Cf. Berti, op. cit., p. 8, n. i
2. Cf. F. Ceretti, // conte Antonmaria Pico délia Mirandola, dans les Atfi e Mem. délie députa^, di storia patria delV Emilia, n. s., vol. III (1878).
3. Cf. Léon Dorez, Sulla cattura di Pico délia Mirandola nel 1488, dans la Rassegna Bibliogra- Jica délia Letteratura Italiana, t. III, n»' 11 -12, p. 273.
mauvaise, et les proicstaiions soulevées par l'œuvre de Pic parvinrent bientôt jusqu'à la chaire d'Innocent VIII.
Il a fort bien résumé lui-même, au début de son Apologie, les objections, plus ou moins intéressées, plus ou moins odieuses, qui furent faites à son projet. Les uns disaient qu'il fallait expulser de la maison du Christ « ceux qui veulent savoir plus qu'il ne faut ». Les autres prétendaient que ridée de cette discussion solennelle n'était qu'ostentation et vanité, et n'était pas digne de la vraie science. D'autres encore déclaraient qu'il était audacieux et téméraire de la part d'un jeune homme, à peine âgé de vingt-quatre ans, de vouloir disputer sur les plus hautes questions de la philosophie, sur les sublimes mystères de la théologie chrétienne, sur les sciences inconnues, dans la plus fameuse ville du monde, devant une nombreuseassembléede savants renommés'.
I. Il faut bien avouer que ses amis et ses admirateurs eux-mêmes furent assez inquiets de l'issue d'un tel projet. Voy. ci-dessous (Appendice, document II) une lettre très significative d'Ermolao Barbare à Roberto Salviati.
Pour d'autres, ce n'est pas le lieu choisi par Pic, ce n'est pas sa jeunesse qu'ils lui reprochent : c'est l'ambition déréglée, la surprenante outrecuidance qui lui fait mettre en avant ce chiffre de neuf cents thèses. Enfin, parmi les théologiens, il y en eut qui, non contents de toutes ces objections, proclamaient Pic « mage, impie, nouvel hérésiarque dans l'Église du Christ ». Le grand mot était lâché.
Le jeune philosophe ne s'émut pas d'abord outre mesure de ce concert, pourtant inattendu, de récriminations assez graves : pour perdre courage, il avait trop de confiance en lui-même et dans ses amis. Mais ceux-ci eurent beau faire ; leur crédit n'était pas assez puissant pour imposer silence à des théologiens qui affirmaient que les Conclusiones portaient atteinte au dogme. En dépit de sa bienveillance pour Pic de La Mirandole et pour son protecteur Laurent de Médicis, Innocent VIII allait être forcé de prêter l'oreille à cette sérieuse accusation d'hérésie. Tout d'abord, il se contenta de suspendre la discussion des neuf cents thèses. La bibliothèque Palatine resta ouverte à
l'accuse : le 3 janvier 1487, il empruntait le livre de Roger Bacon sur l'astrologie ; le 6 mars encore, le Spéculum naturalium d'Henri de Bath '. Mais, à partir de cette date, toute mention de prêt consenti en sa faveur manque aux registres de la Vaticane. Il est même bien surprenant qu'à cette date, Giovanni Lorenzi ait encore pu remettre à Pic de La Mirandole un volume des collections apostoliques. Car, le 20 février, Innocent VIII, cédant aux instances réitérées des théologiens, avait constitué une commission pour examiner les propositions suspectes, et la première séance de cette commission avait eu lieu au Vatican, dans l'appartement du président, le vendredi 2 mars 1487 \