THÉ. THEA
Calice à cinq ou six divisions profondes. Corolle de trois à neuf pétales. Étamines très-nombreuses, libres, ou réunies par des filets en plusieurs corps. Un style. Trois stigmates. Une capsule à trois coques arrondies, à trois loges s’ouvrant longitudinalement d’un seul côté , et renfermant une ou deux graines sphériques.
La nuit couvre de ses voiles la grande cité, minuit sonne. L’homme laborieux a fait sa tâche, il se repose de ses fatigues , le malheureux oublie un moment ses douleurs dans le sein du sommeil. Nos ministres, nos hommes d’état, nos orateurs, veillent encore et s’agitent dans les cercles politiques où ils attendent qu’on leur serve le thé au marasquin (1), thé magique qui doit calmer leur cerveau encore tout ému des débats parlementaires de la journée.
Les lettres , les sciences , les arts , l’industrie , ont aussi leurs représentais dans ces réunions nocturnes , où les rangs se mêlent, se confondent \ c’est , pourquel-
(1) C’est une infusion de thé pekao et de thé perlé, à laquelle on ajoute de l’esprit de cerises, qui lui donne un léger goût d’amande amère ou d’acide prussique.
PH YTOGRAPHIE
ques heures, le règne de l’égalité. Semblables aux ombres qui se pressent aux enfers pour boire dans le fleuve d’Oubli , tous les conviés se rangent autour d’une immense table on la liqueur dorée exhale ses parfums, ils boivent à longs traits , le passé s’efface , les chutes, les revers , les dédains , les tribulations , fuient comme les fantômes dans un songe , et l’avenir leur apparaît comme un ciel sans nuage , couronné des rayons de l’espérance , au milieu du peuple léger des illusions.
Grâce à ce philtre merveilleux, le bon député ne rêve que sérénades et banquets quand il sera de retour dans ses foyers. Dans son hallucination il s’élance à la tribune $ lui, naguère si timide et presque muet, il est saisi d’une faconde soudaine , il improvise , il disserte sur les haras, sur les manufactures, sur les sciences, sur les chemins vicinaux.
Ailleurs c’est un thé militaire. L’esprit du roseau d’Amérique lui a donné sa flamme bleue qui serpente et se joue autour de l’élégante porcelaine ; on boit à la ronde ; la liqueur se glisse rapidement dans les veines, échauffe les têtes, agite les cœurs. On raconte les hauts faits de la grande armée , on parle du grand homme , des journées d’Iéna, de Wagram, on rêve de nouveaux combats, de nouvelles victoires.
L’homme des champs aime aussi parfois à savourer le thé , non pendant les heures de la nuit , dans un magnifique salon , à la clarté étincelante des lustres et des diamans , mais aux heures paisibles du matin , sous un berceau de verdure , ou dans un pavillon entouré de fleurs nouvellement écloses , dominant un joli paysage. Adouci avec la crème parfumée des montagnes, le thé
estime liqueur vraiment céphalique. Le travail devient plus facile, les idées jaillissent fraîches, lucides, sans tumulte et sans effort. Je conserve le souvenir des heures délicieuses que j’ai passées dans les bois après avoir savouré ce nectar, servi tout fumant par une main amie. Je crois errer encore dans les riantes prairies de Triel, je vois la Seine qui roule majestueusement ses ondes, je découvre toutes ces habitations charmantes qui ornent ses rives ^ je cueille ces belles renoncules à corolles de satin jaune, ces orcliis si frais, si brillans, et ces véroniques bleues qui semblent sourire aux caresses du zéphyr.