PH Y T OG R A PHI E
de deux ans , on eut vainement recours aux moyens réputés les plus efficaces. Enfin , d’après le conseil de M. Van Mons, le Rhus radicans fut administré le 5 avril 1797, à la dose de trois pilules de cinq grains par jour, formées d’extrait réduit en masse , avec la résine de gayac. Le troisième jour, cette dose fut doublée ; mais le mari de la malade, espérant accélérer la cure , s’avisa d’augmenter le nombre des pilules, et lui en fit prendre de trente-six à quarante par jour dissoutes dans l’eau. Cette grande dose ne lui ayant occasioné aucun malaise , elle continua ainsi jusqu’au 12, et son état s’améliora sensiblement. On augmenta alors la dose de l’extrait d’un demi-gros par jour.
Le i3 , elle commença à mouvoir ses jambes à volonté. Le 17, elle se soutint debout, appuyée sur le dos d’une chaise. Le 20 , elle marcha sans appui, et huit jours après la guérison fut parfaite. A cette époque , elle prit une once et demie d’extrait par jour, et elle le continua à la dose de trois gros seulement jusqu’au i3 mai. Depuis ce temps, cette femme exécuta toutes les fonctions des extrémités inférieures avec la même liberté qu’avant sa maladie.
Cette cure étonnante est bien propre sans doute , par le caractère d’authenticité dont elle est revêtue , à donner une grande idée de l’action du Rhus radicans sur les propriétés vitales du système musculaire, et les médecins ne sauraient trop s’empresser de soumettre ce médicament à de nouvelles expériences; mais il faudrait marquer avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’à présent les cas de paralysie où son
emploi peut être particulièrement avantageux , car rien ne contribue plus à faire tomber dans l’oubli les moyens les plus efficaces que de les appliquer indistinctement et d’une manière vague. Cette observation est d’autant plus essentielle, que les maladies qui résultent de la lésion des forces sensitives du système musculaire tiennent à des causes très-multipliées, et qu’il n’est guère possible d’établir un traitement heureux , si l’on néglige de les approfondir.
Les éloges pompeux qu’on a prodigués au Rhus raclic ans dans le traitement des dartres doivent faire naître les mêmes réflexions chez l’homme de l’art peu habitué à suivre la route facile , mais trompeuse, d’une médecine symptomatique. En effet , les dartres ne sont bien souvent que les symptômes de la syphilis , des scrophules , du scorbut , etc. ; et il faut alors nécessairement remonter à ces affections primitives pour pouvoir dompter la maladie herpétique. Nous dirons cependant un mot de l’heureuse combinaison employée par le professeur Fages de Montpellier. Cet habile praticien avait d’abord administré l’extrait de la plante avec peu de succès; mais ensuite, l’ayant associé avec le tartrate antimonié de potasse , il obtint de ce mélange les plus heureux effets dans un cas de dartres rongeantes qui occupaient depuis près de deux ans , d’espace en espace , toute l’étendue du tronc et des extrémités. On donna d’abord cinq grains d’extrait de Rhus radicans animé avec un grain de tartre émétique. On augmenta graduellement les doses, de manière qu’au vingt-unième jour le malade prenait quarante-cinq grains d’extrait, et neuf grains de tartre
stibié en une seule prise. A cette époque, les évacuations alvines devinrent fort abondantes.
Après cinq jours de repos, le remède fut administré à la même dose, mais divisé en deux prises. Les mêmes effets se firent sentir le troisième jour, mais avec une modération telle , que cela n’empêcha point de continuer le traitement jusqu’au quarante-unième jour, époque à laquelle tous les ulcères furent parfaitement consolidés sans le secours d’aucun topique. M. Fages a également donné avec succès l’extrait de Rhus ra dicans à très-haute dose, et combiné avec le muriate de mercure corrosif à un soldat qui , depuis dix-huit mois , était couvert de la tête aux pieds de dartres croûteuses et miliaires d’origine syphilitique.
M. Lafont-Gouzi , de Toulouse , n’a pas craint de tenter Inapplication du Rhus radicans sur des dartres invétérées , fixées soit au visage , soit aux bras et aux mains. Il a consigné quatre exemples de guérison parfaite dans le troisième volume du Journal de la Société médicochirurgicale de Parme. Ces essais furent faits à différentes époques , depuis le mois de juillet jusqu’en septembre , la plante jouissant alors de toute son activité. On frottait assez rudement les parties dartreuses avec les feuilles nouvellement cueillies. Deux de ces malades guérirent sans éprouver aucun accident par Faction irritante du Rhus radicans , les deux autres furent affectés d’un érysipèle vésiculaire. Celui qui avait des dartres au visage eut la face gonflée , tendue , rouge. Cet état était accompagné de chaleur âcre, de cuisson, et d’un prurit insupportable; il découlait des vésicules une humeur limpide, que l’action de l’air et la dessiccation
rendaient presque aussitôt jaunâtre et cristalline. Du reste, il n’y eut point de fièvre, et aucune fonction ne fut dérangée. Des compresses imbibées d’eau fraîche et souvent renouvelées dissipèrent en quelques jours ces accidens.
Parmi ces malades , qui furent tous radicalement guéris, se trouvait un chirurgien du troisième régiment d’artillerie, lequel fut obligé d’employer trois fois le frottement. Sa dartre , située au dos de la main , était crouteuse et avait résisté aux topiques les plus vantés , à la pierre infernale , aux acides minéraux , aux vésicatoires , etc.
On administre ordinairement les feuilles du Rhus rcidicans sous la forme d’extrait, à la dose de onze à quinze grains par jour. On peut même élever progressivement cettejdosejusqu’à celle de deux gros , ei même davantage , en consultant néanmoins la susceptibilité individuelle. M. Van Mons indique cinq manières différentes de préparer cet extrait : par les feuilles fraîches , par les feuilles oxydées , par le suc des feuilles , par les feuilles sèches , et à froid.
On prescrit aussi le Rhus radicans en substance à la dose de vingt ou trente grains , deux ou trois fois par jour. Zadig a donné sans aucun effet d’assez fortes doses de poudre provenant de feuilles sèches qu’il avait reçues d’Amérique. M. le professeur Fouquier a également porté la dose de l’extrait jusqu’à deux cent cinquante grains par jour, sans le moindre soulagement pour ses malades, et sans aucun dérangement notable dans l’exercice de leurs fonctions. Au reste, ces épreuves négatives ne sauraient détruire les faits antérieurement recueillis.
ou il faudrait renoncer à un grand nombre de médicamens fort utiles.