I. Lettre 20. La date en est incertaine
II s'éprit alors si bien de cette science nouvelle, — puisée dans les leçons et dans les livres de Ficin, dans l'enseignement parisien, dans les manuscrits dont il remplissait incessamment sa propre bibliothèque, — qu'il résolut de montrer au grand jour, sans plus tarder, les premiers résultats de ses doctes veilles. Avec une précipitation et une confiance juvéniles, il se mit à rédiger les « Conclusiones », ces thèses dont la postérité a indissolublement attaché le souvenir à son nom. Chose plus grave, il se décida à les soutenir sur un théâtre retentissant, au centre même du monde chrétien, à Rome.
Une aventure qui lui arriva dès sa sortie de Florence, d'où il était parti le 8 mai, eût bien dû l'éclairer sur les dangers que lui préparaient les résolutions hâtives de sa trop grande et trop ardente jeunesse '. Le 9, il enlevait la femme d'un douanier d'Arezzo, Margherita de Medici. Arrêté, malgré une
I. Cf. Berti, op. cit., pp. i3-i4et 49-51. Cf. encore Letteve di Loren:{o de' Medici,... per cura di Antonio Cappelli (Modène, i863, in-fol), p. 54.
résistance acharnée, par le peuple accouru au son du tocsin, il fut presque aussitôt relâché, sur les instances de Laurent, dont Maigherita était la parente éloignée. Mais le scandale fut énorme. La réputation qu'il s'était acquise à Florence par sa vie studieuse, menaça d'être à jamais ruinée.
On ne sait presque rien de lui jusqu'au 12 novembre i486. A cette date, il écrit à Girolamo Benivieni que, de sept cents, ses thèses sjnt montées au chiffre de neuf cents et que, s'il n'avait sonné la retraite, elles auraient atteint le nombre de mille. Il lui envoie en même temps ce qu'il a ajouté à son discours, probablement à ce beau discours De hominis dignitate^ qu'il devait prononcer à Rome avant la discussion des Conclusiones et qui constitue un des plus sincères monuments de la philosophie morale de la Renaissance italienne '.
Le volume ne dut pas tarder à être mis
I . L. Dorez, Lettres inédites de Jean Pic de La Mirandole (1482-1492), dans le Giornale storico délia Letteratura italiana de Novati-Renier, 1895, fasc. 74-75, pp. 354 et 358.
sous presse ; car il parut vers le commencement du mois de décembre, et Pic pensait ouvrir, dans les premières semaines de janvier, les assises solennelles où il avait résolu d'exposer au monde romain les fondements de ses doctrines philosophico-théologiques'. On lui avait ménagé à la cour pontificale, où son frère Antonmaria s'était fixé depuis ses démêlés avec Galeotto ''^ un accueil fort honorable; on lui avait libéralement ouvert les portes de la bibliothèque apostolique, et, le 24 décembre, lorsque les thèses étaient déjà sans doute dans toutes les mains, il empruntait le traité de saint Thomas De ente et essentia ^ Mais les dispositions de la Curie envers lui allaient changer de caractère. L'impression faite sur les savants palatins par la lecture des thèses avait été