UNE MATINÉE A LA FORET DE GONARD
J'avais quitté au point du jour les délicieux bocages de La Cour-Roland, et en quelques minutes j’avais gagné la foret de Gonard. La pureté du ciel annonçait une belle journée d’août, une douce clarté se glissait dans l’épaisseur des taillis , le feuillage du tremble murmurait agité par les brises du matin , le bouleau penchait ses flexibles rameaux , et la couleur argentée de sa tige s’harmonisait avec la riante verdure du noisetier.
Qu’il est doux, le souvenir de cette course matinale ! ma pensée me transporte aux mêmes lieux -, je goûte le charme de la solitude , la fraîcheur des bois , et , loin du bruit de la ville , les heures si paisibles de l’étude s’écoulent délicieusement. Mais toujours quelques regrets viennent se mêlera nos plaisirs. Je cherche en vain ces aimables fleurs , ces fdles du printemps qui embellissaient naguère nos vallons. Hélas! elles n’ont duré qu’un matin : ainsi passe le songe de notre vie.
Cos'i trapassa al trapassar <Tun giorno Délia vita mortale il flore, el verde.
Le Tasse.
Elle a passé aussi vite ma chère Olympe , la joie et l’espoir de mes vieux jours ! C’est là-bas, dans ce vallon solitaire, qu’elle repose en paix. Fleurs simples et pures comme ma fdle , vous renaissez tous les printemps , vous répandez vos parfums sur sa tombe ; mais ma fdle ne revient point. Coulez , douces larmes , pénétrez dans mon cœur; il vous implore comme ces vieux arbustes brûlés
par l’autan appellent la rosée du ciel
Suivons les bords de ce petit sentier. Voici la linaire , dont la tige est couverte de charmantes fleurs ; on dirait de petits mufles d’or et de safran. Là c’est l’origan vulgaire dressant sa tête globuleuse, formée d’une agrégation de fleurs d’un violet sombre. Ici c’est le caillelait , cl’une odeur douce comme le miel, avec son feuillage menu, frais et riant , ses fleurs délicates , groupées vers le sommet des tiges en forme de petits panaches d’or que le zéphyr fait flotter avec grâce -, nos pères , qui n’avaient que des remèdes simples et d’un usage facile, recommandaient cette plante contre les maux de nerfs. Plus loin s’élève le rustique millepertuis , étalant ses corymbes de fleurs balsamiques et d’un jaune vif, à côté de l’herbe d’Achille qu’on retrouve partout dans la campagne , sous le nom de millefeuilles , pauvre plante bien déchue maintenant de son illustre rang , et qui a passé de la tente des héros grecs sous l’humble toit du bûcheron. On sait que la millefeuilles est encore aujourd’hui d’un usage vulgaire contre les blessures. J’aperçois aussi la plante non moins fameuse du centaure Chiron , entr’ouvrant ses petites
PHYTOGR APHIE
étoiles nuancées de rose tout près d’un superbe chêne , géant de la forêt , dont le vaste ombrage invite au repos.
D’ici je promène mes regards dans la riante vallée de Jouy, et sur les belles arcades de Bue qui la coupent transversalement , et sur les maisons de campagne bâties çà et là sur la colline. Ce paysage a quelque chose de frais , de pittoresque , qui charme la vue. On jouit d’une douce paix sous ses ombrages ; on y respire un air pur et salubre, on y rêve le bonheur, et l’on se croit à cent lieues de Paris.
CUCÜRBITACEES.
Cucurbitaceœ. Juss. Lxnn.
BRYONE. BRYONIA.
Fleurs monoïques ou dioïques. Fleurs mâles : calice à cinq dents. Corolle en cloche, à cinq divisions elliptiques. Trois étamines, dont deux soudées ensemble parles filets, — Fleurs femelles : un style trifide. Baie globuleuse, lisse, polysperme.
BRYONE DIOÏQUE. BR Y ON IA DI O ICA.
Bryonia dioica. DC. Fl. Fr. 2822. Chev. Fl. Par. 3. 522.
Jacq. Fl. Austr. t. 199.
(Planche 1 440
On reconnaît cette espèce à sa racine grosse , charnue, fusiforme , d’un blanc jaunâtre -, à ses tiges grêles, longues de six à huit pieds , grimpantes et légèrement velues ^ à ses feuilles alternes , pétiolées , anguleuses , palmées, rudes au toucher, garnies à la base d’une vrille roulée en spirale $ à ses fleurs ordinairement dioïques , petites, blanchâtres, marquées de lignes verdâtres et disposées en grappes axillaires 5 à ses baies sphériques et d’un rouge vif dans leur maturité. Elle est commune dans les haies , autour des villages. Il faut la distinguer de la bryone blanche ( bryonia alba. Linn.), originaire du
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nord de l’Europe , et qui est constamment monoïque.
Sa racine , parfois désignée sous le nom vulgaire de navet du diable à cause de la violence de ses effets y a une odeur vireuse , une saveur amère et nauséabonde ; elle contient beaucoup de fécule combinée avec un suc très-âcre, de la gomme, une matière végéto-animale, un peu de sucre , du malate acide de chaux et du phosphate de chaux. La fécule, dépouillée des principes âcres et amers par des lavages répétés , a toutes les qualités des autres fécules.
Nous devons à MM. Brandes et Firnhaber une analyse plus exacte et plus complète de la bryone. Ces chimistes y ont découvert un principe cristallin qu’ils ont nommé brjonine , de la résine avec un peu de cire , un principe mucoso-sucré , de la gomme , de l’amidon, de la gélatine , de la fécule durcie , des phosphates de magnésie et d’alumine , du malate de magnésie , de l’albumine concrète, delà gummarine, une matière extractive , etc.
D’après MM. Brandes et Firnhaber, c’est dans le principe cristallin ou bryonine que résident les propriétés actives de la racine de bryone. Cette substance est d’un jaune rougeâtre , d’un goût excessivement amer-, elle se gonfle par la chaleur, et laisse beaucoup de charbon • elle est soluble dansl’alcohol et dans l’eau. Les acétates de plomb et la noix de galle précipitent abondamment sa solution. Elle paraît très-analogue à la cathartine. Pour obtenir la bryonine, on précipite la décoction de bryone par l’acétate de plomb, et on décompose le précipité par l’hydrogène sulfuré. Le produit est redissous dans l’alcohol absolu pour sépa-
rer un peu de sucre et de matière végéto-animale.
M. Fremy, habile pharmacien de Versailles, avait depuis long-temps isolé ce principe; voici le procédé qu’il emploie , et que M. Chevallier a fait connaître dans le premier volume du Journal de chimie médicale. On prépare le suc de bryone : on le filtre et on le sature par l’alcali volatil ; cette saturation détermine la précipitation du malate et du phosphate de chaux. On sépare ces sels, et on fait évaporer la liqueur avec ménagement; on obtient une pellicule cristalline qui, recueillie avec un tube et mise à sécher sur le papier, présente , lorsqu’elle est sèche , des rudimens de cristaux.
Cette matière, soluble dans l’eau, a la saveur amère et particulière de la bryone.
Le suc exprimé de la racine , la racine elle-même , ainsi que la plante fraîche , exercent une irritation trèsintense sur tout l’appareil gastrique ; leur usage imprudent peut donner lieu à des superpurgations, à l’inflammation de l’estomac et des intestins, et même à la mort. M. le docteur Gondret a observé les plus violens symptômes à la suite d’un purgatif où l’on avait fait entrer quarante grains de racine de bryone. Et pourtant il se trouve encore dans les campagnes des médicastres qui donnent le suc nouvellement exprimé jusqu’à la dose de deux ou trois cuillerées pour évacuer les sérosités des hydropiques !
La racine, desséchée avec soin et pulvérisée, agit avec moins d’énergie ; elle excite quelquefois une purgation abondante à la dose de vingt à trente grains. Un ou deux gros mis en infusion au bain-marie dans une tasse d’eau bouillante donnent , suivant le docteur Bar-
bier, un agent purgatif très-puissant. On a préconisé ces préparations dans le traitement de l’hydropisie , de la paralysie , du rhumatisme , de l’aliénation mentale, etc. 5 elles n’ont pu être de quelque utilité dans ces maladies que par leur effet cathartique et par une dérivation plus ou moins active sur le tube intestinal. Au reste , lejalap, qu’on a voulu remplacer par la racine de bryone, a des propriétés plus sûres et plus constantes.
MOMORDIQUE . MO MO RD ICA .
Fleurs monoïques. Fleurs mâles : calice à cinq divisions. Corolle plissée, à cinq découpures. Trois étamines , dontdeux soudées par les filamens — Fleurs femelles : trois étamines avortées. Un ovaire surmonté d’un style à trois stigmates. Baie ovale ou oblongue, s’ouvrant avec élasticité. Graines comprimées , munies d’un arille.
MOMORDIQUE ÉLASTIQUE. MOMORDICA EL A TE RI U M.
Momordica elaterium . Linn. Spec. 1434. DC. Fl. Fr. 2823.
Blackw. Ilerb. t. 108.
(Planche i45.)
Sa racine, forte et charnue , pousse des tiges épaisses, rameuses , rampantes , rudes au toucher, garnies de feuilles alternes , pétiolées , verdâtres , arrondies , échanerées en cœur à la base. Les pétioles sont anguleux , presque aussi longs que les feuilles , et hérissés de poils piquans. Les fleurs sont axillaires , pédonculées , jaunes , parsemées de veines verdâtres. Les
mâles naissent en grappes, les femelles solitaires. Les fruits sont d’une forme ovale et d’une couleur verdâtre ; aussitôt qu’ils sont mûrs , ils s’ouvrent avec élasticité et lancent au loin leurs semences.
Cette plante , qu’on appelle aussi concombre sauvage, croît dans l’Europe méridionale, et particulièrement en Provence et en Languedoc, dans les lieux arides , au milieu des décombres , le long des chemins. Toutes ses parties sont âcres, amères et nauséeuses. Le Suc exprimé de la racine et des fruits est très-irritant , et purge à très-petite dose avec assez de violence pour produire de graves accidens.
C’est avec le suc des fruits qu’on prépare l’élatérium , sorte d’extrait d’une consistance solide et d’une grande amertume, très-employé jadis contre l’oedème etl’ana- ’sarque ; mais les éloges et l’autorité de Sydenham n’ont pu le sauver de l’oubli. Les anciens , qui avaient remarqué la violence de ses effets, le donnaient depuis six grains jusqu’à douze-, mais ils recommandaient de ne point aller au-delà, une plus forte dose pouvant donner la mort. Modus portione virium ab dimidio obolo ad solidum copiosius necat. (Plin. , lib. xx.) C’était aussi l’opinion de Dioseoride.
Du temps d’Hippocrate , on employait souvent l’élatérium ^ mais ce drastique produisait quelquefois des accidens mortels. A Larisse, la femme d’Antimaque, grosse d’environ cinquante jours , éprouvait du dégoût avec des douleurs à la matrice et à l’estomac ; elle avait en meme temps de la fièvre , et elle était constipée depuis sept jours On lui donna une forte dose d’élatérium qui lui fit vomir un peu de bile. Elle
poussait de profonds soupirs , elle eut ensuite de vives douleurs intestinales , et elle rendit quelques matières mêlées de sang et de fragmens membraneux. Les symptômes allaient toujours croissant, et les évacuations alvines devinrent considérables. Elle mourut vers le milieu de la nuit.
Un Eubéen ayant pris l’élatérium , fut purgé pendant trois jours , et il mourut.
Le fils de Symmaque était étouffé par la bile , même la nuit endormant. Il avait la fièvre. Il prit un purgatif qui ne le soulagea point. 11 ne fut évacué que six jours avant de mourir.
Tous ces exemples prouvent que les purgatifs , surtout les drastiques , doivent être administrés avec beaucoup de prudence, et d’après des indications claires, précises. Dans les cas douteux il faut y renoncer, ou du moins n’employer que les plus doux. Nous sommes en ce genre bien plus riches que les anciens, qui ne connaissaient guère que des purgatifs violens.
En terminant ces lignes , nous lisons dans YEncïiiridio di Tossicologia de M. Delle Chaje, que le professeur Antonucci , ayant voulu expérimenter l’élatérium sur quelques hydropiques qui avaient été traités sans succès parla digitale et la scille, fut bientôt obligé de renoncer à ce médicament qui portait le trouble dans tout le système, produisait des irritations viscérales, et un état de spasme concentré sur le rectum avec des épreintes douloureuses.