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leur teneur. Pic préféra remettre des réponses écrites qui turent discutées le lundi 12 et le mardi i3 mars. Ces réponses furent jugées insuffisantes ; mais il faut cependant noter que le jugement porté sur ces six dernières thèses est moins catégorique que celui qui avait frappé les sept premières.
Les treize propositions étaient donc plus ou moins gravement condamnées. Tous les commissaires, sauf un, souscrivirent le procès-verbal du notaire. Il semblait que l'affaire dût en rester là et se borner à l'interdiction de la discussion publique des Conclusiones. Mais, pour son malheur, Pic ne l'entendait pas ainsi. Il ne sut pas se résigner au jugement qui le frappait et, quelques mois après la clôture des audiences de la commission apostolique, on apprenait au Vatican qu'il avait rédigé un ouvrage où il défendait les treize conclusions, et qu'il l'avait soumis à l'approbation de plusieurs professeurs de théologie en résidence à Rome'. Aussitôt, Innocent VIII adressa aux
I. Dès le début de l'affaire, il avait trouvé un défenseur zélé dans la personne de Buonfrancesco
évêques de Tournai et de Cesena ' un bref où il les érigeait en tribunal inquisitorial {more inquisitorum hereticœ pravitatis], leur donnant plein pouvoir de faire arrêter, emprisonner, juger et punir les coupables selon les lois canoniques. Le bref est daté du 6 juin 1487.
L'affaire prenait décidément une mauvaise tournure. Le pape qui, en nommant une commission spéciale pour examiner les treize conclusions suspectes et en permettant à Pic, jusqu'au 5 mars, d'emprunter des manuscrits à la Vaticane, avait fait preuve d'une évidente bienveillance, montrait par ce bref qu'il n'entendait pas pousser plus loin la clémence. Devant cette attitude, qui menaçait dans leur liberté et peut-être dans leur vie même ses partisans et ses amis, Pic dut comprendre qu'il serait coupable de ne pas éloigner de leur tête, à quelque prix que ce fût, ce péril imminent. Sans doute il entra alors en négociations
Arlotti, évèque de Reggio d'Emilie, alors ambassadeur du duc de Ferrare près le Saint-Siège. I. L'évêque de Cesena était alors Pietro Menzi.
avec le Vatican et promit de ne pas s'obstiner dans son dessein; car, le 3i juillet, on voit venir chez lui un notaire apostolique qui lui signifie le jugement « in domo sue solite residentie, in quadem caméra superiori ». Il reçut l'acte des mains du notaire avec bienveillance et bonne grâce, « bénigne et gratiose », et y mit une souscription de huit lignes qui constituait une soumission absolue, sous la foi du serment, aux décisions des commissaires apostoliques.
C'est alors que probablement aussi se soumirent deux des théologiens qui le soutenaient dans ce débat. Jean Cordier, qui fut recteur de l'Université de Paris en 1499, le seul des commissaires pontificaux qui n'eût pas souscrit le procès-verbal du jugement, semble s'être rétracté le premier, sans trop d'opposition'. Au contraire, Jean de Myrle, sans doute un Flamand qui avait fait à Paris ses études de théologie, rédigea une rétractation dont les termes comportent d'assez graves restrictions sur le fond même du
I. Mais il crut prudent de quitter Rome. Cf. infra, p. 69, note.