COCHLÉARIA OFFICINAL. CO CH LE ARIA OFFICINA L IS
Cochlearia officinalis . Linn. Spec. 903. DC. Fl. Fr. 4233.
Fl. Dan. t. 135.
Sa racine, blanche, allongée et fibreuse, donne naissance à des feuilles nombreuses , disposées en cercle sur la terre , épaisses, succulentes, arrondies, cordiformes à la base, d’un vert luisant, et portées sur de longs pétioles. Au milieu d’elles s’élèvent plusieurs tiges glabres, tendres, un peu inclinées, garnies de feuilles sessiles, oblongues , sinuées, anguleuses. Ses Heurs sont blanches , disposées en bouquet peu étalé et terminal; elles produisent des siliques globuleuses , s’ouvrant par le milieu en deux valves concaves.
Cette plante fleurit en été, et croît dans les lieux humides voisins de la mer, au bord des ruisseaux des hautes montagnes. On la trouve aux environs d’Ostende , de Dunkerque; dans les Alpes du Piémont, et dans les Pyrénées , auprès de Baréges. On la cultive dans les jardins comme un excellent antiscorbutique, et on l’appelle vulgairement lierbe aux cuillers , à cause de la forme creuse et enfoncée de ses feuilles.
La tige et les feuilles contiennent une huile volatile très-irritante. Cette huile est jaune , d’une odeur fugace, pénétrante, qui provoque les larmes, même de loin. Elle est d’une saveur âcre, et d’une pesanteur spécifique supérieure à celle de l’eau. Elle se volatilise facilement, et se dissout dans l’alcohol, avec lequel on peut la distiller. Cette dissolution est employée sous le nom dû esprit de cochléaria.
COCHLÉARIA DE BRETAGNE. COCHLEARIA ARMORACIA .
Cochléaria Armoracia. Li$tn. Spec. 904. DC. Fl. Fr. 4235.
Black w. Herb. t. 415.
Cette espèce a une racine grosse et longue , un peu jaunâtre, d’où s’élève une tige droite, cannelée, anguleuse, haute d’environ deux pieds, divisée en rameaux florifères nombreux , droits et grêles. Ses feuilles radicales sont pétiolées , grandes , oblongues , grossièrement crénelées sur les bords; les feuilles du milieu de la tige sont découpées en lobes linéaires; les supérieures sont étroites , lancéolées , dentées en scie. Les fleurs, assez petites, blanches, et disposées en grappes lâches et terminales , produisent des silicules ellipsoïdes.
On trouve cette plante dans les lieux humides , aux bords des fossés et des ruisseaux. Elle est connue sous les noms de grand raifort , de raifort sauvage, etc. On la cultive dans les jardins pour les usages économiques et médicinaux. La racine est imprégnée d’un principe âcre, volatil, qui irrite vivement la langue et
l’arrière-bouche. Elle contient de l’albumine , de la fécule, et une huile acre qui enflamme la peau, y produit des ampoules. Cette huile est d’un jaune clair, et a la même consistance que l’huile de cannelle. Elle tombe au fond de l’eau $ elle a une odeur insupportable de raifort, et provoque les larmes. Elle est très-volatile : une seule goutte suffit pour infecter l’air d’une chambre. La saveur en est d’abord douceâtre , mais elle enflamme promptement la langue et les lèvres. Elle se dissout en petite quantité dans l’eau, et lui communique son odeur piquante. L’alcohol dissout facilement cette huile. Si on la conserve long-temps , elle se convertit peu à peu en aiguilles cristallines d’un éclat égal à celui de l’argent , qui exhalent l’odeur du raifort, puis celle de la menthe poivrée, puis enfin celle du camphre. Elles se volatilisent sans laisser de résidu, et se dissolvent difficilement dans l’alcohol.
L’huile de raifort est la partie active de la plante 5 c’est elle qui produit l’irritation des fosses nasales, et provoque les larmes quand on mange du raifort. Enfin , c’est à la présence de cette huile que le raifort râpé et appliqué sur la peau doit la propriété de produire la vésication.
Dans plusieurs pays on râpe la racine fraîche du raifort sauvage , et on s’en sert en guise de moutarde , pour assaisonner les mets, pour exciter l’appétit et réveiller le ton de l’estomac. Pour les usages médicinaux , on emploie séparément ou ensemble le raifort et le cochléaria officinal. L’un et l’autre abondent en principes volatils, âcres et excitans. L’eau , la bière, le vin , l’alcohol , s’emparent de leurs matériaux médi-
camenteux. On en prépare des sucs , des infusions , des teintures, des sirops, etc., qu’on emploie fréquemment contre le scorbut, les affections lymphatiques et scrophuleuses. Des médecins systématiques prodiguaient, il y a vingt-cinq ou trente ans, ces compositions stimulantes et toniques , surtout dans les maladies de l’enfance ; d’autres systématiques s’efforcent maintenant de les bannir de la thérapeutique. On ne peut disconvenir que les maladies strumeuses ne coexistent , dans beaucoup de cas , avec une disposition inflammatoire, un état de chaleur et d’irritation qui contre-indique ce genre de médicamens 5 mais , plus souvent encore , elles se compliquent ou s’accompagnent d’un état de débilité qui réclame impérieusement l’usage des toniques. Toutefois il est des cas où la faiblesse est seulement secondaire , ou bien est combinée avec des inflammations qui contre-indiquent l’emploi des toniques , et peuvent même les rendre funestes (1).
(1) Voyez le savant traité du professeur Baumes sur les affections scrophuleuses; celui du professeur Hufeland, traduit et enrichi d’excellentes notes par le docteur Bousquet. Voyez aussi, dans le 2e volume de la Doctrine générale des maladies chroniques de Dumas, l’application de l’analyse à la médecine pratique par M. Bérard , article scrojdiules. Jusqu’ici on n’a rien écrit dans un aussi court espace de plus sage , de plus judicieux, sur cette déplorable maladie , dont le traitement a subi en trèspeu de temps les variations les plus étranges Le tableau analytique des fièvres , des phlegmasies , des névroses , etc., de leur étiologie , de leurs élémens , de leurs complications , est également tracé avec cette profondeur d’idées , ce laconisme nerveux et cette vigueur de pinceau qui n’appartiennent qu’aux grands maîtres. Dans ce travail classique, toutes les théories, tous les sys-
lil. 2
On mêle assez souvent le cochléaria , le raifort sauvage, le cresson de fontaine, avec les plantes amères et chicoracées, avec le trèfle d'eau , le pissenlit, la laitue , l’oseille , etc. , et l’on administre le suc exprimé de ces végétaux , à la dose de quelques onces , dans les affections scorbutiques, dans l’engorgement des viscères abdominaux, dans les hydropisies passives , particulièrement dans celles qui suivent les fièvres intermittentes.
Le vin et le sirop antiscorbutiques , où entrent les plantes crucifères les plus actives , et dont la composition se trouve dans tous les dispensaires, s’administrent par cuillerées dans les cachexies lymphatiques et scrophuleuses. Ces médicamens conviennent dans les cas de faiblesse , de langueur et d’inertie -, mais il faut sévèrement les proscrire lorsque la maladie se développe avec des signes de quelque inflammation viscérale* L’abus des antiscorbutiques, des plantes crucifères irritantes, peut d’ailleurs porter dans le sang un principe de dissolution , altérer même les solides , d’après l’observation de Barthez et de Cabanis , et déterminer des symptômes de scorbut chez des sujets qui auparavant ne paraissaient point y être disposés.
Bière diurétique. Prenez, semences de moutarde, deux onces $ limaille de fer, quatre onces -, cendres de genêt, une livre. Faites infuser dans douze livres de bière, et fdtrez la liqueur. On en donne quatre onces ,
tèmes, toutes les hypothèses, tous les faits sont exposés, discutés, appréciés avec une sagacité parfaite , et surtout avec cette critique impartiale qu’on trouve rarement dans la plupart des ouvrages modernes.
deux ou trois fois par jour, dans les hydropisies passives, en interposant de temps en temps un purgatif.
Infusion antiscorbutique. Prenez , racine de raifort sauvage , trois onces ; cochléaria , trèfle d’eau , de chaque , deux poignées ; écorce d’orange , deux onces ; noix muscade, deux gros. Faites infuser pendant trois jours dans douze livres de bière ou de vin blanc de France 5 passez ensuite la liqueur, et ajoutez six onces d’eau-de-vie. On prescrit cette infusion à la dose d’environ deux onces , qu’on peut réitérer deux ou trois fois en vingt-quatre heures, dans les cas de scorbut, de chlorose , d’œdème , de leucorrhée et autres flux atoniques. Elle convient surtout aux individus faibles, pâles et bouffis.
Gouttes antiscorbutiques . Prenez , esprit de cochléaria, une once; laudanum liquide , un gros. On prend deux, trois et quatre fois par jour une vingtaine de ces gouttes dans deux ou trois cuillerées de vin vieux , ou dans tout autre véhicule approprié. C’est un remède très-actif qu’011 peut prescrire avec avantage dans les cas de scorbut accompagné de douleurs musculaires ; on l’emploie aussi en gargarisme dans les ulcérations atoniques de la bouche , en y ajoutant un peu de miel rosat.
Petit-lait sinapisé. Prenez , semences de moutarde écrasées, une once et demie; lait frais, eau commune, de chaque , une livre. Faites bouillir jusqu’à ce que la partie caséeuse soit séparée ; passez , et édulcorez avec un peu de sucre. Ce petit-lait est le moyen le plus agréable et en même temps le plus efficace d’administrer la moutarde. On en donne une petite tasse quatre
ou cinq fois par jour, dans certains cas d’hydropisie , de paralysie, de rhumatisme, etc. Comme il excite toutes les sécrétions , et particulièrement celles de l’organe cutané, il faut le prendre tiède, et se couvrir suffisamment , afin d’obtenir une douce moiteur.