racine d’hellébore , et que l’on attribue à la présence d’un acide très-volatil. M. Schabel pense que l’action délétère de l’hellébore noir est due spécialement à une matière résineuse.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Les animaux empoisonnés par cette substance végétale éprouvent des vomissemens, des vertiges, une grande faiblesse dans les extrémités postérieures, des convulsions plus ou moins violentes. Lorsqu’ils succombent , la tunique interne de l’estomac et des intestins offre ordinairement des traces évidentes de phlogose.
L’hellébore noir est également funeste aux hommes , lorsqu’il est administré sans précaution. La racine pulvérisée, son infusion aqueuse , sa teinture alcoholique, son extrait , excitent le vomissement ou purgent avec violence, produisent des vertiges, des tremblemens, des mouvemens convulsifs. D’après le témoignage de Morgagni , un demi-gros d’extrait fit périr un malade à l’hôpital de Padoue dans l’espace dehuit heures. Le canal alimentaire était enflammé dans toute sa longueur.
Cet empoisonnement exige l’emploi des boissons délayantes et mucilagineuses. On évitera avec soin toutes les substances qui pourraient augmenter l’irritation des parties déjà affectées. Le docteur Valkiers, dans une dissertation sur l’usage et le choix des vomi-
tifs , conseille comme contre-poison l’eau d’orge tiède avec un ou deux jaunes d’œuf et un peu d’alcohol. On calmera les contractions spasmodiques, les vomissernens rebelles par de petites doses d’opium ; mais , si l’on remarque des signes de stupeur et d’abattement , on aura recours aux boissons acides, à une infusion de café, aux potions excitantes.
propriétés médicales.
On sait avec quels soins , avec quelle circonspection les anciens prescrivaient l’hellébore , et les fastes de l’art attestent qu’ils opéraient beaucoup de guérisons avec ce remède héroïque. Us l’employaient particulièrement contre la folie -, et nous voyons par plusieurs passages de Juvénal que le médecin Arehigène était renommé pour le traitement de ce genre d’affections :
. Pauper locupletem oplare podagram
Nec dubilet Ladas, si non egel anlicyrâ nec Archigene.
On disait proverbialement d’un homme qu’il avait besoin d’ Arclrigène , Archiveras indiget, lorsqu’il avait perdu la raison.
Notre hellébore noir, presque aussi actif que celui des Grecs , a des propriétés analogues. Cependant la médecine moderne en lait rarement usage. Peu confiante dans une substance dont on a sans doute exagéré les vertus contre les affections mentales, elle préfère avec raison des remèdes moins violens, secondés par les secours de l’hygiène. Cependant, s’il est démontré que le tube intestinal est le foyer d’un grand nombre de maladies opiniâtres , que l’abdomen
exerce une influence active sur l'encéphale , on ne doit pas être surpris que l’hellébore ait quelquefois dissipé la manie en excitant fortement l’appareil gastrique , et en produisant ainsi une révulsion forte et soutenue. Lesévacuans des organes abdominaux sont aujourd’hui trop négligés , et l’on a tort de ne voir dans les affections mentales , dans la manie, la mélancolie , l’hypochondrie, qu’une affection essentielle et primitive du cerveau. On peut, je pense, se plaindre de ce système exclusif, sans être accusé de vouloir faire revivre l’a trahi le des anciens. J’ai quelquefois administré avec un grand avantage l’extrait d’hellébore , combiné avec le calomel, pour combattre le délire fébrile, après avoir pratiqué les émissions sanguines convenables. Dans quelques circonstances, j’ai employé seulement le muriate de mercure doux. M. le docteur Miquel a fait mention, dans la Gazette de santé, d’un délire phrénétique que j’ai dissipé comme par enchantement par cette substance , donnée à la dose de trois grains toutes les heures. Les saignées, les pédiluves révulsifs , l’application de la glace sur la tête , n’avaient produit aucun effet appréciable, lorsque j’eus recours au calomel. Trente-six grains, administrés dans l’espace de quelques heures , amenèrent des évacuations abondantes ; et dès ce moment le malade recouvra la raison.
C’est encore par son action stimulante et purgative que l’hellébore a produit d’heureux effets dans les fièvres intermittentes rebelles , dans l’aménorrhée , les hydropisies, les affections dartreuses, etc. Fabrice de Hilden , atteint d’une fièvre quarte, employa ce médicament avec succès. Il le prescrivait également dans sa
pratique. Mead se servait de la teinture alcoholique pour exciter l’écoulement des règles. Cette préparation, administrée deux fois par jour, à la dose d’une petite cuillerée dans une demi-tasse d’eau tiède, trompait rarement son attente. J’observerai néanmoins que les remèdes âcres et fortement excitans ne conviennent que lorsque la nature n’a pas assez d’énergie pour préparer et soutenir la fluxion menstruelle ; encore faut-il craindre d’en abuser. Les anciens, qui employaient en pareil cas des substances d’une nature chaude, ne manquaient jamais d’en tempérer l’activité par un régime doux , des boissons émulsives et délayantes.
Bâcher a recueilli une série d’observations où l’extrait d’hellébore, combiné avec la myrrhe, a déployé de puissantes vertus dans le traitement de diverses hydropisies, en excitant tantôt des évacuations séreuses, tantôt une émission abondante d’urines, des sueurs, des éruptions cutanées. Mais, pour en modifier l’action, il faut administrer en même temps quelques boissons délayantes et apéritives, telles que la limonade, le petit-lait , etc. Ce remède héroïque ne doit pas être employé trop tard , c’est-à-dire lorsque l’hydropisie a produit des altérations organiques graves; en pareil cas , le système ne saurait recevoir sans défaillir des secousses aussi violentes.
Elleborum frustra , cüm jam cutis œgra lumebit ,
Poscentes videas. Renierai occurritc morbo.
Pers. , Sat. 3.
Tous les hellébores sont nuisibles dans les liydropisies accompagnées d’irritation ou de pléthore sanguine. Il y a quelques années, je fus consulté par un
PHYTOGRAPHIK
homme très-robuste qui avait tout le corps enflé, l’appétit nul et la langue extrêmement sale. Je lui conseillai un vomitif, et ensuite les pilules de Bâcher. Après cinq ou six jours de ce traitement, la fièvre devint très-vive ; le malade était altéré, et il respirait avec une peine extrême. Je me hâtai de réparer mon erreur en changeant de méthode. Une forte saignée du bras, delà limonade nitrée pour boisson, et puis une dissolution légère de crème de tartre , dont il fit usage pendant plusieurs jours , firent disparaître entièrement l’enflure. Ces hydropisies actives, beaucoup moins rares qu’on ne pense, s’exaspèrent par l’usage des échauffans, des drastiques, et peuvent se terminer par des inflammations mortelles. (Conférez l’article S cille , tome i , page i640
On donne l’hellébore noir en substance pulvérisée, et plus souvent en extrait. La dose est de dix, quinze, vingt et trente grains. Observons néanmoins que, lorsque l’extrait a été préparé avec soin, il peut, à cette dernière dose , causer aux sujets nerveux des vomissemens opiniâtres, des évacuations douloureuses, des spasmes, etc. Il faut donc prescrire ce médicament énergique avec beaucoup de réserve , et débuter par de faibles doses. On prépare avec quatre onces de racine d’hellébore , qu’on met en digestion dans une livre de vin , ou dans une égale quantité d’alcohol , des teintures actives , dont la dose est de quarante à cinquante gouttes et plus dans un véhicule approprié. Le docteur Burtin a proposé de remplacer le jalap par notre hellébore noir -, cette substitution nous paraît dangereuse , et nous ne saurions l’accueillir.
Infusion d’hellébore contre l’hydropisie. Prenez , racine d’hellébore noir récente , une once ; armoise absinthe, une poignée. Faites infuser dans deux pintes de bière ou de vin blanc. On en prend une ou deux tasses dans la journée. Cette infusion a également dissipé des fièvres intermittentes opiniâtres.
Gouttes eminénagogues . Prenez , teinture alcoholique d’hellébore noir, teinture de safran , teinture de castoréuin, de chaque, demi-once. Ce mélange, pris à la dose de trente ou quarante gouttes, deux ou trois fois par jour, dans une tasse d’infusion de feuilles de menthe ou de fleurs de camomille romaine , provoque puissamment le flux menstruel.
Pilules toniques de Bâcher. Prenez , extrait alcoholique d’hellébore noir, extrait aqueux de myrrhe , de chaque une once ; poudre de feuilles sèches de chardon bénit , trois gros ; réduisez le tout en masse , et formez des pilules d’un grain. On a recours à ces pilules dans les hydropisies , où l’on a besoin d’exciter le système lymphatique d’une manière vive et permanente. On en donne depuis trois jusqu’à dix , matin et soir 5 c’est-à-dire qu’il faut en régler le nombre d’après le degré d’excitation qu’elles produisent , et les continuer à petites doses pendant la convalescence , afin de prévenir le retour de l’hydropisie. On les a quelquefois employées avec succès contre l’engorgement des viscères abdominaux , les fièvres quartes , les affections vermineuses , et les maladies de la peau invétérées.
PHYTOGRAPH1E
HELLÉBORE YERT. HELLEB OR US V1RID1S.
Helleborus viridis. Linn. Spec. 784. DC. Fl. Fr. 4665.
Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. Jacq. Fl. Austr. 1. 106.
(Planche 99. )
Ses racines , noirâtres et fibreuses , poussent quelques tiges nues , hautes d’environ un pied , divisées , vers leur partie supérieure , en deux ou trois rameaux. Ses feuilles radicales sont glabres , partagées jusqu’au pétiole en sept ou neuf lobes étroits , lancéolés, aigus, fortement dentés en scie. Les feuilles situées à la base des rameaux sont sessiles et composées de trois à cinq lobes ou digitations. Les fleurs sont terminales , penchées , ouvertes , d’un vert jaunâtre. Les étamines sont beaucoup plus courtes que le calice.
Cet hellébore croît dans les montagnes des provinces méridionales. Nous l’avons observé aux Pyrénées à la descente du Tourinalet. Toutes ses parties sont nauséeuses et très -âcres. Le suc exprimé dés feuilles et de la racine purge avec beaucoup de violence. On a souvent substitué son extrait aqueux à celui de l’hellébore noir.
HELLÉBORE FÉTIDE. HELLEBORUS FQETIDUS.
Helleborus fœtidus. Linn. Spec. 784. DC. Fl. Fr. 4662.
(Planche 100.)
De .sa racine, composée de fibres longues , épaisses, s’échappe une tyge cylindrique , assez forte , feuillée ,
haute d’environ un pied et demi , et d’un vert blanchâtre. Les feuilles sont pétiolées , luisantes , d’un vert sombre, à digitations allongées, pointues, dentées en scie. Les fleurs sont verdâtres , bordées de pourpre , inclinées , soutenues par des pédoncules pubescens , et disposées au sommet de la tige en manière de panicule. Les folioles du calice sont arrondies, redressées, presque conniventes.
Cette plante, connue sous le nom vulgaire d epiedde-griffon, se trouve en France, en Suisse, en Allemagne , en Angleterre , etc. Elle se plaît dans les lieux ombragés , pierreux , sur la lisière des bois. Nous l’avons observée aux Pyrénées , dans la vallée d’Argelès , sur le plateau du Larzac , et à la côte Saint-Pierre , non loin de Lodève ; elle est très-commune au Mont-d’Or.
Son feuillage sombre, son odeur repoussante, sa saveur âcre , annoncent un véritable poison. La décoction de la racine , des feuilles et des fleurs , déploie une action purgative très-intense. Son usage immodéré a produit des anxiétés précordiales , le choléra , des inflammations gastriques , et même la mort. On a cependant conseillé cet hellébore comme un excellent vermifuge. Bisset et quelques autres praticiens ont donné la poudre et la décoction des feuilles ; d’autres en ont fait préparer une teinture alcoholique. Ces médicamens doivent être administrés avec beaucoup de réserve , surtout aux enfans. J’accorderais plus de confiance à l’huile de ricin et à quelques autres anthelminthiques , dont les effets sont beaucoup moins suspects.
I>H YTOGRAPHIE
HELLÉBORE D’HIVER. H ELLE KO RUS HYEMALIS.
Helleborus hyemalis. Linn. Spec. 783. DC. FL Fr. 4666.
(Planche ioi.)
Ses racines , tubéreuses , noirâtres , garnies de fibres menues, poussent, après la fonte des neiges, des pétioles longs , fermes, droits, portant des feuilles arrondies , profondément divisées en sept lobes en forme de coin, incisés au sommet. Plus tard s’élèvent des tiges simples , terminées par une collerette foliacée, découpée en huit à dix lanières, et d’où sort une fleur de couleur jaune. Le calice est composé de six folioles oblongues, obtuses et caduques. Les pétales sont tubuleux à leur base , et comme labiés au sommet.
Cette plante croît en France, en Suisse, dans les lieux humides et couverts. Ses racines , nouvellement cueillies, sont âcres et vénéneuses; d’après l’analyse de M. le professeur Vauquelin , leurs principes actifs sont dus à une huile particulière. Cette plante, que quelques botanistes ont détachée des hellébores, partage leur action énergique ; son extrait aqueux purge vivement à la dose de dix à quinze grains. En général, tous ces végétaux recèlent de grandes vertus; mais ils demandent à être administrés par une main prudente, puisqu’une dose immodérée peut susciter tous les symptômes de l’empoisonnement.