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a été employée avec succès par Stoll dans les mêmes circonstances. Le docteur Jacobs, médecin belge, l’a imitée, et lui a donné une bien plus grande extension, puisqu’il n’a pas craint d’avoir recours à l’opium dans la dysenterie parvenue au plus haut degré d’intensité. Une religieuse était en proie à un flux dysentérique accompagné de douleurs atroces : on lui prescrivit toutes les six heures seize gouttes de laudanum liquide de Sydenham. Ce même remède fut administré chaque fois que les douleurs reparurent, et la guérison eut lieu le septième jour. Un autre malade, âgé de trente ans , très-fort et très-robuste , éprouvait des épreintes cruelles et des tranchées violentes ; les selles n’entraînaient qu’un peu de mucus teint de sang. L’usage d’une mixture composée de six grains d’opium, de deux onces de sirop de pavot , et de six onces d’eau distillée , dont on donnait deux cuillerées de demi- heure en demiheure , calma la violence des symptômes. Le malade buvait abondamment de l’eau d’orge. La mixture fut répétée le troisième jour ; le neuvième , la guérison fut complète. Suivant le docteur Jacobs , l’effet de l'opium est si merveilleux , si prompt , son usage si facile , qu’il peut être considéré comme l’antidote le plus sûr contre la dysenterie. ( Traité de La dysenterie en général, contenant une nouvelle méthode curative.)
Le docteur Rademacher a donné la relation d’une dysenterie qui régna à Cologne dans le mois d’août de 1802, et contre laquelle l’opium manifesta une vertu spécifique. Cette dysenterie dépendait d’un état d’irritation ou de spasme fixé sur les intestins. Les émétiques , les purgatifs , même les plus doux , étaient nui-
sibles, tandis que l'opium faisait ordinairement cesser les vomissemens , les tranchées , le ténesme et les autres symptômes d’irritation qui accompagnaient l’épidémie. {Libellas de dysenteriâ.)
M. Latour, qui a publié un excellent mémoire sur la dysenterie dans le premier volume du Bulletin des sciences physiques d’Orléans , a également constaté les hautes vertus de l’opium administré au commencement de la maladie. Ordinairement ce remède calmait non^seulement les tranchées et. les déjections, mais il les faisait disparaître en vingt-quatre heures. Plusieurs médecins d’Orléans ont employé la même méthode avec un égal succès, soit en ville, soit dans les villages circonvoisins où régnait une dysenterie épidémique. Mais l’opium, qui était si utile le premier , le second ou le troisième jour, c’est-à-dire lorsque la fluxion était encore dans toute sa simplicité , ne produisait plus les mêmes effets lorsque la phlegmasie membraneuse avait jeté de profondes racines.
En effet , lorsque la tunique interne des intestins est dans un véritable état d’inflammation , que la peau est chaude, sèche, le pouls fébrile, le ventre tendu, douloureux , les remèdes opiacés ne peuvent qu’accroître cet appareil phlogistique ; et si l’on insiste sur cette médication intempestive, on provoque la gangrène des parties enflammées. Les évacuations sanguines, les bains, les demi-lavemens , les fomentations émollientes, les boissons tièdes, mucilagineuses , prises en petite quantité , mais souvent renouvelées , sont alors les seuls moyens avoués par une saine thérapeutique. Cependant, si l’irritation intestinale, les tranchées, les épreintes, se
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prolongent, si le malade est tourmenté par une insomnie opiniâtre , il faut combiner les antiphlogistiques avec les sédatifs.
On s’est élevé avec raison contre l’usage prématuré de l’opium dans certaines dysenteries où prédominent la diathèse bilieuse , les symptômes gastriques. Ces complications , admises par les plus habiles observateurs, exigent la méthode évacuante, dirigée avec ménagement. Si l’irritation est vive, il faut préalablement la calmer par des boissons tempérantes , par l’application de quelques sangsues au fondement ou surles parties sensibles de l’abdomen. On donne ensuite un ou deux vomitifs, des boissons laxatives, des purgatifs légers, afin d’expulser les matières bilieuses dont le séjour provoque l’éréthisme des intestins et ranime la fluxion dysentérique. Mais, qu’on ne s’y trompe point, les signes qui manifestent l’état saburral, tels que les nausées , les vomisseinens , les éructations, l’anorexie, dépendent très-souvent d’une disposition inflammatoire, et cette disposition existe , si leventre est météorisé , si les douleurs sont fixes , continues , etc. Il est inutile de dire que la méthode antiphlogistique est alors la seule convenable. On n’ignore pas non plus que , dans beaucoup do circonstances, l’irritation locale , d’abord très-modérée , devient promptement inflammatoire par l’emploi des remèdes évacuans, et surtout des purgatifs; mais, parce que la médecine humorale en a souvent abusé , parce qu’ils ont été formellement proscrits, d’abord parles browniens, ensuite par les physiologistes, faut-il admettre qu’ils sont nuisibles dans toutes les dysenteries ? Tissot , Pringle,
Monro, Stoll, Zimmermann, Grimaud, etc., ont prouvé leur utilité par des faits incontestables. Les docteurs Brassier et Rampon, médecins des hôpitaux militaires , ont employé avec beaucoup de succès les émétiques et les doux laxatifs dans la dysenterie bilieuse, et surtout dans celle qui régna à Mayence pendant le siège de cette place. Après l’usage des vomitifs, il fallait insister sur les boissons acidulées et prescrire une ou deux fois la manne avec le sulfate de magnésie , les tamarins, etc. Alors seulement la fièvre diminuait, les épreintes cessaient , et les amers , les préparations d’opium , le vin , terminaient promptement la cure. Toute autre méthode avait un succès incertain , les convalescences étaient longues ou se terminaient par des affections chroniques incurables. (Hecker , Manuel de médecine militaire .)
Quoique les symptômes adynamiques et ataxiques qui se développent dans le cours de la dysenterie soient maintenant considérés comme le résultat d’une irritation locale , et principalement de l’irritation inflammatoire du colon; quoiqu’il ne faille point perdre de vue cette affection primitive , élémentaire, de laquelle découlent des indications importantes, l’expérience clinique a prouvé , et prouvera encore très-souvent aux esprits qui sauront l’interroger avec calme et sans prévention , qu’il est des dysenteries qu’on ne saurait vaincre par les débilitans et les antiphlogistiques-, que, sous l’influence de certaines épidémies, l’inflammation intestinale est d’une nature septique, qu’elle tend rapidement à la gangrène , et que la méthode débilitante favorise celLe terminaison malheureuse. Dans ce s épi-
demies qui ravagent les camps , les hôpitaux , les prisons, et quelquefois des contrées entières , la dysenterie se manifeste par une soudaine prostration des forces, par un pouls accéléré, tremblotant, presque insensible -, par la faiblesse cie la voix , un regard fixe et éteint , des éruptions pétéchiales d’une nuance livide ou noirâtre, des déjections fréquentes, putrides; enfin par un tel affaissement de l’énergie vitale, que le sort des malades est souvent décidé en deux ou trois jours. Quel est le médecin assez dominé par l’esprit de système pour ne voir dans ces épidémies formidables qu’une simple gastro-entérite? Les moyens les plus propres à combattre cet état de prostration et de putridité sont les toniques et les excitans , combinés avec l’opium. C’est ainsi qu’on emploie la décoction de quinquina rouge ou de racine d’arnica, à laquelle on ajoute quelques gouttes de laudanum liquide. D’autres prescrivent des mixtures de camphre , de cachou , de cannelle, d’extrait d’opium ; d’autres, la poudre de Dover ou des compositions analogues. On fait en même temps des fomentations chaudes sur la région abdominale avec des fleurs et des herbes aromatiques cuites dans du vin , et on donne des lavemens préparés avec cinq ou six onces d’une décoction mucilagineuse et quinze ou vingt gouttes de teinture anodine. On irrite, on rubéfie la peau avec les sinapismes , les ventouses , le Uniment ammoniacal camphré.
Les dysenteries, les diarrhées chroniques, entretenues par l’irritation ou par l’inflammation lente de la membrane muqueuse du colon , exigent l’usage des antiphlogistiques, des boissons adoucissantes, aux-
quelles on ajoute de petites doses de teinture anodine de Sydenham. Lorsque les malades sont très-nerveux et passent de mauvaises nuits , on peut porter la dose jusqu’à trente gouttes, et même davantage. M. Broussais en a prescrit jusqu’à cinquante et soixante gouttes sans inconvénient; mais il observe avec raison que ces médicamens doivent être secondés par un régime sévère. Dans toutes les diarrhées , ses disciples rejettent l’emploi des toniques et des astringens. M. Broussais ne conteste pas absolument leur succès ; toutefois il leur préfère l’opium , parce qu’il agit plus efficacement que toute autre substance sur l’action péristaltique des intestins irrités. Mais est-il vrai que toutes les diarrhées qui succèdent aux affections gastriques ne puissent être combattues que par le traitement indiqué contre la gastro-entérite , c’est-à-dire par l’application des sangsues au fondement ou sur l’abdomen , par les boissons adoucissantes , les potions gommeuses , etc. ? L’observation repousse cette théorie exclusive. Il y a plus : le dévoiement n’offre quelquefois un caractère rebelle que parce qu’on a méconnu la véritable cause de l’affection primitive, la pléthore bilieuse ou muqueuse, qu’on eût pu enlever par quelques évacuans administrés à propos. Lorsque les forces ne sont pas tout-àfait ruinées, on peut encore espérer de vaincre ces diarrhées consécutives par l’ipécacuanha , administré comme vomitif, ensuite par quelques toniques légers , par de petites doses d’opium ou de thériaque , et par un régime convenable (i).
fl) En général, l’opium supprime ou diminue les évacuations
Brown et son école ont donné de grands éloges à l’opium dans les hémorrhagies actives; mais aujourd’hui qu’on rapproche cet ordre de maladies des inflammations, on est très-réservé sur l’usage des narcotiques, et on emploie avec beaucoup plus d’avantage les antiphlogistiques et les débilitans , dont l’effet est de modérer l’activité des mouvemens flttxionnaires. Cependant , lorsqu’une hémorrhagie violente se déclare chez des sujets faibles et d’un tempérament nerveux , les remèdes opiacés, unis aux antispasmodiques , sont d’un grand secours. L’emploi de l’opium ne doit point être négligé dans les hémorrhagies pectorales entretenues par une irritation vive , une toux sèche et fréquente, surtout après avoir employé vainemenL les émissions sanguines, les remèdes adoucissans, les potions gommeuses, les émulsions , etc. On prescrit en même temps des pédiluves, des frictions sur les membres inférieurs, des boissons diaphoniques , afin de rompre
alvines; cependant il dissipe quelquefois aussi la constipation, lorsqu’elle est occasionée par un spasme chronique des intestins. L’observation suivante en est un exemple remarquable Une dame était sujette depuis quinze ans à une constipation habituelle; elle n’allait à la garde-robe que toutes les trois semaines ou tous les mois, et cette évacuation était toujours précédée d’une fièvre d’un ou deux jours Une circonstance particulière d’une maladie qu’elle éprouva fit qu’on lui administra l’opium. L’usage de ce remède fut suivi d’évacuations alvines faciles et répétées chaque fois qu’elle le renouvela. D’après cet heureux effet de l’opium , on l’essaya contre la constipation habituelle avec un succès complet. Depuis ce temps-là cette dame prend un demi-grain d’opium trois ou quatre fois la semaine , et l’usage de ce médicament est suivi chaque fois d’une évacuation facile et plus ou moins abondante. (Ybnki. , Précis de matière medicale.)
les mouverriens fluxionnaires concentrés sur les organes de la respiration , et de les rappeler à la surface du corps. Les hémorrhagies de la matrice qui surviennent pendant la gestation chez les femmes d’une complexion délicate , mobile , irritable, et qui ne cèdent point aux saignées pratiquées avec modération , au repos et aux autres moyens diététiques , exigent l’usage des antispasmodiques, des caïmans, et surtout de l’opium. Ces remèdes , en combattant l'irritation nerveuse fixée sur la matrice , font cesser l’hémorrhagie et préviennent l’avortement. Les pertes de sang qui se manifestent à la suite des couches sous la même influence indiquent les mêmes moyens 5 l’emploi de l’opium est surtout très-urgent lorsqu’il survient des spasmes , des mouvemens convulsifs , des faiblesses, etc. Le docteur Miquel a reproduit , dans son Traité des convulsions, couronné par la Société de médecine de Paris (1) , une observation de Mauriceau où les convulsions devinrent promptement mortelles après une perte de sang excessive. Dans une circonstance aussi grave , qui doit décider en quelques instans du sort de la femme, je n’hésiterais pas à donner de fortes doses d’opium, sans contredit le plus puissant des antispasmodiques; j’y joindrais en même temps la teinture de cannelle, qui jouit d’une vertu spéciale contre les hémorrhagies asthéniques. (Voyez notre article cannelle , dans le premier volume.)
Mais une règle de la plus haute importance dans le
(1) Traite des convulsions chez les femmes enceintes , ■en travail et en couche , mémoire qui a remporté le prix proposé par la Société de médecine de Paris pour l’année 1820.
traitement des hémorrhagies , c’est de ne point confondre les flux qui ont un caractère critique , et qui peuvent être salutaires, avec ceux qu’il importe de réprimer le plus promptement possible. Les hémorrhagies qui coïncident avec la plénitude des vaisseaux et qui la diminuent , avec une surexcitation plus ou moins considérable et qui la dissipent , sont le résultat d’une crise salutaire. Ainsi il ne faut pas trop s’inquiéter des hémorrhagies nasales qui ont lieu dans les maladies inflammatoires , quelque abondantes qu’elles soient , puisque ces évacuations, poussées jusqu’à la syncope, font quelquefois cesser les épiphénomènes les plus graves , le délire , la phrénésie , les convulsions , etc. (Voyez le bel article de M. Double , sur les hémorrhagies , dans sa Séméiologie générale .) On peut consulter également le Traité des hémorrhagies, deM. le professeur Lordat, excellent ouvrage où le traitement de cet ordre d’affections est envisagé sous un point de vue très-philosophique.
Dans les affections de la poitrine , les rhumes , les catarrhes , etc., l’opium est journellement employé , soit pour ranimer la transpiration insensible et provoquer une douce diaphorèse, soit pour calmer la toux et ramener Je sommeil. Mais on convient généralement qu’il est nuisible dans la première période du catarrhe aigu ; qu’il augmente la chaleur fébrile , la dyspnée , et provoque l’irritation inflammatoiredesbronches. M. Broussais, dont les écrits ont jeté une si vive lumière sur les inflammationschroniques, recommande l’opium comme un sédatif précieux dans l’état avancé du catarrhe pulmonaire et de la pleurésie aiguë. Il regarde ce mé-
dicament comme la meilleure ressource contre les irritations de la poitrine qui refusent de céder aux antiphlogistiques , et qui sont exaspérées par les irritans révulsifs. Parmi les auteurs qui ont parlé de l’opium dans le traitement de la phthisie , il en est qui ne sauraient assez louer ses puissantes vertus , tandis que beaucoup d’autres le regardent comme un remède qui procure un calme trompeur , et qui accélère le dépérissement du malade. Après les saignées indiquées par l’activité du système sanguin , par la disposition phlogistique de l’organe pulmonaire , De Meza ( De opio phthiseos prophylactico ) arrêtait la marche de la phthisie en donnant matin et soir de petites doses d’opium. Cette méthode est particulièrement utile lorsque le poumon est dans un état habituel de spasme et d’irritation , caractère qui a fait donner par quelques auteurs à cette espèce de phthisie le nom de phthisie neiveuse. Les sujets d’une sensibilité vive, d’une complexion délicate, d’un tempérament mélancolique, y sont les plus disposés. Ici les évacuations sanguines sont moins nécessaires ; elles peuvent même hâter les progrès de la consomption , lorsqu’on les pratique sans ménagement ; tandis que les tempérans, les anodins, les préparations d’opium les plus douces , telles que son extrait aqueux, le sirop diacode , produisent les meilleurs effets. Dans l’état avancé de la phthisie , les médicamens opiacés servent encore à dissiper l’insomnie , à calmer, à suspendre la toux, dont les secousses répétées augmentent l’éréthisme et l’engorgement du poumon. Van Swieten veut surtout qu’on les administre le soir. Sed præcipuum auxilium pendet ah anodyms circa
vèsperam datis . ah his sedatur tnssis, Mandas
sonnais conciliatur, undè vires rejiciuntur, et matutino tempore sputa coda leni tussi educunlur quàm faci/limè. Enfin la diarrhée des phthisiques, ce symptôme redoutable , qui met le comble à leur épuisement, demande à être modérée par les potions mucilagineuses avec le laudanum , par la conserve de roses rouges avec le sirop diacode , par des lavemens préparés avec la décoction des capsules du pavot, avec l’extrait d’opium ou avec la thériaque. Ainsi , lorsque toute espérance est perdue , lorsque le malade marche à grands pas vers le terme de son existence, l’opium peut encore retarder l’heure fatale.
L’opium a été recommandé dans quelques autres affections pectorales , telles que la coqueluche , l’asthme convulsif, l’angine de poitrine. Le docteur Muller a observé une toux convulsive épidémique où ce médicament a eu le plus grand succès. Il employait particulièrement la teinture d’Eckart, préparation analogue à la teinture thébaïque, à la dose d’une , deux ou trois gouttes , toutes les deux heures , suivant l’âge des enfans malades. L’opium , administré de cette manière, ne produisait jamais d’effet narcotique. Guillaume Heberden ( Comment . de morborum historiâ et curatione ) ne connaît pas de meilleur remède contre l’asthme convulsif. Il a vu des asthmatiques près de rendre le dernier soupir, qui étaient promptement soulagés en prenant deux ou trois grains d’opium. Fothergill a également indiqué lesanodinspour combattre l’excès d’éréthisme qui accompagne l’angine de poitrine 5 il prescrivait vingt-cinq gouttes de teinture thébaïque
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avec une égale quantité de vin d’antimoine, et il répétait ce mélange suivant la violence des symptômes.
Lorsque ces maladies se présentent avec un caractère purement nerveux ou spasmodique, nul doute que les anodins , et surtout l’opium , ne soient d’un grand secours, soit pour apaiser des irritations dominantes , soit pour prévenir le retour des paroxysmes; mais le médecin n’a-t-il pas d’autres indications à remplir lorsque les organes de la respiration sont atteints de phlogose , lorsque la force et la dureté du pouls , la rougeur de la face, une oppression vive, annoncent un état pléthorique? (Voyez le Traité de l’angine de poitrine publié en 181 1 par le docteur Desportes.)
D’après l’autorité de Sydenham, presque tous les auteurs de matière médicale ont parlé des avantages de l’opium contre les phlegmasies cutanées , et particulièrement contre la variole. Cet illustre médecin recommande , en effet , les narcotiques dans l’étal avancé de la petite vérole confluente , pour apaiser , dit-il , la fermentation du sang, et entretenir la salivation , qui s’affaiblit quelquefois vers le dixième ou onzième jour avec un grand danger pour le malade. 11 prescrit en conséquence tous les soirs , jusqu'à la fin de la maladie , quatorze gouttes de laudanum liquide ou une once de sirop diacode dans de l’eau distillée de fleurs de primevère. Cette potion, administrée à six ou sept heures du soir , éloigne les agitations de la nuit. Chilien s’est prononcé en faveur de la méthode de Sydenham, et il a toujours observé qu’elle était éminemment utile lorsqu’on avait soin de prévenir la constipation par des lavemens laxatifs. Hufeland a dé-
crit une épidémie variolique accompagnée de symptômes nerveux où l’opium a sauvé la vie à plusieurs enfans qui étaient dans un état désespéré. Peu d’heures après l’usage de ce médicament , le pouls se ranimait, le visage reprenait des couleurs , les urines devenaient rouges, brillantes, la peau se gonflait, enfin les boutons s’élevaient et se remplissaient de pus. D’après le témoignage du docteur Barbier, l’opium a produit un effet très-remarquable dans un cas de petite vérole confluente. Un jeune homme de dix-huit ans éprouvait, vers le dixième jour delà maladie, un sentiment intolérable de chaleur à la peau , qui était alors gonflée , rouge , sensible. Ce médecin lui prescrivit le matin et le soir une demi-once de sirop d’opium. Chaque fois que le malade prenait ce remède , il éprouvait subitement un calme marqué -, ses douleurs diminuaient, son agitation cessait , et il rendait bientôt après une quantité assez forte d’urine ; il n’urinait que très-peu dans’ l’intervalle. Ces effets s’observèrent tant que la maladie resta violente , et qu’elle exigea l’administration du narcotique.
Lorsque la petite vérole se complique, dans son cours , de phénomènes adynamiques ou ataxiques , que les pustules s’affaissent et présentent un aspect décoloré, livide; que les malades, agités de mouvemens spasmodiques, ont des selles fréquentes, putrides, le pouls faible , irrégulier, intermittent , on ne doit pas craindre d’administrer l’opium uni au quinquina , au camphre , malgré le peu de faveur dont jouissent ces vieux médicamens dans la nouvelle école physiologique. Malheur à celui qui ne verrait dans ce groupe
de symptômes que l’effet d’une simple gastro-entérite qu’il s’obstinerait à combattre par une méthode débilitante! Il est impossible qu’un praticien habitué à observer avec calme, sans passion, sans préjugés, ne reconnaisse point dans cet état pathologique une affection de tout le système qui réclame assurément d’autres moyens que l’application des sangsues et quelques tasses d’eau de gomme. Il y a plus : la méthode antiphlogistique , si utile dans la première période de la petite vérole inflammatoire , devient funeste, si elle n’est circonscrite dans de justes bornes -, elle entrave les mouvemens naturels , et peut donner lieu à des métastasés , à des abcès d’une mauvaise nature , enfin à des accidens qui démontrent que l’éruption a été troublée.
Avouons toutefois que des médecins non moins exclusifs ont étrangement abusé des préparations d’opium dans le premier stade de la petite vérole. Ces médicamens, si utiles aux sujets très-faibles, irritables, et lorsque l’organe cutané est frappé d’un spasme douloureux qui s’oppose à l’éruption des pustules , augmentent dans d’autres circonstances l’excitation artérielle, font affluer le sang vers les parties supérieures , favorisent les congestions du cerveau, et peuvent déterminer un état comateux ou quelque inflammation viscérale. Le docteur Harris raconte que Marie, reine d’Angleterre , prenait habituellement, lorsqu’elle éprouvait de la fièvre, une dose assez considérable de thériaque pour exciter les sueurs. Il avait plusieurs fois averti la reine de se défier de l’usage d’un pareil remède; mais elle avait tant de confiance en son ancien médecin , le fameux docteur Lower, qui le lui avait
conseillé, que, la nuit même où elle sentit les premières atteintes de la petite vérole , elle prit la dose ordinaire de thériaque, et le lendemain matin une double dose. Ce médicament opiacé lui causa une si violente agitation, que, lorsque la petite vérole parut, il se manifesta en même temps un crachement de sang, des taches pourprées , et d’autres symptômes du plus mauvais augure, qui furent suivis de la mort au bout de quelques jours. (Guillaume Grant, Recherches sur les Jièvres.)
On peut appliquer la plupart de ces réflexions à la rougeole. Sydenham , qu’on doit presque toujours citer lorsqu’il est question de faits pratiques, insiste fortement sur la méthode rafraîchissante , sur la saignée -, mais il prescrit les caïmans, le sirop diacode, pendant tout le cours de la maladie pour apaiser l’irritation pulmonaire. On pourrait lui reprocher néanmoins d’avoir un peu trop prodigué l’opium dans le traitement des exanthèmes fébriles. Ce remède doit être employé avec beaucoup de réserve chez les enfans pléthoriques et d’une forte complexion ; mais qu’on ne craigne pas d’y avoir recours pour les sujets délicats et d’une sensibilité exquise : combiné avec les boissons adoucissantes , il apaisera plus sûrement la toux , les anxiétés précordiales, que l’application réitérée des sangsues, dont on use si libéralement depuis qu’on veut à toute force, et malgré l’évidence des faits, localiser tous les exanthèmes et les faire dépendre de l’inflammation des tissus gastriques ou pulmonaires.
On dit que l’opium ne convient point dans les affections arthritiques, qu’on ne saurait calmer avec ce mé-
(lieament les douleurs qui accompagnent la goutte et le rhumatisme, et que sou emploi dans ces maladies est toujours dangereux. Cette opinion , émise par quelques auteurs modernes , est évidemment exagérée. Sydenham , qui a traité de la goutte, et qui a été lui-méme goutteux presque toute sa vie, veut qu’on prenne tous les soirs un peu de laudanum, lorsque les douleurs articulaires sont insupportables. Il le conseille aussi lorsqu'il survient des tranchées violentes, une diarrhée excessive, desvomissemens accompagnés de faiblesses. Cullen n’a pas craint d’administrer de fortes doses d’opium lorsque la goutte affectait vivement l’estomac. Scudamore se prononce égal ement en faveur de l’opium , dont il prescrit un grain toutes les deux heures, mêlé avec moitié dose de poudre antimoniale , lorsque les douleurs arthritiques sont très-intenses. Ce médecin recommande en même temps l’usage du black drop ( gouttes noires ) , préparation concentrée d’opium , qui réussit beaucoup mieux à certaines personnes que les médicamens opiacés ordinaires. Mais personne n’a mieux connu les véritables indications de l’opium dans les maladies goutteuses que le professeur Barthez. Dans les attaques simples et régulières de la goutte des articulations , un régime doux , des boissons relâchantes et diaphoniques , sont les moyens les plus convenables , puisqu’ils tendent à favoriser les mouvemens salutaires de la nature ; mais, lorsque la douleur est violente et soutenue , qu’elle épuise les forces et s’oppose à une terminaison salutaire, les préparations opiacées, dont on règle les doses suivant le degré d’irritation, l’âge et le tempérament du malade , produisent quelquefois les
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plus heureux effets. L’opium n’est pas moins avantageux lorsque la goutte, fixée sur l’estomac ou sur les intestins, détermine sympathiquement un état convulsif dans les viscères précordiaux ; mais il faut s’en abstenir lorsque l’irritation goutteuse semble déjà disposée à se porter sur les articulations, lorsqu’elle se complique d’une affection cérébrale ou de symptômes bilieux bien prononcés. On prescrit également l’opium dans l’asthme spasmodique des goutteux , en le combinant avec l'éther, le musc, le camphre ou l’assa-fœtida. Ces combinaisons conviennent spécialement pendant les accès qui se développent avec des douleurs atroces , une suffocation imminente, après avoir toutefois suffisamment affaibli l’état de pléthore ou la disposition inflammatoire parla saignée, par l’application des ventouses ou des sangsues sur les parties les plus douloureuses de la poitrine. On applique en même temps des sinapismes, des vésicatoires sur les articulations qui étaient le siège de la goutte. Lorsque cette redoutable maladie offre des paroxysmes bien dessinés, on doit avoir recours au quinquina , et l’administrer de la même manièreque dans les fièvres intermittentes pernicieuses.
Le rhumatisme aigu, qui s’accompagne d’anxiétés, d’une insomnie constante , de souffrances excessives , réclame l’usage de l’opium , surtout lorsqu’on a combattu la diathèse inflammatoire par les rafraîchissans et les antiphlogistiques. Dans l’état chronique , on a quelquefois donné avec un rare succès un mélange d’opium et de muriate de mercure doux. Le docteur Fischer vante cette combinaison comme un moyen infaillible , lorsque le rhumatisme est caractérisé par
des tiraillemens et des douleurs insupportables des membres , avec impossibilité de les mouvoir. Il prescrit soir et matin un grain d’opium et un grain de calomel , triturés avec du sucre et de la magnésie. On varie d’ailleurs les doses de cette poudre suivant les effets observés. D’autres praticiens donnent tous les soirs un grain d’opium et cinq ou six grains de calomel, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu une salivation modérée. Ce traitement a quelquefois dissipé les rhumatismes les plus réfractaires. D’autres enfin unissent l’opium à l’ipécacuanha , aux préparations antimoniales, aux purgatifs. Je conviens qu’on doit accueillir ces méthodes empiriques avec réserve; cependant, dans quelques circonstances difficiles , je ne me suis pas mal trouvé de les avoir suivies. J’ai surtout employé avec beaucoup de succès la poudre de Dover , en interposant un purgatif tous les trois ou quatre jours , dans un cas de rhumatisme extrêmement grave.
Un ancien militaire , d’un tempérament nerveux , sujet depuis la campagne de 1 8 1 4 à des attaques d’un rhumatisme articulaire, qu’il dissipait ordinairement avec le secours des bains et d’une boisson humectante , éprouva une attaque beaucoup plus vive l’automne dernier. Pendant l’espace de deux mois , on n’épargna ni les saignées générales, ni l’application des sangsues. Les bains, les cataplasmes émolliens , n’avaient pas été plus favorables. Lorsque je vis le malade, il était entièrement perclus des membres inférieurs , où il éprouvait une douleur rongeante par le moindre attouchement; sa physionomie portait l’empreinte d’une profonde tristesse. 11 fut mis à l’usage de la poudre
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de Dover, dont il prenait tous les matins environ quinze grains; il buvait ensuite dans la matinée cinq ou six tasses de thé léger, afin de seconder son action sudorifique. Tous les trois ou quatre jours on suspendait l'usage de la poudre, pour administrer un bol purgatif, composé de huit grains de calomel et de douze grains d’aloès. Cette méthode perturbatrice, suivie avec une grande exactitude pendant une vingtaine de jours, produisit de si heureux effets, que le malade put marcher sans appui.
Vers la fin du siècle dernier , on crut trouver dans l’opium un nouveau moyen de combattre l’affection vénérienne. Schoepf et Michaëlis lui prodiguèrent surtout ries éloges outrés ; mais Grant etHagstroem en bornèrent avec raison l’emploi à certains cas où la sensibilité est exaltée , et sauvèrent en même temps , dit Sprengel , l’honneur du mercure dans le traitement de la syphilis. En effet , il est douteux que l’opium suffise pour extirper entièrement cette maladie ; mais il devient un puissant auxiliaire du mercure en calmant l’excès de la douleur et de la sensibilité chez les personnes très -irritables. Boerhaave soignait un jeune homme couvert d’ulcères syphilitiques, et tourmenté toutes les nuits par des douleurs ostéocopes. Après avoir employé vainement les moyens ordinaires , il prescrivit l’usage de l’opium, qui rappela le sommeil et dissipa tous les symptômes. Associé aux préparations mercurielles, l’opium modifie leur action irritante , et prévient les accidens qui accompagnent fréquemment leur usage.
En traçant le tableau des vertus médicinales de l’opium, pourrions-nous passer sous silence ses heureux
elïets dans le traitement d’une espèce particulière de gangrène , dont l’invasion est marquée par des douleurs vives qui se font ressentir aux extrémités inférieures , et surtout aux orteils? D apres l’observation dePercival Pott , on peut arrêter les ravages de cette maladie avec le secours de l’opium , administré à hautes doses et combiné avec le musc. On a également constaté ses avantages dans la gangrène produite par l’usage du seigle ergoté : il est spécialement indiqué par la douleur, les crampes, et l’état convulsif des membres.
Enfin nous devons signaler l’opium comme un moyen précieux pour combattre une foule d’accidens causés par les poisons. C’est une sorte de compensation des pernicieux effets qu’il produit lui-même dans quelques circonstances. Nous avons rapporté dans le cours de cet ouvrage des faits nombreux en faveur de ce médicament. Ainsi nous l’avons vu dissiper les irritations , les douleurs les plus intenses , le hoquet, la cardialgie , les spasmes , les convulsions , les mouvemens épileptiques qui succèdent à l’empoisonnement par les champignons, la petite ciguë, etc. Nous pourrions également rappeler ici avec quel avantage nous l’avons administré à une jeune et très-intéressante dame, empoisonnée le jour des Rois 1812 avec un gâteau où l’on avait introduit du sublimé corrosif. Depuis ce déplorable événement, dont l’auteur, par une fatalité bien étrange, est toujours resté ignoré, madame de (Vi*** avait conservé pendant plusieurs années une telle susceptibilité d’entrailles , que la moindre irritation , le plus léger motifde chagrin , provoquaient instantanément une tuméfaction considérable des parois abdomi-
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nales , suivie de hoquet, de vomisseniens, et d’une douleur vive dans toute la région hépatique. La teinture anodine de Sydenham , prise à la dose de dix à douze gouttes toutes les trois heures, a constamment dissipé ces symptômes. Cette dame jouit maintenant d’une assez bonne santé.
On ne saurait méconnaître la puissance sédative de l’opium dans les cas d’empoisonnement par les cantharides. Ce médicament est surtout indispensable lorsque l’irritation de l’appareil urinaire résiste à l’usage des bains , des émolliens et des antiphlogistiques. Lanzoni cite l’histoire d’une femme qui fut prise de douleurs atroces après avoir avalé une forte dose de cantharides. Deux gros de laudanum liquide firent cesser tous les accidens , et procurèrent un sommeil paisible.
Je trouve dans mes notes un fait qui m’a paru digne d’être conservé. Un négociant de Philadelphie , demeurant à l’hôtel d’Angleterre, rue des Filles-Saint- Thomas , avait mangé une certaine quantité de moules. Peu de temps après , il éprouva une chaleur vive à l’épigastre avec des vomisseniens répétés. Toute la surface du corps était rouge , gonflée , fortement tendue , et couverte d’une éruption vésiculaire. Ces premiers symptômes furent bientôt suivis d’étouffemens, d’une anxiété extrême, de mouvemens convulsifs et d’une raideur universelle. Appelé presqu’en même temps que le docteur Yergez , qui m’avait précédé auprès du malade , et qui lui avait déjà fait prendre sans aucun résultat avantageux une potion éthérée et du thé acidulé avec le suc de citron , je proposai l’usage du laudanum liquide. Ce médicament fut administré de suite à la dose de
vingt -quatre gouttes dans une cuillerée d’eau de menthe avec un peu de sucre , et répété une heure après. Dès ce moment le malade, dont la respiration et la voix étaient presque éteintes , commença à se ranimer. Il continua néanmoins la teinture anodine à la dose de sept ou huit gouttes toutes les trois heures , et le lendemain il ne lui restait que le souvenir de ses souffrances et un peu de gêne dans les membres inférieurs.
Nous avons disserté sur les propriétés de l’opium avec toute l’étendue convenable à un sujet aussi important ; nous avons surtout signalé l’immense avantage que peut en retirer dans les exercices cliniques un médecin à la fois sage et instruit ; mais notre amour pour cette substance héroïque ne va point jusqu’à un aveugle enthousiasme. Ainsi, d’après un examen impartial et sévère , nous voyons que son usage habituel émousse la sensibilité , paralyse les facultés de l’esprit et contribue puissamment à hâter cette vieillesse précoce , si commune dans les pays chauds. Suivant le docteur Pouqueville ( Voyage en Morée ) , les thériaky , ou mangeurs d’opium , tombent dans un marasme général. En proie à des douleurs atroces , tourmentés par un satyriasis incommode , ils ne peuvent assouvir leurs désirs. Enfin devenus hideux , déformés par de nombreuses périostoses, privés de leurs dents, les yeux presque éteints au fond des orbites , agités d’un tremblement involontaire , ils cessent d’exister long-temps avant d’avoir fini de vivre.
On a également remarqué que l’abus de l’opium dispose à l’hypochondrie , aux affections maniaques, aux
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congestions sanguines, à l’apoplexie. C’est surtout dans l’enfance , dans cet âge où domine la mobilité de tout le système des forces , qu’on observe les mauvais effets de l’opium, Hoffmann a vu le fréquent usage du sirop diacode provoquer une épilepsie mortelle. Barthez rapporte aussi l’exemple d’un enfanta qui l’abus du même remède avait causé des palpitations pendant plusieurs années. On a observé que les enfansà qui les nourrices donnent habituellement de la thériaque ou dusirop de pavot pour les endormir, deviennent stupides. Dans les fièvres gastriques et bilieuses1, dans les affections inflammatoires, et principalement dans celles de l’encéphale, on doit être extrêmement réservé sur l’usage des médicamens fournis par l’opium , malgré l’insomnie et l’exaltation delà sensibilité. Quce, licet veteribus arriderent médicamenta, vix, nisi devicto inflammationis impetu, ob continuas vigiLias nimiamque se/isibilitatem, indicare queunt. (Fhawk, Epitome, lib. a, pag. 57.) Dans l’état avancé des maladies aiguës , lorsque la nature coordonne ses mouvemens , prépare une crise salutaire , tous les symptômes prennent quelquefois une intensité nouvelle; la fièvre, la douleur, l’anxiété , augmentent. L’observateur habile ne cherchera point alors à calmer ce trouble passager , à détruire cette réaction vitale en administrant l’opium ; mais il s’attachera à l’application raisonnée de la méthode expectante. Nous ferons remarquer en passant que, si les crises sont moins fréquentes aujourd’hui, il faut en chercher la cause dans les méthodes de traitement. En effet, les uns troublent la marche de la nature pervertissent ses actes par une foulede médicamens
inutiles ou trop actifs ; les autres paralysent ses efforts par l’abus des relâchanset de la saignée. Aussi la nouvelle école , méprisant les traditions les plus saines , range-t-elle la doctrine des crises parmi les vieilles rêveries delà médecine dogmatique.
Au reste , les mauvais effets de l’opium ne doivent être imputés qu’à J a main inhabile qui le donne sans mesure ; et ceux-là même qui le déprécient par prévention ou par esprit de système sont souvent forcés d’y avoir recours , ne fût-ce que pour adoucir des maux qu’ils ont peut-être irrités par un traitement peu convenable. Quand bien même l’opium ne serait qu’un palliatif, ainsi que le prétendent quelques médecins qui ont étudié légèrement ses propriétés , ne faudraitil pas remercier la Providence de nous avoir donné un remède capable d’apaiser la douleur? Lorsque notre art ne peut guérir, il faut du moins qu’il console. Qui n’a pas été témoin du tableau déchirant qu’offre à nos regards le malheureux en proie à une maladie incurable et douloureuse? Qui n’a pas entendu ses plaintes, ses gémissemens ? Hâtons-nous d’adoucir des jours remplis d’amertume ; donnons à l’homme qui attend la mort comme la fin de ses misères ce calmant , ce baume magique qui suspend ses souffrances et lui fait goûter le calme des nuits : il supportera avec plus de courage les angoisses de la journée. Intérim hurnanitas poscit ut succurramus miseris, de quorum soluté etinm desperamus ; ut leniamus inala quœ eradicnri nequeunt; ut placide magis peragatur pauculum illud, quod de vitœ curriculo superest , donec mors his œrumnis Jinem imponat. (Van Swieten.)
Ou administre l’opium de plusieurs manières. Lorsque l’estomac est très-irritable, on l’injecte dans le rectum , en commençant toujours par une petite quantité , et non en doublant et triplant les doses , comme le conseillent quelques auteurs de matière médicale. Employé sans ménagement par cette voie , il produit des vomissemens , des vertiges et un état comateux. On peut aussi l’administrer avec avantage, sous la forme de frictions , sur la surface du corps , à l’exemple de Chiarenti de Florence , de Brera , d’Àlibert , de Chrestien de Montpellier, etc. Les préparations qu’on fait subir à l’opium sont très-variées ; la plus simple est celle de son extrait , appelé extrait aqueux d’opium. On y procède en faisant dissoudre dans l’eau les parties de l’opium solubles dans ce liquide ; on fait ensuite évaporer jusqu’à consistance d’extrait. On distingue un autre extrait préparé par la fermentation d’après la méthode de M. Deyeux. Pour l’obtenir , on ajoute de la levure à l’eau qui tient l’opium en dissolution; on expose ce mélange à une douce température; on laisse fermenter jusqu’à ce que la liqueur se clarifie , et on réduit ensuite en extrait. L’extrait d’opium vineux se prépare en faisant dissoudre l’opium dans du vin blanc à la chaleur du bain-marie , et en procédant ensuite à l’évaporation du véhicule.
L’extrait d’opium jouit d’une propriété sédative plus marquée lorsqu’il est dépouillé de la narcotine , ou sel de Derosne. M. Robiquet propose d’adopter pour l’usage médical la préparation suivante : on fait macérer dans de l’eau froide de l’opium ordinaire, divisé en petit s morceaux , comme pour obtenir l’extrait
aqueux -, on filtre , on évapore en consistance de sirop épais , et on traite en vase convenable par de l’éther rectifié. On agite le tout un grand nombre de fois avant de décanter la teinture éthérée , et , lorsque celle-ci est séparée, on la soumet à la distillation pour en retirer l’éther. On réitère cette opération tant qu’on obtient des cristaux de narcotine pour résidu de la distillation. Quand l’éther est sans action, on évapore la solution d’opium jusqu’à consistance pilulaire , et on obtient par ce moyen un extrait toutà-fait exempt de narcotine. Ces divers extraits se prescrivent depuis un demi-grain jusqu’à deux grains, et même plus, suivant la nature etl’intensité de la maladie. On les administre , soit sous la forme de pilules , soit dissous dans une eau distillée quelconque , danslespotions , dans les mixtures calmantes et antispasmodiques.
On prépare avec l’opium des infusions aqueuses ou vineuses , des teintures alcoholiques simples ou composées, des poudres, des électuaires^ etc.
Infusion aqueuse d’opium du professeur Chaussier. Prenez, opium du commerce, une once; eau distillée, neuf onces. Après avoir pulvérisé grossièrement l’opium , on le laisse infuser à froid pendant trois ou quatre jours ; ensuite on filtre la liqueur à travers un papier gris, et on ajoute, pour la conserver, une once d’alcohol. Cette infusion aqueuse d’opium peut s’employer par gouttes dans des potions depuis seize jusqu’à vingt-quatre ou trente. On s’en sert également à la dose de cinquante à quatre-vingts gouttes , sur deux onces d’infusion de fleurs de mauve, dans les inflammations des yeux, et surtout dans les maladies des
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mamelons. ( Ratieh , Formulaire pratique, des hôpitaux civils de Paris. )
Le docteur Demangeon emploie avec succès contre les ophthalmies aiguës ou chronitpies , accompagnées d’une vive irritation , une infusion d’un gros d’opium gommeux dans une pinte d’eau bouillante. On fomente fréquemment les yeux avec celte liqueur refroidie, et on ne tarde pas à voir diminuer l’inflammation et la douleur. L’usage de ce remède est d’autant plus sur que l’ophthalmie tient plus particulièrement k la sensibilité anomale des organes de la vue , ou à une irritation produite par une cause accidentelle, comme un coup de fouet ou de baguette, un courant d’air, une lumière trop vive, une chaleur ardente. Voyez les observations publiées par ce praticien distingué dans le Journal général (le médecine , tome 3i , page i3. Long-temps après M. Demangeon , Je docteur Gendrin a publié dans le même journal un mémoire sur l’usage des topiques opiacés dans les ophthalmies. Lorsque l’inflammation est aiguë, il fait précéder les fomentations d’opium de la saignée et des antiphlogistiques. Dans les ophthalmies chroniques, il donne la préférence à l’emploi du laudanum ou de la teinture thébaïque de la pharmacopée de Londres. Le célèbre Searpa prescrit aussi les applications opiacées dans les ophthalmies aiguës graves, mais seulement après la première période de l’inflammation , et après avoir pratiqué des saignées générales ou locales.
Le professeur Lallemand conseille, pour faire disparaître les taies des yeux , de les toucher deux ou trois fois par jour, pendant environ un mois, avec
du laudanum liquide; ce temps suffit pour la guérison radicale des taies même les plus anciennes. Ce procédé, employé depuis long-temps en Pologne, a été communiqué à M. Lallemand par un Polonais. Le professeur de Montpellier dit en avoir obtenu les effets les plus extraordinaires. « J’ai vu, dit-il, l’application « du laudanum dissiper des taies si profondes et si « dangereuses, que je suis aussi affligé qu étonné de « voir entièrement ignorée l’efficacité d’un agent si « précieux. »
Vin d'opium , teinture anodine , ou laudanum liquide de Sydenham. Ce précieux médicament se prépare de la manière suivante : prenez, opium choisi, deux onces; safran, une once; cannelle et clous de gérofle en poudre , de chaque un gros. Faites digérer au bain-marie pendant cinq ou six jours dans une livre de vin d’Espagne; passez avec expression, et filtrez ensuite la liqueur. Dix-huit ou vingt gouttes contiennent un grain d’opium. La dose ordinaire est de dix à vingt gouttes. Celte composition se trouve plus ou moins modifiée dans certaines pharmacopées : quelques médecins voudraient même qu’on supprimât les aromates. Nous avons donné la véritable formule de l’auteur , et nous croyons qu’elle doit être respectée. Sydenham , qui avait observé ses effets dans les maladies avec une sagacité admirable , l’administrait nonseulement pour concilier le sommeil et calmer les irritations, mais encore pour relever les forces languissantes. On emploie fréquemment le laudanum liquide dans les potions antispasmodiques, les mixtures sédatives, en le combinant avec le sirop dia-
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code , l'éther alcoholisé , l’eau de fleur d’orange, etc. Il convient d’observer que , dans les affections cholériques, les vomissemens violens, qui exigent l’emploi de cette teinture, on doit l’administrer dans un véhicule peu étendu, afin de ne pas augmenter la susceptibilité de l’estomac. On peut en donner huit , dix ou douze gouttes dans une cuillerée à café d’eau de menthe , et renouveler ce mélange deux ou trois fois , et même davantage , suivant l’intensité des symptômes , en mettant un quart d’heure on une demi-heure d’intervalle entre les doses. Dans les convulsions générales , dans le tétanos et autres affections graves du système nerveux , non-seulement on n’obtient aucun effet de cette teinture , mais encore on augmente les accidens , si l’on n’en proportionne les doses à la violence du spasme et de la douleur. On l’emploie aussi h l’extérieur sous la forme de lotions , de linimens , de pommades , dans les ophthalmies , les affections cancéreuses, les douleurs rhumatismales, les brûlures, les hémorrhoïdes , les ulcères vénériens , etc.
Dans la pharmacopée de Russie , le laudanum liquide est préparé, sous le nom de teinture d’opium , de la manière suivante : prenez , opium thébaïque , une once; safran oriental, demi-once; vin d’Espagne, neuf onces. Faites digérera une douce température pendant trois jours, et passez. Un gros de ce liquide contient environ six grains d’opium.
Le vin d’opium de la pharmacopée de Suède est simplement composé d’une partie d’opium pulvérisé et de six parties de vin blanc de France. On prolonge la macération pendant une semaine sans chaleur.
Teinture d’opium d’Eckard. Prenez, opium purifié, deux onces; gérofie, un gros; eau de cannelle, huit onces; alcohol, quatre onces. Faites digérer pendant six jours dans un endroit chaud ou au hain-marie. Passez ensuite la liqueur avec expression , et filtrez. Dix gouttes de cette teinture contiennent à peu près un grain d’opium. Elle a été pendant quelque temps l’ancre sacrée des partisans fanatiques de la doctrine de Brown.
On prépare l’opium, ou les gouttes de l’abbé Rousseau, en faisant dissoudre de l’opium dans de l’eau miellée en fermentation. On laisse fermenter pendant un mois dans un lieu bien chaud , puis on filtre, et on fait évaporer une partie de la liqueur à l’air libre. Sept gouttes équivalent à un grain d’opium. Quelques praticiens emploient fréquemment cette teinture, qu’ils préfèrent aux autres préparations opiacées.
Black drops, ou gouttes noires. Prenez , opium , demi-livre ; verjus , trois pintes ; noix muscade , une once et demie ; safran , demi-once. Réduisez le tout à consistance convenable au moyen de l’ébullition. Ajoutez ensuite quatre onces de sucre et deux cuillerées de levure. Placez le mélange dans un endroit chaud, près du feu, pendant six ou huit semaines, puis à l’air jusqu’à ce qu’il se convertisse en sirop ; enfin décantez et filtrez. Cette composition est très-active; quatre ou cinq gouttes représentent à peu près un grain d’opium.
Teinture d’ opium , teinture thébaique de la pharmacopée de Londres. Prenez, opium pur, deux onces ; alcohol rectifié , deux livres. Faites digérer pendant
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quatorze jours , et passez. Vingt-cinq gouttes contiennent un grain d’opium en dissolution.
Teinture d’opium ammoniacée , ou élixir parégorique de la pharmacopée dl Edimbourg. Prenez , opium , deux gros ; safran broyé , acide benzoïque , de chaque trois gros ; huile volatile d’anis , demi-gros ; alcohol ammoniacd , seize onces. Faites digérer pendant sept jours à vaisseau clos , et fdtrez. Un gros de cette liqueur contient un grain d’opium. Elle est regardée comme un puissant antispasmodique ; on la donne aussi pour exciter la transpiration dans les maladies catarrhales, après avoir dissipé l’état d’irritation ou de phlogose par les moyens convenables. La dose est d’environ un gros. La teinture d’opium camphrée de la pharmacopée de Dublin porte aussi le nom d 'élixir parégorique. Elle est composée de deux gros de camphre , d’un gros d’opium , d’un gros d’acide benzoïque , d’un gros d’huile volatile d’anis, et de deux livres d’alcohol. On la prescrit à la dose de cinquante à cent gouttes.
Le sirop diacode ou de pavot blanc est préparé avec la décoction ou l’infusion prolongée des capsules. C’est un doux somnifère, qu’on prescrit depuis deux gros jusqu’à une once. Dans la plupart des officines, on le remplace par une solution aqueuse d’extrait d’opium , à laquelle on donne la consistance requise à l’aide du sucre. Le sirop d’opium du Codex de Paris contient environ deux grains d’extrait par once. La dose est d’un à huit gros. Celui de la pharmacopée de Prusse est composé de vingt-cinq grains d’extrait d’opium dissous dans une once de vin de Malaga , qu’on
mêle ensuite avec vingt-quatre onces de sirop de sucre ou de réglisse. Une once de sirop contient un grain d’extrait d’opium. Enfin on peut préparer à l’instant un sirop d’opium, en mêlant, d’après la pharmacopée de Suède , seize gouttes de teinture thébaïque à une once de sirop de sucre. Toutes ces préparations ont des propriétés plus constantes que le sirop de pavot ; mais celui-ci est plus doux et moins narcotique ; il convient mieux aux enfans.
Tous nos pharmaciens ne préparent pas de la même manière le sirop diacode. Pour quelques-uns, c’est le sirop de pavot blanc qu’ils préparent simplement avec les capsules de la plante ; pour le plus grand nombre , c’est le sirop d’opium du Codex , et alors cette préparation contient deux grains d’extrait d’opium par once ; mais quelquefois aussi elle n’en contient qu’un grain , d’après les modifications que certains pharmaciens lui font subir. Ce désaccord dans la composition d'un médicament dont on fait un si fréquent usage est préjudiciable non-seulement aux malades, mais encore aux médecins et aux pharmaciens. Dans beaucoup de cas le simple sirop de pavot ne saurait remplacer le sirop diacode ou le sirop d’opium 5 et , dans quelques circonstances , une once de sirop diacode contenant deux grains d’opium , lorsque le médecin croit n’en prescrire qu’un grain , peut produire de graves accidens.
Le sirop de karabé est tout simplement un sirop d’opium où l’on a mêlé une certaine quantité d’esprit de succin. On le prescrit à la même dose dans les potions sédatives et antispasmodiques. Il contient environ un grain d’opium par once.
En parlant des médicamens opiacés, il est impossible de passer sous silence la thériaque d’Andromaque, composition bizarre, sans doute, par le nombre prodigieux de ses ingrédiens , mais dont l’efficacité est tellement reconnue, qu’elle figure encore dans la plupart des dispensaires. Néron , inquiet pour sa vie , avait chargé Andromaque de Crète, son médecin, de lui trouver un remède capable de résister à l’effet des poisons; les craintes d’un tyran nous ont valu la thériaque. Nous nous garderons bien de présenter cette espèce d’éléctuaire comme un antidote contre les substances vénéneuses ; mais on ne saurait contester ses vertus cordiales, stomachiques et sudorifiques. Dans quelques cas , il agit , à la dose d’un à deux gros , comme un calmant, comme un somnifère très-efficace. On s’en sert contre les diarrhées rebelles , les flux dysentériques , la débilité de l’estomac, l’inappétence; vers la fin des rhumes , des catarrhes , lorsque le sommeil est troublé par la toux, et lorsqu’on a besoin de ranimer la transpiration insensible.
Que dirons-nous d’une composition analogue qui a recule nom de Mithridate , son inventeur, et que Pompée fit connaître à Rome, après avoir triomphé de cet implacable ennemi ? Ainsi que la thériaque , cet électuaire doit ses principales vertus à la combinaison de l’opium avec plusieurs substances toniques et excitantes; mais il est entièrement tombé en désuétude.
Le diascordium de Fracastor, autre médicament opiacé, jouit encore de quelque estime; on l’emploie particulièrement dans les flux intestinaux avec débilité locale. Il nous a été parfaitement utile pour com-
battre un dévoiement opiniâtre qui se reproduisait sans cesse chez une dame qui avait éprouvé des accidens cholériques en 1 8.1a. La diarrhée durait depuis environ six mois , et la malade , dont l’estomac ne pouvait d’ailleurs supporter aucune substance tonique, était réduite à un tel état de maigreur et de faiblesse que toute sa famille désespérait de sa guérison. Les lavemens préparés avec l’extrait de rathania , le cachou et autres astringens , où l’on ajoutait soit de l’extrait d’opium , soit du laudanum liquide , n’étaient que d’un faible secours. D’après une consultation à laquelle avaient assisté MM. Chôme!, Cayol, Dubois d’Amiens et moi, on lui donna pendant plusieurs jours de petits lavemens où entrait depuis un scrupule jusqu’à un demi-gros de diascordium. Ces lavemens répétés deux ou trois fois en vingt-quatre heures firent cesser complètement la diarrhée en moins de huit jours. La malade , ayant repris un peu de force , fut transportée à la campagne , et deux mois après elle était parfaitement rétablie.
Poudre de Dover. En Angleterre et dans le Nord, on fait un fréquent usage de cette poudre , qui est un mélange d’opium, d’ipécacuanha, de nitre et de sulfate de potasse. Mais les doses et les ingrédiens varient dans les différentes pharmacopées qui ont recueilli cette composition. Dans les pharmacopées d’Édimbourg , de Londres , de Suède et deRussie , on supprime le nitrate de potasse. Du reste, comme cette poudre s’altère en vieillissant, il vaut mieux la préparerait moment où l’on veut en faire usage. Prenez , opium, ipécacuanha , de chaque deux grains ; sulfate de potasse, nitrate de potasse, de chaque huit grains. Mêlez
exactement, pour une ou deux doses à prendre le matin à jeun. Cette poudre est un sudorifique très-efficace dans les maladies goutteuses et rliumatiques , dans quelques affections catarrhales. D’après l’intensité des symptômes etla constitution du malade, on peut élever les doses de l’opium et de l’ipécacuanha jusqu’à quatre, cinq et six grains. Il faut s’abstenir de boire immédiatement après ai oir pris cette poudre, pour ne pas provoquer le vomissement . Après une heure d’intervalle , on fait usage de quelque boisson délayante , comme une infusion de thé , de fleur de tilleul , de feuilles d’oranger ou de sauge. On s’enveloppe de flanelle , et on se lient chaudement, dans le lit. Si l’on supporte aisément les sueurs, il est bon de les entretenir pendant plusieurs heures; après quoi on s’essuie le corps et on se couvre de flanelle sèche. Lorsqu’on prend la poudre de Dover, il est nécessaire de garder la chambre et d’éviter avec beaucoup de soin de s’exposer au froid. Si elle produit des sueurs abondantes sans causer un grand échauffement ni d’autres symptômes fâcheux , on en continue l’usage à des doses modérées, et on tient le ventre libre. Au reste, cette méthode est contre-indiquée par une chaleur brûlante, une grande soif, une anxiété vive, par la fréquence et la dureté du pouls, la céphalalgie, le délire imminent.
On remplace la poudre de Dover par un mélange de trente à quarante gouttes de laudanum liquide, et de quarante à cinquante gouttes de teinture d’ipécacuanha ou de vin stibié, qu’on donne sous la forme de julep, avec une once d’eau de rose et deux gros de sucre. Ces remèdes sont utiles aux personnes affectées de douleurs rhumatismales , de catarrhes habituels , et chez qui la
transpiration se supprime facilement. Par leur usage méthodique , on obtient une distribution plus régulière des forces sur l’organe de la peau , dont ils réveillent l’énergie et l’activité.
Enfin nous mentionnerons en passant les pilules de cynoglosse , préparation assez estimée de quelques praticiens, mais dont il faudrait supprimer les ingrédiens inutiles en n’y laissant que l’opium et les semences de jusquiame. On les donne à la dose de quatre, six et huit grains; pour calmer la toux et les irritations pectorales.
Emploi des sels de morphine. Le docteur Magendie a proposé de remplacer le sirop de pavot , le sirop diacode par la préparation suivante :
Sirop de morphine. Prenez, sirop de sucre parfaitement clarifié , une livre; acétate de morphine, quatre grains. Ce sirop est maintenant employé par beaucoup de praticiens comme un calmant très-efficace , à la dose d’une à deux onces. Le sirop de sulfate de morphine se prépare dans les mêmes proportions , et se prescrit aux mêmes doses.
Gouttes calmantes. Prenez , acétate de morphine , seize grains; eau distillée, une once; ajoutez trois ou quatre gouttes d’acide acétique, et un gros d’alcohol, afin de maintenir le sel dissous. On peut employer le sulfate de morphine au lieu de l’acétate. La dose de ces gouttes est de six à vingt-quatre.
D’ailleurs l’acétate et le sulfate de morphine s’emploient en pilules ou bien dans les potions, dans les juleps, depuis un huitième de grain jusqu’à un grain. Le docteur Magendie a reconnu que ces sels jouis-
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sent de tous les avantages qu’on désire trouver dans l’opium , sans en avoir les inconvéniens. Il a donné avec succès l’acétate de morphine à une demoiselle atteinte d’un anévrisme de l’aorte pectorale. La malade, ayant épuisé tous les secours de la médecine et toutes les recettes du charlatanisme, a trouvé enfin dans cette nouvelle préparation , administrée <i la dose d’un quart de grain à un demi-grain par jour, un remède ellicace contre les insomnies continuelles et les vives douleurs qui la tourmentaient depuis long-temps. Chez une dame portant un cancer au sein, le même sel, donné à la dose d’un quart de grain, a singulièrement diminué les douleurs lancinantes dont cet organe était le siège.
D’autres praticiens ont constaté par de nouveaux faits la vertu éminemment calmante de l’acétate de morphine. D’après l’observation de M. le docteur De Lens, il a constamment diminué l’extrême susceptibilité nerveuse d’une malade qui en a fait un long usage. Les nuits sont devenues plus calmes , les jours moins agités ; il n’y a jamais eu ni céphalalgie, ni assoupissement profond, ni constipation; et l’on n’a pas vu non plus se développer cet enduit de la langue que produit ordinairement l’usage des médicamens opiacés. Une autre dame atteinte d’une angine de poitrine, maladie fort rare chez les femmes, a été d’abord , et pour ainsi dire subitement, délivrée de ses douleurs, mais cette amélioration ne s’est point soutenue.
Une femme affectée d’unsquirrhe éprouvait des douleurs violentes qui l’empêchaient de goûter les douceurs du sommeil. M. le docteur \ incent Duval lui avait plusieurs fois administré , à Chaillot , l’extrait gom-
meux d’opium, à la dose d’un à deux grains, sans pouvoir lui procurer le moindre soulagement. L’acétate de morphine , donné à la dose d’un demi-grain , apaisa chaque fois ses souffrances et la fit reposer pendant quatre ou cinq heures. L’opium causait des rêvasseries et de l’oppression à une dame phthisique au dernier degré. M. Duval est parvenu à la calmer et à lui procurer plusieurs heures de sommeil pendant un mois, en lui faisant prendre tous les soirs un demi-grain d’acétate de morphine. Uue jeune fille atteinte d’une petite vérole confluente avait passé neuf jours sans dormir. Le même médecin lui donna le soir un julep anodin avec un grain d’extrait d’opium : point de sommeil, agitation, mouvemens spasmodiques. Le lendemain , un grain et demi d’opium produit les mêmes effets. M. Duval prescrit lé jour suivant, à huit heures du soir, un demi-grain d’acétate de morphine, et, une heure après, la malade s’endort pour ne se réveiller que le lendemain à onze heures du matin. Dès ce moment, la fièvre, l’agitation, les spasmes cessent, et la convalescence marche rapidement.
Dans certains cas , il est indispensable d’élever les doses des sels de morphine , si l’on veut en obtenir un effet prompt et efficace. Un demi-grain, un quart de grain , et même des doses plus faibles , peuvent calmer une irritation légère, mais ne sauraient réprimer des douleurs violentes, un état d’exaltation extrême. M. le docteur Charles Prost a donné progressivement jusqu’à quatre grains d’acétate de morphine, en une seule dose , pour apaiser un délire maniaque et rappeler le sommeil.
M. le docteur Bally, qui a fait à l’hôpital de la Pitié de nombreuses expériences sur l’acétate de morphine, en a particulièrement obtenu d’heureux effets dans les diarrhées chroniques. Parmi les faits dont il a rendu compte dans une des dernières séances de l’Académie de médecine , il en est un qui a surtout fixé notre attention . Un homme âgé de soixa nte ans , d’une constitution pléthorique et sanguine, avait éprouvé subitement une attaque d’apoplexie, suivie immédiatement d’hémiplégie du côté gauche. Le mouvement, deux mois après , commença à se rétablir ; le malade marcha , et finit par n’avoir plus qu’un peu de gêne dans la progression. Il resta douze ans dans cet état, pendant lesquels le bras s’atrophia. Enfin la faculté de se mouvoir diminua progressivement , et lorsqu’il se décida à entrer à l’hôpital , il avait un air d’idiotisme , parlait peu , articulait assez mal , et se tenait toujours couché sur le côté gauche. On pratiqua quelques saignées , qui ne produisirent aucun effet. On eut recours aux bains tièdes , à l’application de la glace sur la tête , et en même temps à l’acétate de morphine, administré d’abord à la dose d’un quart de grain matin et soir, et peu à peu à un grain trois quarts. Des symptômes fâcheux signalèrent les mauvais effets de la médication. L’insomnie , le délire , la céphalalgie , le désir de fuir, les efforts pour s’échapper de son lit, annoncèrent un danger pressant. U fallut se hâter de suspendre le traitement, et revenir à la saignée. Le lendemain, tous les symptômes nouveaux étaient dissipés. Ce dernier résultat démontrait suffisamment que la médication était la cause réelle des accidens.
Lorsque l’état du tube intestinal ne permet pas l’usage intérieur de l’acétate de morphine, ou que celte substance administrée par cette voie ne produit aucun effet remarquable , on a recours à la méthode endermique. Des faits nombreux ont constaté les avantages de ce nouveau procédé. Nous croyons que les observations suivantes méritent de fixer l’attention des praticiens.
Le docteur Gaspard Cerioli , de Crémone , fut appelé pour donner des soins à une dame affectée de tétanos à la suite d’une blessure au front , au-dessus du sourcil droit. On employa d’abord la saignée , les bains tièdes prolongés ; on appliqua des caïmans sur le cou' et les articulations de la mâchoire; on administra l’acétate de morphine à l’intérieur et des lavemens purgatifs. Tous ces moyens n’avaient produit aucune amélioration, et la maladie faisait des progrès sensibles. La saignée réitérée et l’ipécacuanha pris comme sudorifique aggravèrent encore les accidens. On appliqua enfin un vésicatoire à la nuque, on enleva l’épiderme de la vésicule, et on recouvrit la plaie avec un linge enduit d’onguent d’althæa, qu’on saupoudra d’un quart de grain d’acétate de morphine. La même application fut répétée dans la journée, et l’effet en fut si remarquable, que, quelques heures après , les spasmes cloniques s’affaiblirent , les mouvemens de la mâchoire devinrent un peu libres, les contractions des traits de la face s’effacèrent, les douleurs du cou et du dos diminuèrent sensiblement , et la malade eut un sommeil tranquille , quoique interrompu. On continua le lendemain l’usage de ce médicament . à la dose d’un tiers de grain , deux