SUMAC VÉNÉNEUX. RHUS TOXICODENDRON
Rhus toxicodendron. Linn. Spec. 381. Duham. Arbr.
Ed. nov. 2. 167. t. 48.
(Planche i3o.)
Le sumac vénéneux abonde dans les bois humides et sur les bords des rivières de la Caroline , où il a été particulièrement observé par M. Bosc, qui a donné une description très-exacte et très-détaillée de ses caractères botaniques. Les tiges , d’abord rampantes , peuvent s’élever à une grande hauteur, si elles trouvent un arbre qui leur serve d’appui. Elles portent des feuilles alternes, ovales, lancéolées, ternées, anguleuses ou entières , tantôt glabres , tantôt velues , et d’un beau vert -, les folioles inférieures sont presque
sessiles, taudis que la terminale est munie d'un long pétiole. Les fleurs sont dioïques , verdâtres, situées latéralement à l’aisselle des feuilles , et disposées en grappes courtes. Le calice offre cinq folioles presque ovales, la corolle cinq pétales lancéolés, recourbés en dehors , et deux fois plus longs que le calice. A ces fleurs succèdent de petites baies ou drupes secs, d’un blanc jaunâtre, sillonnés, monospermes. Le Rhus radicans de Linné est la même plante; seulement quelques-uns de ses caractères varient suivant son âge et la nature du sol.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Cet arbrisseau distille un suc gommo-résineux trèscaustique , d’une fétidité remarquable , et dont l’application sur la peau produit les elfets d’un vésicatoire. Le simple contact des feuilles est également suivi d’une inflammation pustuleuse, et les émanations de la plante ne sont pas moins nuisibles. M. le professeur Desfontaines (. Histoire des arbres et arbrisseaux qui peuvent être cultivés en France ) a été plusieurs fois témoin d’accidens très-fâcheux arrivés à des jardiniers qui en avaient coupé des branches sans précaution. Il leur survenait des ampoules et des pustules très-douloureuses; et quelquefois l’irritation inflammatoire gagnait de proche en proche, et se répandait successivement sur toutes les parties du corps. Le professeur Gouan , en maniant simplement la plante dans ses cours de botanique, éprouva sur-le-champ une éruption vésiculaire dont il arrêta les progrès au moyen de lotions d’eau froide animées avec quelques gouttes
d’ammoniaque. M. Amoreux fut pris également d’une démangeaison très-vive qui s’étendit sur les bras , et fut suivie d’un érysipèle qui dura trois jours. Dufresnoy parle aussi d’un homme qu’il employait à couper la plante pour en faire l’extrait, et qui eut constamment des inflammations au visage et à la tête par la seule vapeur.
M. Alvini , professeur de chimie à l’université de Turin , s’étant livré pendant plusieurs jours à des expériences sur cet arbrisseau , fut obligé de les interrompre par l’apparition inattendue des symptômes suivans : sensation brûlante dans la bouche et dans le gosier, enflure rapidement croissante de la joue gauche, de la lèvre supérieure et des paupières ; la nuit suivante, tuméfaction des avant-bras , qui avaient acquis le double de leur volume naturel; peau rugueuse, prurit insupportable , chaleur très-forte.
Peu satisfait de l’usage des bains et des lotions froides, M. Alvini fut soulagé par l’application d’une solution de quelques grains de sulfate triple d’alumine dans de l’eau de rose. Cependant, quatre jours après, il apparut sur les mains, et surtout sur l’avant-bras, quelques pustules assez semblables à celles de la gale. Quelques-unes donnèrent une humeur limpide , qui , inoculée sur les mêmes parties , reproduisit d’autres pustules. Après huit jours , la peau de l’avant-bras et de la face devint squammeuse. Le prurit dura pendant plusieurs jours. Tous ces symptômes cessèrent, enfin par l’application extérieure de la glace.
M. Guérin , médecin à Baugé , a transmis à l’Académie de médecine de Paris un fait non moins remaris
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quable. Un jardinier, âgé de trente-trois ans , ayant taillé , au mois de janvier, quelques tiges de Rhus toxicodendron , vit immédiatement se développer sur ses mains, et sur d’autres parties, de grosses pustules accompagnées d’une démangeaison ; sa tête même se tuméfia considérablement} des lotions d’eau vinaigrée firent disparaître ces pustules. Cet homme eut ensuite des envies de vomir, son pouls disparut, et il tomba sans connaissance. Une saignée et un bain firent reparaître l’éruption érysipélateuse, et peu à peu tous les symptômes se dissipèrent.
Un accident bien plus funeste a été consigné dans les Annales de littérature médicale étrangère , année iBn.Le simple attouchement de la verge avec un gand qui avait servi à arracher des branches de cet arbuste détermina aux parties génitales une éruption et une inflammation telles, que la mort s’ensuivit.
Au reste, il paraît que la propriété vénéneuse du Rhus radicans varie de force à diverses époques de l’année-, elle est en outre singulièrement modifiée par l’idiosyncrasie de l’individu qui en reçoit l’impression, puisqu’il est des personnes qui peuvent manier la plante impunément. Le botaniste Kalm, dans son Voyage au Canada , assure n’en avoir jamais ressenti le moindre mal , quelques tentatives qu’il ait faites , et il ajoute qu’une goutte de suc lui étant entrée un jour dans l’œil, il n’en avait éprouvé aucun accident ; mais qu’un particulier en ayant mis quelques gouttes sur sa main, la peau s’enflamma, devint dure et semblable à du cuir tanné , après quoi elle tomba par écailles. Il avait connu deux sœurs , dont
l’une pouvait toucher la plante sans inconvénient, tandis que l’autre était affectée de ses émanations , même à une grande distance.
M. Double et deux de ses confrères ont manié cette plante , il y a quelques années , au Jardin du Roi ; ils s’en sont même frotté les jambes et les cuisses sans le moindre accident : c’était pourtant au mois de juillet , époque de la forte sève. Mais un jardinier de l’impératrice Joséphine fut transporté de la Malmaison à l’Hôtel-Dieu, avec des pustules et un violent érysipèle, pour avoir coupé et touché un Rhus toxicodendron.
D’après les expériences tentées sur les animaux par le professeur Orfda , l’extrait aqueux, administré intérieurement ou appliqué sur le tissu cellulaire, détermine une irritation locale , suivie d’une inflammation plus ou moins intense, et exerce une action stupéfiante sur le système nerveux , après avoir été absorbé. La poudre de la plante , donnée à un petit chien à la dose de trois gros, n’a produit aucun effet remarquable.
M. Alvini ayant introduit quelques gouttes du suc laiteux de la plante dans l’estomac des cochons d’Inde et des oiseaux, ces animaux sont devenus d’abord comme stupides -, mais ils se sont remis peu à peu sans avoir éprouvé d’autre effet délétère.
Le professeur Van Mous a prouvé par des expériences ingénieuses , dont il a consigné les détails dans les Actes de la Société de médecine de Bruxelles, que les effets délétères du toxicodendron sont produits par une substance gazeuse qui s’échappe de la plante
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vivante ; il a remarqué en outre que le gaz est presque innocent pendant tout le temps que la plante est frappée par les rayons solaires, tandis que son action est très-intense pendant la nuit , à l’ombre , et par un temps couvert; que l’exhalaison est plus pernicieuse après la pluie et pendant une végétation languissante que pendant une végétation robuste. Toutefois ces émanations malfaisantes se font plus ou moins sentir, suivant le degré de susceptibilité nerveuse. L’inflammation se développe ordinairement dans l’espace de quelques minutes; elle se montre d’abord sur les mains, ensuite sur les bras, sur la poitrine, sur la tête , et même sur les extrémités inférieures. On combat cette affection inflammatoire de la peau par les moyens propres à l’érysipèle phlegmoneux ou vésiculaire , et on applique sur les parties affectées des compresses enduites d’un mélange d’huile et de crème. On peut également avoir recours à l’ammoniaque suffisamment étendu; à l’eau de Goulard , ou simplement à des ablutions réitérées d’eau fraîche.
D'après le travail chimique publié par M. Van Mons , la substance qui domine dans cette plante est un principe particulier constituant un hydro-carbone extrêmement combustible , lequel existe dans la tige comme dans les feuilles. Le toxicodendron contient en outre de l’acide gallique , beaucoup de tannin, peu de fécule verte, presque point de résine , et une trèspetite quantité de gomme.
Le suc laiteux de la plante, examiné chimiquement par M. Alvini , lui a paru être un liquide gommo-résineux, mêlé avec un principe âcre, subtil, apte à se
combiner avec le gaz hydrogène carboné qui s’exhale de la plante après le coucher du soleil. Par la fdtration et l’évaporation du suc exprimé, on obtient quelques cristaux de muriate de potasse avec un peu de sulfate et de muriate de chaux. D’après M. Alvini, l’hydrogène carboné est combiné avec un principe âcre qui est le véritable poison de la plante -, c’est à lui qu’il faut attribuer l’action délétère du Rhus toxicodendron et autres plantes semblables, et non au simple gaz hydrogène carboné , comme l’avait pensé Van Mons.
PROPRIÉTÉS MÉDICALES
On a singulièrement prôné dans ces derniers temps les propriétés spécifiques du sumac vénéneux dans le traitement de la paralysie. Van Mons, Kok, Verdeyen, Van Baerlem et Longfils à Bruxelles , Wurzer à Bonn, Dufresnoy et Gouan en France, Alderson, Rellie et Duncan en Angleterre, Osann à Berlin , ont tour à tour signalé les nombreux succès de cette plante. Mais, parmi les guérisons qu’on a obtenues, celle que rapporte le professeur Van Mons est sans contredit une des plus brillantes.
Une femme âgée de vingt-sept ans, d’un tempérament sanguin, fut attaquée, pendant sa troisième grossesse , d’une paralysie des extrémités inférieures , que son accoucheur regarda comme un effet de la gestation. En conséquence, on ne fit point de remèdes -, mais la maladie prit un caractère beaucoup plus grave après l’accouchement , et la sensibilité des parties affectées fut entièrement abolie. Pendant près