CONCOMBRE. CUCUMIS
Fleurs monoïques. Corolle en cloche. Divisions du calice rétrécies en alêne. Fleurs mâles : trois étamines ; deux soudées ensemble par les filets , et toutes réunies par les anthères. — Fleurs femelles : trois fiiamens stériles. Un style à trois stigmates bifurqués. Baies à trois loges , dont chacune est sous-divisée en deux , et quelquefois davantage. Semences nombreuses, comprimées, à bords aigus, nichées dans des cellules remplies de pulpe.
CONCOMBRE COLOQUINTE. CVCUMîS COLOCYN T H JS.
Cucumis colocjnthis. Linn. Syst. Veg. 726. Blackw.
Herb. t. 441.
(Planche i4<3.)
Cette plante croît abondamment dans les îles de l’Archipel et sur les côtes maritimes du Levant. Elle a des tiges grêles , rampantes , cannelées , hérissées de poils courts, garnies de feuilles pétiolées, profondément découpées en lanières obtuses, vertes en-dessus, blanchâtres et velues en-dessous. Les fleurs sont petites, axillaires, évasées en cloche, et d’un jaune pâle. Aux feuilles succèdent des fruits globuleux, de la grosseur d’une orange , d’un vert jaunâtre , contenant une pulpe spongieuse , blanche , et d’une amertume insupportable.
On nous envoie ces fruits d’Alep et de Smyrne , ordinairement mondés de leur écorce -, ils donnent à l’analyse du mucilage , de l’albumine , de la résine , et un principe amer nauséeux, très-purgatif. L’eau, le vin, l’ai— cohol, s’emparent des principes actifs delà coloquinte;
sa décoction dans l’eau, son infusion dans le vin, la bière, l’alcohol, déploient une action véhémente sur le canal alimentaire, provoquent des douleurs aiguës, des déjections alvines, séreuses ou sanguinolentes, et quelquefois une inflammation mortelle.
Une ouvrière, demeurant rue Sainte-Anne n°4 , prit pour se purger une demi-tasse de vin blanc où elle avait fait infuser, pendant la nuit, environ les deux tiers d’une pomme de coloquinte. Une demi-heure après, elle fit de vains efforts pour vomir, et il lui survint des douleurs d’estomac si aiguës, qu’elle perdit connaissance. On lui fit avaler abondamment du thé; l’irritation de l’épigastre parut se calmer, mais elle fut bientôt suivie de coliques atroces , de crampes dans les extrémités inférieures , et enfin de déjections séreuses teintes de sang, et tellement répétées, que la malade alla dixhuit fois à la garde-robe dans l’espace d’une heure. Les évacuations continuèrent jusqu’à deux heures, et elle n’avait plus la force de descendre de son lit lorsque j’arrivai près d’elle. Je prescrivis sur-le-champ des fomentations sur l’abdomen , des lavemens émolliens, et deux grains d’extrait d’opium dissous dans trois onces d’eau de laitue à prendre en deux doses d’heure en heure. A ma seconde visite, qui eut lieu vers sept heures du soir, les douleurs et les évacuations avaient cessé; mais la malade était d’une faiblesse extrême et d’une pâleur cadavéreuse. Six semaines après cet accident, elle était encore languissante.
Il y a quelques années, une jeune femme qui éprouvait une suppression menstruelle prit , d’après le conseil d’un charlatan, une potion amère où entrait la colo-
quinte. Cette malheureuse fut bientôt en proieà uneviolente entérite, pour laquelle elle fut transportée à l’Hôtel - Dieu, où elle expira après trois jours de souffrances.
M. Fodéré rapporte aussi, dans son Traité de médecine légale , qu’une femme fut empoisonnée , l’hiver de i8io, à Marseille, parla teinture spiritueuse de coloquinte , vendue par un charlatan sous un nom pompeux.
Un homme de quarante-cinq ans, et d’une forte constitution , avait depuis long-temps une tumeur au genou droit. Il s’adressa à un charlatan femelle qui lui administra une potion préparée avec la coloquinte. Feu de temps après il éprouva des nausées, des vomissemens, avec un sentiment de douleur et de brûlure à l’estomac. Une seconde et une troisième dose produisirent d’abondantes évacuations , des douleurs abdominales intolérables : il se roula sur son lit et tomba sur le pavé, en bénissant néanmoins celle qui lui avait donné la potion (il croyait qu’un remède qui agissait si vigoureusement allait le guérir) , et en demandant une autre dose il fut pris de convulsions et mourut. (Delle Chiaje, Enchi ridio di Tossicologia , pag. 83.)
C’est encore un de ces purgatifs énergiques dont les anciens faisaient souvent usage dans quelques maladies rebelles, telles que l’épilepsie, la paralysie, l’aliénation mentale, les affections comateuses, l’asthme, la névralgie sciatique, les infiltrations du tissu cellulaire, etc. En effet, la commotion véhémente que détermine la coloquinte sur le système gastrique, commotion qui va retentir sur les nerfs et sur tout l’appareil sensitif, peut quelquefois dissiper des irritations opiniâtres fixées sur des parties éloignées, rompre des m. 24
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mouvemens fluxion naires accumulés sur la tête , sur le poumon , etc. ; mais il faut une main habile et prudente pour administrer un semblable remède. Tous les praticiens ne sont pas également appelés à manier les armes que fournit la médecine perturbatrice. Servons-nous-en avec réserve , ou plutôt laissons faire ces hommes accoutumés aux épreuves périlleuses, et qui, à force de revers , finissent par obtenir quelques succès trop chèrement payés.
Les Grecs, les Arabes et quelques pharmacologues plus récens avaient soumis la coloquinte à une foule de préparations , dont la plupart sont maintenant oubliées avec les noms barbares qu’elles ont reçus. On conserve seulement dans nos officines les trochisques alhandal, où les principes âcres de la coloquinte se trouvent modifiés par le mucilage de la gomme adragant, et qu’on donne à la dose de quatre , six et huit grains, suivant la force individuelle, pour exciter la purgation.
On peut également préparer avec cette substance des infusions aqueuses , vineuses ou alcoholiques , en y ajoutant quelque aromate, des gommes, du sucre , comme correctifs , ou pour en masquer la saveur désagréable. On emploie surtout dans le Nord la teinture du docteur Dhalberg 5 elle est composée d’une demi-once de pulpe de coloquinte , d’un gros de semences de badiane , et de vingt onces d’alcohol. La dose est de douze à vingt gouttes, et plus, qu’on peut répéter plusieurs fois par jour jusqu’à ce que le ventre devienne libre. Elle a obtenu des succès dans quelques affections rebelles aux moyens ordinaires , comme la goutte, le rhumatisme, l’aménorrhée, la céphalalgie,
Ja paralysie, les accidens causés par l’abus du mercure , etc. Au reste , cette préparation est dangereuse lorsqu’il existe une irritation ou une inflammation sourde dans les viscères abdominaux.
L’extrait de coloquinte, administré d’après la méthode endermique , provoque des selles abondantes sans irriter notablement l’appareil digestif.
CONCOMBRE DES PROPHÈTES. CUCVMIS PROPHETARUM.
Cucumis prophetarum . Linn. Amœn. Acad. 4. 295. Jacq.
Hort. Vind. t. 9. Blackw. Herb. t. 589.
Cette espèce a des tiges rampantes , menues , striées , chargées de poils courts ; ses feuilles sont verdâtres , un peu rudes , à nervures bispides en-dessous , taillées en cœur à la base , profondément découpées en trois lobes , dont les deux latéraux sont subdivisés en deux segmens. Les fruits sont globuleux , striés de jaune et de vert, hérissés sur toute leur surface de piquans assez éloignés les uns des autres.
On cultive ce concombre originaire de l’Arabie au Jardin des Plantes -, ses fruits sont presque aussi amers que la coloquinte. On lui a donné le nom de cucumis prophetarum , parce que la Genèse en fait mention , chap. 3o.
La famille des cucurbitacées renferme quelques autres plantes exotiques peu connues , qui sont amères , fétides et drastiques. Le fruit du trichosanthes eu cumerina est un violent purgatif.
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