Lettre du 3i janvier 1488, p. 8 r". Appendice V,i
Charles VIII, tandis que Florès s'en fut à la Faculté de théologie, déjà réunie, et lui donnait, après les salutations d'usage, lecture du bref papal relatif à la condamnation de VApologie, lui remettait le bref qu'il avait rédigé avec son collègue Chieregato relativement à son exécution et à l'arrestation de Pic et de Jean Cordier, et lui exposait toute la procédure qui avait été suivie dès le début de l'affaire. Il loua habilement les membres présents des sentiments de fidélité qu'ils portaient au Saint-Siège et les exhorta à persévérer dans leur obéissance au Souverain Pontife et à être les bons athlètes, boni pugiles, de la foi catholique ainsi que l'exigeait leur profession. Il fit certifier le tout par notaire et témoins pris parmi les assistants, La Faculté répondit qu'elle obéirait à Sa Sainteté, qu'elle désirait avoir dans ses archives une copie des lettres apostoliques et qu'elle viendrait voir les nonces à l'occasion de certaines déclarations qu'elle avait à leur faire \
I. Lettre du 3i janvier 1488, p. g, et plus haut, page 68, note 4.
Le lendemain, mardi 29 janvier, l'orateur du duc de Milan se rendit auprès des nonces et s'accusa d'avoir péché par imprudence : ignorant qu'il s'agissait, dans l'affaire de Pic de La Mirandole, d'un cas d'hérésie, il avait intercédé auprès du roi en faveur de ce dernier, et comme le comte de Bresse l'amenait captif à Paris, il s'était de nouveau présenté devant le roi pour parler en sa faveur. Sa Majesté avait dit à l'oreille du bailli de Meaux, Etienne de Vesc ', pour qu'il le lui répétât, que les nonces avaient parlé de Pic comme d'un hérétique : aussi se rendait-il auprès de ces derniers pour porter témoignage de l'orthodoxie de son maître, qui était bon catholique et dévoué au Saint-Siège et à Sa Sainteté, et assurer que lui-même était l'ennemi des hérétiques. Les nonces lui avaient alors rapporté l'affaire dans tous ses détails. Il n'en avait pas moins ajouté que si Pic de La Mirandole était amené à Paris, il en appellerait à la
2. Sur ce personnage^ voir A. de Boislisle, VAiinuaire-BuUetin de la Société de ' l'Histoire de France, années 1 878-1 883.
Cour de Parlement et que l'affaire iraîneraii ainsi en longueur. Après une réponse des nonces que cette déclaration ne semble pas avoir autrement surpris, il s'était retiré '.
La veille, les nonces avaient reçu la visite de l'évéque de Paris, qui s'offrait à faire publier solennellement, après la célébration de la messe, le dimanche suivant, 3 février, à Notre-Dame, la bulle de condamnation et tout le procès relatif au comte de La Mirandole. Il fit seulement remarquer que VApologie contenant des propositions orthodoxes, il importait de le déclarer. Les nonces répondirent que les conclusions catholiques n'étaient pas condamnées, mais que r.4^o/o^/e tout entière était condamnée par suite de l'inclusion de conclusions hérétiques, « quia modicum fermentum co)'rumpit totam massam " ». Il finit par se ranger à cet avis, ainsi que la personne qui l'accompagnait.
Informés de l'arrivée prochaine à Paris de Philippe de Savoie avec son prisonnier,