‹ Phytographie médicaleChapitre 8 sur 116 · VIGNE CULTIVÉE. V1TIS FINI F ER J · texte numérisé non relu

VIGNE CULTIVÉE. V1TIS FINI F ER J

Fins vinifera. Linn. Spec. 293. DC. Fl. Fr. 4566. Jacq. Ic.

Plant. Rar. t. 50.

Qui ne connaît cet arbrisseau tortueux, dont les rameaux flexibles s’attachent aux corps environnans à l’aide de vrilles contournées en spirale , et dont les feuilles , échancrées à la base , offrent plusieurs lobes plus ou moins profonds , plus ou moins dentés en leurs bords? Ces différences caractérisent et servent à distinguer un grand nombre de variétés. Les fleurs, d’un vert jaunâtre , d’un parfum agréable , naissent en grappes latérales , opposées aux feuilles , et produisent des fruits globuleux, colorés en rouge, en violet, en

jaune, en blanc, etc., contenant quelques semences dures, presque osseuses.

On compte un nombre considérable de variétés dont les noms diffèrent quelquefois d’un canton à l’autre.

La vigne doit à la culture toutes ses excellentes qualités. Dans son état sauvage , elle a une forme constante dans ses feuilles et dans son fruit. Les grappes sont grêles, à grains petits et rares; leur suc est acerbe et très-coloré. Cette vigne primitive porte le nom de labrusque ou lambrouche , et croît le long des haies dans la Provence, le Languedoc, la Guyenne, l’Alsace , etc. En Italie , elle tapisse les rochers et les cavernes, où elle forme des guirlandes comme les lianes des forêts d’Amérique. On la trouve aussi en Asie et sur les côtes de Barbarie.

Cet arbrisseau , qui croît aujourd’hui dans les contrées méridionales de l’Europe , n’y existait pas autrefois ; il s’y est naturalisé par les semences de notre vigne cultivée, apportée d’Asie, et rendue à son état naturel.

L’époque première de la découverte de la vigne est irrévocablement perdue. La chronique des Hébreux fait remonter au temps du déluge la plantation de cet arbuste. On voit par plusieurs passages de l’Écriture sainte qu’il était cultivé dans toute la Palestine, et qu’on en obtenait des vins très-renommés , tels que ceux de Sorée, de Sébama , de Zaïel. La vigne était surtout très-productive dans le pays de Chanaan : témoin la branche si chargée de raisins que les espions de Moïse avaient enlevée, et que deux hommes portèrent sur un levier au camp des Israélites.

PH YTOGRAPHIE

Au reste, on croit généralement que l’Europe est redevable à l’Asie de la possession de la vigne. Les Phéniciens , qui parcouraient souvent les côtes de la Méditerranée , en auraient introduit la culture dans les îles de l’Archipel, dans la Grèce, dans la Sicile, enfin en Italie et dans le territoire de Marseille. On la cultiva ensuite dans la Gaule narbonnaise, et peu à peu dans le reste de l’Europe.

SousLucullus , lesRomains rapportèrent du royaume de Pont des sarmens de plusieurs espèces de raisin inconnues alors en Italie. Cette culture se propagea du temps de la République romaine dans la Ligurie , dans la Cisalpine-, et, du temps des empereurs, elle s’étendait déjà dans la Transalpine. Les Gaulois allant faire des incursions au-delà des Alpes sur les rives du Pô , prirent des sarmens de ces vignes , qu’ils plantèrent dans la Provence , le Dauphiné et la Gaule narbonnaise ; ces vignes y prospérèrent, et se propagèrent jusque dans l’Auvergne , long-temps avant la conquèle des Gaules par Jules César.

La culture de la vigne eut ensuite un tel succès dans nos provinces méridionales, que Domitien, craignant quelle ne fit tort à celle du blé , fit arracher toutes les plantations. Ce ne fut que deux siècles après que Probus rendit aux Gaulois la liberté de replanter la vigne. Hommes, femmes, enfans, tout le monde s’empressa de prendre part à cette grande et belle restauration. Tandis que les uns brisaient les rochers , ouvraient le sol , extirpaient d’antiques et inutiles souches , creusaient des fossés , les autres apportaient , dressaient et assujétissaient les plants. Les vieillards , répandus dans

les campagnes , désignaient les coleaux les plus propres à la vigne. On vit alors la vigne, d’abord limitée à la ligne des Cévennes , s’étendre sur tous les coteaux du Rhône , de la Saône , sur le territoire de Dijon , sur les rives du Cher, de la Marne , de la Moselle , etc. , gagner en meme temps le Languedoc, la Gascogne, la Guyenne, et peu à peu les autres provinces, jusqu’à l’Orléanais et l’Ile-de-France.

Les croisades des douzième et treizième siècles rapportèrent de Chypre , d’Alexandrie , de Corinthe et de la Palestine , des sarmens de vigne d’une espèce excellente, qu’on planta dans le Roussillon. Ils ont donné naissance aux délicieux vins de Rivesaltes, de Frontignan, de Lunel , et autres vins muscats qu’on récolte soit dans le Languedoc, soit dans la Provence.

En général , les vignes ne sont pas difficiles sur le choix du terrain ; mais la saveur et la qualité des fruits varient suivant l’exposition et la nature du sol. Les terres légères , un peu crétacées , rendent la vigne plus hâtive, ses fruits plus précoces, plus parfumés. Dans les rocailles schisteuses et un peu terreuses , les mêmes variétés auront encore une excellente saveur, un bouquet très-agréable, mais d’une qualité différente. Les terrains volcaniques donnent des vins délicieux j les meilleures vignes d’Italie sont plantées dans des débris de volcans.

Cette plante aime les coteaux exposés au midi et à l’est ^ elle prospère également dans toutes les plaines abritées du midi , et au fond des vallées. Le territoire de Médoc est en plaine , ainsi que bon nombre d’excellens cantons de la Bourgogne et du Languedoc*,

mais ces plaines sont parfaitement exposées, sous un ciel presque toujours pur, et les vignes y sont plantées en ceps espacés , disposition singulièrement favorable à la maturité du raisin.

La vigne cultivée offre des variétés nombreuses. Du temps de Pline , on en comptait déjà au-delà de quatrevingts. Les variétés les plus recherchées étaient alors : le raisin amminéen, dont les grains étaient couverts d’une fleur légère -, le muscat , aimé des abeilles , et qu’on appelait uva apici; le raisin d’Albe , le raisin de Chios, dont le fruit ne renfermait qu’un seul pépin (bacca monosperma)-, le raisin pourpré (purpurascens)-, les cérauniens, les rhodiens, les libyens, les rubelliens, etc.; la plupart de ces variétés sont perdues , d’autres variétés les ont remplacées.

Dans nos vignobles , on cultive généralement les espèces ou variétés que les ancêtres y ont plantées depuis un temps immémorial. La nomenclature en est fort nombreuse, et elle varie suivant les cantons. Nous ne croyons pas devoir nous en occuper ici.

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