GENÊT DES TEINTURIERS. GENISTA TINCTOHIA
Genista tinctoria. Linn. Spec. 998. DC. Fl. Fr. 3805. Engl. Bot. t. 44. Fl. Dan. t. 526.
Cette espèce a des tiges liantes d’environ deux pieds , un peu couchées , ligneuses , divisées en rameaux droits , grêles , striés , pubescens et verdâtres. Les feuilles sont coriaces, lancéolées., éparses, glabres ou légèrement velues sur les bords. Les fleurs sont jaunes , terminales , disposées en épi \ elles produisent des gousses oblongues et glabres.
On trouve ce genêt sur les collines et au bord des bois sablonneux \ il est commun à Meudon , à Sèvres , sur les coteaux de Bue , de Jouy , et dans presque toute la France. Il est émétique et purgatif.
On a préconisé dans ces derniers temps , en Russie , les vertus de cet arbrisseau contre la rage. Nous allons rapporter simplement et sans commentaire quelques observations recueillies à ce sujet par le docteur Marochetti.
Pendant une soirée d’automne , un gros chien enragé mordit quinze personnes d’âge et de sexe différens.
(1) M. le marquis de Cussy.
PHYTOGR APHI E
M. Marochetti , en ayant reçu avis le lendemain matin , se transporta de suite dans le lieu de l’accident ; il assigna à ces malheureux une maison assez grande pour les contenir tous , et plaça près d’eux des gens pour les garder et les servir. Dans cet intervalle , une députation de vieillards vint le prier de laisser traiter ces gens par un paysan des environs , dont la famille faisait , de père en fds , depuis nombre d’années , état de ce genre de traitement avec un succès constant. Ces paysans assuraient tous que cet homme avait sauvé plusieurs centaines d’individus dans leur gouvernement.
M. Marochetti , qui en avait déjà entendu parler , se laissa persuader, mais à condition qu’il traiterait luimême un de ces malades , tandis que le paysan traiterait les autres. Il choisit une petite fdle de six ans, à laquelle il fit subir le traitement médical ordinaire : cautérisation de la plaie, calomel, camphre, opium, cilisma plantago , rien ne fut négligé. Mais cette malheureuse enfant fut victime de l’expérience. Le matin du septième jour après l’accident , elle fut tout-à-coup attaquée des symptômes de l’ hydrophobie , et huit heures après elle mourut en présence du médecin dans des accès de rage affreux.
Les quatorze autres individus dont le paysan était hargé furent , par lui , mis de suite à l’usage de la décoction du genêt des teinturiers ( genista tinctoria). Tous les jours, malin et soir, il regardait sous la langue de chaque individu , et à mesure que des boutons paraissaient , il les cautérisait avec une espèce de grosse aiguille rougie à la chandelle. Ensuite, il leur faisait gargariser la bouche avec la décoction qu’ils prenaient à
] 'intérieur. Pendant ce temps, les plaies étaient tenues en état de suppuration. De ces quatorze individus , douze subirent l’ouverture et la cautérisation des boutons de la manière que nous venons d’indiquer , et furent sauvés. Les deux autres, qui avaient peut-être été mordus les derniers, n’eurent pas de boutons , mais prirent aussi la décoction de genêt , et furent également sauvés.
Tous ces individus continuèrent pendant six semaines l’usage de la décoction de genêt. M. Marocbetti, qui ne les perdit pas de vue pendant trois ans , put s’assurer que leur guérison avait été parfaite.
Une jeune fille , âgée de six ans , s’était levée de grand matin, le 24 mars 1820 , et, étant sortie avant le jour, fut tout-à-coup attaquée et mordue à la cuisse et au genou droit par un chien de basse-cour enragé , mordu luimême par un autre chien enragé , environ cinq semaines auparavant.
Le père de l’enfant l’amena le jour même à M. Marochetti. Les plaies étaient peu profondes, mais lacérées; l’enfant en souffrait beaucoup. Cependant M. Marochetti appliqua aussitôt sur ces plaies l’emplâtre vésicatoire, et fit administrer de suite la décoction de genêt à la petite malade. Son père devait la ramener chaque jour ; mais il ne le fit qu’au bout de trois jours , c’està-dire le 27 mars. M. Marochetti examina la bouche et trouva que les boutons étaient formés et même d’une couleur plus obscure qu’à l’ordinaire , preuve qu’ils étaient déjà formés dès la veille. Il en fit aussitôt l’ouverture et la cautérisation , en présence du docteur Damn , médecin en chef de l’hôpital Paul et Pierre. Le soir du même jour, en examinant le dessous de la
langue , il vit les glandes sublinguales couvertes d’une sorte d’éruption miliaire formée par de petites vésicules ou pustules jaunâtres , contenant une matière semblable au pus délayé. Il ouvrit de suite toutes ces pustules , et les cautérisa légèrement avec le nitrate d’argent. Le 28 , la malade était tranquille 5 elle mangea , but et dormit bien.
Le 29 , l’espèce d’éruption qui avait paru sous la langue se montra de nouveau , et fut traitée de la même manière. La malade était faible -, elle éprouvait un grand mal de tête. Les glandes maxillaires , parotides , sousmaxillaires, axillaires et inguinales étaient considérablement gonflées. Le soir, il y eut un accès de fièvre qui dura près de trois heures -, puis le calme se rétablit et le sommeil survint. Le 3o , au matin , la malade était bien ; mais , dans l’après-midi , elle éprouva de la chaleur et de l’inquiétude ; son pouls était inégal et fréquent. En approchant de sa bouche le verre pour boire , elle fut saisie d’un tremblement général 5 mais, un instant après, elle but sans répugnance.
Le 3 1 , les glandes étaient toujours dans le même état. Quelques petits points jaunes ayant encore paru sous la langue , M. Marochetti les cautérisa comme les premiers. La malade continuait à prendre ses remèdes et à manger. Le ier avril, elle fut bien pendant tout le jour; mais vers les onze heures du soir, elle se réveilla en sursaut, et se jeta hors de son lit en poussant des cris , et tenant fortement serré un corps qui s’était trouvé sous sa main. M. Marochetti la trouva insensible , froide , ayant le pouls altéré et dur. Cette crise dura jusqu’au matin.
Le 2, elle fut assez bien jusqu’à deux heures de l’après-midi. Alors, tremblement des mains, morosité,
yeux hagards, teinte jaunâtre ; puis pâleur alternative du visage , stupeur. Au bout de vingt minutes, la malade revint à son état naturel , demanda à boire , et but en effet avec beaucoup d’avidité ; puis elle s’endormit d’un sommeil qui se prolongea jusqu’au matin. A l’usage de la décoction de genêt, le médecin joignit celui de la poudre , à la dose de trois gros par jour en trois fois , sur des tranches de pain qu’il en faisait saupoudrer.
Le 3 , la malade se trouva bien tout le jour, mangea avec appétit et dormit tranquillement. Le 4 ? cet état de bien-être se maintint jusqu’à onze heures du matin. La malade fut alors taciturne et comme absorbée jusqu’à cinq heures. Depuis cette heure , elle fut tranquille ; seulement elle se plaignit d’une douleur sourde et d’une espèce de gêne dans les glandes tuméfiées. Du 5 au 10 , la malade fut bien. Le 10 , dans l’après-midi, elle était mélancolique. Le gonflement des glandes inguinales du côté droit augmenta tout-à-coup, sans qu’aucune inflammation eût précédé. La tumeur , du volume d’un gros bubon , gênait beaucoup la marche de la malade. L’engorgement des autres glandes commença au contraire à diminuer, et, dans l’espace de vingt-quatre heures , il disparut. A sept heures du soir, le pouls était très-agité ; il y avait beaucoup de chaleur. La malade jouissait de sa raison, mais elle était très-inquiète et avait l’œil hagard. Pendant la nuit , point de sommeil.
Le 1 1 , infusion laxative suivie de plusieurs évacuations intestinales; mieux marqué. Jusqu’au 14, bien; seulement, dans la matinée du 1 3 , chaleur légère et de courte durée. Le 14 , la malade ne se plaint de rien ; mais les glandes inguinales, du côté droit , augmentent
PHYTOGRAPlilE
de nouveau. On y applique un emplâtre de gommeammoniaque. Le 17 , il y avait delà chaleur -, la tumeur de Faîne était très-douloureuse. La malade mangea trèspeu , et pendant la nuit elle ne dormit point.
Le 18 au matin , pouls serré et fréquent, paupières largement ouvertes , yeux hagards , pâleur de la face , fortes palpitations de coeur. En buvant sa décoction , la malade éprouva un tremblement universel. Le soir, et pendant toute la nuit , elle fut beaucoup mieux. Depuis ce jour, la tumeur inguinale, sur laquelle on maintenait le meme emplâtre , diminua peu à peu , et finit par se résoudre entièrement. La malade , à diverses époques , éprouva encore de légères altérations dans son état. Elle fut encore purgée trois fois. Enfin, le 3 mai , elle sortit de l’hôpital parfaitement rétablie. Au bout d’un an que le docteur Marochetti revit samalade* elle jouissait d’une excellente santé.
Un ouvrier, mordu à Moscou à la cuisse droite par un chien hydrophobe , eut le lendemain de la fièvre , des nausées et de la céphalalgie. Ces symptômes s’aggravèrent les troisième et quatrième jours. On donna trois gros de poudre de genêt à la place de la décoction ,
que le malade vomissait toujours. Le cinquième jour ,
il était inquiet , il vomit deux fois 5 son pouls était extrêmement altéré. A six heures du soir, exacerbation fébrile , chaleur , nouveaux vomissemens , paupières largement écartées , yeux hagards. Les plaies de la morsure étaient d’un jaune cendré. Deux boutons , d’une grandeur qui n’est pas ordinaire , s’étaient formés sous la langue. M. Marochetti les enleva avec des ciseaux et les cautérisa, ainsi que les plaies de la blessure. Après
l’incision et la cautérisation des tumeurs , les symptômes disparurent avec une rapidité incroyable. En moins d’un quart d’heure , le malade se retrouva dans un état parfaitement naturel. Le septième jour, il était fort bien intérieurement , mais les plaies étaient très-douloureuses ; on les cautérisa encore une fois , et on y appliqua un cataplasme émollient. La suppuration augmenta et la douleur cessa.
Le huitième et le neuvième jour, le malade était bien , et il n’éprouvait plus que la constipation dont s’accompagne ordinairement l’usage du genêt: il en fut débarrassé par l’infusion laxative , et il sortit bientôt après de l’hôpital, se portant à merveille.
En Italie et en France , on a également employé avec succès la décoction de genêt dans des cas semblables. Les pustules sublinguales ont été également ouvertes et cautérisées ; quelquefois elles se sont reproduites deux , trois et quatre fois.
M. Chambon, médecin à Uzès, a guéri en 1825 , au moyen du genêt, plusieurs individus mordus par un loup enragé.
Toutefois, il ne suffit point d’administrer la décoction dn genêt , il faut encore observer avec soin la bouche , et surtout le dessous de la langue , afin de pouvoir cautériser promptement les pustules qui s’y forment. Leur développement s’annonce par la dilatation et la fixité des paupières , la mélancolie du regard , l’inquié tude , les maux de tête , etc. Elles apparaissent ordinairement au-dessous de la langue , sur les côtés du frein, du troisième au neuvième jour de la morsure; quelquefois beaucoup plus tard : par exemple , du neu-
vième au trentième , au quarantième , et même au cinquantième jour. On les appelle lysses , phlyctènes ou pustules rabiques. Elles sont saillantes, lenticulaires ou pisiformes , quelquefois de la grosseur d’un grain de millet, d’un aspect cristallin, d’un blanc grisâtre ou bleuâtre, quelquefois d’une teinte rougeâtre ou d’un rouge-brun. Leur surface est tantôt égale, lisse-, tantôt comme surmontée de petites excroissances. Leur sommet offre un orifice de forme variable , analogue à celui d’un gros follicule dilaté. Au lieu de ces pustules , on trouve quelquefois sous la langue une sorte d’ecchymose. Elles contiennent un liquide sanieux , d’un blanc jaune ou verdâtre; elles disparaissent ordinairement dans l’espace de vingt-quatre heures , quelquefois seulement au boutde deux jours aprèsleur apparition. Le virus quelles contenaient paraît alors porté , toujours par absorption, sur les parties centrales du système nerveux.
CYTISE. CYTISUS.
Calice campanulé à deux lèvres , la supérieure à deux , l’inférieure à trois dents. Ailes et carène rapprochées de l’étendard. Gousse allongée, comprimée, rétrécie à la base.
CYTISE DES ALPES. CYTISUS LABURNUM.
Cytisus laburnum. Linn. Spec. 1041. DC. Fl. Fr. 3318.
Desf. Arbr. 2. 280. Jacq. Fl. Austr. t. 306.
C’est un arbre charmant qui croît avec rapidité , et s’élève jusqu’à six et huit mètres. Ses feuilles sont composées de trois folioles ovales, velues en-dessous, attachées à de longs pétioles. Les fleurs sont d’une odeur
agréable , d’une couleur d’or, disposées en belles grappes pendantes à l’extrémité des rameaux. Ses gousses sont légèrement velues, et contiennent cinq à six semences réniformes.
Il est originaire des Alpes et du Jura • on le rencontre également sur les collines de la Bourgogne , de la Bresse et du Bugey. On le plante dans nos bosquets en allées ou en massifs , ou bien on le courbe en berceau. Il porte le nom de faux ébénier. Son bois est dur, liant, trèsfin , très-serré, d’une couleur brune tirant sur le vert.
Les lièvres et les lapins dévorent son écorce , et les chèvres mangent ses feuilles avec avidité. Les gousses et les semences font vomir et purgent violemment. D’après l’analyse faite par MM. Chevallier et Lassaigne, ces graines contiennent une substance grasse et une matière vomitive d’un jaune-brun, incris tallisable, attirant l’humidité, désignée sous le nom de cytisine.
CORONILLE. CORONILLA .
Calice court, campanulé, à cinq dents; deux supérieures rapprochées, trois inférieures plus petites. Étendard en cœur, relevé, à peine plus long que les ailes. Gousse grêle , cylindrique, ordinairement articulée.
CORONILLE ÉMÉRUS. CORONILLA EMERLS.
Coronilla emerus. Linn. Spec. 1046. DC. FL Fr. 4044.
Duham. Ed. nov. t. 31.
(Planche 1 27.)
On voit dans presque tous les parterres cet arbrisseau toulfu , très-élégant, remarquable par son feuillage lé-
ger et d’un vert agréable. Ses rameaux, un peu anguleux , se couvrent de feuilles ailées , à cinq ou sept folioles ovales , rétrécies à leur base , obtuses , et presque tronquées à leur sommet. Les fleurs sont jaunes , rougeâtres , ou comme tachées de sang à la partie postérieure deT étendard , et disposées deux ou trois ensemble sur des pédoncules axillaires. Les onglets des pétales sont beaucoup plus longs que le calice. Les gousses sont grêles, pendantes, très-allongées, à peine articulées; elles renferment plusieurs graines cylindriques.
Cette espèce de coronille croît spontanément sur le bord des bois et dans les buissons. On la trouve dans nos départemens méridionaux, en Italie , en Suisse, en Allemagne , etc. Elle est quelquefois désignée sous les noms vulgaires de séné bâtard, de faux baguenaudier. Les feuilles fraîches de cet arbrisseau contiennent un principe amer et nauséeux , qui a quelquefois produit des elfets nuisibles. Ce principe se retrouve dans les autres espèces , et particulièrement dans le suc exprimé des feuilles de l’espèce suivante.
CORONILLE BIGARRÉE. CORONILLA VARIA.
Coronilla varia. Linn. Spec. 1048. DC. Fl. Fr. 4050.
Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 2. 423. Clus. Hist. 2. 237. £. 2.
Ses tiges sont étalées , rameuses , cannelées , longues d’environ un pied et demi , garnies de feuilles étroites, composées d’une vingtaine de folioles glabres, ovales, obtuses , avec une petite pointe au sommet. Les fleurs sont rassemblées dix à douze ensemble en couronnes mélangées de blanc, de rose et de bleu , soutenues par
des pédoncules axillaires. Les gousses sont glabres , linéaires et redressées. On trouve cette jolie légumineuse sur les collines et le long des haies environnant les bois taillis , où elle fleurit en juin et juillet.
Elle porte dans cpielques cantons de T Allemagne le nom de Jieberklée ( trèfle à la jièvrè) ; mais la plante qui reçoit généralement ce nom en Allemagne est le trèfle d’eau ( menianthes trifoliata ). A raison de ses propriétés fébrifuges bien connues , il fut indiqué à un paysan , qui , trompé par le nom de Jieberklée que porte aussi la coronille , prit une poignée de cette dernière au lieu du trèfle d’eau, et en fit une décoction qui lui causa la mort. C’est le célèbre Wildenow, auquel on apporta la plante employée , qui en constata l’espèce.
Le professeur Seiser, de Wittemberg , rapporte que deux jeunes filles , ayant pris chacune une cuillerée à bouche de suc de coronille bigarrée, pour dissiper une fièvre intermittente , éprouvèrent au bout de deux heures des envies de vomir et un malaise général. Elles vomirent une fois, et après plusieurs alternatives d’efforts inutiles pour vomir encore, elles eurent des défaillances , des spasmes et des convulsions , qui se terminèrent par la mort. A l’ouverture des deux cadavres , on trouva les tuniques de l’estomac et des intestins enflammées.