AN AG YRIS . A ISA GY R IS
Calice en cloche, à cinq dents. Corolle papilionacée. Étendard en cœur renversé, plus court que la carène. Dix étamines distinctes. Gousse allongée, comprimée, un peu courbée, à plusieurs graines.
ANAGYRIS FÉTIDE. ANAGYRIS FOE TI DA.
Anagyris fœtida . Linn. Spec. 534. DC. Fl. Fr. 3798.
Duham. Arbr. 1. t. 18.
C’est un arbrisseau dont la tige est droite , rameuse , recouverte d’une écorce grisâtre , haute de six à huit pieds. Ses feuilles sont pétiolées , ternées , d’un vert glauque, blanchâtres et pubescentes en-dessous. Ses fleurs, jaunes, nombreuses, pédonculées, disposées en grappes , s’épanouissent au printemps , et ont beaucoup d’éclat. La corolle est remarquable par sa carène très-allongée et son pavillon fort court. Les gousses sont oblongues, presque cylindriques, renfermant des semences réniformes et bleuâtres.
On le trouve parmi les rochers, sur les collines des provinces méridionales -, il croît aussi en Italie , aux environs d’Alger et en Orient. On lui a donné le nom de bois puant , parce que son écorce et ses feuilles , froissées entre les doigts, répandent une odeur fétide et très-pénétrante. D’après Dioscoride, Pline, l’Écluse et Puinh, les graines purgent avec violence . Les abeilles ne touchent point aux fleurs. On a remarqué que les chèvres et les brebis qui, pressées par la faim, avaient brouté les feuilles, donnaient un lait vénéneux-, le fromage fait
avec ce lait a causé des vomissemens , la diarrhée , des douleurs abdominales , etc.
On a essayé de remplacer le séné par les feuilles de cet arbrisseau; mais on a bientôt renoncé à ce nouveau purgatif parce qu’il causait fort souvent des vomissemens considérables.
Nous placerons ici quelques autres légumineuses dont on a observé les propriétés actives et même nuisibles. C’est ainsi que l’usage prolongé de l’ers ( ervum e roi lia. Linn.) et de la gesse chiche ( lathjrus cicera. Linn.) produit une sorte de paralysie ou de débilité musculaire. Le pain préparé avec la farine de ces graines cause une si grande faiblesse dans les genoux et les extrémités inférieures, que ces parties sont constamment dans un état de flexion raide, de manière qu’elles se meuvent comme d’une seule pièce. Des chevaux qui avaient mangé des plantes entières d 'ervum pouvaient à peine se tenir sur leurs pieds , et tremblaient pendant longtemps dans leur station.
L’acacia pudique ou la sensitive commune ( mimosa pudica. Linn.) passe pour une plante suspecte ou vénéneuse; au rapport de Puinh , les Indiens savent préparer une sorte de poison lent avec les feuilles et les rameaux. L’acacia sensitiva (mimosa sensitiva. Linn.) est douée des mêmes propriétés, même employée à petites doses. L’acacia deFarnèse ( mimosa j arnesiana, )^ arbre d’un feuillage élégant , porte des fleurs dont l’odeur musquée, halitueuse et très -pénétrante cause des évanouissemens aux personnes très-nerveuses ; il est dangereux de se reposer à l’ombre de cet arbre lorsqu’il est en pleine floraison.
Toutes les espèces appartenant au genre mimosa sont plus ou moins irritables , plus ou moins sensibles à Finfluence de l’atmosphère. Au déclin du jour, leurs feuilles s’abaissent vers la terre , les folioles se serrent de chacpie côté contre le pétiole , et restent dans cet état jusqu’au retour du soleil à l’horizon. Quelques-unes, comme la sensitive commune , se meuvent et se contractent subitement au plus léger contact , ou lorsqu’on en approche seulement la main. La moindre commotion , l’air faiblement agité par le vent , la chaleur, le froid , suffisent pour imprimer aux folioles les mouvemens les plus singuliers.
Une plante, ô prodige! à l’éclat de ses charmes Unit de la pudeur les timides alarmes.
Si d’un doigt indiscret vous osez la toucher,
Le modeste feuillage est prompt à se cacher,
Et la branche mobile , aux mêmes lois fidèle,
S’incline vers la tige , et se range auprès d’elle.
Castel , les Plantes.
D’après les expériences de M. Decandolle , la lumière a une action très-marquée sur ces plantes. Si on les tient dans un lieu obscur pendant le jour, et qu’on les expose la nuit à une vive lumière , elles changent les heures de leur veille et de leur sommeil , tandis que la chaleur seule n’a point d’influence sensible sur leurs mouvemens diurnes.
Ce mouvement spontané , appelé par Linné sommeil des plantes, s’observe plus ou moins dans un très-grand nombre -, mais il est plus remarquable dans les légumineuses. Le sainfoin oscillant ( hedysarum gyrans ) est encore plus remarquable par ses mouvemens singuliers. Pendant le jour il est dans une agitation presque continuelle. Ses folioles s’élèvent et s’inclinent successivement en décrivant un arc de cercle : tantôt elles se
meuvent dans le meme sens, tantôt l’une monte tandis que l'autre descend. C’est en vain qu’on a cherché à expliquer ces mouvemens des plantes 5 ils tiennent à leur vie , dont le principe sera toujours un mystère. Cependant celui qui observera les végétaux dans certaines soirées d’été sera saisi d’admiration à l’aspect de toutes ces merveilles de la nature , source intarissable de jouissances qu’il est encore plus facile de sentir que de décrire. Oblectamentum hauriet , quod animumpascat et ingenium. Sed hœc omnia faciliàs patent oculis , quàm calamo adunibrantur. (Linn., amœn. acad.)
GEOFFRÉE. GEOFFRÆA.
Calice campanulé à cinq dents. Ailes en carène , presque égales. Étendard plus grand. Dix étamines diadelphes. Drupe ovoïde , sillonné sur ses côtés; noyau presque ligneux, à deux valves, à une seule semence.
GEOFFRÉE DE SURINAM. GEOFFRÆA SURJNAMENSIS.
Geoffrœa surinamensis. Bondt. De Cort. geoffr. surim.
cum icône.
(Planche 128.)
C’est un arbre indigène de la colonie de Surinam , et dont le docteur Bondt a donné la description et la figure dans sa dissertation inaugurale publiée à Amsterdam en 1788 (De cortice geoffrœce surinamensis). Sa tige , haute de cinquante à soixante pieds , se divise en branches nombreuses et éparses. Les rameaux sont nus , cylindriques , droits , diffus et garnis de feuilles ailées , à
neuf folioles ovales, veinées, glabres , obtuses , légèrement échancrées au sommet, souvent un peu plus étroites à la base , d’un vert foncé et brillant en-dessus , d’une nuance plus pâle en -dessous. Les pétioles communs sont canaliculés, ouverts ; les pétioles partiels, trèscourts. Les fleurs , d’unecouleur purpurine, et disposées en grappes paniculées à l’extrémité des rameaux , offrent un calice à cinq dents très-courtes , un peu aiguës , et une corolle papilionacée , pentapétale , ouverte. L’ovaire est comprimé , oblong , surmonté d’un style filiforme , court, réfléchi , à stygmate simple et obtus. Le fruit est un drupe charnu, épais, ovale, sillonné dans sa longueur.
L’écorce de ceL arbre fournit aux Indiens un médicament anthelmintique de la plus grande efficacité. Suivant le docteur Bondt, on la reçoit de Surinam en morceaux aplatis, longs d’environ un pied, larges de quelques pouces • sa surface est grisâtre , recouverte de lichens; mais, séparée de son épiderme, elle est d’un rouge-brun plus ou moins obscur, suivant l’âge du tronc et des branches qui l’ont fournie. La substance intérieure estlamelleuse , très-tenace , compacte , d’une couleur ferrugineuse , avec des stries et des taches brunes et rougeâtres. Coupée transversalement , elle est brillante et d’une couleur variée. Lorsqu’elle est récente, elle exhale une odeur nauséeuse qu’elle perd ensuite en vieillissant. Sa saveur est un peu acerbe et amère; cette amertume se fait surtout remarquer dans les lames dont se compose l’intérieur de l’écorce. Elle fournit une matière extractive d’une odeur un peu analogue à celle des amandes amères, d’un goût très-amer et acerbe, et une assez grande quantité de résine.
D’après les expériences cliniques de Voltelen, il n’existe peut-être point de substance qu’on puisse comparer à cette écorce dans les affections vermineuses. Est enimsumma hujus corticis in necandis extarbandïsque vermibus efficacia , aded ut par ipsi remedium vix aliudy superius certè nullumy habendum sit. Les laits recueillis par Juliaans, Deman, Rumpel, Veirac de Rotterdam , et autres médecins hollandais , 11e sont ni moins nombreux ni moins concluans. Par F emploi prudent et méthodique de la geoffrée de Surinam on a dissipé des affections nerveuses graves , des étouffemens , des toux convulsives, des mouvemens épileptiques dus à la présence des vers. Cette écorce n’est pas seulement douée d’une propriété spécifique et délétère contre ces insectes-, elle provoque en outre des évacuations abondantes, et débarrasse le canal intestinal des matières muqueuses , qui leur servent comme de foyer. Je passe sous silence quelques maladies chroniques , telles que l’œdème , l’anasarque , les fièvres intermittentes d’automne , etc. , où le même médicament a produit d’heureux effets. Toutes les substances amères , âcres , diurétiques ou purgatives ont eu quelquefois des succès semblables , lorsqu’on a su les manier sagement.
On peut l’administrer de différentes manières , sous la forme d’extrait , de teinture et de décoction. Voltelen ( Pharmacologia univers a) préfère ce dernier mode pour détruire les verslombricoïdes. On fait bouillir deux onces d’écorce dans vingt-quatre onces d’eau Jusqu’à réduction de moitié . La dose est de trois onces tous les matins à jeun. Si le quatrième jour le remède n’a point produit
d’évacuations, on donne un purgatif. Les trois jours
ni .
suivans, on prescrit tous les matins quinze grains d’extrait aqueux dissous dans un peu d’eau de menthe ou autre véhicule approprié. Lorsque ces préparations provoquent des nausées , des vomissemens , des anxiétés précordiales , une sorte de ténesme au col de la vessie , ce qui a lieu surtout chez les personnes délicates ou trèsirritables , on les administre par cuillerées toutes les deux ou trois heures. On prépare avec une once d’écorce , mise en digestion dans huit onces d’alcohol, une teinture qu’on administre graduellement depuis cinquante jusqu’à cent gouttes. La résine se prescrit aux adultes à la dose de dix , quinze et vingt grains ; et aux enfans , depuis trois grains jusqu’à huit, qu’on triture avec du sucre. Cette préparation s’est montrée efficace contre l’engorgement des glandes.
La geoffrée sans épines, dont Wright a donné la description sous le nom de Geoffrœci menais jcimai censis, diffère essentiellement de l’espèce précédente par ses propriétés énergiques et presque vénéneuses. Elle en diffère aussi sous le rapport de ses caractères botaniques. Ses feuilles sont aiguës et non obtuses , ses fleurs d’un rose pâle. L’écorce est moins grisâtre , moins recouverte de lichens. La substance intérieure est également lamelleuse , mais beaucoup plus compacte et plus pesante. Sa cassure est plus brillante , plus résineuse , et sa couleur d’un jaune verdâtre. L’odeur en est plus forte et l’amertume plus intense. Wright vante également son action anthelmintique 5 mais il est à remarquer qu’elle excite quelquefois le canal alimentaire avec une violence extrême, qu elle produit le délire et la stupeur à la manière des substances narcotiques.