‹ Pic de la Mirandole en France (1485-1488)Chapitre 31 sur 47 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

3. Nous n'en avons pas trouvé trace dans les registres du Parlement conservés aux Archives nationales.

nombreuses sympathies, apportait de nouveaux délais? Venait-il des amis puissants qui avaient pris la défense du jeune comte et qui mettaient en usage tous les moyens dilatoires que leur accordait la loi? Venait-il du roi lui-même gagné à la cause de l'illustre érudit?Toujours est-il que rien nesedécidait à l'endroit du prisonnier de Vincennes. Les nonces, obligés de quitter Paris et de suivre la Cour pour l'expédition des autres affaires dont ils étaient chargés, en avaient avisé le Saint-Père qui avait donné à l'évêque de Grenoble, Laurent I^"" Allemand, commission pour les remplacer. Celui-ci avait néanmoins envoyé aux nonces copie du bref pontifical et leur avait subdélégué la commission qu'il avait reçue. Soin inutile ; car, à ce moment, Pic avait été conduit hors du royaume, dans les premiers jours de mars'. Comme on le voit, la détention de Pic

I. Avant ie ii mars. Les nonces étaient arrivés à Tours le 17 mars, ils avaient quitté Paris le 1 1 mars. Lettre des nonces et du protonotaire Orioli au pape, Tours, 26 mars 1488. Bibl. Marciana, lat. IX, 12g. Appendice V, 4.

au donjon de Vincenncs avait clé d'assez courte durée, vraisemblablement de trois semaines, d'un mois au plus, et sans doute dut-on se borner à exiger de lui qu'il demeurât dans cette résidence Jusqu'à l'issue de son procès, libre de vivre à sa guise et de recevoir les nombreux amis qui s'entremettaient pour hâter sa délivrance. Obligé par les nécessités de la politique de ménager les nonces, le Conseil royal, favorable, dans son ensemble, au comte de La Mirandole, s'était arrêté, dans sa sagesse, à cette solution. Pic était, en effet, fortement appuyé à la cour et par les princes et par les lettrés qui intercédaient en sa faveur. Lui-même défendait sa cause avec autant de sincérité que de modestie ; il se déclarait plein de déférence envers le pape dont il voulait être, disait-il, « le bon et fidèle serviteur ». Aussi avait-il été décidé qu'il serait conduit hors de France avec des lettres royaux en sa faveur adressées au souverain Pontife pour qu'il lui accordât sa grâce. Les nonces, qui redoutaient l'intervention du Parlement et des amis de Pic, et qui appréhendaient quelque scandale, surtout si ce dernier était resté àParis^

même prisonnier, pendant l'absence de la Cour, se prêtèrent à cette solution '. Mais jusqu'au dernier moment, ils montrèrent une rigueur obstinée et ils n'hésitaient pas à écrire au pape, au détriment de la vérité, « comment avec ignominie le comte Jean avait été tiré de la prison où il était détenu et conduit hors de France^». En effet, la remise faite à Pic de lettres du roi en sa faveur semble être en contradiction avec cette assertion, dictée aux nonces par le dépit de voir leur projet renversé. Ils y revenaient néanmoins plusieurs fois, et dans les mêmes termes. Le 21 avril, ils assuraient le pape qu'ils exécuteraient les commissions qu'il leur avait données dans un bref récent, et ajoutaient : « Quant à Pic de La Mirandole dont il est fait mention dans le bref, nous avons écrit dans plusieurs lettres à Votre Sainteté qu'il avait déjà été ignominieusement chassé de ce royaume ^ »

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