SAPIN BLANC. ABIES ALBA
Abies alba. Poir. Dict. Encycl. 6. 521. Desf. Arbr. 2. 580.
— Pinus alba. Lamb. Pin. t. 26. — Pinus Canadensis,
Mill. Dict. n° 4.
Arbre d’une belle hauteur, dont le tronc est droit, revêtu d’une écorce blanchâtre , à rameaux flexibles , opposés , pendans , garnis de feuilles éparses , très-serrées , raides , courtes , tétragones , et d’un vert bleuâtre. Ses fleurs sont disposées ordinairement, à l’extrémité des jeunes rameaux, en chatons simples, cylindriques , les uns composés uniquement de fleurs mâles, les autres de fleurs femelles. Les cônes sont petits, roussâtres , renversés, cylindriques, obtus, à écailles imbriquées , minces , presque rondes , ridées et luisantes.
Ce sapin croit au Canada , à la Nouvelle-Écosse et dans le nord de la Nouvelle- Angle terre 5 il se plaît dans les terres sèches , graveleuses , mêlées d’argile , et il porte le nom de sapinette ou épinette blanche du Canada . On le cultive au Jardin du Roi. On devrait en introduire la culture dans nos forêts et dans nos parcs. Son écorce contient un suc résineux qui a les qualités de la térébenthine. Ses jeunes pousses ont les mêmes vertus que les bourgeons des autres sapins.
On prépare au Canada , avec les rameaux du sapin blanc et de quelques autres espèces , une bière saine et agréable , surtout pendant les chaleurs de l’été. On pourrait composer une bière à peu près semblable avec les pousses de nos sapins. Cette boisson ne serait pas à dédaigner dans nos campagnes , lorsque le vin est rare et cher. Voici son mode de préparation.
On remplit d’eau une très-grande chaudière qu’on place sur le feu. Lorsque l’eau est chaude , on y jette un fagot de branches de pin ou de sapin nouvellement cueillies , et divisées en fragmens. Ce fagot doit avoir environ vingt pouces de circonférence. On entretient l’ébullition jusqu’à ce que la peau des rameaux se détache facilement. Pendant cette cuisson , on fait rôtir à plusieurs reprises, dans une poêle de fer, un boisseau d’avoine ; on fait également griller environ douze livres de pain coupé par tranches ; on jette le pain grillé et l’avoine dans la chaudière , et on continue l’ébullition jusqu’à ce que le tout soit bien cuit. Alors 011 retire les rameaux, et on éteint le feu. L’avoine et le pain se précipitent au fond ; les feuilles plus légères surnagent, et ou les enlève avec une écumoire. Enfin on délaie dans la dé-
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coction six pintes de mélasse ou environ douze livres de cassonade. On met sur-le-champ cette liqueur dans une barrique fraîche qui ait contenu du vin rouge. Quand elle ri est plus que tiède , on y ajoute une chopine de levure de bière que l’on brasse fortement , ou bien un morceau de levain divisé en parcelles , et on laisse le tonneau ouvert. La fermentation ne tarde pas à s’établir, et la liqueur a une saveur douce et piquante comme le cidre nouveau, si l’on ferme le tonneau au bout de vingt-quatre heures. Elle est plus douce et moins forte si l’on ne met le bondon que lorsque la fermentation est terminée.
Cette boisson est rafraîchissante , antiscorbutique , nutritive , et d’un goût qui n’est point désagréable lorsqu’on y est habitué.
La culture des pins et des sapins est trop négligée dans nos bois et dans nos campagnes , où l’on trouve à peine quelques-uns de ces arbres qui aient parcouru leur entier développement , tandis qu’en Allemagne , en Suisse , en Angleterre , on en voit presque partout. En Suisse , de hautes palissades de sapins entourent les vignes et les champs , et leur servent d’abri contre la rigueur des hivers. « J’ai vu , dit le baron Tschoudy, un bois de sapins en Suisse, dont les branches, naturellement entrelacées , formaient un toit que couvrait une épaisseur considérable de neige. Il n’en était point tombé au-dessous $ on y respirait une chaleur douce. C’était au mois de janvier : on y voyait la terre bien verte et garnie de quelques fleurs. »
Les sapins du Nord , beaucoup plus élevés que les nôtres , fournissent les plus belles mâtures. Les Lapons
en font des barques si légères , qu’un seul homme peut les porter. Ainsi que le cyprès , le sapin épicia était consacré chez les Grecs et les Romains aux cérémonies funèbres. Lorsqu une maladie grave avait porté dans une maison la tristesse et la crainte , on suspendait devant la porte des rameaux de laurier et de nerprun -, le premier Consacré à Apollon , dieu de la médecine ; le second à Janus , pour éloigner les influences funestes. Le malade avait-il rendu le dernier soupir, on mettait à leur place des branches de sapin et de cyprès.
Sapin navigateur, dont le premier pilote Construisit avec art la nacelle qui flotte Sur la couche liquide où s’e'bat l’Aquilon,
C’est toi qui le premier, dans sa course incertaine ,
Aidas l’homme à quitter, pour la rive lointaine,
Le sol paisible du vallon.
Et c’est toi qui le suis à son heure dernière Dans le funèbre asile, où son corps en poussière Voit son âme des cieux enfin toucher le seuil :
Ton bois lui sert de couche où le trépas l’exile ,
Et l’arbre toujours vert, enfant de ta famille ,
Le cyprès veille son cercueil ( i ) .
(1) Ces vers sont extraits d’un recueil de poésies inédites, que mon jeune ami, M. Voîny L’Hotellier, se propose de publier incessamment. La plupart de ces pièces ont de l’éclat, de l’élévation , de l’harmonie ; on y retrouve de ces expressions pittoresques de l’école moderne ; mais elles sont surtout empreintes d’une mélancolie profonde qui contraste avec l’extrême jeunesse du poète.
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