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MÉNISPERME COQUE DU LEVANT

MENISPERMUM COCCULUS.

Menispermum cocculus. Linn. Spec. 1468. — Tuba baccifera. Rumph. Herb. Am. 5. t. 22.

(Planche 119.)

Cet arbrisseau vénéneux croît dans les Indes orientales, sur les côtes du Malabar, del’île de Ceylan, etc. Ses tiges sarmenteuses portent de grandes feuilles alternes, pétiolées , presque orbiculaires , cordiformes, obtuses ou légèrement échancrées au sommet, munies de nervures divergentes , d’un vert foncé en dessus , jaunâtres et lanugineuses en dessous. Les pétioles sont

longs, cylindriques, courbés et sinués près de leur insertion. Les fleurs sont blanches , pédonculées, disposées en panicules latérales. Les fruits consistent en des baies à une seule loge , ovales , arrondies , un peu gibbeuses d’un côté , et d’une couleur rougeâtre.

On a donné à ces fruits le nom vulgaire de coques du Levant. Ceux qu’on reçoit par la voie du commerce sont noirâtres, rugueux, de la grosseur d’un gros pois -, ils renferment une amande très-amère , blanchâtre, arrondie, un peu réniforme , partagée en deux lobes par une cloison contournée et comme ligneuse.

ANALYSE CHIMIQUE

Nous devons à M. Boullay une savante analyse des fruits du menispermum cocculus . Ce chimiste en a obtenu une huile concrète , une substance albumineuse, une matière colorante jaune , un principe amer, vénéneux, cristallisable , un acide végétal, du sulfate et du muriate de potasse , une petite quantité de phosphate de chaux , etc. Le principe amer à qui M. Boullay a imposé le nom de picrotoxine jouit de toutes les propriétés des alcalis végétaux. Dans son état de pureté, il est d’une blancheur parfaite, brillant, demitransparent, inodore, d’une saveur amère insupportable. Cette substance alcaline , combinée avec les acides, donne naissance à des sels de forme et de solubilité variées. ( Histoire naturelle et chimique de la coque du Levant. Paris, 1B18.)

M. Thénard avait émis des doutes sur l’existence de l’acide ménispermique et sur l’alcalinité de la picrotoxine. Quelques expériences tentées par M. Casaseca

sont venues appuyer l’opinion de ce célèbre chimiste. En effet , il paraît résulter du travail de M. Casaseca : i° que l’acide ménispermique n’existe point ; 20 que les propriétés attribuées à l’acide ménispermique , et qui l’ont fait regarder par M. Boullay comme un acide végétal nouveau, sont dues au mélange de l’acide sulphurique qui reste toujours dans la liqueur obtenue par son procédé , avec une matière organique particulière 5 3° que la picrotoxine n’est point une nouvelle base salifiable végétale, mais bien un principe amer particulier, ainsi que M. Boullay l’avait annoncé dans son premier travail.

La coque du Levant est délétère pour la plupart des animaux* elle produit sur les chiens des convulsions horribles, et les fait périr en moins d’une heure. D’après les recherches de M. le docteur Goupil , médecin à Nemours, le péricarpe de la coque n’a qu’une propriété émétique. C’est dans l’amande que réside la partie vénéneuse. Celle-ci n’est pas sensiblement altérée par les sucs digestifs ^ elle passe, au contraire, dans le système absorbant avec toutes ses propriétés. La chair des poissons empoisonnés avec cette substance irrite l’estomac et les entrailles des animaux auxquels on la donne , à peu près comme la coque du Levant elle-même.

Les propriétés délétères de ces graines sont dues à la picrotoxine, découverte par M. Boullay. Douze grains de picrotoxine suffisent pour tuer un chien dans l’espace de quarante à cinquante minutes. Il est probable que la coque du Levant est aussi un poison pour l’homme. D’après un fait cité par Puihn , quatre grains

ont produit des envies de vomir et un état d’anxiété; une plus forte dose eut provocpié sans doute d’autres aecidens. L’émétique, administré dans les premiers instans, est le plus sur moyen de prévenir l’absorption du principe vénéneux.

O11 prépare avec la coque du Levant pulvérisée , des œufs et de la farine, une pâte qu’on fait cuire et qu’on jette par petits fragmens sur les bords des rivières , afin d’obtenir une pêche très-abondante. Les poissons dévorent avec avidité cette espèce d’amorce, qui les enivre et les fait tomber presque mourans entre les mains des pêcheurs. Mais le poisson ainsi empoisonné se putréfie très-promptement , et son usage peut devenir nuisible , malgré l’assertion contraire de Peyrilhe et de quelques autres auteurs.

Le genre ménisperme nous offre une plante dont les vertus médicinales ont été singulièrement prônées vers la fin du dernier siècle; c’est le menispermum palmatum de Lamarck, décrit et figuré sous le nom de menispermum columbo par Andrew Berry, dans les Asiatic Researches , vol. io, tab. 5. Sa racine est fibreuse, fusiforme, d’une amertume prononcée, un peu nauséabonde. M. Planche , qui l’a analysée avec beaucoup de soin, en a extrait une matière jaune, amère , une matière de nature animale, un peu d’huile volatile , quelques sels à la base de chaux et de potasse , et environ un tiers de son poids d’amidon. Ainsi que tous les remèdes nouveaux , cette racine a d’abord été accueillie avec une extrême faveur. On a surtout loué ses bons effets dans les dysenteries chroniques, les

diarrhées opiniâtres, les vomissemens spasmodiques, le choléra-morbus , etc. ; mais on a dû se convaincre que ces affections réclament, le plus souvent, des moyens opposés , ce qui explique l’espèce d’oubli ou est tombé ce médicament. Toutefois on peut l’employer, comme la plupart des substances amères , lorsqu’on a besoin de relever le ton des organes digestifs ; on doit même leur donner la préférence dans certains cas , à raison de la fécule amylacée qui entre dans sa composition chimique, et qui modifie ses principes amers.

Cetle racine, désignée sous le nom de Colombo , se donne en poudre, à la dose de quinze à vingt grains. On en prépare également une infusion aqueuse et une décoction. L’infusion à froid s’empare de la matière jaune amère et de la matière animale -, mais , à cette température, beau 11e dissout point la fécule amylacée : ce principe abonde, au contraire, dans la décoction. On la prépare en faisant bouillir demi-once de racine dans dix onces d’eau pour six onces de colature , qu’on administre par cuillerées. On peut y ajouter, suivant les circonstances , du sous-carbonate de potasse et du suc de citron.

Potion antivomitive du docteur Sainte- Marie. Prenez, racine de Colombo, un gros-, faites bouillir dans dix onces d’eau jusqu’à réduction de six onces. Ajoutez à la colature refroidie , sel d’absinthe, un scrupule ; suc de citron, six gros-, laudanum liquide de Sydenham , vingt-quatre gouttes. La dose est d’une cuillerée à bouche, à peu près tous les quarts d’heure. Cette potion est très-propre à dissiper les vomissemens spas-

modiques, et particulièrement ceux qu’éprouvent les femmes grosses, les hystériques, et les individus atteints d’un squirrhe commençant à l’estomac , etc.

Poudre de Colombo du docteur Roth. Prenez, racine de Colombo, trois grains; opium pur, un quart de grain ; oléo-saccharum de menthe poivrée , quinze grains ; réduisez en poudre pour une dose.

Le docteur Roth recommande particulièrement cette préparation contre le choléra diarrhéique. On donne une poudre toutes les heures, toutes les deux, toutes les trois heures. Dans les cas graves, il faut doubler la dose du Colombo et de l’opium. Sur cinquante individus affectés du choléra avec diarrhée , quarante-sept ont éprouvé les bons effets de cette poudre.

On compose avec la même racine , mise en digestion dans du vin ou dans de l’alcohol, des teintures qu’on administre à petites doses dans les maladies asthéniques du conduit alimentaire. Mais , nous ne saurions assez le répéter, qu’on se garde bien de confondre avec l’état de faiblesse l’irritation ou l’inflammation lente du système gastrique.

MAGNOLIACÉES.

MA GN OLIACEÆ.

Mcignoliaceœ . DC. — Tulipiferœ . Vent.

WIJNTEK. W INT ER A.

Calice trilobé, caduc. Six à douze pétales ouverts , plus grands que le calice. Quatre à huit ovaires surmontés d’un stigmate sans style. Quatre à huit baies presque sessiles , uniloculaires, renfermant chacune deux à quatre semences.

WINTER AROMATIQUE. W1NTERA AROMATICA.

Wintera avomatica. Murr. Syst. Veg. 507. — Drjmis TVinteri. Linn. Supp. 269.

C’est un arbre toujours vert, et dont le port ressemble à celui du laurier. Son écorce est épaisse, grisâtre en dehors, d’une couleur ferrugineuse intérieurement. Les feuilles sont ovales, lancéolées, entières, un peu pétiolées. Les pédoncules naissent plusieurs ensemble en faisceau terminal ; ils portent chacun une fleur blanche à six pétales. Il croît dans toute l’Amérique méridionale, et il varie singulièrement de hauteur suivant la nature du sol et son exposition. Forster l’a fait connaître sous le nom de drjmis TVinteri. On

rapporte à cet arbre une espèce d’écorce aromatique que Guillaume Winter, navigateur anglais, apporta en Europe en 1 5 7 9 .

Cette écorce, qu’on appelle dans les officines écorce de Winter , est roulée, plus ou moins épaisse, d’une couleur grisâtre en dehors, d’un jaune pâle intérieurement, d’une odeur aromatique, d’une saveur chaude, âcre, imitant celle de la muscade. Elle donne de la résine, de l’huile volatile , du tannin, divers sels, et de l’oxyde de fer. Les matelots l’employaient d’abord confite avec le miel ou avec le sucre , ou desséchée et réduite en poudre dans leurs mets , à la place de la cannelle et autres aromates. Ensuite on s’en est servi avec succès contrele scorbut. L’écorce de Winter, peu usitée

aujourd'hui, mérite néanmoins une place distinguée

parmi les substances stimulantes et toniques. On l’administre à la même dose et de la même manière que la cannelle. On en prépare une teinture très-active.

Cette famille renferme encore quelques végétaux intéressans sous les rapports thérapeutiques. Le magnolia glane a y le magnolia grandijlora et le magnolia auriculata , originaires de l’Amérique septentrionale , fournissent des écorces amères, stimulantes et fébrifuges. Le tulipier de Virginie ( lyriodetidron tulipi- Jera ), arbre d’une beauté rare, d’un port magnifique , est employé aux Etats-Unis à la place du quinquina ; son écorce sert à parfumeries liqueurs à la Martinique.

L’illicium anisé ( illicium anisatum ), arbre indigène de la Chine et des îles Philippines , nous donne des fruits composés de plusieurs capsules réunies, en forme d’étoile, d’une odeur suave, piquante, aromatique,

d une saveur chaude , aromatique , analogue à celle de l’anis vert. Ces fruits sont connus sous le nom de badiane, ou a/iis étoilé . Les Japonais en tiennent habituellement dans la bouche pour donner une odeur agréable à leur haleine -, ils en boivent aussi l’infusion après le repas, pour aider la digestion. La badiane est une de ces substances stimulantes dont l’emploi est vulgaire dans les faiblesses d’estomac. On s’en sert en infusion, en poudre, et sous la forme de pastilles, pour ranimer les fonctions digestives , pour dissiper les flatuosités. C’est la badiane qui donne un parfum si suave aux liqueurs que nos distillateurs préparent sous le nom d anisette de Bordeaux. Cette liqueur est douce, onctueuse , agréable , et douée d’une vertu carminative, comme disaient les anciens. Je ne connais pas de meilleur remède à opposer aux gaz qui distendent et irritent le tube digestif.

Un auteur hypochondre éprouvait des douleurs vives dans l’abdomen , qui était quelquefois tuméfié d’une manière horrible. Lorsque ces crises le prenaient, il tombait dans un état d’abattement et de désespoir à faire pitié ; sa raison l’abandonnait au point que sa famille voulait le placer dans une maison d’aliénés. On lui avait appliqué à diverses reprises, dans l’espace de quelques semaines , environ cent quarante sangsues pour combattre une gastro-entérite qu’on faisait remonter à une époque fort éloignée. Après avoir examiné le malade avec soin, je restai convaincu qu’il n’y avait aucune inflammation dans les entrailles , que l’irritation, essentiellement spasmodique, était provoquée et entretenue par des gaz qui s’accumulaient dans le

tube intestinal. Mais notre hypochondre était fatigué de remèdes, il n’en voulait plus prendre; un seul moyen pouvait le délivrer de ses maux : il l’avait trouvé dans Sénèque, qu’il aimait à lire depuis quelque temps. « Essayez, lui dis-je, un remède bien simple et fort agréable, c’est l’anisette de Bordeaux ; » et j’ajoutai, en élevant la voix, que j’avais guéri avec cette liqueur plusieurs affections comme la sienne. Il consentit à l’essayer pendant quelques jours seulement, et il en prit chaque jour trois ou quatre petits verres avec autant d’eau distillée. Au bout de huit jours , il y eut un mieux sensible; un mois après, le malade était guéri. Mais je lui ordonnai , avec l’autorité médicale qu’il faut savoir prendre en pareil cas, le mouvement, l’exercice, des frictions douces sur la surface du corps , et particulièrement sur l’abdomen ; j’insistai surtout pour qu’il renonçât pendant quelques mois à un travail historique qui avait singulièrement fatigué sa tète , pour qu’il se livrât à des lectures, à des distractions agréables. Sauf l’anisette de Bordeaux , que M. Hahnemann ne permettrait sans doute pas, voilà presque de l’homœopathie.

RUTACÉES.

Rut ace œ. Juss. DC.

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