CHANVRE CULTIVÉ. CANNABIS S ATI VA
Cannabis sativa. Linn. Spec. 1457. DC. Fl. Fr. 2137.
Schk. Bot. Handb. 3. t. 325.
Sa tige est droite , simple , haute de quatre à six pieds , à quatre angles arrondis et un peu velus. Les feuilles sont opposées , pétiolées , d’un vert sombre , découpées en cinq ou sept folioles , étroites , pointues , dentées en scie. Les individus mâles , nommés pieds femelles par le vulgaire , portent des fleurs d’une couleur verdâtre , et disposées en petites grappes lâches dans les aisselles des feuilles supérieures. Les fleurs femelles sont également axillaires , mais presque sessiles , peu apparentes , et seulement remarquables par leurs styles velus.
Originaire de l’Asie, le chanvre a été transporté en Europe , où il est généralement cultivé pour l’usage éco-
nomique. Toute la plante exhale une odeur forte et vireuse 5 les feuilles sont amères et âpres au goût. Ceux qui en respirent trop long-temps les émanations éprouvent des vertiges , des éblouissemens et une sorte d’ivresse.
Ce végétal altère les eaux dans lesquelles on le fait rouir ou macérer -, il s’en élève des vapeurs putrides et malfaisantes , qui font des routoirs un voisinage dangereux. Remer dit qu’il règne tous les ans en automne dans une petite ville du duché de Brunswick une épidémie terrible de dysenterie qui moissonne beaucoup d’individus. A la même époque , 011 rouit une grande quantité de chanvre dans F Aller , petite rivière qui fournit à la ville l’eau potable et l’eau pour les brasseries. Cette opération de chanvre répand une odeur très-fétide dans la ville. La bière faite avec cette eau a une saveur amère , putride , et donne ordinairement la dysenterie. Le docteur Roucel {Flore du Nord ) a observé également dans la Campine, dans les châtellenies de Waes et de Termonde , du côté de Gand , que l’eau qui sert au rouissage de ce végétal communique quelquefois avec l’eau des fontaines voisines, et la rend vénéneuse pour les hommes et les bestiaux qui en font leur boisson habituelle.
Le chanvre est une plante très-active , qui mérite l’attention des chimistes et des médecins. Jusqu’ici on 11’a employé que les semences , qui sont huileuses , émulsives et sédatives. Swediaur, dont les ouvrages sur les maladies syphilitiques jouissent d’une haute estime , les recommande pendant la période inflammatoire de la blennorrhagie.
Il serait d’autant plus intéressant d’étudier les propriétés de l’espèce cultivée en Europe , qu’elle a les plus grands rapports avec le chanvre de l’Inde ( cannabis indica . Rumph et Lam. ) , connu sous le nom de banque des Indiens .