‹ Phytographie médicaleChapitre 54 sur 116 · J ATROPHE . JA TR OP H A · texte numérisé non relu

J ATROPHE . JA TR OP H A

Fleurs monoïques. Fleurs mâles : périgone à cinq parties, tantôt simple et tantôt double. Dix étamines; filamens soudés à leur partie inférieure. — Fleurs femelles : ovaire arrondi, creusé de trois sillons, à trois styles bifurqués. Capsule à trois coques bivalves, à trois loges monospermes.

JATROPHE CURCAS. JATROPHA CURCAS.

Jatropha curcas. Linn. Spec. 1429. Jacq. Hort Vind. 3. t. 36.

(Planche 1 4^0

C’est un arbrisseau touffu , à peu près de la hauteur de nos figuiers , rempli d’un suc laiteux très-âcre , exhalant une odeur vireuse et narcotique. Son tronc , d’une couleur grisâtre , se divise en longs rameaux , garnis vers leur sommet de feuilles pétiolées, cordiformes, pointues, anguleuses, luisantes, et d’un vert foncé. Les fleurs, d’unvert jaunâtre, naissentsurlesjeunes pousses en bouquets pédonculés , axillaires et latéraux, presque

corymbiformes. Les ramifications de cette espèce de corymbe sont légèrement velues et munies à leur base d’une petite bractée lancéolée, écailleuse.

Le fruit est une capsule ovoïde , d’abord verdâtre , ensuite brune , delà grosseur d’une petite noix, à trois coques blanchâtres , bivalves, monospermes. Les semences sont ovales, oblongues, presque cylindriques, et entourées de deux tuniques propres , dont l’extérieure est crustacée , fragile, noirâtre. La seule pression de l’amande entre les doigts en fait exsuder une matière huileuse.

On désigne quelquefois cet arbrisseau, indigène de la Guyane , de Saint-Domingue , de file Bourbon , etc., sous le nom de médicinier , de pignon de Barbarie , de grand ricin d’ Amérique. Les graines de ce végétal contiennent une huile fixe, un principe âcre, vénéneux, et un acide particulier, que MM. Pelletier et Caventou appellent acide j atrophique. Elles purgent avec violence à très -petite dose , et elles peuvent occasioner une inflammation mortelle. Leur action vénéneuse se déploie également sur les animaux et sur l’homme. Suivant Jacquin, il suffit d’en avaler trois ou quatre pour être abondamment purgé 5 quelques-unes de plus font vomir en même temps.

D’après Percival ( Medical Transactions) , une vingtaine de ces semences ont fait périr un homme d’un rang élevé , après avoir produit une sorte de choléramorbus, des mouvemens convulsifs, et la prostration des forces. Chomel , qui ignorait probablement les effets de cette production végétale, dit qu’on peut en donner une once en lavement pour combattre la colique et l’hy-

dropisie. Toutefois Boyle a remarqué que c’est dans l’embryon que résident les propriétés drastiques de ces graines. Bancroft assure également, dans son Histoire naturelle de la Gujane , qu’on peut, les manger sans inconvénient après les avoir débarrassées de leur tégument propre, en ayant fait l’expérience sur lui-même. Au reste , on ne s’en sert point en Europe , et il paraît qu’on ne les emploie en Amérique qu’avec beaucoup de précaution. Pison recommande de les torréfier après les avoir dépouillées de leur pellicule , afin d’adoucir leur âcreté.

L’huile exprimée des semences jouit également de propriétés drastiques et délétères-, une petite quantité a suffi pour empoisonner un chien assez robuste. Son application sur la peau de l’homme détermine promptement une rubéfaction douloureuse. D’après l’expérience du docteur H. Cloquet, cette huile, appliquée sur la cuisse d’un chien , a produit dans l’espace de dix heures une escharre sèche et noire dans son centre.

Le jatrophe multifide ( jatropha multifida. Linn.), arbrisseau de l’Amérique méridionale, connu sous le nom vulgaire de médicinier d’Espagne , doit également prendre place parmi les poisons. Ses graines sont un violent purgatif dont on a depuis long- temps abandonné l’usage $ elles appartiennent à la toxicologie, et ne doivent plus figurer dans la matière médicale.

Un autre arbrisseau , très-répandu en Amérique et dans les Antilles, et surtout très-intéressant sous le rapport de ses propriétés économiques , est aussi un poison affreux ; nous voulons parler du jatrophe manioc ( jatropha manihot . Linn.), connu sous le nom

de médicinier à cassave. Sa racine tubéreuse est remplie d’un suc laiteux mortel pour les animaux et pour l’homme. Cependant, au moyen de l’expression et delà torréfaction , l’art a su convertir cette racine vénéneuse en une substance alimentaire très-salubre et très-nutritive. Le tapioca est la fécule blanche du suc de manioc précipitée et lavée.

Il résulte de plusieurs expériences tentées à Surinam par le docteur Fermin , que le suc laiteux des racines de manioc , donné à la dose d’une once et demie , fait périr en vingt-quatre heures les chiens et les chats, après avoir provoqué des envies de vomir, des mouvemens convulsifs , la salivation et des évacuations abondantes. Ce poison ne produit point de phlogose apparente dans les tuniques digestives ; il paraît agir sur le système nerveux par un principe volatil et délétère. En distillant le suc de manioc, on obtient un esprit d’une odeur insupportable , qui tue à très-petite dose. Un nègre empoisonneur en prit seulement trente-cinq gouttes ; un instant après il poussa des hurlemens affreux , fut agité de convulsions violentes , et expira au bout de six minutes. L’autopsie ne fit découvrir aucune trace d’inflammation; l’estomac était seulement rétréci de moitié.

in.

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