‹ Phytographie médicaleChapitre 53 sur 116 · RICIN COMMUN. R1CINVS CX)M MUNIS · texte numérisé non relu

RICIN COMMUN. R1CINVS CX)M MUNIS

Ri ci nu s communis . Linn. Spec. 430. Desf. Arbr. 2. 404.

Blackw. Herb. t. 148. f. 1.2.

(Planche 1 4 1

Dans les pays chauds , c’est un arbre assez élevé , remarquable par la grandeur et la beauté de son feuillage. Dans nos climats, c’est une plante herbacée, annuelle , dont la tige , haute d’environ cinq pieds , cylindrique , rameuse , d’un vert glauque , un peu rougeâtre , se garnit de feuilles amples , d’un vert sombre , luisantes, palmées , découpées en lobes aigus , plus ou moins profonds, et dentés sur les bords. Ces feuilles sont attachées à des pétioles cylindriques, striés et glanduleux. Les fleurs sont disposées en épi terminal d’un très-bel aspect. Les étamines forment à la partie inférieure des masses jaunâtres et floconneuses; les styles, d’un rouge vif, occupent la partie supérieure de l’épi. Les fruits sont verdâtres, à trois coques réunies , hérissées de tubercules épineux , renfermant des

semences oblongues, convexes d’un côté , comprimées de l’autre , brunes , marbrées , ou mouchetées de noir.

Le ricin commun croît dans les deux Indes , en Afrique et dans l’Europe australe. On le cultive en France avec beaucoup de succès , et particulièrement dans nos départemens méridionaux.

Suivant quelques voyageurs , les nègres du Sénégal ont recours à l’application des feuilles de ricin pour dissiper la migraine. Ce topique n’est pas sans danger, comme le prouve l’exemple suivant. Une femme trèssujette à la migraine s’appliqua , d’après le conseil d’un de ses voisins , des feuilles de ricin sur le front , dans le dessein de diminuer ses douleurs. La nuit fut plus calme , mais elle devint en peu de temps entièrement aveugle. Des purgatifs réitérés et un vésicatoire au cou ont dissipé cet accident. ( Histoire de la société royale de médecine , tome 2, page 3o2.)

Vers le mois de septembre, quatre jeunes gens, dont trois garçons et une fdle âgée de dix-neuf à vingt ans, se promenant dans un jardin à Marseille, mangèrent , par curiosité, des graines de ricin. La fdle en mangea une; un des jeunes gens , de race juive, nommé Collin, âgé de vingt-cinq ans, en mangea quatre à cinq; un autre en mangea trois, et le quatrième en mangea trente à quarante. Ce dernier fut simplement purgé une fois ; Lavant-dernier ne souffrit pas ; la fille eut des tranchées et des vomissemens multipliés ; mais Collin , qui d’ailleurs était sujet aux hémorrhoïdes , fut pris de nausées, de vomissemens considérables et répétés , de tranchées violentes , et enfin d’une hémorrhagie par les selles qui dura trois jours , et qui lui fit

perdre plusieurs livres de sang. Ces accidens se montrèrent trois heures après avoir avalé les graines de ricin. (Fodérê, Médecine légale , tome 3, page 466.)

Les fruits contiennent un principe d’une nature âcre et délétère qui attaque vivement les tuniques digestives -, mais les semences , séparées de leur germe , fournissent par expression une huile blanche , transparente , inodore , d’une saveur douce. On obtient également cette huile par ébullition, et alors elle est plus colorée , un peu jaune. Les soins qu’on apporte à sa confection influent beaucoup sur ses qualités -, elle est nuisible et violemment purgative si l’on néglige de séparer l’embryon de la graine avant de l’écraser (1). Il faut suspecter celle qui a une odeur forte , une saveur

(1) D’après MM. Boutron et Henry fils, l’enveloppe des fruits ne contient aucun principe capable de pouvoir communiquer à l’huile une saveur âcre, et l’embryon, qui jusqu’à ce jour avait été regardé comme le siège d’un principe âcre et vénéneux, ne renferme qu’une huile douce et agréable , tandis que le périsperme est la partie du ricin qui contient le principe purgatif. MM. Planche et Guibourt sont à peu près du même avis, en observant néanmoins que le germe du ricin n’est pas privé de toute âcreté , et que le principe purgatif ne réside pas uniquement dans le périsperme; car il est certain que dans les ricins qui ne sont pas trop anciens le germe a une saveur plus âpre que le périsperme.

On voit que l’opinion de ces habiles chimistes est opposée à celle de quelques savans non moins recommandables, tels que Jean Bauhin, Hermann, Deyeux et Jussieu. M. Decandolle [Essai sur Us propriétés des plantes') et M. Desvaux [Journal de botanique) pensent également que l’embryon des euphorbiacées renferme un principe âcre et irritant, tandis que leur périsperme est rempli d’une huile douce. Cette question ne nous paraît pas encore complètement jugée.

âcre et brûlante; c’est un indice qu’elle a été mal préparée , ou qu’on l’a* altérée par des additions frauduleuses.

L’huile de ricin, qu’on appelle aussi huile de palma christi , constitue, dans son état de pureté , un des purgatifs les plus doux et les plus sûrs. C’est alors qu’elle dissipe ces constipations opiniâtres qui font le tourment de quelques sujets hypochondriaques ou hémorrhoïdaires. On la recommande également pour apaiser les douleurs d’entrailles , la colique des peintres , le ténesme, et une foule d’accidens causés par l’irritation des voies digestives. On la donne avec avantage dans l’empoisonnement produit par des corps âcres et délétères , comme les champignons , les daphnoïdes , les renonculacées, etc. ; sa qualité onctueuse et en même temps purgative doit lui faire obtenir la préférence sur les autres huiles fixes. Ses propriétés anthelminthiques sont tellement reconnues , qu’il est à peine nécessaire de les rappeler ici. On sait qu’elle réussit généralement contre les vers intestinaux , les lombrics , les ascarides , et qu’elle a même souvent expulsé le taenia. Cette huile convient surtout aux enfans , aux adultes d’un tempérament irritable , aux personnes délicates , qui ne sauraient supporter les vermifuges pris dans la classe des drastiques.

On prescrit l’huile de ricin à la dose d’une à trois onces. La meilleure manière de l’administrer consiste à en mêler une ou deux cuillerées à bouche dans du bouillon ou dans une infusion de thé vert. On répète cette dose de demi-heure en demi-heure, jusqu’à ce qu’on ait obtenu des évacuations suffisantes.

Le docteur Sainte-Marie recommande particulièrement l’émulsion suivante contre la colique métallique. Prenez deux ou trois onces d’huile de ricin , un jaune d’œuf et une once de sirop de guimauve ; broyez ensemble ces substances, et ajoutez huit onces d’eau et deux gros d’eau de cannelle. On prend cette émulsion tous les matins à jeun , en trois ou quatre doses , et l’on aide son effet purgatif en buvant quelques tasses de thé léger. Le soir, on prend un grain d’extrait gommeux d’opium , et les jours suivans on porte peu à peu cette dose jusqu’à trois grains.

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